II
l46 DEUXI£MB SECTION.
car 9 ni Texpression de MatthiA apn âreXeumicE , ne peut eignifier, comme Ruinûl le veut ( i), elle est près de mou-rir ; ni les expressions de Marc et de Luc ecrj^arw^. iji\ et a'nreGvYi<Dce ne peuvent s'entendre de la mort déjà accomplie, d'autant plus que , chez ces deux évangélistes , la nouvelle de la mort est apportée postérieurement au père comme quelque chose de nouveau (q).
Si donc la critique moderne a concédé avec raison qu'il y avait ici une divergence entre les récits , elle n'en trouve pas moins , d'une voix unanime , que la narration la plus exacte est du côté des évangélistes intermédiaires , soit que, épargnant Matthieu , on qualifie son récit d'abrégé qui peut être l'œuvre d'un témoin oculaire (3) , soit que l'on considère cette infériorité dans l'exactitude comme un signe que le premier évangile n'a pas une origine apostolique (4). Sans doute Marc et Luc donnent le nom du suppUant, ce que ne fait pas Matthieu , et ils désignent sa position sociale plus exactement que lui. Mais cette précision plus grande peut aussi bien s'expliquer à leur désavantage que s'expliquer, comme c'est l'ordinaire, à leur avantage; car, nous l'avons déjà remarqué , ces désignations de personnes sont, non rarement, une addition de la légende postérieure ; c'est ainsi que la femme affectée d'une perte n'a reçu que dans la tradition d'un Jean Malala le nom de Véronique (5) , que la femme cananéenne ne s'appelle Justa que dans les Clémentines (6), et que les deux crucifiés avec Jésus ne sont appelés Gestas et Demas que dans l'Evangilç dç Nicodème (7).
(1) Comm. in IVIattb., p. 363. Voyez cpelle argumentation : Verba i^nota hene Mattliaei) : j^pri IxfXcvTviaev non pàssunt l^ine reddi : Jam mortua est : nam, auctore [nota heiui) Lnca , patri adLuc cum G^iisto. cuUoqqenti nuntiabat servus , filiam jam expirasse, ergo (auctore Mattbaeo?) nondum mortua erat , cum pater ad Jeswn accederet.
(a) Compares sur ees ÊiHSies tenta-
tives de conciliation , Scbleiermacber , ûbe^ den Lukas, S. i3a, et Fritzsclie , in MattU-, p. 347. seq.
(3) Olsbansen. i, S. 3l6.
(4) Scbleiermacber, 1. c, S. i3i ff.; Scbulz, liber das 4-bendm. S. 3x6 {*
(5) Voyez Fabricins , Cod* apoc. li.
(6) Homil.y a, zg.
(7) Gap. 10.
NEUVÎÈW CHAPITRE. § XCVII. 1^7
Qaand Luc 4it que la fille est enfant unique^ (jLovoysvYiç , cela ne sert qu'à rendre la scène plus touchante , et il put prendre , et Marc après lui , les douze ans à riijsLoire de la femme affectée d'une perte. La divergence entre Matthieu, qui rapporte que la jeune fdle était dc^à morte , et entre les deux autres, qui rapportent que le pcre anno|iça aeulepient ^a mort prochaine , aurait été l'objet d'un exapien bien superficiel, si, d'apyès la règle même que j'ai posée, on croyait pouvoir l'exphquer au désavantage de Matthieu, sous pré^ texte que chez lui le miracle est grossi. Les d^ux autres aussi parlent de la mort de la jeune fille, seulement ils ep parvient plus tard; et, si Matthieu la place quelques instants plus tôt, cela nepeutpass'appeler un grossissement dumiracle, Au contraire, on doit dire que, chez les deux autres, la puissance miraculeuse de Jésus est grossie > sinon objectivement , c'est^ à-dire en fait , au moins subjectivement , c'est-à-dire dans l'esprit du lecteur , par le contraste et l'imprévu qui carac*térisent les récits des deux évangélistes intermédiaires. Là où Jésus est tout d'abord prié d'opérer une résurrection, il ne fait pas plus qu'on ne lui demande ; ici , au contraire , où , sollicité d'opérer seulement une guérison de ma-r ladie, il accomplit une résurrection, il fait plus que les personnes intéressées ne sollicitent et n'entendent. Là où la puissance de ressusciter les morts est supposée en Jéqus par le père , ce qu'a d'extraordinaire un pareil pouvoir n'est pas autant mis en relief qu'ici où le père ne lui suppose d'abord que le pouvoir de guérir la malade, et est détourné, la mort étant survenue, de conserver aucune espérance, Quant à la description de l'arrivée et de la conduite de Jésus dans la maison mortuaire, Matthieu est, malgré sa brièveté, plus clair du moins que les autres avec leurs relations pro-; lii^es. D'après Matthieu, Jésus, arrivé dans la inaisoa, fA voyant les joueurs de flûte et une troupe de gêna mf^s^^ pQur k convoi, le& renyoîie sur k i»ûtif qu'il n j «i{KA|Aft ^
l48 DEUXIÈME SECTION.
mort dans la maison ; cela est parfaitement intelligible. Maià il est difficile de trouver un motif qui explique pourquoi il aurait , ainsi que le disent Marc et Luc , exclu tous ses apôtres, excepté Pierre et les deux fils deZébédée, de l'acte qu'il allait accomplir. Dire qu'un plus grand nombre de spectateurs aurait mis , physiquement ou psychologiquement , un obstacle à la résurrection , c'est énoncer implicitement qu'elle fut un acte naturel. Le miracle admis, on ne pourrait trouver le motif de cette exclusion que dans la moindre capacité des apôtres exclus, infériorité qui aurait bien plutôt eu besoin d'être relevée par le spectacle d'un pareil miracle. De plus, si l'on fait attention qu'en opposition k la finale de Matthieu, qui dit que le bruit de cet événement se répandit dans tout le pays , les deux autres synoptiques font recommander par Jésus le silence le plus rigoureux à ceux qui en furent témoins , il semblera naturel d'admettre que Marc et Luc ont considéré cette résurrection comme un mystère auquel , outre les proches, n'avaient été admis que les apôtres les plus intimes. Schulz a fait valoir que , tandis que Matthieu rapporte que Jésus prit simplement la jeune fille par la main , Marc et Luc nous ont conservé les paroles qu'il prononça en cette occasion, et que Marc même les a citées dans la langue originale. Mais cette particularité est sans aucun poids, ou, si elle en a , c'est contre l'opinion que ce théologien soutient. Que Jésus, s'il prononça quelques paroles en ressuscitant une jeune fille , se soit servi à peu près des mots, ma fille , levez-vous ^ 'h iraîç syeipou, c'est ce qu'aurait pu imaginer le narrateur même le plus éloigné du fait ; et, si l'on regarde dans Marc ces mots syriaques , raXiÔà xoijpLi , comme le signe d'une source particulièrement originale à laquelle Tévangéliste aurait puisé, on oublie qu'il est bien plus simple de supposer que, du texte grec qui lui a servi d'autorité, il les a, comme le reste, transportés dans son évangile, afin de reproduire, ain^i qu'il Ta déjà fait pour le mot syriaque s<p<pa6à,
NEUVIÈME CHAPITBE. § XCVII. l49
la mystérieuse parole de vie qui, répétée dans une langue inconnue, devait frapper d' autant plus l'imagination. Nous nous abstiendrons donc volontiers de décider avec la sagacité de Schleiermacher, si l'auteur du récit de Luc a été un des trois apôtres admis , ou si celui qui le raconta le premier , le consigna aussi par écrit (i).
Supposant que la chose est réellement arrivée , l'explication naturelle procède ici avec une confiance toute pardculière ; car elle croit avoir en sa faveur la propre déclaration de Jésus, quand elle soutient que la jeune fille n'était pas Réellement morte , mais qu'elle était dans un état de défaillance semblable au sommeil. Et, non seulement des commentateurs décidément rationalistes comme Paulus, ou des demi-rationalistes comme Schleiermacher , mais encore des théologiens décidément surnaturalistes comme Olshausen, croient, en raison de la déclaration de Jésus dont il s'agit, ne pas devoir songer à une résurrection (2). Le commentateur nommé en dernier lieu attache une importance particulière à l'opposition qui se trouve dans le discours de Jésus, et pense que, puisqu'aux mots elle n est pas morte ^ oùx âireôave, sont joints les mots, mais elle dort y i\yà. xaOeuSeï, les premiers ne peuvent pas être entendus simplemen^dans ce sens : elle n'est pas morte , puisque/ai le dessein de la réveiller; ce qui est fort singulier, puisque si cette addition indique que la jeune fille n'est pas morte . c'est seulement parce que Jésus a le pouvoir de la ressusciter. On invoque en outre ce que Jésus dit touchant Lazare ( Joh. 11, 14)5 passage où les expressions Lazare est mort ^ Aà^apoçâireÔave, forment exactement la contre-partie des expressions que nous examinons en ce moment : P enfant n est pas mort^ oùx OT^Oave
^1) L. c, S. 129. cette explicatioa des paroles de Jésus;
(a) Paulas , exeg. Handb. , i , b, S. mais, quant à Tétat de la jeune fille elle-
526, 3i f.; Scbleiennabber, 1. c.,$. i3a; même, il trouve rraisemblable la suppo-
Olshausen,! , S. 3a i f.Neander loi-méme sition d'une mort apparente, ne se prononce pas complètement contre
l5o DEUXIÈME SECTION.
rè xopdtfftov. Mais , précédemment aiissi , JésHs àtait dit de Lazare : cette maladie nest pas mortelle ^ a3fyi ^ aàOévéïàc oi))t ?(JTt xpoç Qavarov (V. 4)î ei Lazare notre anii dort ^ ki- Çétpbç 6 ^t>cO<; r|JLcov xexoipTat (V. il). 11 nie donc aussi, daiis Ife passage de Jean, la mort de Lazarie ; il soutient comme ici que c'est un simple sommeil , et (iepctldâtit , il parlait, dans le cas de Lazare, d'uh véritable mort. Eti cohsécjttence , Fritzschë a certainement raison quand il paraphrase aitisî leà paroles de Jésus dans le passage que nbus exahiinonis t fie regardez pas la jeune fille donim^ morte ^ mais croyez quelle dort^ car elle va bieritôt retenir à là vie.-^ D'àilletirs, quand, pltis loin, Matthieu ( i i, 5) fait dire à Jésus les fnorts ressuscitent ^ vexpol éyètpovtat , cet évangélîite, ti'iayànt encore jusque Ik racôtité àtlctme résurtectîdîi, paraît avoir songé à celle-là même (l).
Mais, indépendamment de là fausse interprétation des pâh)les de Jésus , l'explication naturelle à eticotie {)lùsieurë afatres difficultés. Sans doute on ne contestera pas i^tië dans pltlsieùf s maladies il ne puisse fetirVetiit des états qui simulent la mort; on ne contestera pas non pltis, que, a (iause de l'Imperfection de la médecine parmi lés Juifs d'alolis, uûêf syncope n¥it pu être prise facilement pour tine mort véritable. Mais alors, d'où JésUsa-t-ilsti qu'il n'y avait qû'Une mort appatenlë chez cette jeune fille ? Quand bien même le père lili âtiràit lraj)pôrté, avec toute exactitude, la marche de la màlâ* die, qtiand bien même il aurait eu une cbmiaisBaiice préalable dé l'état où se trouvait la jetme fille , aitisi cjue le sup|^ose l'eitpllcation naturelle , toujours est-il (}ue l'on eit en droik de demander comment il put assez compter sur ces vâgttéfe indications pour déclarer , précisément d'après rinter|)W^ tation que les rationalistes donnent à ses paroles, que l'en-
(i) Com^. Die Wetiè, |?xèg. ËàhdB;, x» t ^ S. ^S\ Wëiste^ dié e^. Glè3èhicbtb| I, S. 5o3«
NEUVIÈME CHAPITRE. § XCVir. lôl
fant n'était pas mort ^ contradictoirement à rasseition des témoins oculaires^ et sans avoir vu encore la malade. C'eût été une témérité ^ c'eût été même une folie , si Jésus n'avait pas eu , pat voie surnaturelle , une connaissance assurée du véritable état des choses ( i ) ; mais alors on quitte le poiiit de vue de l'explication naturelle. Paulus va-plufe loitij le melnbre de phrase : Jésus prit la main^ éxpa-n^de ttîç j}\^hi «ÙTYîç^ et le membre de phrase t JH enfant ressuscita^ TJy^pSYi tô xopaffiov , qui sont sans doute réunis chezMatthieu fort étroite-» ment, le sont encore davantage par les mots, aussitôt^ eùôetoç^ et j«r-fe-cAa7M/7,7rapot5ç^pÇî[jLa,dans les deux autres évangélis« tes; eh bien! cela n'empêche pas Paulus d'intercalei*^ entre Ces deuxmembnesdephrase^untraitettientmédicalquiduraqttel"' que temps; et Ventutini n'hésite pas à nommer uii à un leâ remèdes qui furent emplo3rés(2).01shausen,pioùt combattre de pareilles atteintes portées arbitrairement au texte, soutient fermement , et avec raison , que, dans l'opinion des nari'âtettrs, la parole vivifiante de Jésusj et, nous pouvons isgôtitet*, le contact de sa main munie d'utie force divitie j jfilrfent les intermédiaires de la résurrection de la jeune fille. ,
Dans l'histoire de résurrection qui est propre à Lilb ( 7 , 1 1 seq.) , l'explication naturelle matique du point d'appui que lui avait fourni celle que nous Veilotiâ d'examiner, et où des expressions mises datis la bouche de Jéstts semblaient niei* la réalité de la mort* Cependant , les interprétés rationalisa^ tes pretitietit courage ^ et ils mettent letii* espoir principale-» ment dans le discours que Jésus (V* 1 4 ) adresse att jeliiié homnié couché dans le cerctiéil : or ^ disent-ils j On ne peut pas adres&er la parole k uû tnôrt \ on ne peut l'adresser qu'à tttl être quel'oil sait ou que l'oti sUpposeenélatd'etitetidre(3). Mais cette règle prouverait aussi que les inorts que Jéstts tes*
(1) Comparez Neander, L. J. Cbr., S. (3) Paulos, exeg. Handb. , i , b, S.
34a. ^ 7 lô, AbdI. nnd 7 19 f.
(a) I^atûrlicbe Geschicbte^ a, S» ai a.
l5.a DEUXIÈME SECTION.
suscitera à la fin des jours, ne sont que des morts en apparence, parce que , autrement , ils ne pourraient entendre sa voix , comme il est dit expressément qu'ils l'entendront (Joh. , 5 , 28, comparez 1 . Thess. , 4 ? 16) ; elle prouverait donc trop. Sans doute, celui à qui l'on parle doit être supposé entendre et vivre dans un certain sens , mais dans ce sens seulement , que la voix de celui qui ressuscite le mort puisse pénétrer même dans des oreilles privées de vie. Nous accorderons encore qu'il est possible que, les Juifs ayant la mauvaise coutume d'enterrer les morts peu d'heures après leur décès , un individu qui n'était que dans un état de mort apparente, ait été porté au tombeau ( 1 ) ; mais tout ce que l'on imagine ultérieurement pour montrer que cette possibilité a été dans ce cas particulier une réalité , est un tissu de fictions. On veut expliquer comment Jésus, même sans avoir le dessein de faire en cette circonstance un miracle, se mêla au convoi funéraire , comment il put concevoir le soupçon que la personne qu'on allait enterrer n'était peut-être pas réellement morte; et pour cela, on imagine d'abord que les deux troupes,
' c'est-à-dire le convoi et les compagnons de Jésus, se rencontrèrent sous la porte de la ville , et que , se fermant réciproquement le chemin, elles s'arrêtèrent un moment. Mais c'est justement contredire \è texte, qui dit que les porteurs ne s'arrê-
. tèrent que lorsque Jésus saisit le cercueil. Touché des circonstances de cette mort, circonstances dont il se fit faire le récit pendant la suspension de la marche, Jésus s'approcha de la mère, et, sans songer à une résurrection qu'il dût accomplir, il lui adressa , simplement pour la consoler, les mots : Ne pleurez pas j \Ly\ tCKolii (2). Mais ne serait-ce pas un froid et téméraire consolateur, qui, k une mère conduisant son fils unique à la sépulture , irait défendre de pleurer , sans offrir ni un secours réel en rendant la vie au défunt , ni un secours
(1) Paaliis, l. c, S, 7a3. Comparez (2) C'est ce que dit aussi Hase, L.
Be Wetle, exeg. Handb., 1, 2, S. 4?. J. » % 87.
NEUVIÈME CHAPITRE* § XGVJI. l53
moral en cherchant des motifs de consolation ? Or, Jésus ne donne aucun motif de ce genre. Si donc il ne s'est pas montré ici complètement dépourvu de sensibilité , il faut qu'il ait songé à rendre la vie au mort , et il s'y prépare en effet , puisqu'il saisit le cercueil et arrête les porteurs. Avant la parole qui rappelle le mort à l'existence , l'explication natiïrelle intercale une circonstance , k savoir, que Jésus remarqua sur le jeune homme un signe de vie quelconque, et ce fut , ou immédiatement après cette remarque , ou après l'application préalable de médicaments (i), qu'il prononça les paroles qui lui servirent à réveiller complètement le mort. Mais oublions que ces circonstances intermédiaires n'existent pas dans le texte ; oublions que les fortes paroles : Le-i^ez-vous ^ jeune homme ^ je vous le com,mande , veavtoxe, col >.sya), syepÔYiTt, ressemblent plus à l'ordre impérieux d'un homme qui fait un miracle , qu'à l'effort d'un médecin qui essaie de rappeler à lui un homme en syncope. Comment JésuSj s'il savait enlui-mémequ'il avait trouvé le jeune homme encore vivant, et nonqu'ill'avait rappelé du sein de la mort, comment put-il recevoir, en bonne conscience, les louanges que , d'après le récit , la foule témoin de ce miracle lui prodigua comme à un grand prophète? D'après Paulus, il ne sut lui- même comment il devait considérer le résultat. Mais justement , s'il n'était pas convaincu qu'il pût se l'attribuer k lui-même , c'était pour lui un devoir de refuser tous les éloges qu'il lui attira, et, s'il ne les écarta pas, cela jette sur lui un jour douteux où il ne se trouve jamais , d'après l'histoire évangélique , pourvu qu'on l'entende sans idée préconçue. Nous devons donc reconnaître encore ici que FévangéUste veut nous raconter une résurrection miraculeuse , et que , d'après lui aussi , Jésus considéra son œuvre comme un miracle (2).
(i) Veiitarim,,a, S. 293. (a) Comparez Schleierroacher , 1, c,
s. io3 f.
l54 DEtJXIÂHE SBGTIONb
Moins ) dans la troisième histoire de insurrection qui est propre à Févàngile de Jean (chap. 1 1) , et où Lazare est , lioti un homme mort récemment ou que l'on porte au tombeau j mais un mort enterré depuis plusieurs jotlrs , moins , diS'je^ il semble que l'on puisse songer à une explication natUMelle, plus les rationialistes ont employé d'artifices et de déVfeloppements pour lever les difficultés. Remarquons que, à côté de l'interprétation des rationalistes rigoureusement conséquents , qui , conservant le récit évangélique comme absolument historique, ont la prétention d'en expliqttei* natutiellement toutes les parties , il s'est formé mie autre ex-^ plication qui exclut certaines particularités du récit , et admet qu'elles h'y otlt été iajoutées qu'après l'événement , cié qui est déjà faite un pas Vet-s l'explication mythique.
îi'explic^âtion naturelle s'appuie stir les mêmes prémisses qtiê dans lie récit précédent , à savoir qu'tih hdmme déposé dé{)Uis quatre jours dans ttti tombeau a pii êtt^ rappelé à la vie, et que la chose, possible en soi, l'est encote davan-» tâ'gfe en taiBoh de la coutume juive J possibilité i^tie nous tiô côtitesteroiis p^s -ici dans le sens absolu. Cela posé , elle Commence ( i ) en faisant Une suppositioti qtie iioiis ne devrions peut-êttiô pas laisser passer,- c'est qiie Jéstis s'infoima eScactiement des conditions de la maladie auprès du messager qtte les sœurs du malade lui envoyèîietit , <et que là Réponse ijtt'il fit à Ce messàgei^ l Cette fnaladîe nest pas mortéills^ etc,^ ôtuTY) 71 iabevsta oùx ttsxi irpoç Bavarov t.. t. "k, (V. 4 )) li !^st qu'une CôUcltision tiréfe pai' lui dés renseigneîttfetits qu'oU lui donna , et ti'exprime que la cottviction qu'ils lui iUispirèrellt, qUë là maladie n'était pas mortelle. Il est une particularité de la Cbliduite subséquente de Jésus, qui s'accorderait très biëU avec cette manière d'apj)réciër l'état d'un ami, c'est qu'après le message reçu, il démettra encoî*edéUl
(i) Paalus, Comm., 4, S. 535. ff. L. J.,i| b, S. 55 {£,
jôtirs dans laPérée (V. 6). En eflfet, d'après la supposition faite par l'explication naturelle, il put juger que. sa présence à Béthanie n'ëtiait pas d'une nécessité urgetite. Mais comment se fait-il que , ces deux jours étant écoulés , non seulement il se résolve à y aller (V. 8), mais encore qu'il conçoive Une toute autre idée de l'état de Lazare ^ et qUe même il ait la liôttVéllé positive de sa mort, qu'il annonce aux apôtres, d'abord d'une manière figurée (V. 11)5 puis ouvertement (V.. i4). Ici l'explication, naturelle éprouve une notable so« lution de continuité, qu'elle ne rend que plus frappante en imaginant un second messager (1), qui apporte, au bout des deux jours à Jésus, la nouvelle de la mort de Lazare survenue pendant l'intervalle. Le rédacteur de l'Évangile n'a pas du moins eu connaissance d'un second message, cttitte^ ment il en aurait fait mention ; car le silence qu'il garde sûr ce meissage, donne à tout le récit une autre app&rence, à savoir que Jésus a eu j d'une maniètie miraculeuse ^ connaissatice de là mort de Lazare. Jésus ^ lorsqu'il fut décidé à se t*endre k Béthanie ^ dit aux apôtres qu'il voulait réveiUer Làiàte endormi ()tfe>to([jLviTat... è^uTcviaw.». V* 11). L'explicàtibn naturelle se rend compte de cette circonstance en supjiosatit que Jésus conclut des renseignements fournis par le ttlessâgfer qui lui annonça la mort de Lazare, que ce dernier tii'étalt que datts uti état léthargique. Mais , ici , pas plus que plus haut , nous ne pouvons attribuer à Jésus une témérité assez jpett sage pour qu'il ait donné, avant d'avoir vu le prétendu mort, l'àssuratice positive qu'il vivait encore (a). Au point de vue de l'explication naturelle , les paroles que JésUs prononce en cette occasion,, font une nouvelle difficulté ; il dit, eh effet, à ses apôtres (V. 1 6) qu'il de réjouit
(i)Daiisla traduction dn texte qui ac- (a) Comparez C. Ch. Flatt, Un mot
compagne sa Vie de Jésus^ Pâiiliis pàrâtt pour là déf^hse dii kbirâclb dé ià l-éstir-
supposer , outre le message mentionné rection de Lazare, dans Sùskind's Ma-
dans réyangile , trois autres messages gazin, i4''' Stiick, S. gS H. .(P.46).;
l56 DEUXIEME SECTION. '
à cause d'eux de ne s'être pas trouvé à Béthanie avant et pendant la mort de Lazare, fl^/ï/z qu'ils croient^ Iva 7rt(rT£u<r/iTe. L'explication que Paulus donne de ces paroles , c'est que Jésus aurait craint que la mort de Lazare survenue en sa présence, n'eût ébranlé leur foi en lui. Elle a d'abord contre elle la remarque de Gabier : le verbe TrtdTeuo) ne peut pas avoir, sans autre explication , la signification négative de : ne pas perdre lajoi^ que l'on rendrait bien plutôt par une phrase telle que celle-ci : Afin que votre foi ne vous abandonne pas ^ ïva [AYj sxXetTTij ti Trtartç up-ôv (voy. Luc, 22, 82) (1). En second lieu , on ne montrera nulle part que les apôtres se soient fait une idée de Jésus comme Messie telle qiie la mort d'un homme ou même d'un a:mi eût été incompatible avec «a présence.
A partir de l'arrivée de Jésus à Béthanie , le récit évangélique devient un peu plus favorable à l'explication naturelle. A la vérité , quand Marthe lui dit (V. 21 seq.) que , s'il avait été présent , son frère ne serait pas mort ; quand elle ajoute : Mais je sais que , même à présent , tout ce que vous demanderez à Dieu , Dieu vous V accordera , ok^k xal vuv otda, OTt ôaa av atTyfcnri tov 0eov, ^wffet coi 6 0èoç, ces expressions paraissent renfermer, d'une manière non méconnaissable, l'espérance de voir le défunt rappelé k la vie par la puissance de Jésus. Mais, Jésus lui donnant l'assurance que son frère ressuscitera^ âva<rr/i(7eTai aJe>.<poç <jou, elle répond découragée : Oui, au dernier jour (V. 24). Cette réponse prête des secours à une explication qui , dès-lors , suppose rétroactivement à l'expression précédente de Marthe (Y. 22) un sens mal précisé, à savoir, que , même encore aujourd'hui, et bien qu'il n'ait pas conservé la vie à son frère, elle a cependant foi en Jésus, comme étant celui à qui Dieu accorde toutes ses demandes, c'est-à-dire comme étant le fa-
1^ (i) Gabler*8 Journal fur auserlesene theoU Literatur, 3, 2, S. a6i Anm.
Tori de la divinité , le Messie. Mais Marthe ne dit pas : Je crois j -TTKTTeuco, elle dit : Je sais^ olJa, et la tournure : Je sais que telle ou telle chose se fera pourvu que tu le veuilles^ est une forme ordinaire mais indirecte de la prière, d'autant moips méconnaissable ici, que l'objet de la demande est clairement manifesté par l'opposition qui avait précédé. 11 est donc clair que Marthe veut dire : tu n'as pas empêché, il est vrai, la mort de mon frère ; mais il n'est pas trop tard, même maintenant , et , sur ta demande , Dieu le rendra à toi et à nous. Sans doute il faut admettre que Marthe change de sentiment, puisque l'espérance qu'elle avait à peine exprimée, est déjà éteinte dans sa réponse (V. 24). Mais cela ne doit pas beaucoup nous surprendre cliez une femme qui , ici et ailleurs, se montre très mobile ; et , dans ce cas particulier, on s'en rend suffisamment compte par la forme de l'assurance qu'avait donnée Jésus. En effet , à sa demande indirecte Marthe avait espéré un assentiment précis ; mais, Jésus ayant répondu d'une manière tout-à-fait générale, et avec une expression par laquelle on avait coutume de caractériser la résurrection à la fin des temps ( âvaaTvfaeTat ) , elle réplique, moitié piquée, moitié découragée, qu'elle sait que Lazare ressuscitera au dernier jour ( i ). L'explication naturelle fait justement tourner à son profit cette expression de Jésus si générale, et les expressions encore plus indécises: Je suis la résurrection , etc.; èyco ei[JLi ^h âvaaTaat; x. t. >.., et elle dit que Jésus était encore loin de songer à un résultat extraordinaii-e ; en conséquence , il ne donne à Marthe que des consolations générales , promettant que lui , le Messie, procurera une résurrection future et une vie bienheureuse à ceux qui auront cru en lui. Mais plus haut Jésus avait parlé (V. 11) avec assurance à ses apôtres d'un réveil de Lazare , il faudrait donc qu'il eût changé de sentiment pendant cet
(1) Flatt, 1. c. ) s. loa £• ; De Wette, sur ce passage; Keander» S. 35 1 f«
l58 DIBUXIBME SJEGTIQNi
intervalle ; or, on ne trouve aucun motif k un changement, De plus, quand Jésus, sur le point de pix)céder k la résurrec-* tion de Lazare, dit à Marthe (Y. /\.o) : D/e vous airjepas dit que , si vous crojez^ vous verrez la gloire de Dieu ? qIJh fiiirov (TOI, OTi èàv irtdTeuînjç, ovj^et ty)v So^av tou ©eqù, il fait évi-^ demment allusion au verset a3, dans lequel il entend , par conséquent, avoir prédit la résurrection qu'il va opérer. S'il ne la caractérise pas d'une manière plus précise, et s'il cache de nouveau la promesse à peine donnée relativement diUkJrère^ «Â£>.<poç, en des promesses générales pour celui ^qui croit , TCKiTEucav (V. a5 seq.), il le fait à dessein , afin d'éprouver la foi de Marthe et d'agrandir son horizon (i).
A ce moment, Marie sort avec un cortège, et ses pleurs touchent Jésus au point de lui arracher des larmes. C'est une circonstance que l'explication naturelle invoque avec une confiance particuhère ; elle demande si Jésus, dans le cas eu il jurait été sur de la résurrection de son ami, ne se se^ rait pas approché avec la joie la plus vive de ce tomheau, duquel il avait la conscience de pouvoir à l'instant même le retirer vivant. En conséquence , elle entend les mots ilfrér missait, èveêpifi/ÎGaTO (V. 33 ) , yref/iwja/i^ , s(JLépt|Xfe)(jisvQa (Y. 38), d'un efibrt violant pour comprimer la douleur que lui avait causée la mort de- son ami, douleur qui se fit jour ^ des larmes, ââaxpuuev. Mais l'étymplogie d'après laquelle ce mot sj^ûe fremera in aliquem ou in se, et l'analogie de l'usage dans le Nouveau Testament où il n'a jamais que la signification de faire des reproches à quelqu'un (Matth. 9, 3o. Marc, i, 43 ; i4» 5), montrent que sfiêpi^ (jLocaâai exprime un mouvement de colère, non de douleur ^ et , dans ce cas particulier où il est joint, non au datif d'une autre personne , mais au mot T(j> îrv£u|xaTi et sv éourô , il devrait étjpe ei^tendu d'un mécontentement muet et retenu. Cette
[ (i) Flatt, 1* c.) liilcke, Tholuck et De W«Ue, sur ce passage*
NEUVIÈMB CHAPITRE. § XCVII. iSq
signifieatiûu conviendrait très bien au verset 38, où ce mot est répété ; car les Juifs ayant dit auparavant a cet homme qui a Qwert les yeux d'un ai^eugle ne poui^ait-il pas Jaire que Lazare ne mourût pc^ ? oùx viSuvaTo outoç , 6 àvoi^aç Toùç ô(pôa^|jt.oiiç tou tuçXou , xoiTiCrai ïva xai oùtgç (jl^à
aTTOÔavYj ; cette remarque appartient en tout cas à des gens qui se s^candalisent j puisque Tacte antérieur de Jésus les eniTr péchait de comprendre sa conduite actuelle , et , à so^ tour, sa conduite actuelle, de comprendre cet acte antérieur. La première fois que 8[jt.§pi[JLa(j6ai (V. 33 ) est employé , les larmes que chacun versait peuvent paraître avoir excité en Jésus plutôt un sentiment de tristesse que de mécontentement ; mais il est possible aussi qu il ait fortement désapprouvé le^iew dejoiy oXtyoTrKJTia, qui se manifestait. Si Jésus lui-même fondit en larmes , cela prouve seulement que son mécontentement sur la génération incrédule qui l'entourait devint de la tristesse en s' adoucissant , mais non que la tris^ tesse ait été, dès le commencement, le sentiment qui le remplissait. Enfin, quand les Juifs (V. 36), apercevant les larmes de Jésus, disent entre eux : Voyez combien il Ç aimait y ï^e, Tçwç sçtXei aÙTov, cela parait être plutôt contre que pour ceux qui considèrent Témotion de Jésus coipme de la douleur occasioimée par la mort de son ami , et comme un sentiment de sympathie avec la douleur de ses sœurs ; car, de même que le caractère de la narration de Jean fait, en général , attendre une opposition entre le^sens véritable de la conduite de Jésus, et la msCoière dont les spectateurs la comprennent , de même , en partîcuUer , les Juifs , oi îouSatoi , sont toujours, dans cet évangile , ceux qui entendent mal , ou interprètent mal les paroles et les actions de Jésus. On invoque encore le caractère ordinairement si doux de Jésus , à qui ne conviendrait pas la dureté qull aurait montrée s'il s'était choqué des larmes si naturelles de Marie et dçs autres (i).
(i) Làcke, %, S. 388.
l6o * DEUXIÈME SEGTIONé
Mais le Christ de Jean n'est nullement étranger à une pareille manière de penser. Celui qui, au seigneur de cour ^ padiT^ucoç, le suppliant innocemment de venir dans sa maison guérir son fils, adresse la leçon sévère : Si vous ne vojez des signes et des miracles^ vous ne croyez point, èàv^v) cyiixeibc xal répara ï^Yite , où (jLYj TCKjTÊucyjTe (4, 48) ; celui qui, voyant les apôtres blessés de la dure allocution du sixième chapitre , les prévient par des paroles aussi incisives : Cela vous scandalise-t-'il? TouTo ujxaç (yxavSaXiCfit ; et vous, ne voulez-vous point aussi vous en aller? [xin xal ùixeîç 'ôeT.eTe ÙTràyeiv ( 6, 61 . 67 ) ; celui qui repousse l'observation de sa propre mère se plaignant du manque de vin , lors de la noce de Cana, par ces mots si âpres : Femme , qù!y a-t-ilde commun entre vous et moi? Tt èpi xal goi, yuvai (2,4); celui qui éprouvait ainsi le plus vif mécontentement dans toutes les circonstaifces où les hommes , ne comprenant pas ses actions et ses pensées supérieures , se montraient pusillanimes ou importuns ; celui-là, dis-je, avait ici une raison toute particulière de ressentir un pareil mécontentement. Ainsi , comme, d'après cette interprétation du passage, il n'est nullement question d'une douleur de Jésus causée par la mort de Lazare, l'explication naturelle perd l'appui qu'elle croyait trouver dans cette particularité. D'ailleurs, dans l'autre expUcation du verbe è(jiêpt|Jt.a(r6at , l'émotion momentanée qu'il éprouva par sympathie avec ceux qui pleuraient , peut très bien se concilier avec la prévision qu'il avait de la résurrection de Lazare (1). Et comment les paroles des Juifs , qui lui reprochaient de n'avoir pas fait pour Lazare ce qu'il avait fait pour un aveugle , auraientelles été propres , ainsi que le soutiennent les interprètes rationaUstes, à exciter en Jésus l'espérance que Dieu , en ce moment, ferait peut-être pour lui quelque chose de signalé? Les Juifs exprimaient, non l'espérance qu'il pouvait ressus-
(i) Flatt, h c, S.^ xo4 f'i Lûcke, Le.
NEUVIEME CHAPITRE. § XCVII. l6l
citer le mort , mais la conjecture que , peut-être, il aurait été en état de conserver la vie du malade. Marthe , en disant que, maintenant encore, le père lui accordera ce qu'il demandera, avait donc été déjà au-delà du dire de ces Juifs; de sorte que , si de pareiUes espérances avaient été excitées pour la première fois , en Jésus, par quelque chose d'extérieur, elles auraient dû l'être dès auparavant , et par conséquent avant ces larmes de Jésus dont on s'appuie pour prétendre qu'un pareil espoir ne s'était pas encore éveillé en lui.
Lorsque Jésus ordonne qu'on ôte la pierre du sépulcre , Marthe dit : Seigneur^ il sent déjà , car ilj a quatre jours quil est /à, Kupie, yî^yi o^et, TerapTaioç yàp èffrt (V. 39). Ces expressions ne prouvent pas que la putréfaction eût déjà réellement commencé , et qu'un retour naturel à la vie fut impossible ; c'est ce quedes interprètes surnaturalistes ont accordé de leur côté (1) , car elles peuvent être une simple conséquence de l'intervalle de quatre jours qui s'était déjà écoulé. Mais Jésus, écartant l'observation de Marthe, insiste pour qu'on ouvre le tombeau (V. 4o)> et il dit que, pourvu qu'elle croie, elle verra la gloire de Dieu^ rry ^o^av ToD 0eoijî ; comment aurait-il pu prononcer ces paroles, s'il ne s'était pas senti, de la manière la plus précise, la puissance de ressusciter Lazare? D'après Paulus , ces paroles signifiaient seulement , en général , que celiii qui est plein de confiance obtient , d'une façon quelconque , une manifestation glorieuse de la divinité. Mais, quelle manifestation glorieuse de la divinité y avait-il à obtenir, en ouvrant le ' tombeau d'un homme enseveh depuis quatre jours, si ce n'est sa résurrection? Et, quand Marthe assure que la putréfaction a déjà dû s'emparer de son frère , quel sens les paroles de Jésus , dans leur opposition avec celles de Marthe , peuvent-elles avoir, si ce n'est qu'il s'agit ici de préserver
(i) Flatt, S. 106; Olshauscn, a, S. 269 (a** Auflage).
!!• Il
l6si DBTJXrtBGB SECTION.
Lazare de la putréfaction? Mais, pour apprendre avec toute certitude ce que les mots : gtoire de DieUy ^o^a tou 0eoiï , signifient dans notre passage, on n'a qu'à^se reporter au verset 4 5 où Jésus avait dit que la maladie de Lazare n'était pas mortelle , rpoç Ôavarov , mais était survenue pour la gloire de Dieu , uTrèp t^ç ^o^tjç toO 0eoO. Ici , l'opposition que renferment les mots : non mortelle , prouvent invinciblement que les mots ^o^a toGI 0eoijî indiquent la glorification de Dieu par la vie de Lazare , et , puisqu'il était déjà mort , par sa résurrection ; espérance que Jésus ne pouvait se hasarder à faire naître, justement dans le moment le plus décisif, sans avoir une certitude supérieure qu'elle serait accomplie (i). Aussitôt après l'ouverture du tombeau, et avant d'avoir crié au mort: Sortez dehors^ ^eCfpo e^w , il remercie son père d'avoir exaucé sa prière. Au point de vue de l'explication naturelle , cela est présenté comme la preuve la plus manifeste , non pas qu'il a rappelé Lazare k la vie par cette parole , mais que , en jetant le regard dans le tombe^, ill'a aperçu déjà ranimé. On ne devrait pas, en vérité , attendre un pareil argument de théologiens qui connaissent l'évangile de Jean. Combien ne lui est-il pas familier (par exemple, dans l'expression : le fils de V homme fut glofifié^ g^oÇadÔYi 6 uîoç Toij avÔpcoTTOu) de représenter comme déjà accompli ce qui se commenpe seulement, et ce qui va se faite! Combien , dans ce cas particulier, n'était-iTpas convenable de relever la certitude que Jésus avait d'être exaucé , en indiquant comme déjà réalisé l'accomplissement de sa prière ! D'ailleurs, de quelles fictions n'a- 1 -on pas besoin pour cxpKquer ultérieurement, soit comment Jésus s'aperçut que Lazare était revenu à la vie , soit comment ce dernier avait pu y revenir î Entre l'enlèvement de la pierre et la prière de fttaiéttieménl adressée par lésus, dit Paulus, est l'intervalle
(1) Flatt, S.97f.
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décisif OÙ s'opère le résultat surprenant; il faut qu'alors Jésus, encore éloigné de quelques pas , se soit aperçu que Lazare vivait, A quel signe? demanderons-nous, lï'où lui venait tin coup d'œil si prompt et si sûr ? et pourquoi k lui , et k nul autre? On conjecture qu'il reconnut par des mouvements le retour à la vie ; mais avec quelle facilité ne pouvait-il pa^ se tromper, puisque le mort gisait dans une grotte obscure? QueBe précipitation que de déclarer, sans un examen plus attentif, avec 'tant de rapidité et de précision, \^ co^iviotioh où il était de la vie de Lazare ! Ou , si les ipouvements du prétendu mort étaient forts et non méconnaissables , comment pouvaient-ils échapper aux assistants ? Enfin , comblent Jésus pouvait-il signaler, dans sa prière, l'événement qi^î allait s'accomplir, comme une manifestation de ss^ missioji divine, s'il avait la conscience d'avoir, non opéré, mais seulement aperçu la résurrection de J^azare ? Pour pro^jver la possibilité naturelle du retour de la vie chez Lazare, déjkeuterré, les rationalistes invoquent le peu de connaissance que nous avons des circonstances de sa mort supposée; la promptitude de l'enterrement chez les Juifs , puis la fraîcheur de la grotte , la forte odeur des aromates , et enfin le courant d'air chaud qui, au moment où la pierre fut enlevée , entra et vint le ranimer. Mais tous ces détails ne s'élèwent pas au-dessus du plus bas deg^ré de la possibilité, lequel est égal k la plus haute invraisemblance , ce qui fend impossible de concevoir la certitude avec laquelle Jésus annonça d' avance le jrésultat ( i ).
Ces annonces précises de ce qui va se faire , formant le principal obstacle k une explication n*|turel^e ^e çfi paragraphe , ont été par conséquent l'objet de la critique des jraûpnaUstfis , et |ls Qflf; çs§;yf é de çç déUvïW de Teflati^rr^e qu'eUes leur causaient, ei^ supposant qu'elles ne provieniient
(i) Sur ce point comparez particalièremcat Flatt et Liicke.
l64 DEUXIÈME SECTION.
pas de Jésus lui-même , mais qu'elles ont pu être ajoutées par î'évangéJiste d'après l'événement. Paulus même a trouvé entre autres l'expression je le réveilleraiy e^uTÛviccù aÙTov (V. Il) ^beaucoup trop précise, et il s'est hasardé à conjecturer cpie le narrateur avait omis , après l'événement , un peut-être atténuant dont Jésus s'était servi ( i ). Gabier a développé cette supposition ; non seulement il partage la conjecture de Paulus , mais encore il est disposé à mettre uniquement sur le compte de l'évangélistelesmots/^owr/a gloire de Dieu ^ ÙTuèp r^ç ^oÇîqç toîj 0eou( V.4). De même, verset 16, où il est dit : Je me réjouis à cause de vous^ de ce que je ne rriy suis pas trouvé^ afin que vous croyiez^ jf^aipo) ^i' ù[jt.aç,ïva mcTeucniTe, oti oùx yÎ[jl7)v exei, il suppose que Jean, après l'événement, a renforcé quelque peu les expressionsde Jésus. Enfin, mêmepour les paroles de Marthe (V. 22)* Je sais que , même à présent^ tout ce que vous demanderez à Dieu, Dieu vous F accordera , il accepte la pensée qu'il y a là une addition du fait de l'évangéliste (2). De cette façon, l'explication naturelle s'est reconnue impuissante à se tirer, par ses propres ressources, des diflBcultés que présente le récit de Jean ; car, si, pour s'y établir, elle est obligée d'effacer plusieurs passages, justement les plus caractéristiques , eUe avoue implicitement que le récit , tel qu'il nous est donné , n'est pas susceptible d'être interprété naturellement. A la vérité , 1er, passages dont on constate, en les écartant, l'incompatibilité avec l'explication rationaliste, ont été choisis avec beaucoup de parcimonie ; mais les détails dans lesquels nous sommes entrés, montrent que, si l'on
( I ) C'est ce qu'il dit dans son Commentaire, 4 » S. 537 ; dans sa Vie de Je' gusj X» b, p. 57, et a, b, p. 46, il ne fait pins usage de cette supposition.
(a) L. c, S. '972 ff. lieauder aussi ne se montre pas éloigné d'une pareille conjecture au sujet du verset 4 (S. 349).
Tandis que ces expressions paraissaient
à Gabier appartenir, non à Jésus, mais à Jean, elles ont paru à Dieffenbach, dans Bertholdt's krit. Journal, 5, S. 7 ff.. ne . pas appartenir même à Jean ;et, attendu qu'il regarde le reste de cet évangile comme rédigé par cet apôtre, il a admis que ces passages étaient des interpolations.
NEUVIÈME CHAPITRE. § XCVII. l65
voulait mettre sur le compte de l'évangéliste tontes les particularités de ce paragraphe qui répugnent à l'opinion des rationalistes, il ne resterait, pour ainsi dire, rien de tout ce qu'il renferme, qui ne dût être considéré comme une fiction postérieure. Ainsi, ce que nous avons fait nous-mêmes pour les deux récits de résurrection examinés auparavant , a été implicitement fait pour la dernière et la plus remarquable histoire de cette espèce, par les différents essais d'explication qui se sont succédé, à savoir qu'il ne reste plus que T alternative , ou d'admettre comme surnaturel l'événement , ou , si comme tel on le trouve incroyable, de nier le caractère historique de la narration.
Dans ce dilemme, pour nous décider relativement aux trois récits de résurrection , nous devons revenir sur le caractère particulier de cette espèce de miracle. Nous avons jusqu'ici suivi une échelle ascendante dans le merveilleux : d'abord, desguérisonsde personnes dont l'esprit était malade, puis des guérisons de toute espèce d'affections corporelles chez des gens où cependant le désordre de l'organisme n'allait pas jusqu'à la disparition de l'esprit et de la vie. Maintenant nous avons la résurrection de corps que la vie a définitivement quittés. Cette progression du merveilleux est en même temps une gradation de choses qui ne peuvent se concevoir. En efiet, nous avons été en état, jusqu'à un certain point, de nous représenter comment une afiection psychique, dans laquelle il n'y avait, parmi les organes corporels, de compromis que le système nerveux attaché spécialement à l'âme, a pu être guâîe, soit par voie spirituelle et par la seule action de la parole, du regard , de l'impression de Jésus , soit par une influence magnétique exercée sur les nerfs malades ; la guérison même de paralysies , de pertes sanguines , ne nous a paru , de la même façon , ni inconcevable en soi , ni sans exemple.. Nous avons conçu plus de doutes dès les cas de guérisons d'aveugles ; dans celles de lépreux, d'hydropiques,
l66 DRUXIlkMS SECTION.
nous avons été obligés d'exclure au moins la soudaînelé. Lies histoires de gaérisons à distance nous ont semblé devoiï étte complètement rejetées. Et pourtant > dans tout cela , il y avait quelque chose à quoi la puissance miraculeuse de Jésus pouvait s'attacher; il y avait du moins encore, dans les individus, une conscience à frapper par une impression , nii sryistème nerveux à exciter. Pour des morts , il en est àtitrer ment ; le mort de qui la vie et le sentiment ont disparu^ à perdu le dernier point d'appui auquel l'action de celui qui fait des miracles puisse se rattacher; il de Taperçoit plus , il ne reçoit plus de lui aucune impression , puisqu'il faut même que la faculté de recevoir des impressions lui soit d^artie de nouveau. Mais la départir, ou ressusciter sm propre , appartient à une puissance créatrice , et noua devons confesser notre incapacité à la concevoir exercée p^r un homme*
, Le fait est que, dans la hmite même de nos trois iiésurrections, on découvre une progression non méconnaissable. Woolston a déjà remarqué, avec raison, qu'on dirait que chacune de ces trois narrations a eu la prétention d'enchérir sur la précédente par quelque particularité miraculeuse qui y manque (i). La fille de jairusestressuscitée par Jésus sur le Ut même où elle venait de décéder ; le jeune homme 4e Naïn était déjà dans le cercueil, et on le transportait au cimetière ; enfin Lazare gisait '^ depuis quatre jours dans la grotte funéraire; Tandis que, dans la première de ces histoires, un mot seul indiquait que la jeune fille était déjà tombée entre les mains des puissances souterraines, cette indication a pris, dans la seconde histoire^ une forme qui appelle daVantagel'attention, puisqu'il estdit quele jeune homme avaitdéjà été port^ hors de la ville ; mais celui qui a été représenté de la manière la plus décisive comme appartenant déjà au monde
(i) l}iM, S»
NEUVIÈMB CHAPITRE. § XCyiI. 167.
souterrain , c'est Lazare enfermé depuis long-temps dans la tombe; de sorte que, si la réalité de la mort pouvait être contestée dans le premier cas y le doute , déjà plus difficile dans le second , devient à peu près impossible dans le troisième (1). Avec cette gradation croît également la difficulté de concevoir les trois événements , sî tant est qu'une chose inconcevable en soi puisse le devenir plus où moins,, suivant les différentes modifications qu'elle subit. Une résurrection 5 dans le tas où elle serait possible en général , devrait être plus possible chez un individu qui vient de mourir et qui est encore chaud , que chez un individu refroidi que l'on porte à sa dernière demeure ; et de nouveau , elle devrait l'être plus chez ce dernier que chez un mort en qui un commencement de putréfaction est supposé en raison d'un séjour de quatre jours dans le tombeau , et duquel il n'est pas du moins nié que la putréfaction n'eût pas déjà commencé en effet.
Indépendamment du merveilleux, parmi les histoires examinées, ceUe qui suit est toujours, d'une part, plus invraisemblable en soi , d'autie part plus dépourvue de témoignages extrinsèques , que celle qui précède. Quant au premier point, il est une cause d'invraisemblance intrinsèque, qui, attachée, il est vrai , à toutes, et par conséquent aussi à la première, se manifeste pourtant dans la seconde d'une manière spéciale. Dans celle-ci , l'évangéliste assigne pour motif de la résurrection du jeune homme de ^aïn la compassion que Jésus eut de sa mère (Y. i3); cela, d'après Olshausen, n'exclut pas un rapport de cet acte au ressus(^ité lui-même; car, remarque-t-il, l'homme, étant un être doué de conscience, ne peut jamais être traité simplement coron^e moyen, et il l'aurait été dans ce cas, si l'on voulait considérer la joie de la mère comme le seul but que Jésus se fût
(1) Bretscbneider» Probab.^ S.6i.
proposé en ressuscitant le jeane homme (1). Par Ik^ 01shausen , d'une manière dont nous lui devons de la reconnaissance, a, non pas fait disparaître , mais mis en lumière la difficulté de cette résurrection et de toute autre ; car, dire que ce qui , en soi , ou d'après des idées épurées , n'est pas permis ou n'est pas convenable, ne peut pas avoir été attribué à Jésus par les évangélistes , c'est une conclusion toutà-fait illicite. Il faudrait au contraire, la pureté du caractère de Jésus étant supposée , conclure que les récits des évangiles sont inexacts, du moment qu'ils lui attribuent quelque chose qui n'est pas permis. Or, que Jésus, dans ces résurrections, ait pris en considération si ce miracle tournerait à bien ou non pour les personnes à ressusciter, en raison de l'état moral dans lequel ils étaient morts , c'est ce dont nous ne trouvons de traces nulle part ; qu'à la résurrection corporelle ait dû se joindre et se soit jointe en effet, comme le pense Olshausen , la résurrection spirituelle , c'est ce qui n'est dit en aucun endroit; ces individus ressuscites, sans en excepter môme Lazare , rentrent dans l'ombre après leur résurrection. Aussi Woolston a-t-il pu demander pourquoi Jésus, au lieu d'arracher à la mort ces personnages insignifiants, n'avait pas fait sortir du tombeau un Jean-Baptiste ou tout autre homme utile au genre humain. Si l'on disait qu'il, avait reconnu que c'était la volonté delà Providence, que des hommes tels que Jean-Baptiste, ayant une fois payé le tribut à la nature, restassent dans le sein de la mort, il aurait dû, ce semble, penser de même au sujet de tous les trépassés ; et,en définitive , il n'y aura pas d'autre réponse à faire que celle-ci : comme on savait notoirement, au sujet des hommes célèbres , que le vide laissé par leur mort n'avait jamais été rempK par leur retour à la vie, la légende ne pouvait pas rattacher à de pareils noms les résurrections
qu'elle avait envie de raconter, et elle était obligée de choisir des sujets inconnus qui échappaient au contrôle de l'histoire.
Tandis que cette difficulté, commune aux trois narrations, apparaît d'une manière plus manifeste dans la seconde à cause seulement d'une expression fortuite , la troisième est pleine de difficultés toutes spéciales, puisque ni la conduite entière de Jésus , ni en partie celle des autres personnes ne sont bien concevables. Jésus reçoit la nouvelle de la maladie de Lazare, et la prière implicite que les sœurs du malade lui adressent pourqu'il vienne à Béthanie ; néanmoins il reste encore deux jours au lieu où il se trouvait, et il ne part pour la Judée qu'après qu'il est sur delà mort de Lazare. Pourquoi cela ? J 'ai montré plus haut qu'il ne prit pas ce parti, parce que, peut-être, il jugeait la maladie dépourvue de danger; loin delà, il prévoyait la mort de Lazare. Ce n'était pas, non plus, de l'indifférence pour ce dernier, Tévangéliste le remarque expressément (V. 5 ). Qu'était-ce donc ? Lùcke conjecture que, peut-être, dans ce moment même, Jésus était occupé à un ministère qui produisait d'heureux fruits dans la Pérée , occupation qu'il ne voulut pas inter-* rompre sur-le-champ pour Lazare, regardant comme un devoir de subordonner à sa vocation supérieure de prédicateur sa vocation inférieure d'opérateur de cures merveilleuses et d'ami secourable (1). Mais, outre que, ici, il pouvait très bien faire l'une de ces deux choses et ne pas omettre l'autre, par. exemple, laisser quelques uns de ses apôtres pour continuer son ministère dans la Pérée , ou guérir Lazare, soit par un apôtre , soit k distance par la puissance de sa volonté, le fait est que notre évangéUste se tait absolument sur une cause pareille du retard de Jésus. L'explication de Liicke, qui, dans tous les cas, resterait une conjecture , ne pourrait être écoutée qu'autant que l'évangéUste
(i) Comm. , 2 , s. 376; de même I^eander, S. 349*
1^0 DBUXlàHE BECTION.
ne donnerait pas une autre raison de l'intervalle de temps que Jéâus laissa s'écouler; or, cette raison, ainsi que OIshausen le fait remarquer, se trouve explicitement dans la déclaration de Jésus qui dit (Y. 1 5) être satisfait de ne à'être pas trouvé présent à la mort de Lazare, parce que la résurrection du défunt sera plus puissante pour fortifier la foi des apôtres que ne l'aurait été la guérison du malade. Jésus avait donc laissé à dessein mourir Lazare, pour obtenir d^autant plus de foi par une résurrection miraculeuse. Tholuck et Olshausen l'entendent de mêtne au fond , seulement ils se renferment trop dans le point de vue moral , disant que Jésus, en maître qui travaille à réformet ses disciples , vDulut perfectionner l'état de Fàme chez la famille de Béthanie et chez ses apôtres (i). Enfin ^ des expressions telles que celle-ci : Afin que le Fils de Dieu soit glorifié^ wa ^oÇ^àÔYi 6 oià< tou OeoC (V. 4)^ indiquent bien plutôt un but messianique^ c'est-à«-dire la |)ropagation et la consolidation de la foi eu Jésus , comme Fils de Dieu, au milieu de ce cercle très étroit, il est vrai, de personnes. Jamais, s'écrie ici Liicke, jamais le Sauveur, le plus noble ami des hommes, n'a agi avec autant d'arbitraire et de caprice (2) ^ et De Wette , de son côté , fait remarquer que Ji^Us n'a pas l'habitude de préméditer ses miracles et de les grossir (3), Mais quand le premier en conclut qu'une cause quelconque extérieure, par exeniple une autre occupation de soh ministère , dut retenir Jésus , cette conclusion est , on vient de le voir, en contradiction patente avec le récit ; et De Wette aussi la ttouve insuffisante, ss^ns montrer une autre explication ; de sorte que , si ces deux théologiens soutiennent, avec raison, que le véritable Jésus n*a pas pu agir ainii , mais seulement nient à tort que le rédacteur du qua-
. (i) Tholock, s. 20a; OUhansen, a« (3^ Andachubac^» z, S. 392 f. Ezeg.