I. â6d. Handb., ï, \ S. i
(a) LU ce.
trième évangile fasse agir ainsi Jésus , il ne reste rien autre cîibse que de conclure avec l'auteur des ProLakilia (1) que cette îticompatîbilité eritrig le Christ ae Jean et îe Chirist vëritatle tel qii'bnpeut se le représenter, prouve le caractère nbti historique de la narration <le Jean.
Là conduite qiii est attribuée aux apôtres (V, 12, seq.) doit ktissi exciter la surprise. S'il était vrai que Jésus leiir eût re{)i*ésenté déjà, du moins dans la personne des trois priiici|)àux d'entre eux présents au miracle, la mort de là fille de Jaïrùs comme un simple sommeil , comment pureidt-ils, qtiàhd il leur dit de Lazare : Il dort , je le réveillerai , xexotjAYiTai è^u77vt(7co aitov , songer à un sommeil naturel? Quand îin malade dort d'un sommeil salutaire, on né le réveille pas , et les apôtres durent aussitôt comprendre que le sommeil de Lazare était comme le sommeil de la fille de Jaïrus. Quand, au lieu de cela, les apôtres ehtehdent d*une façon aussi superficielle ce qui a un sens plus profond, il faut simplement y reconnaître la manière favbirite du quatrième évangéliste, que nous avons déjà appris k apprécier par une sérife d'exemples. lîès qu'il sut d'une manière quelconque par la tradition, que Jésus, dans son langage, désignait la mott comiiie un simple sommeil , son imagination, aisposéeà de J)areilles. antithèses, créa aussitôt une méprise correspondaiiie a ce langage figuré (2).
Ce que les Juifs disent, verset 87 , est difficilement concevame, du moment que l'on suppose la vérité des résurrections synoptiques. Les Juifs invoquent la guérison 4^ l'aveugle de naissance (Jfoh. 9) , et font Targument, que celui qui a rendu la vue à un homme , aurait bien été en état de prévenir la mort de Lazare. Comment tomberaientils sur cet exemple hétérogène et insuffisant , s'ils en avaient^ dans les deux résurrections , de plus analogues et de |)f b-
(t) s. 59 t, 79. (a] Comp. î)eWette,exeg.S[andb., ,
1 7^ DBUXIÉME SECTION.
près à donner une espérance , même dans le cas d'one mort déjà certaine ? Les résurrections galiléennes des synoptiques avaient précédé cette résurrection opérée en Judée et racontée par Jean; cela est certain, puisque, après cette dernière , Jésus ne retourna pas en Galilée. De plus , ces miracles ne pouvaient être restés ignorés dans la capitale ( i ), car, de l'un et de l'autre il est dit dans les synoptiques, que le bruit s'en répandit dans toute cette contrée^ dans toute laJudée et dans tous les pays environnants^ etç oXviv tv)v y^v sxeivYiv, ev oXkj tt) iou^aia xal èv Traer/i t-^ Tcsptj^coptù, Ainsi ces miracles auraient été plus voisins de la connaissance de Juifs réels ; et , comme , suivant le quatrième évangile , les Juifs invoquèrent un miracle plus éloigné de leur connaissance^ il est vraisemblable qu'il n'a rien su de ceux que les synoptiques ont rapportés ; et ce qui prouve que cette allusion appartient k lui et non à des Juifs véritables, c'est qu'il la rapporte justement à la guérison qu'il venait de raconter immédiatement auparavant.
Une difficulté non moins grande gît dans la prière qui est mise dans la bouche de Jésus , verset 4 1 et suivants. Après qu'il a remercié son père de l'avoir exaucé, il ajoute: que pour lui, il sait bien que son père l'exauce en tout temps , et qu'il ne prononce cette action de grâces particulière que dans l'intérêt du peuple , afin de lui inspirer de la foi en sa mission divine. Ainsi , d'abord sa prière se rapporte à Dieu , puis il ne la considère plus que comme faite à l'intention du peuple ; et ce n'est pas seulement, comme Lùcke le veut, que Jésus, qui, s'il ne se fût agi que de lui, aurait prié en silence,
(i) Ce que soutient Neander, L. J.
Chr., s. 354* Il objecte que le quatrième évangéliste a dû, dans tons les cas, avoir connaissance de résurrections opérées par Jésus, quand bien même le récit que nous examinons ici en serait une exagération non historique. A cette objection»
on répond qu'il ne fallait au quatrième évangéliste, pour former un pareil récit, que savoir , en général , que Jésus avait ressuscité des morts, et qull n'avait aucun besoin de connaître des récits particuliers auxquels il pût se référer dans ce cas-ci.
Neuvième chapitre. § xgtii. 173
ait prié à haute voix pour ramonr da peuple ( car, quand on est sûr d'être exaucé, il n'y a aucune raison pour prier intérieurement), mais c'est qu'il n'a pas besoin de remercier son père d'une faveur isolée , comme s'il en était surpris , attendu que, certain d'avance d'être écouté , le souhait et le , remerciement se confondent en lui ; en d'autres termes, le rapport qu'il entretient avec son père ne consiste pas dans des actes isolés de prière, de satisfaction à la prière et de remerciement, mais consiste dans un échange permanent et incessant de ces fonctions réciproques , de sorte qu'un tel état de choses ne permettrait pas la manifestation isolée d'actions de grâces. Donc, si , en raison des besoins du peuple et de sa sympathie avec le peuple, Jésus avait fait une manifestation isolée de ce genre, il faudrait donc, pour qu'il y eût quelque vérité dans l'explication que je viens d'exposer, que l'âme de Jésus eût été entièrement envahie par la sympathie, que de l'état du peuple il eût fait son état propre, et qu'ainsi, dans ce moment , il eût prié de son propre mouvement et pour lui-même ( 1 ) . Mais ici , à peine a-t-il commencé à prier qu'il se met à réfléchir qu'il ne prie pas pour son propre besoin. Sa prière lui est donc dictée, non par un sentiment sincère , mais par un froid accommodement à la situation des autres , et l'on doit trouver cela non seulement difficile à concevoir, mais même choquant. En tout cas, celui qui, de cette façon , ne prie que pour l'-édification des autres , n'ira pas leur dire qu'il prie , non de son propre point de vue, mais du leur, parce qu'une prière faite à haute voix ne peut faire d'impression sur les auditeurs qu'autant qu'ils supposent que celui qui prie y est de toute son âme. Comment alors Jésus put-il rendre inefficace par une pareille addition la prière qu'il venait de commencer ? S'il était
(i^ Cet argument s'adresse aussi à De de la sorte , admet cependant qu'il a été Wette , qui , tout en reconnaissant qu'il animé de pareils sentiments, ne conyient pas que Jésus se soit exprima 1
pressé de confesser devant Dieu le vâîtable état des clioses, îl pouvait le faire en silence ; mais une prière prononcée a haute voix et telle que nous la lisons maiqtenant , n'aurait pu être destinée qu'aux chrétiens des âges postérieurs, qu*aux lecteurs de l'Évangile. En effet, si l'on conçoit que des actions de grâces étaient nécessaires pour éveiller la foi dans la foule des assistants , on conçoit aussi que la foi développée , telle que le quatrième évangile la suppose , pût se choquer d'une pareille prière, parce qu'elle semblait provenir d'un rapport trop subordonné et surtout trop p^u constant entre le père et le fils. En conséquence , cette prière, qui était nécessaire pour les auditeurs, dut être annulée de nouveau pour les lecteurs d'un temps postérieur , ou être réduite à la valeur d'un simple accommodement; mais ce n'est pas Jésus , c'est un chrétien vivant plus tard qui a pu avoir une pareille cpusidératipu. Cela a déjà été genti par un critique , qui a voulu rejete^r du texte le qijiarantedeuxiènje verset, comme étant i^ne interpolation ppstérieure (i). Mais, comme ce jugement estdapouj^yu de tPiffP raisoij extrinsèque ^ il faudrait , si ces paf olçs n^ peifyeiit pas être de Jé3us , admettre ce que Liicke p'était pas tppt- ^-fait élpigné d'admettrç autrefois (a), que l'évangélistç joip les a prêtées à Jésus que pour expliquer celles qui p^pcèdent dans le verset 4 1 • Lie fait est que nous avons ici 4f^s paroles qui sont seulement prêtées k Jésus par l'évaugéliste ; ipais, si le verset 42 est de cette natijre, qui nous gi^rantit qu'il est le seul? Dan^ un évangile où pous avoijs déjà ip-^ connu que tant de discours sont siïflplement prêtés à Jésjf^, (^ns un chapitre qui , de toutes parts , a des impossibilités iisforiques , la difficulté qi^e suscite un seul verset ^t un signe , non qu'il n'appartient pas au reste du contexte, mais
l {i) ikeflMMHi^j^^fll^^siiiter-- de Jean, dans rfiertfaoldt** krit. Joonnl, poUtioDS yraiseDoblables dans révangile ê^ S.6£.
(2) Comin, Z.J0I1., i^*^ Aufl. a 9 S, 3 10.
NEUVIÂMB €HA»A%E. $ XGVII. 176
que le tout ensetnbie n'appartient pas k }a classe des com-^ positions historiques (1 ).
Qaant ap degré de Valeur entre les raisons extrinsèques qui garantissent isolément la créance de chacune des trois narrationSjWoolston a déjà observé avec justesse qu'il est étonnant que trois évangélistes fassent mention de la résurrection delà fille de Jairus y où le miraculeux est moins manifeste , tandis que les deux antres résurrections ne se trouvent chacune que dans un évangile {p) (et, comme l'on conçoit encore moins, pour la résurrection de Lazare , comment elle peut manquer dans les autres, qu'on ne le conçoit pour la résurrection du jeune homme de Naïn , on trouve ici une échelle corn* plète de progression.
On remarque que la résurrection du jeune homme dé Naïn n'est racontée que par le rédacteur de l'évangile de Lûc ; on remarque, en particulier, que Matthieu et Marc devraient l'avoir à côté ou en place de la résurrection de la jeune fille, et cela fait difficulté à plus d'un égard (3). D'ar? bord, en général , on devrait croire , attendu^ que, d'après les récits évangéliques , peu de résurrection^ ont été opérées, et qu'elles sont éminemment des preuves d'une mission divine , on devrait croire , dis-je , que les évangélistes n'auraient pas été fâchés d'en recueillir une seconde à côté de la première. Matthieu a pensé qu'il valait la peine de raconter trois exemples de guérisons d'aveugles ; cependant ces guérisons ont bien moins d'importance , il aurait pu se contenter d'une seule , et , au lieu des autres , consigner dans son évangile l'une ou l'autre des deux résurrections restantes» , Supposé encore que les deux premiers jévangdistes eussent voulu , par un motif que nous ne pouvons {)his reconnaître, ne donner" qu'une hktoire de résurrection, ils auraient
(1) C*est ce que dit aussi l'antear des (3) Comparez Schleiennacher , iiber
Probàinlia, S. 6 1. den Liikas, S, io3 f.
(2} Disc, 5-
1^6 DEU]yEME SECTION.
dù, ce semble, choisir celle du jeune homme de Naïn, si tant est qu'ils la sussent, de préférence à celle de la fille de Jaïrus, parce que la première est, ainsi que cela a été expliqué plus haut , une résurrection plus décidée et plus frappante. Si néanmoins ils ne rapportent que celle de la jeune fille, il faut croire que Matthieu du moins n'a rien su de l'autre ; pour Marc , il l'avait vraisemblablement sous les yeux dans l'évangile de Luc. Mais déjà , au verset 7 ou verset 20 du chapitre 3 , il avait quitté Luc ,6,12(17), pour passer à Matthieu , 12, 1 5 ; et ce n'est qu'au verset 35 (2 1 seq. ) dtt chapitre 4 5 qu'il revient à Luc, 3, 22 (16 seq.) (1); mais, dès-lors, la résurrection du jeune homme de Naïn, qui se trouve dans Luc , 7 , 1 1 et suivants , était dépassée. Maintenant une seconde question s'élève : Comment la résurrection du jeune homme , si elle a été réellement effectuée , peut-elle être demeurée inconnue au rédacteur du premier évangile? Cette question , indépendamment même de l'origine supposée apostoUque de cet évangile, n'a pas de moindres difficultés que la précédente. Bon nombre de disciples^ (jLaÔviTal txavol , avaient été , outre le peuple , témoins de cette résurrection ; Nain, d'après la détermination que donne l'historien Josèphe de la situation de cette localité par rapport au mont Thabor , ne peut pas avoir été éloignée du théâtre ordinaire où, en Gahlée, s'exerçait le ministère de Jésus (2) ; enfin le bruit de cet événement , comme cela est naturel, se répandit au loin (V. 1 7). Schleiermacher pense que les rédacteurs des premières esquisses de la vie de Jésus , étrangers au cercle apostoUque, s'abstinrent généralement de demander des renseignements aux apôtres très occupés; qu'ils s'adressèrent aux amis de Jésus du second ordre, et que, en conséquence, ils se tournèrent de préférence vers les lieux où ils espéraient la plus ample moisson, Caphar-
(i) Saunier, ûber die Quellen des (a) Comparez "Wincr, bibl. Eealw.
Markus, s. 66 ff. d- A.
NEUVIÈME GHAPITBE. § XCVII. I77
nâûm, Jérusalem; mais que ce qui s'était passé ailleurs que dans ces deux villes, comme la résurrection dont il s'agit ici, ne put pas aussi facilement tomber dans le domaine commun. D'une part, cette hypothèse abandonne trop au goùtparticulierde quelques individus la propagation delà connaissance des actes principaux de Jésus, en l'attribuant aux recherches de quelques amateurs, de quelques collecteurs d'anecdotes qui allèrent glaner, comme le fit plus tard Papiàs ; d'autre part, on s'imagine faussement (et ces deux idées se tiennent) que les Histoires dont il s'agit se déposèrent, comme des corps lourds obéissant à la pesanteur, dans les lieux qui en avaient été les témoins , qu'elles y restèrent comme des trésors sans usage qu'on ne montrait qu'à ceux qui venaient s'en enquérir sur place ; il n'en est rien , elles s'envolent , pleines de vie , loin de l'endroit dans lequel elles se sont passées ou se sont formées ; elles se dispersent de toutes parts, et il n'est pas rare qu'elles rompent complètement le lien qui leî attache au lieu de leur origine. Nous en voyons tous les jours des exemples dans d'innombrables histoires, vraies ou fausses, qui sont représentées comme s' étant passées dans les contrées les plus diverses. Du moment qu'une pareille histoire s'est formée, elle devient la substance, la localité prétendue n'est plus que l'accident ; et ce n'est nullement, comme lèvent Schleiermacher, la localité qui est la substance à laquelle l'histoire serait attachée comme accident. Si donc l'on ne peut bien concevoir comment un événement de cette espèce, s'il s'était réellement accompli , aurait pu rester en dehors de la tradition générale , et , de la sorte , être inconnu au rédacteur du premier évangile , l'ignorance où il en est suggère . des soupçons contre la réaUté historique de cet événement.
C'est avec un bien autre poids que ce motif de douter retombe sur la narration du quatrième évangile relative à la résurrection de Lazare. Si les rédacteurs ou collecteurs des trois premiers évangiles l'eussent connue , ils n'auraient pas II. lâ
1^8 DSUllàMl SEGTiOir.
pp , pour plus d'une raisou , s- abstenir de la veeâeQlîr dans ieiirs écrits. D'abord , elle est , parmi toutes les résnrleetions opérées par Jésus , et même parmi le reste de ses miyacles, sincm le fait le plus miraculeux , du moins celui où le merveilleux se déploie de la manjière la plus évidente et la plus saisissante , et celui qui , en conséquence , si Ton parvient à convaincre quelqu'un de sa réalité historique , est le plus propre à démontrer la mission divine de Jésus (i). Ainsi, les évangélistes , quand même ils auraient déjà raconté une ou deux histoires de résurrection , ne pouvaient pas trouver superflu d'y ajouter celle-ci. En second lieu , elle eut, d'après l'évangile de Jean , une influence décisive wt la marche de la destinée de Jésus , car, d'après 1 1 , 47 seq., l'augmentation du concours de ceux qui se pressaient ai|tour de Jésus , et la grande sensation que causait ' la résurrection de Lazare , décidèrent le Sanhédrin à cette délibération' où l'avis sanguinaire de Caîphe fut donné et Accueilli. Cette do^ble importance , dogmatique et historique, de l'événement, devait obliger les synoptiques k le raconter, s'ils le connaissaient. Cependant les théologiens ont ûaaginé toutes sortes de motifs pour expliquer comment il a été possible que les évangélisbes , bien qu'ils connussent la chose, n'en aient rien dit. Les uns ont pensé que , au temps de la rédaction des trois premiers évangiles , l'histoire était racore dans toutes les bouches , et que , par conséquent , il était inutile de la consigner par écrit (2) ; d'autres , par une conjecture inverse , ont dit qu'on voulut prévenir la publicité de cette aventure , afin de ne faire courir aucun péril à Lazare encore vivant (qui, d'après Jean, 19 , io,fot poursuivi par les chefs de la hiérarchie juive k cause du miracle tf&ri sur lui ) , ou k sa famille ; crainte qui n'existait pas
(1) QaV)n se rappelle rcxpression (a) WLitby,aimot,, sur cjb passage.
NEUVIl^nt OBÂPlflIfi. § XGVIl/ 179
{dus tard ^ fin temps où Jean éemit son évangile (i). Or, ces fleox motife s'annulent réciprdqaement de la manière la plus oomplète; 2|iissi , chacun d^ei|x en soi est-il digne k peine d'une réfutation sérieuse. Cependant , comme de pareils ex* pédients sont «nployés plus souvent encore <ja\m ne pourrait le croire, il ne faut pas i^gretter quelques remarques consacrées k les combattre. L^assertion de ceux qui prétendent que la résurrection de Lasare , étant généralement connue dans le cercle des synoptiques, n^a pas été, pour cette raison, consignée par eux dans leurs évangiles, prouve trop ; car, sî cette raison était valable, ce seraient justement les points capitaux de la vie de Jésus, son baptême dans le Jourdaiq, sa mprt et sa résurrection, que les synoptiques auraient dû omettre. Mais un écrit qui , comme nos évangiles , se forme au sejn d'une société religieuse , sert, non pas seulement k fkire con- ^aîtTe ce qui est inconnu , mais encore k conserver ce qqi est déjà connu. Quant k la seconde explication , d^autres ont déjà remarqué que la publicité de Tbistoire de la résurrection de Lazare dans des contrées extra-palestines pour lesquelles Marc et Luc écrivaient , ne put pas lui nuire , et que le rédacteur du premier évangile , dans le cas où il aurait écrit dans et pour la Palestine , se serait difficilement décidé k taire une œuvre où la gloire du Christ s*était si particulîè-* rement manifestée , et k la taire par considération pour Lazare, qui , sans aucun doute devenu chrétien , ne pouvait pas , dans le cas invraisemblable où il aurait vécu encore au temps de la rédaction du premier évangile, se refuser, non plus que sa famille , k souffrir pour le nom de Jésus. Le temps le plus çlangerçuîç pour Lazare fut , d'après Jean, 1^9 10 , celui qui suivit immédiatement^^ résiirrection , et un récit publié aussi tard p'ét^lit guère en état d'augmenter ou de renouveler ce danger ; enfin ^ dans la contrée
( 1 ) C'est ce qoe disent Grotius , Her- sous fpn^e de co^^^or^ » Q|t||ft nMM^ift der, Olshansen admet aussi, a^ moins de Yoir, 9b 3« %^^ U Ànmerk»
l8o DEUXIEME SECTION.^
de Béthanie et de Jérusalem. d*où venait le danger qui menaçait Lazare , la résurrection devait être si connue et si présente au souvenir, qu'il n y avait rien à risquer en la consignant par écrit (i).
V II reste établi que les synoptiques n'ont pas connu la résurrection de Lazare , puisqu'ils n'en ont rien dit. Ici donc se reproduit encore la seconde question de savoir comment il a été possible qu'ils l'aient ignorée. Hase dit que le motif de cette omission est cacbé dans les conditions conmiunes qui font que les synoptiques se taisent en général sur tous les événements antécédents dont la Judée fut le théâtre. Cette réponse mystérieuse ne décide pas, à ne considérer du moins que l'expression, s'il faut se prononcer contre le quatrième évangile ou contre les autres. L'indécision qui règne dans la réponse de Hase, a été tranchée par la plus récente critique de l'évangile de Matthieu , laquelle, déterminant, à sa façon, quelles étaient ces conditions communes , a déclaré que, en ignorant une histoire qui devait être connue d'un apôtre, les synoptiques montrent tous qu'ils n'ont pas appartenu au cercle apostolique (2). Mais, bien que l'on renonce à l'origine apostolique du premier évangile , cela ne rend nullement explicable pourquoi lui et les autres n'ont pas connu la résurrection de Lazare; car, cet événement étant très remarquable, s'étant passé au centre de la contrée juive , y ayant fait une grande sensation et ayant eu les apôtres pour témoins oculaires , on
(1) Voyez ces argnments dispersés dans Paolus etLûcke, sur ce chapitre; dans Gabier, Mémoire cité, p. a38 seq.; et dans Hase, L. J., § xig. ITn nonveaa motif pour expliquer pourquoi Matthieu se tait sur la résurrection de Lazare , a été imaginé par Heydenrcich (ûber die Unznlâssigkeit der mythisclicn Auffassung, siMStuck,S.43). L'évangéliste^dit cethéologieBy !*a omise- parce qn*il vou-
lait la traiter et la reproduire avec une délicatesse et une vivacité de sentiment dont il ne se crut pas capable. Ainsi cet homme modeste a mieux aimé ne pas toucher à cette histoire que de lui faire perdre, en la racontant, quelque chose de ce qu'elle a de touchant, de fort et d'élevé.
c'eût été là une bien vaine modestiç. ^ (a) Scluicckenburgcr,ùberdenUrspr., $. 10.
NEUVIÈME CHAPITRE. § XCVII. l8f
ne conçoit pas comment il ne serait pas entré dans la tradition générale , et de là dans les évangiles synoptiques. On a prétendu que ces évangiles avaient, pour fondement, des traditions galiléennes , c'ést-à-dire des narrations orales et des pièces écrites provenant des amis et des compagnons galiléens de Jésus ; que ces derniers ne furent pas présents à la résurrection de Lazare , et que, par conséquent , ils ne la recueillirent pas dans leurs mémoriaux ; que les rédacteurs des premiers évangiles, se tenant rigoureusement à ces renseignements galiléens, omirent également cette résurrection (i). Mais on ne peut pas tracer , entre ce qui se passa en Galilée et ce qui se passa en Judée , une ligne de démarcation assez profonde pour qu'un événement tel que la résurrection de Lazare n'ait pas dû avoir aussi du retentissement dans la Galilée. Bien que cette résurrection ne se fût pas opérée dans un jour de fête où plusieurs Galiléens auraient pu être témoins oculaires , comme chez Jean, 4 , 45 5 cependant les apôtres , gaUléens pour la plupart , y furent présents (V. 16); et, dès que , après la résurrection de Jésus , ils furent retournés en Galilée , ils durent répandre cette histoire partout aussi dans cette province ; ou plutôt les Galiléens qui vinrent assister à la fète de Pâques qui fut la dernière que visita Jésus , durent apprendre un événement qui avait fait le bruit de la ville. En conséquence Lùcke trouve insuffisante cette explication de Gabier ; il veut , à son touï , donner la clef de l'énigme , en remarquant que la primitive tradition évangélique, suivie par les synoptiques , a, dans la représentation de l'histoire de la! passion , moins saisi le nœud des affaires , et que , ce nœud lui échappant , elle a omis un événement qui fut le motif secret de l'arrêt de mort prononcé contre Jésus , mais que Jean , initié dans l'histoire intérieure du Sanhé-
(1) G^ler, 1. c, S. a4o f. Kean^fir «'exprime \k pcn près de m^sad, S* 35;.
l6fi UUXIÉMI SSCTIOlr»
driHy fot le premier qm put remplir cette lacnne (i)« Cette ^licatîon poorrait , à la vérité , {sembler affaiblir un des moti& qld devaiait ferca* les synopticjiies à consigner cette résurrection , à savoir , le motif tiré de l'importance qu'elle eut pour la destinée de Jésus ; mais on ajoute que, considérée comme miracle en soi^ et sans ces circonstances accessoities j elle put facilement se perdre parmi les autres récits de mirâckâ dont nous avons , dans leà trois premiers évangiles, itn choix en partie fortuit. Or le fait est que ce choix des sjmôpti^ qmes ne parait fortuit que si Ton suppose , ce qui ici devrait £tre prouvé d'abord , que les miracles racontés par Jean «ont historiques;^ et, si les ^optiqu^ , dans leur choix j il'ont pas obéi au hasard jusqu'à être absurdes , ils ne peuvent pas avoir laissé de côté un pareil miracle {îï)i
Ge sont sans doute ces Considérations et d'autres dé ce genre qui ont décidé tm des derniers interlocuteurs dans là controverse relative au prenûer évangile , à se plaindre de h paitîaiité avec iaqueUè on â tntk:hé la «{Uestion préoé-
(i) Comm. z; Joh.« a,S. 40a.
(a) Goimparez Dé \Vette , exeg.
BàndlK) H S^ B. i5§; tÀis UèqiAn àt Sckleienbacher suf la tie de Jéstis ( s^il m*e^ permis de citer un écrit qui n*est ^âft «nodr^ lïaptiiÉaé) cbM&kfaneîlt «lie explication du silenoe qdL bous ocdtape ici. 11 y est dit que îe« evàng^listes syn- ^ptlqiD(lfo ignot^At^ eki ^gS&MH ; Rm rè^ lations de Jésus arec la fiMille de Bétiiamé, parce que, petrt-^tre, lès âpôtrès he VohMmit pas Whïtk ïpèÊUét àztkï U tradition géûétule où puisèrent ces évangéiisWs, dès relations pérsonnelîès et in- %ifties Hè «ètCb^spèM^ 4*>h%olHiâ^uéiltfe, ce fait isolé • qui appartenait aux rela- ^di) ^e i^lus âiVéb vè^h ttànîm, ffiàVs ^ Wtt «brtcitlin ^ ce «tfte^ liataetiM ignoré. Mab quelle raison aurait pu dé' c^ètkéi ^ptires Inûtïé |*aitiffe retenue?
Devrions-nous penser à des relations secrètes, on même, avec Venturini, à de •endxA MUtidM? Oe )»arieniV8 TetatiMi&
privées n'auraient-elles (tas , avec Jésus ^ renfermé bien des choses édifiantes ? Le fait ««t ^è noei troatons de ^uoi noué édifier grandement dans les récits que Jean et Luc nous ont faits des relations de Jésoi àvee œtte Ainitte; et, qtmnd nous lisons dans ce dernier la visite de ^ësus à lÀarthe et MaHe, nous compre- *otn égatemend que Ifes apôtt^, dans leur annonciation , n*étaient nullement éloignés de laisser voir quelque chose de «tei retatlOiA, Ik du moinft bA ellël ptordvaient être d*un intérêt général. Or, quant a iliitérét général, là résurrection d6 Lazax^) en taftt que m'Micie ^ihent, dépassait, infiniment plus que cette visite avec SOti tn'ot : wnâ seule choie eil héceJs^ saiPs, Mx i9ri xf*tf«, le» Mmites dto rf lations privées de Jésus avec la famille de B^aniiB'; fc dl^ifr supposé dfe tetifr celles-ci secrètes ne pouvait pas mettre un obstacle au besoin de rendre I9
NEUVIÂMB CHAPITRE» § XGYII. l83
dente , toujours au désavantage des synoptiques , et particulièrement de Mattliieu^ sans réfléchir qu'une réponse dangereuse pour le quatrième évangile n'est pas moins voi*sine (i). Nous ne serons pas, non plus, effrayés j^ar leè ana*thèmes de Lùcke , qui , dans la dernière édition de son livrée' déclare que celui qui i du silence des synoptiques , Conclut que le récit de l'évangile de Jean est privé d'authenticité et est une fiction , fait preuve d'un défaut de jugement sans exemple , d'un manque absolu de Tintelligence des rapports qui unissent nos évangiles entre eux ; et, bien que nos au-* teurs , dans une sécurité théologique non ébranlée par les traits de l'auteur des Probabilia qui n'ont pas tous porté à faux , continuent a admettre ces jcapports tels que Lùcke les entend , nous ne nous abstiendrons pas de déclarer po-^ sitivement que nous regardons l'histoire de la résurrection de Lazare ; non seulement comme celle qUi est intrinsèque*ment la plus invraisemblable , mais encore comme celle qui, extrinsèquement ^ est la plus dénuée de tout appui , sans ce* pendant nous cacher la difficulté qu'un pareil arrêt a pour celui qui , du reste , avoue que le quatrième évangéliste a eu une connaissance plus exacte que les autres^ des relations de la famille de Béthanie avec Jésus.
Si, de cettefaçoU) les trois résurrections de morts sont dever nues plus ou moins douteuses par des raisons négatives, il ne manque plus qu'à trouver une preuve positive qui fasse voijr que , même sans fondement historique^ la légende derésurrec* tions opérées par Jésus a pu se former. D'après des passages des rabbins (a), aussi bien que du Nbuveau-Testament (pat
exemple: Joh.,ô,a8 seq»; 6, 4o» 44» i*C!or. lô; i. Thess. 4^ i6), oti voit ^ue le Messie devait ressusciter les morts) or, la présence sur terre , îtapoucrta , du Messie Jésus était,
(i) Kern, ûber den tJrspniiig des (2) Bertholdti ChristoU Jud« , § 35.
ËViiÀ^, Matm. tûBiiig. Zëit8eliiirt,i834,
aiS« 110.
l84 DEUXIEME SECTION.
coupée en deux par sa mort dans Topinion de la première communauté chrétienne : la première portion comprenait sa prince préparatoire, qui commençait avec sa naissance humaine , et se terminait avec sa résurrection et son ascension ; la seconde comprenait son arrivée future dans les naées du ciel , et l'ouverture réelle du siècle à venir , aiwv [aA^cov. Comme , dans la première présence de Jésus , les gloires attendues du Messie avaient manqué, les grandes œuvres de là puissance messianique, par exemple, la résurrection générale, furent remises k la seconde présence, qui était encore dans l'avenir. Mais, pour gage de ce que l'on devait espérer, il fallut que, à travers la première présence, la gloire de la seconde perçât dans des faits isolés ; il fallut que 3ésus, dès sa première arrivée, justifiât, par la résurrection de quelques morts, sa qualification pour ressusciter un jour tous les morts; il fallut que , interrogé au sujet de sa messianité , il pût citer, parmi les signes caractéristiques de sa mission, le réveil des morts , vexpol eyeipovrai (Matth., 1 1, 5), et communiquer à ses apôtres cette même toute-puissance (Matth., lo, 8; comparez Act. ap. g, 4^; 20, 10); il fallut surtout que , comme prélude exact du jour où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix et sortiront de leurs tombeaux , Tuavreç ot èv toîç [i,v7i[jt.£ioiç â)cou(TovTat Tviç <p(0V7)ç auTOu vm exTTOpgudovTai (Joh. , 5, 28 seq.), il eût crié à haute voix, çwv^ (AsyaVij, sortez dehors, âeupo g^co, à unmort^^e^^' était depuis quatre jours dans le tombeau, TéGGccfOLç -înjjigpa; vi^yi gj^ovTi év tw (jt.vY)[A8tft> (Joh., 11, 17. 43). L'Ancien-Testament fournissait les types les mieux préparés pour la formation de récits détaillés de résurrections isolées. Les prophètes Elie (t. Reg. ,17, 1 7 seq, ) et Elisée (2. Reg. , 4? ^ 8 seq. ) avaient ressuscité des lorts, et des auteurs juifs invoquent ces précédents comme rpesdu temps messianique (1). L'ohjet de leurs résurrec-
'YoyeEJ^le passage de Taacliuma, rapporté t. i| § i4» vers la fin, dans la note.
NEUViiME CHAPITRE.' § XGVIL l85
dons fat, pour tous ks deux, un enfant, mais un garçon, tandis que, dans la narration commune aux synoptiques , c*est une jeune fille ; tous deux le ressuscitèrent pendant qu'il était encore sur son lit, comme Jésus la fille de Jaïrus ; tous deux, pour opérer cette résurrection , se rendirept seuls dans la chambre mortuaire , de même que Jésus fit sortir tout le > monde, excepté un petit nombre d'amis intimes; seulement, comme de raison, le Messie n a pas besoin d'employer les manipulations pénibles par lesqueUes les prophètes cherchent à arriver à leur but. Élie, en particulier, ressuscita le fils d'une veuve, comme Jésus fit à Naïn. Il rencontra à la porte de la ville la veuve de Sarepta, mais avant la mort de son fils , de même que Jésus rencontra sous la porte de la ville la veuve de Naïn après la mort de son fils ; enfin les mêmes paroles servent dans les deux cas à exprimer comment l'auteur du miracle rendit le fils à sa mère ( i ). Un mort déjà déposé dans la tombe , c6mme Lazare , fut ressuscité par Elisée (2. Reg., i3, 21); seulement le prophète était mort depuis long-temps, et le contact de ses ossements ranima le cadavre, qui fut jeté dessus fortuitement. Il y a encore une autre ressemblance entre ces résurrections de l' Ancien-Tes- ' tament et celle de Lazare , c'est que Jésus , qui commande au mort dans les deux résurrections racontées par les synoptiques , adresse , dans celle que raconte Jean , une prière à Dieu , comme Elisée et particulièrement Élie avaient fait. Pendant que Paulus étendait jusqu'à ces narrations de l'Ancien-Testament l'explication naturelle qu'il avait formulée pour celle du Nouveau , des théologiens a vue plus étendue avaient remarqué depuis long-temps que les résurrections des évangiles n'étaient pas autre chose que des mythes, nés de la tendapce de la plus ancienne commua
(1) I. Reg. 1 7, a3, lxx : K«î, fSaxn i^^nîv otvt^v x^ fjivyrpl owtov. eixtxh T^fAvrrpi avTov* Luc, 7, 16 : Koii
l86 DEUXIÈME SECTION.
naaté chrétienne à modeler son Messie sur le type des prophètes et sur celui deFidéal messianique (i)«
5 xcvm.
Anéicdotës dti lab.
Gomme lesienvirôns da lac de Galilée farétit le |)rihcip2y[ théâtre du ministère de Jésus, dtl moins d'après le dii^ dés trois premiers éirangélistes , tm lioinbre assez toÈisidérablé de ses miracles se trouTB en irelatioii imniédiaté avec le hH. Un miracle de cette espèce^ la pêche mitàctilettsë^ d'est d^k pr^nté à notre examen } il nous teste eticdré le calme mi-^ Tâculeusement itnposé k la tempête q^i -, pendant i^é Jésus dormait , s'était élevée stir le lac ( ëhe^ leë tjtois synop-^ tiques); la marche de Jésus sur lé lac, égaletiieiit pendant un orage (chez Matthieu^ Marc et Jean); rabrëgé de la plupart de ces miracles que l'Appendice dtl quatriëiiië évangile plate dans le temps qui suivit la résurrection i enfin la pièce d'or que Pierre dtlt pêcher ( chez Matthieu).
(i) C'est ce que disent: Fauteur du mémoire Ba^ l^s dittérenlës considétatioils d'après lesquelles le biographe de Jésus peut travailler, dans : Bertholdt's kriti JouHi.^ 5^ S; ^^7 F;$ et K»Uè^, h^U Tbeol. » 1 « S. jkoa. Philostrate raconte, d'Apollonius dé Tyané, une résnrrécHoil ifA a ttiie rëàsemblatited fraptlalitk atec celle du jeune homme de liâin : « De méihe qûé, d'après Luc, lé jéiitië bdmme, fils unique d'une Teure^ aratt déjà été porté an dehors de la ville , de même c^rat, Biiéi PhilbstHié ^ tme jeiifae ftlH; 4éjk fiancée dont Apollonius rencontre la bière. Le commandement de déposer )S bièi^ lé $imt>të àttbticheiliénf et quelques mots prononcés suffisent, chez Philostrate comme chez Luc, pour rendre la vie au mort (Baiir, Apollonins yon Tyaua und ChristosyS* i45}* » 'e Tondrais
savoir si Paulus ou tout autre aurait envie dVxpiiqner naturéllehiëiit atiàsl ce récit; mais, si l'on doit le considérer (et en effet on ne peut pas faire autrement) cokinë uiié iinitâUon dri récit étaugëUque, il fkut avoir une opinioh préconçue sur lé caractère des livres du Nouveau Téstatuent , ^our échapper à cetU conséquence, à savoir : que les résurrectiods qtli s f trbiivèni né sont , non pliis , que des imitatidfas , fkitisè èeùletnent iiioihs I dessein, de ces récits de l'Ancien Te^taiheûtj ces récits , Il iéuV tour, oht leut sohrce dans la crbyanèe qu'avait l'antiquité qu'uilë force victorieuse du trépas iHàli départie ilhxJMioÂsdes diéift(âércule, Esculape), et plus particulièrement dans les idées que les Juifs se faisaient d'an prophète»
IHEUVIl^MS CHAPITRE. § KGVIIl. 167
Le récit indiqué le premier (Matth. ^ 85 â3 seq. ^ et pa»^ sages parallèles )« en raison de sa finale particulière » a Tintention de nous présenter Jésus comme celui à qui obéissent les Vents et la mer^ ol afve(Aoi xal ii OaXadés'a inroocouoiicrtv. Si donc nous poursuivons Téchelle observée jusqu'à présent dans les miracles, nous voyons qu'ilnë s'agit pasici simplement d'une action psychologique et magnétique de Jésus sur reprit humain et sur le corps vivant^ ni d'une revivification de l'organisiiie abandonné par l'âme « ni même d'une influence sur la nature irraisonnable^ mais du moins vivante , comme dans l'histoire de la pèche examinée plus haut 9 mais qu'il s'agit d'un empire immédiatement exercé sur la nature prir vée de vie. La possibilité de rattacher ces récits aux opérations de la natui'e se rompt ici> décidément^ C'est le terme extrême où , puisque, dans des résurrections^ il restait toujours possible d'admettre une mort simplement apparente, cessent les merveilles dans le sens indiqué plus haut^ et commencent les miracles. Si donc l'opinion purement surnaturaliste est la première qui se présente, Olshausen a senti avec justesse qu'une pareille puissance sur la nature extérieure n'avait aucune connexion avec la destination de Jésus pour l'humanité et pour la rédemption de l'homme ; cequil'aconduitàessayer de mettiB l'événement naturel que Jésus suspend ici, dans on certain rapport avec le péché ^ et par conséquent 5 avec là vocation de Jésus. Selon lui ^ les otages sont les convulsions et les tourmentes de la nature , et, comme telles , sont les conséquences du péché, qui^ dans son action redoutable, a atissi troublé le côté physique de l'ex&tence (i). Mais, quand on observe la nature , il fisiut oubUer le général pour le particulier, si l'on veut considérer les orages, les tempêtes et les phéiiom^es de ce genre , qui ont dans l'enchaînement de l'ensemble leut place nécessaire et leur influence
(1) Bibl. Gdmiiu^ t, Si aSt t
l88 DEUXIÂMS SECTION.
bienfaisante , comme des maux et des irrégolarités ; et nne opinion du monde qui , sérieusement , suppose que , avant le péché origipel , il n y avait pas , et que , sans ce péché , il n'y aurait pas d'orages, de tempêtes , de plantés vénéneu^ ses , d'animaux de proie , touche , dirai-je, à l'extravagance mystique ou à la puériUté. Mais, s'il faut abandoimer une pareille idée , à quoi sert , chez Jésus , cette puissance sur la nature? Elle était insuffisante et superflue, comme moyen d'éveiller la foi, car Jésus trouva des fidèles isolés, même sans des preuves d'une semblable puissance ; et ces preuves ne lui procurèrent pas, non plus, un acquiescement universel. Elle ne peut pas davantage être considérée comme un type de la domination primitive de l'homme sur la nature extérieure , domination qu'il est destiné à reconquérir ; car le mérite de cette domination consiste justement en ceci, qu'elle est une œuvre médiate , une conquête arrachée à la nature par la méditation prolongée et par les efforts réunis des siècles, et non une œuvre immédiate, magique, qui ne coûte qu'une parole. Ainsi, relativement à cette partie de la nature dont il s'agit ici, la boussole, le bateau à vapeur, sont une réalisation infiniment plus vraie de la puissance de l'homme, que ne l'aurait été le calme imposé par un seul mot à la mer. Il y a encore un autre côté à considérer : la domination de l'homme sur la nature n'est pas seulement une domination pratique et capable de la modifier matériellement, c'est aussi une domination immanente et spéculative par laquelle l'homme, là même où il succombe extérieurement à la puissance des éléments , n'est cependant pas vaincu par eux dans son intérieur ; avec la conviction qu'une force naturelle ne peut détruire en lui que ce qui appartient à la nature , il s'élève au-dessus de la possibilité e cette destruction , certain qu'il est de la spiritualité de être. Jésus, dit-on, fit preuve de cette force spirituelle, il dormit tranquillement au milieu de l'orage , et , ré-
NEUVIÈME CHAPITRE. § XGVIIL 189
veillé par les apôtres effirajés , il les encouragea. Mais, pour faire preuve de courage , il faut courir un véritable danger; or, il n'en existait plus pour Jésus du moment qu'il se savait être la puissance immédiate qui domine la nature. Il n'aurait donc pas donné ici , non plus , une véritable preuve de cette domination spirituelle.
A ces deux égards , l'explication naturelle n'a voulu admettre comme attribué à Jésus , dans le récit évangélique y que ce qui était concevable et désiraj^le ; à savoir, d'une part une observation judicieuse de l'état de l'atmospbère , d'autre part un grand courage au milieu d'un danger réel. Suivant elle, le commandement aux vents ^ emTifiiav toîç âvepiç , ne signifie qu'une allocution sur l'orage , quelques exclamations sur sa violence ; le calme imposé aux éléments n'indique que la prédiction , fondée sur l'observation de certains signes , de l'approche de la fin de l'orage ; et l'encouragement donné aux apôtres^ comme les paroles célèbres de César, n'est que le produit d'une confiance qui lui fit penser qu'un homme de qui dépendaient les intérêts du genre humain, ne serait pas arraché aussi facilement à sa carrière par un accident. Si les personnes qui se trouvaient dans le bateau attribuèrent le calme de l'orage à l'effet des paroles de Jésus , cela ne prouve rien ; car, nulle part , il n'approuve cette interprétation (1). Mais remarquons qu'il ne la désapprouve pas non plus; cependant, il dut remarquer l'impression que l'événement avait produite sur ses compagnons , en raison de leur manière de considérer la chose (2). Il faudrait donc qu'il eût eu le dessein , ce que Venturini admet réellement , de. ne pas troubler la haute idée qu'ils s'é-
(1) G*est ce que disent Panlus , ezeg. (a) NeaDder,L. J. Glir., S. 365, qui,
Handb., i, b» S. 4^8 ff.; Venturini, a. S* ici au reste, ne se défend que faiblement 166 ff.; Kabcr, bibl. Theol., 1, S, 197 Y. de Texplication naturelle. Hase auAsiy § 74» trouve cette opinion possible.
taieqt faite de son pouvoir miracnl^àx , afin de se tes attacW plus étroitement. Ne perdons pas , non plus , dé vu^ une difficulté dans Texplication naturelle ; c'est de savoir com^^ înent Jésus , qui n^avait jamais travaillé sur le lac , se serait mieux entendu aux signes précurseurs de la fin d'un orage^ que Pierre, que Jacques, que Jean, qui y avaient été âevés (i).
' Il reste donc établi que , de la manière dont les évangëlistes nous racontent cet événement , nous devons y reconnaître un miracle. C'est là le résultat de Vexégèse ; mais , élever ce résultat à un fait réel , est eiccessivement difficile , d'après ce que j'ai dit plus haut ; de là naît un soupçon contre le caractère historique de la narration. Cependant, en prenant le récit de Matthieu pour base , on n'y trouve rien à objec->' ter, jusque vers le milieu, depuis le V. 26. Il se pourrait que Jésus , qui traversait souvent le lac de Galilée , se fût endormi réellement au milieu d'un orage ; il se pourrait que les apôtres , pleins d'efifroi, l'eussent r^éveillé , et que lui , tranquille et maître de lui-même , leur eût répondu : Pourquoi amz-^ous peur^ gens de petite foi? ti ^zùd scjTe , 6)^iyrfmcwi ; Ce qui suit , c'est le commandement à la mer^ imTi(i.^v Tîj ôa^fiCGcnr) , et Marc, qui a , comme l'on sait, une préférence pour les paroles de puissance miraculeuse, donne, en place de cette expression de Matthieu, les prétendues propres expressions de Jésus traduitesen grec(tais'toi,sois tranquille^ GMàrca, i7e(pi[j(xt>(jo) ; ce commandement,, le calme qui s'établit, l'impression qui s'ensuivit, tout cela aura pu être ajouté dans la transmission orale du récit. Pour attribuer à Jésus un pareil commandement adressé à la mer, on avait, outre l'idée qu'on se faisait de sa personne, des motifs particuliers fournis par F Ancien-Testament. Dans des descriptions poétiques du passage des Israélites a travers la Mer Rouge, Jéhova est représenté
(1) Hase, L c.
NEUVIÈME CHAPITRE. § XCyiII. I9I
comme cdui cmi commanda à la Mer Roùgede se retirer, , i7reTi|JLYi« T^ épu6pa bcckaca-fj (jPs. 106, 9, L!!LX. Conf parez Nahnm, 1 , ^). L'instniment de ce refoulement de la Mep Rouge ayant été Moïse (q. Mos., 1^9 16. 21), il était naturd d'attribuer à son grand successeur, le Messie , une fonction semblable. Il est certain d'ailleurs, d'après des passages rabbiniques , que l'on attendait un dessèchement de la mer opéré de Dieu, sans doute par l'intermédiaire du Messie, semblableaudesséGbementopéréjadisparMoise(i).Ici,Jésus ne met pas à sec la mer, il l'apaise seulement. On s'explique cette différence, si l'on prend comme historiques l'orage et le sang-froid qu'y montra Jésus. Le mythe s'attacha à ce fait réel, où il n'aurait pas été convenable d'introduire un dessèchement du lac , puisque Jésus et ses compagnons étaient en bateau.
Toute&is, on n'a guère d'exemple sûr de Fimplantation d'un rameau, mythique sur un fait réd, sans aucune modification de ce fait ; et, dans celui qui nous occupe ici, supposé historique jusqu'à présent , il est un trait qui , examiné de plus pi^s , peut aussi bien ayoir été imaginé par la légende, qu'anivé réellement. Jésus s'endorpiit avant l'explosion de l'orage, et il ne se réveilla pas aussitôt après; cela était, non l'œuvre de sa volonté, mais celle du hasard (2). C'est justement ce hasard qui, seul, donne à toute la scène sa pleine signification ; car Jésus, s'endormant dans l'orage, est, par le contraste qui s'y trouve renfermé, une image non moins symbolique qu'Ulysse, qui , après tant d'orages ,
(1 ) Voye« t,t,% z4, vers U fin, àxfis ]j^ note. •
(a) Neander dénature la chose qnand îl zippréseiita févu «oin»e s'eniiormant, an milien du tumulte des eaux et des Tents, d*un sommeil qui témoignait une tranquillité d*âme inact^ssible, même aux plus effrayantes convulsions delà natnie
($t 36a)* Luc dit expr6sséiiiei||t s Or^
pendant qu^iU ^voguaient, Jésus s'endort mitf et il s* éleva sur le lac un n/ent im^ pétueuxj irXfoDTcav il auruv àtp'ùrrfaxxf xal »atily| iqp/l«>{i x. t. X. D'après le récit des, autres aussi , il faut supposer que Jésus s*endormit avant le commencement de l*orage; autrement, les apôtres effrayés l'auraient , non pas értitté) mais evpédié de s'endomir.
iga BEUXièiiE sbgtion.
aborde, endormi, à son île natale. Or il se peut, nne fois sar dix peut-étie/que Jésus se soit réellement endormi à l'approche d'un orage ; dans les neuf cas où cela n'arriva pas, mais où Jésus moutra Seulement du calme et du courage pendant l'orage, la légende aurait, je crois, assez bien entendu son intérêt , pour figurer le contraste de la tranquillité d'âme de Jésus avec le tumulte des éléments, en le représentant dormant dans le bateau , ou , comme dit Marc ( i ) , à Tarrière sur un coussin , tableau qui peignait à l'imagination ce que les paroles de Jésus peignaient k la pen-* sée. Si donc , ce qui est peut-être arrivé réellement une fois, a dû être imaginé neuf fois par la légende , il est raisonnable de ne pas se débattre contre la conclusion incontestable, qu'il est possible que nous ayons ici , non le cas unique , mais l'un des neuf cas (a). De cette façon , il ne resterait comme fait historique rien de plus , si ce n'est que Jésus , par opposition avec les flots soulevés , recommanda le courage à ses apôtres ; or il se peut qu'il leur ait fait réellement une recommandation semblable une fois , au milieu du lac, pendant un orage ; mais il se peut , s'il est vrai qu'il ait dit figurément : ayez de la foi gros comme un grain de sénevé, et vous serez en état d'ordonner à cette montagne : ôte-toi de là, et jette-toi dans la mer (Matth. 21, ai ), ou à cet arbre : déracine-toi et plante-toi dans le fond de la mer (Luc. 17,6), et dans les deux cas vous serez obéi (xal utt/îxoucev àv 6(i.îv, Luc.) ; il se peut , dis-je , que, étantnon pas seulement sur le lac, mais dans toute autre. situation, il se soit servi de cette image : les vents et les eaux obéiront à la parole de celui qui a de la foi (on xal toiç âvspi; eTutTaorcsi xal Tô S^aTi, xal ùxaxououdtv aùxô, Luc ). Si nous faisons en outre entrer en ligne de compte ce que Olshausen remarque
( i) Comparez Saunier, ûber die Quel- iioa de Tholuck , Glaobwûrdigkeit , S. len des Markus, S. Sa. - 1 io«
(2) Ceci €st une réponse à raccusa-
NBUVliU CHAPITBE. § xcyiii. ig3
anssi, et ce que Sclmeckeiibarger atteste (i) » ^ savoir, que le combat du royaume de Dieu avec le mondée était j dans les premiers temps du christianisme, comparé volontiers à une navigation sur un océan orageux , nous comprendrons avec quelle facilité la légende put venir à composer une narration telle que celle-ci , avec le parallèle de Moïse , avec des expressions figurées de Jésus et avec l'idée qu'on se faisait, qu'il était celui qui dirigeait sûrement la nef du royaume de Dieu à travers les flots soulevés du monde , 3cd<T[jLoç. OuLien*, indépendamment de ces considérations, on peut ne s'attacher, en général , qu'à l'idée d'un homme qui fait des miracles , et Ion trouve une pareille puissance sur l'orage et l'ouragan attribuée, par exemple, à Py thagore (2). Plus de difficultés compliquent la seconde anecdote du lac, qui , bien que manquant à Luc , se trouve non seulement dans Matthieu, 14» s^^ suiv* et dans Marc 6, 4^ suiv. , mais encore dans Jean 6,16 suiv. La tempête surprend les apôtres naviguant seuls pendant la nuit , et aussitôt Jésus , marchant sur la mer , apparaît pour les sauver. Ici aussi le calme s'étabUt miraculeusement , aussitôt que Jésus entre dans le bateau ; mais ce qui forme la véritable difficulté du récit, c'est que le corps de Jésus y parait exempt d'une loi qui retient dans ses liens tous les corps humains sans exception , de la loi de la pesanteur ; et cette exception est telle que non seulement il ne va pas au fond de l'eau, mais qu'il n'y enfonce même pas , et qu'il marche sur les vagues comme sur un sol afTermi. Il faudrait donc se repr<ésentcr le corps de Jésus comme une espèce de corps
(i) Ueber den Urspnitig) u. 8. f., S. sur la mer^pour procurer a ses eompagnanê
68 f. un passage facile , int\My /3(a(»y X^*'
(a) D*après Jahihl., vita Pyth. , i35, Çwv ti )(yott»^ irocpavrtxa xaxfvviiacc;»
éd. Kicssling, on racontait de Py thagore, xal xvf&aTtoy iroTOCfjitwy tc » xai OfltXaa-
qu*U arrêta soudainement des ^vents nno" atwy Âircv Jtoto'fiio} rcpiiç cvp,ap^ rwv crac-
lents, des grêles abondantes . et qu'il en» p«»y SidSatnv» Comparez Porphyre, V*
dormit les flots soulevés sur lésâmes et Pyth,, p. 29, même édition.