II
l3o DEUXIEME SECTION.
pourrait y conduire ; et ces récits, en tapt qu'ijis prétendent a une valeur historique, font d^ Jésus un être surnati^rd ; njais^ ayant de nous représei|tpr un tel être coipine réjel , npu^ dpyons , au point de vu^ critique qù nous sommes placés , prendre la peine de rechercher préalablement si ceç réçit^ n'ont pas pu se former, même sai^s fondement historique. Nous y sommes d'aptant plus autorisés, qu'ils pqijtiepnent des éléments légendaires, ce que l'on reconnaît, aii moins pour le premier de ces récits, par les différentes fqrmes qu'il, a reçues dans les trois évangiles. Et d'abord , on comprend sans peine que la gu,érisqn merveilleuse que Jésus opérait en touchant le malade, et dont nous ayons un exepiple chez le lépreux ( Matth. 8, 3 ), et chez le^ aveugles ( Matth. 9, 29), a pu , par une progression croissante qui sp présentait naturellement , devenir une guérison de personjies présentes à l'aide de la simple parole , comme on le voit ciîez les lépreux ( Luc 17, 1 4 ) et chez d' autres n^alades , puis devenir enfin la guérisoîn de personnes mênijî éjoignées, à l'aide d'une simple parole. L'Ancien Testament offrait d'avance F analogue de ce genre de miracle. Le général syrien Naaman (2. Reg. 5, 9 seq. ) se présente devant la demeure dij prpphète Elisée pour se faire guérir de la lèpre ; celui-ci ne sortit pas pquf l'aller trouver; il se contenta de lui envoyer unpiessager, et de lui prescrire cfe se baigner sept fois dai^s le Jourdain. Cette conduite mécontenta tellement le Syrien, que, sans donner aucune attention à l'injonction du prophète , il voulait s'en retourner , déclarant qu'il avait espéré que le prophète s'approcherait de lui, et passerait, en invoquant le nom de Diçu , la ifiain sur l'endroit malade; mais qu<s, puisque le prpphète ^ sans riçn opérer sur lui , l'envoyait au Jourdain, il pefdait courage; qi^e^ s il ne fallait que d^ Feau, il en pourrait avoir plus commodément chez lui qu'ici. Le traitement régulier(çela se voit par ce passage de l'Ancien Testament) qu*on attendait d'un prophète^ c'était que ^
OTUVièHE CHAPJTRÇ. § XCVI. l3l
preâe|it, U çaéjit par un contact corporel, maison ne supposait piiç également; au'il pût guérir à 4istance e): sans contact. Cepej}dant ce fut de cette dernière façon qu'Elisée opéra la cur^ (|a çéaéraJ lépreu^ç } car, p^s plus que chei; Jeau^ Cb, cj, ra|:)latipQ n'eut d'importapce poijr le malade j la guérison fut l^îjiaijpf^eut le résultat de la pi^issance miraculeuse du propl^tiç^ qui trouva bon d'en rattacher TeOicacité à cet acte e$tjérip);r« et qui, en guérissant à distance, montra qu'il était un pr^phèlç doqé de dons particuliers. Or, était-il possible que, sjjr çjç point aussi, le Messie lui cédât qudque chose? On voit tionç que no^ récits du Nouveau Testament sont des contreépr^ttve^ méce^sfures de ceux de l'Ancien. l)e même que>d.ans l'4wiiW Testament, le malade ne veut pas croire à la possibilité de sf)n rétablissement si U prophète ne çort pa^ dp sa lflai§o;i pour ^'approcher ^e \^^ de même ici , d'après l'une 4e,$ rel^tjflnç de la première biî?toire ^ celui qui prie pour le malacje^ 4oute de la possibilité de la cure, si Jésus n'eptre pas da.n^ 1^ maison ; d'après l'autre rdation, au contraire > il çst , mètj^ s^ms cela , perspadé d^ l'eiEpacité de 1^ fprc^ cur rative de Ji^si** ; et les deia fois , Jésu^ , d^f^ai les évaflgil^ coiRjWî le p?x)phèt|ç dafts l'Anpjen Testameut , ri^ijssit à açcqmplijf ce i^ira^ particolij^remiiçm: 4iffîpile (i).
S XÇVI.
QuéfisoQs peif^t I99 jpurs à^ fabbfit.
Jé^s f (d'^P^ès les évangiles^, excita un gran4 $capd^|e, ep Qpéffant of^ff rarement ses n^îf^cles de gu^rjson Ijs jpif^ du sabbat. Un exemple en est commun, aux tfpis ^floptjqups, 4eux appartiennent eiji pfopjfe k Lftp, .ej: 4eux..^. Je^,
(1) Wei^« ici CQfoamfi ailleurs, aime copiprisc (S. 5a6 f.) ; mais il ne nous mienx faire dériTerlçr^cil non historicrue donneras une jklëe nette de cette pades mincies, d'ipienutboWd^Jékpf mal rabole.
l3ï2 DEUXIÈME SECTION.
DaDS le récit commun aux trois premiers évangélistes , deux cas de profanation prétendue du sabbat sont réunis : la récolte d'épis faite par les apôtres ( Matth. 1 2 , i et passages parallèles ) , et la guérison de l'homme qui avait la main desséchée , opérée par Jésus ( V. 9 seq. et passages parallèles) . Après avoir raconté ce qui s'était passé en plein champ au sujet de la récolte des épis, les deux premiers évangélistes continuent , comme si Jésus , immédiatement après cette scène, s'était rendu dans la synagogue du même lieu qui n'est pas désigné précisément, et, à l'occasion de la guérison de l'homme à la main desséchée , y avait eu de nouveau une controverse sur la sanctification du sabbat. Mais, évidemment , ces deux histoires ne furent rapprochées dans l'origine qu'à cause de la similitude de l'objet auquel elles sont relatives ; aussi faut-il louer Luc d'avoir rompu expressément toute connexion chronologique entre les deux, en ajoutant les mots dans un autre sabbat^ év âr^pw (jaêêarco (i). 11 n'est pas besoin de beaucoup s'étendre pour décider lequel des évangélistes a conservé le plus fidèlement le récit primitif; une seule remarque sufl&t : si la question prêtée par Matthieu aux Pharisiens qui demandent s'il est permis de guérir un jour de Sabbat, est désignée par des théologiens comme un morceau d'un dialogue fait à plaisir (2), ce reproche peut être, à aussi juste titre, adressé à la même question que les deux évangéhstes intermédiaires prêtent à Jésus, et de plus on peut les accuser d'avoir imaginé les détails dramatiques de la description tant louée (3) où ils représentent Jésus faisant avancer le malade au milieu de l'enceinte , et promenant ensuite autour de lui un regard réprobateur.
L'affection du malade était , d'après les récita concor-
(i) Schleiermacher, ûber den Lnkas, (2) Schneckenbnrger, iibcr dcnUr-
S. 80 f. spning II. s. f..$. 5o.
(5) Schlciermacber, 1, c.
TTEUVIÊME CHAPITRE. § XCVI, l33
dants, une main sèche ^ yeip ^vipà, ou desséchée, s^vipaji.- (jLsvY). Quelque indécise que soit cette désignation, cependant l'explication naturelle se met trop à Taise quand elle entend par ces mots , ou , avec Paulus , une main seulement endommagée par la chaleur (i), ou même, d'après l'expression de Venturini, une main démise (q). Si, pour préciser la signification du terme employé dans le Nouveau Testament, nous nous réportons, comme cela doit être, à l'Ancien, nous trouvons ( i . Reg. 1 3, 4 ) qu'une main qui, dans l'acte de l'extension, se dessèche^ e^yipavô» ( V2'*T\^ ), est représentée comme incapable d'être ramenée auprès du corps , de sorte qu'il faut entendre ici une paralysie, une rigidité de la main , et en même temps une dessiccation et un amaigrissement du membre , comme on le voit en comparant l'expression se sécher^ ^vipatvecrôat , appliquée à un épileptique ( Marc, 9,18) (3). Ceux qui prétendent que Jésus traita cette affection et d'autres par des moyens naturels , trouvent un argument très spécieux dans le récit que nous examinons ici. On ne défendait , disent-ils , le jour du sabbat ,' qu'un traitement qui exigeait une occupation quelconque ; par conséquent les Pharisiens , s'ils pensaient comme cela est dit ici , que Jésus transgressa les lois du sabbat par une cure , ont dû savoir qu'il guérissait habituellement , non pas par de simples paroles , mais par des médicaments et des opérations chirurgicales (4). Cependant il faut remarquer, comme Paulus lui-même le dit ailleurs , que, le jour du sabbat, la guérison, même par une conjuration d'ailleurs licite, était défendue (5); il faut remarquer encore que , entre les écoles de Hillel et de Schammai, on controversait la question de savoir s'il était permis, même de consoler seulement les malades le jour du sab-
(i) Exeg. Handb., 2, S. 48 îî, ' (4) Panlns J. c.,S. 49, Sif; Kdster, Im*
(a) NatûrliclieOeschicbte, a,S. 431. manuel, S. ]85 f.
(3) Winer, bibl, Realw. , i , S. 796. (5) L. c, S. 83, ex Tract. Sel
;h«UN||
l34 DÉUXiiliÊ SlËGTiON.
bat (i); iï faut enfin remarquer que , d'après rotàértâtiôti ibêfilè de Pâtiltls , leà ànciétis ràbbitis étaferit , eut lé jJôltit du sâbbal , pltis rigotiteux qiie cétix de qui pi'ovieîitiétit W écrits qilë iîbus pôssédotiô stir det objet (2]. Tout cela coû-* dtllt fi pèiisel- que* les gU(5risotis dd Jëstià , prôduràis rtéttië sdiiè ritttet'vebtiôh de moyens liàturels , otit pu être pladëêS pàî dés JliarisieiiS cbicàneiiïè ddns là Cal^gdriê déS llifractiritis âtl Sabbat. Qtlatit à rôbjéctiôû Jjrftidpâle qtlë Voh Mi côtiti'e Téiplication ratibilslliâté , à saroir que les éVàùgile^ ne paflerit pas dé rtiOyetis tidtUréls, tâtlltls croît y fëpondW dans ce cas pattleulief èri disatit qtié , à là vérîW , àdctiii de ces rhtiyetiS fae fut éttiployë dàriS là sytiagogtië ; quë Jësûâ se fît montrer la îiiâîîl pour tdir fcôhiiilétit lès rèifiédéS tlfeScrits jusqu'alors Jiar lui (les i-atioûalislés en inliigifiétit dôftc) avaient agi; qu'il trdtlva, exariieti fait, lé niéitibiré déjà l'èiidil k l'état dé santë J et que le itiôt dont se setvetit tdtis lés évaûgëlistes, aTToxâteàTaÔv) , signifie titié guëristiiî ô'pérëê àiltëriëtlîemént, et rioti tine gûërison qui S*ôpëfà à l'iiistânt îiiéiné. Mais ici l'aoriste né petit que signifier t là mûn/ui gûMè ( âtl inôtilent même ), k Savoir pat la patolé de Jésus ^ué les ëVangëlistes rappoMettt , et ton pât des moyétls natutëls i|ue les comiiaerltateiits sotit les seuls k iniagitlèr (3).
la main sèche, yjXç ^Yipa, appartient dônC âUi Jiàtâlyèièé, sur lesquelles le contact d'tih horiitlle doiié dé Vertus mâgri^tîques (ce dôiit au resté il ti'est rien dit) , et péut-étré iriëtnë titié simple exaltation de foi cliez le malade , peUVëfït agit d^tifié fâçoti salutaire , cotnme notis Tavons déjà remarqué. Ainsi on pourrait ici essayer d'arranget une explicâtiotl nsltutélle d'titfe espèce plus rafiînëe *, cej)etidaiit il faut se detnaudcr sî l'analogie de la natratioii déjà citëe de l'Ancien Tëslàinèfùt
(1) Schabbat, f. 13 , i , dans Scbôtt- (3) Fritzsche, in Matth. , p. 4^7; in
^geu, 1 , p. ia3. Marc , p. 79; De VVette, exeg. Handb. ,
wm (a) Dana le passage cité en dernier i, i,S. 11 5. ■wn*
NETWrÊMÈ CHAHTKE. § XGVl. l3Ô
( i . feeg. .1 3, i seq. ) ne rend pas jplus vraîseml)laWe l'origine ihjlhiqtiè de l'aiicicâôté ëvàngâique. Lorsqu'un pi-opîiète de )1idà iiienaçà JêrobÔâin, qui sàcrièaît aux idoles, à*anéantîr son aulei et son cùlié, et lorsque le jroi, étendant là main, ordonna dé éàisir le propliète de malbeur, cette main se aessécïià soudâihëmëîit, de sorte que le prince impie né put plus là retirer, et i' autel s'écrôulà. Mais, sûr la demande du roi, lé prophète pria JéhôVaK de réildre à là main soiî état primitif; le roi jiiit la ramener vers lui, elle fut comme elle était auparavant ( i ). ï^atilus aussi tient compte dé cette narration, ttiàis seulement bôiir y appliquer son mode d'explication naturelle, eh remarquait que là colère de-Jéroboam avait pu facilement produire, dans la main étéhaiiie avec vivacité, une injpuissâhcë spasmodique et momentanée des ihiiscles. Mais, qui iië voit que hôds àvotis ici une légende destinée à glorifier les proplaètés préiiicateurs an monothéisme, et à stigmatiser le ctiité juîf dés idoles dans là persohiie de son aiiteût, Jérobbàih? L'hbmine de Dieu prédit k l'àutçl de l'idole une i-îiiné prompte et miraculeuse ; le roi idolâtre ^tèttd uiié ttiàin coupable contre l'homme dé Dieu ; là màih s'èilgouraît ; l'àuiel s'écroule dans la pbiiàsièré , et l'ihtercfessîbii dit prophète e^t seule capable dé rendre au roi la sàhté. Qiiî péilt , ici où l'oii a sôiis les yeux un iriythé évident, disctitér sur là iriaiiiére miràciileuse du iiàiurelle dbnl îeâ choses se sont pasèéés ? Il est dès lots loisible de cotijëcturër qtie l'imitation du récit de l'Àncieîi Testament s'est ëléiiddfe à îïritre récit évàiigéliqtië , avec cette dif-
(l) X, Reg. i39 4«t'^^ * £t voilà que Mauh. I3« lo : Et il s'y trpuTa iiil
samain .se ctessécha..* KaH^ov e^vjpacvOv) lidnime qui avait une main sèche. Rai ï) )fcîp awTdîJ... iSov avGpwirôç ^v triv jçfîpa ^X**** ^tp^'*
(Marc, «ÇTopaiAftevvj»).
6 : Et if ràiùeha là raàin 3n roi vers i3 : Alors ri dit à cet Iioinme : • Eten-
lait et elle fnl codiiiie elle était anpara- dex votre main; » il retendit, et elle devant, Kai èitécxpt^t TYjv x"P* '^°^ ^*"'' ^"•''si saine que l'antre. Tore A/yct Pao-tXewç Trp^ç awTov y xaî «yc'veTo xa6à>ç tw àyOpoî-Trai* fxTCivov tyjv /«rpoc trou* xoiï T^ irpQTcpov. s^sxtivf xa\ âfroxaTcorotOYi V7t^( &ç^
aXXn,
i3Ô DEUXIÈME SECTION.
raie qu'il en fait sont identiques, même dans la formé. Il est donc naturel de demander si nou$ avons ici trois histoires différentes ou seulement des variations différentes d'une seule et même histoire, ou enfin, si au moins nous pouvons admettre que trois événements qui, dans Torigine , n'étaient pas aussi semblables , ont été assimilés l'un à l'autre dans la tradition. Sans doute, avec la manière de voir que Jésus avait sur la célébration du §abbat en opposition à celle desPhari* siens, avec la disposition où il était d'employer à la guérison des maladies la force particulière qu'il possédait, lecas qui fait la base de nos trois récits put se 1-eprésenter plus d'une fois : sans doute encore Jésus put trouver bon de répéter la sentence frappante relative aux soins que les animaux domestiques exigent le jour au sabbat, et de la répéter avec les mpdi* fîcations queïious avons remarquées dans les trois histoires; cela n'est pas contestable. Toutefois, comme tout roule ici, non sur une guérison particulière, mais sur le jour où elle fut opérée, et sur l'attaque et la justification dont elle fut l'objet, on ne peut nier, non plus, la possibilité de modifications que là tradition aurait fait subir k ces circonstances accessoires, et la création de cadres différents propres à recevoir l'apophthegme immortel et vi*aiment populaire sur 1 animal domestique qu'il faut sauver ou panser , même un jour dé sabbat. Une circonstance vient à l'appui de cette dernière hypothèse , c'est qiiè le premier des trois récits semblables , cèitil de la main sèche , est seul commun aux synoptiques, tandis que I-.UC est ï'unic[ue garant des deux autres. Et , à ïéilr toiir , ces deux autres , qui ne sont séparés que par un court intervalle, ont une similitude tellement frappante, que Scbleiermacher juge que, si le second de ces deux récits provenait originairement du même auteur que le premier , cet auteur se serait nécessairement abstenu de le reproduire, et s^en serait référé au premier ; que , puisquM n'en est pas ainsi ^ il èiùt adméttiW que Ltic a puîâé, à dedx sources écrites dif-
NEUVIÎmE chapitre. § XGYI. iclg
férentesy les deux récits qu'il a consiffnés dans son évangile ( i ) . Mais aans ce cas, combieh û'est-il pas possible que l'otjet de la célèbre guérison dans un jour de sabbat ait été aésigné à Tune des autorités de Luc comme étant une JFemme courbée, et à l'autre un bomtne bjdropîque ! On pourrait san$ doute concevoir que ces deux malaaes, de même que Tbomme â la main desséchée , aient été tous réellement guéris par Jésus, et que la légende n'ait manifesté sa force assimilatrice c[u*en transportant toutes ces guérisons dans un jour de saLbat. C'est k dernier point de vue sous lequel il nous faut examiner ces guérisons; et, a cet égard , nous demanderons si toutes, ou seulement quelques unes, et dans ce cas laquelle, peuvent être conçues comme vi-aies historiquement. Nous avons déjà vu au sujet de la main desséchée qu'une giiérison magnétique et psycliologique de cet état n'est pas inconcevable ; mais nous avons également trouvé possible qtie toiit ce r^cit eût une origine mythique , et eût été formé sur le modèle d'une liistoire de l'Ancien Testattient. La guérison de la femme courJDëe admet également une conception historique; et pour celle-ci nous n'avons pas, comme nous avions pour l'autre, un motif de chercher une origine lïiythique; mais la durée de la maladie (dix-huit ads) est une condition qui fait difficulté. Quant à la guérison de l^hydropique , elle offre des obstacles à peine surmontables. Ici, en effet , il ne s'agit pas seulement, comirie dans les deux autres cas, d^une disposition morbide, mais il s agit (si la maladie est décrite avec exactitude) d'une matière morbide, d'un liquide amassé sous la peau, dont on ne peut concevoir la disparition subite que par une opération chirurgicale (i2)« ou par un miracle, dans le sens rigoureux cle ce mot. Or nous exduons tout d^abord cette dernière expUcation ; mais la première est contraire au mode de pro-
(i) Ueber den Lukas, s* 196. (a) Comparez l'explidation natarelle
de Panlos, exeg, Handb., a, S. 34i f.
l4o DEUXIÈME SECTION.
céder que suivait ordinairement Jésus. Nous ne pouvons donc considérer ce récit tel qu'il se comporte , comme un récit fidèlement historique, mais nous devons y voir une élaboration libre du thème des guérisons pendant le jour du sabbat.
Des deux guérisons opérées le jour du Sabbat , que le quatrième évangile rapporte, nous avons déjà considéré Tune avec les guérisons d'aveugles; la seconde (5, i seq.) admissible parmi les guérisons des paralytiques, a pu, attendu que le malade n'y a pas reçu cette qualification , être réservée pour ce chapitre. Sous les galeries de Fétang de Béthesda , à Jérusalem , Jésus trouva un homme malade depuis trente-huit ans; c'était un paralytique, comme on le voit par la suite du récit. Jésus , d'un seul mot, le mit en état de se lever et de remporter son lit; mais, comme c'était un jour de sabbat, il s'attira l'inimitié des chefs juifs. Depuis Woolston (i) , plusieurs ont cru se tirer de cette histoire, en disant que Jésus avait ici, non pas guéri un véritable malade , mais démasqué un malade simulé (q). Le seul motif que l'on puisse alléguer avec quelque apparence en faveur de cette explication , c'est que l'homme guéri désigna Jésus à ses ennemis comme étant celui qui lui avait commandé de porter son lit un jour de sabbat (V. i5, comparez V. ii seq.), circonstance qui n'est explicable qu'autant que Jésus l'aurait blessé en quelque chose. Mais l'homme guéri fit cette déclaration , ou à bonne intention , comme l'aveugle de naissance (Joh. 9, 1 1 . 20), ou du moins dans l'intention innocente de détourner de soi la faute de la transgression du sabbat , et d'en rejeter le blâme sur un plus fort que lui (3). Quant à la réalité de la maladie , et même à sa longue durée , toujours est-il que l'évangéliste y a cru, puisqu'il désigne cet homme
(r) Disc. 3. (3) Voyez Lûcke et Tholnck , snr ce
(a) Paulus, Comm. , 4, S. a63 ff. L. passaj^e. J. X, a, S. 298 ff.
NEUVIEME CHAPITRE. § XGVI. l4l
comme étant malade depuis trente-huit ans , TpiaxovTa xal ojcTCt) ÎTf\ vfm ev rij àcôsvsta (V, 6). Aussi Paulus, qui d'abord avait proposé une explication forcée d'après laquelle les trente-huit ans se rapportaient k l'âge de l'homme et non à la durée de la maladie^ a été obligé récemment de renoncer à la défendre ( i ). En considérant la maladie comme feinte , on ne comprendrait pas, non plus, les paroles que Jésus, rencontrant cet homme plus tard, lui adressa : Vous voyez que vous avez été guéri ^ ne péchez plus' de peur qu il ne vous arrii^e quelque chose depireylSe uyiviç ysyovaç* (jlyixsti à(/.apTav8 tva (jlvi 5(,^tjpov Tt coi yévYiTai (V. l4-)- Paulus lui-même se voit contraint par ces paroles de supposer chez cet homme une incommodité réelle, mais peu importante , c'est-à-dire , d'avouer que l'opinion qu'il s'est faite de cette anecdote, est insuffisante ; il nous reste donc ici un miracle qui n^est pas un des moindres.
Quant â la créance historique que mérite le récit, on peut, avant tout , trouver singulier qu'un établissement de bienfaisance aussi considérable que Béthesda d'après la description de Jean , ne soit mentionné ni par Josèphe , ni par les rabbins (2) ; d'autant plus que l'opinion populaire rattachait à cet étang une vertu curative miraculeuse (3). Mais cela ne décide pas encore la question. La description de l'étang renferme , il est vrai, une croyance populaire à une fable , et cette croyance semble approuvée par le narrateur; car, lors même que le verset 4 serait interpolé, ce qui n'est nullement décidé (4) , la supposition de la même croyance est renfermée impUcitement dans l'expression dès que F eau en q été agitée , orav Tapajj^Ô^ Tou^wp (V, "j.)
(i) Comparez saVie de Jésus, i, a, S. conque de la localité pour celui de notre
298, avec son Gomm., 4* S. ago. passage.
(a) Les premiers qui en parlent sont (3) Bretsclmeider , Probab. S. 69.
des écrivains chrétiens (Eusèbe et Je- (4) Voyez De Wettc, sur ce pas«
rôme) qui, après la destruction de Jéru- sage, salcm , ont pu prendre un étang quel-
Mais cette croyance fabuleuse rapportée par l'évangë- . liste ne prouve rien contre la yérilé du récit, puiscju'un témoin oculaire, un apôtre de Jésus, peut l'avoir partagée. Il n'en est pas de même du reste ; un homme paralysé depuis trente-huit ans, de telle façon (jue, incapable de marcher, il était contraint de rester couché suç uji lit , est rétabli complètement et instantanément p^r la parolcd'un homme qui, ainsi que cela est expressément remarqué, lui était tout-à-fait inconnu. Cela dépasse, d'une manière embarrassante, tous les autres récits analogues de guérisons; les maladies qui avaient duré le plus long-temps, sont, chez les synoptiques , une perte de douze ans , et la courbure du corps qui avait persisté dix-huit ans, et dont il vient d'être question. A la vérité, dès que l'on reconnaît comme curable de la manière indiquée da^s les évangiles, une affection de ce genre, quoique d'une durée plus courte, il peut paraître arbitraire de rejeter une autre histoire, semblable du reste, uniquement pour une différence en plus, relative à la durée du mal. Mais à ce motif négatif contre la vraisemblance historique , du récit , se joint un motif positif qui fait soupçonnpr que c'est une fiction. Cette ppirticularité de la durée plus lopgue de la maladie, particularité qui suscite nos doutes, est justement caractéristique d.e la manière par laquelle le quatri^e évangile se distingue des autres, et dont nous avons vu et verrons encore des€xemples. Là oji les synoptiques ont simplemjsut des aveugles, le quatrième évangéliste a un aveugle de naissance. Au lieu de faire ressusciter par Jésu^ des personnes qui viennent d'expirer , il lui fait ressusciter un mort qui est depuis quatre jours dans le tombeau. Ici encore, au lieu , d'avoir simplement un paralytique , il a un paralytique de trente-huit ans, progression croissante dans le merveilleux, qui, lui étant aussi habituelle qu'elle l'est , et étant au$si dépourvue de confirmation de la part des synoptiques , doit exciter le soupçon d'étré une fiction, Quml à l'wtF^ par-
NEUVIEME CHAPITRE. § XCVI. l43
ticulaiîté de ce récit , à savoir que, parmi la piultitudje de malades qui se trouvaient sous les galeries de Bétliesda , Jésus choisit celui-là seul pour le guérir,, elle n'aurait ianaais dû faire difficuké ( i ) ; car la guérison de celui qui était malade depuis le plus de temps, était non sçulçH^ent partir cuKèrement propre a glorifier 1^ puissance miraculeuse du Messie , mais encore elle suffisait a remplir ce but. Cependani, d'un autre côté, elle prête à une conjecture qui attaque le caractère historique du récit. Sur lin grand théâtre où sont exposées toutes les misères humaines , s'avance Jésus , médecin sublime qui guérit les m^ux par des miracles, et il choisit celui qui est en proie à TafiFection la plus opiniâtre, pour donner, en le rétablissant, la preuve la plus éclatante de sa puissance curative; célébrité, publicité, authenticité , toutes conditions qui se retrouvent ici non moins que dans l'histoire 4^ l'aveugle de naissance comme nous l'avons déjà vu , et dont le quatrième évangéliste , à la dififérence des autres, se complait tant à entourer les guérisons miraculeuses de Jésus. Si l'on cédait à ce soupçon relatif au récit qui nous occupe, on admettrait que l'évang^te eut une connaissance, k la vérité passablement indécise, de pareilles cures de Jésus , et en partioulier de cette du paralytique (Mattb. 9, 2 seq. et passages parallèles); car la parole qui guérit, et l'effet de la guérison sont rappork38 cheq^ iean, presque dans les mêmes termes que chea^ Marc dans l'autre histoire (2). Remarquons une similitude de pluâ
(i) Hgse y voit une difficulté , L. J., § 92.
(2) Marc, 2,9: (Lequel est le pins Joli. 5, 8 : Levcz-Toos, prenez votre
aisé de dire....) Leve;K- vous, prenez vu- Ut et allea; vou^en. ]|(y^(pa| , apeif tW tre lit et marchez? (Te io-riv cuxottu- xpa^oarov voxt , xAt ^cptir^yct. Ttpov , tlnitt,»*) iytipt , TUpav aou tov xpxÇSotrov, xc4 ireptTTçiTw.
lo : Levez-vous , prenez votre lit et vous en allez dans votre maison. Eyttpt, Spoy T))y xf>â06aToy 9ev Tuà %»««/€ c{( T^y oTxov crou*
XA : U M^ le?» 4aM le moment, pot 9 : Au même iasUat cet homme Ait
l44 DEtXIÉlfE SECTION.
avec le récit des synoptiques : la gnérison y paraît en même temps un acte de rémission des péchés ; et cette rémission a laissé une trace dans le récit de Jean ; car, de même que, chez les synoptiques , Jésus tranquillise le malade avant la guérison , en lui disant : que vos péchés vous soient remis , âf &(ovTai (701 ai à[jLapTiai , de même chez Jean , il Faverlit après la guérison en lui disant : ne péchez plus^ etc. , (AYixeTt à|jLapTav6 x. t. \, Quant au jour du sabbat où fut placée cette histoire de guérison parée de tant d'ornements , une circonstance put en suggérer l'idée; car Jésus y ordonnait au malade de remporter son lit, et cette injonction put paraître l'occasion la plus propre k susciter le reproche que ses ennemis lui adressèrent d'avoir profané le sabbat ( i ).