II. i
104 mvXliHM fECIWlL
étbéré qui n'avait que Tapparence ; c'était ce qvefaisnent les Dqcètes. Cette idée , qui a été repoassée par les Pères de rÉglise comme irréligieuse^ doit l'être par nous comme ex tr^vagante. A la yârité, Olshausen dit qu'un pareil phénomène De doit pas nous surprendre dans une corporéité supérieure, et douée de forces qui appartiennent à un monde (paiement supérieur ( i ) ; mais ce sont là des mots auxquels ne se rattacha aucune idée précise. Si , au lieu de concevoir l'activité spirituelle de Jésus qui transfigurait et parachevait son corps» comme une force qui dérobait de pks en plus complètement son corps aux lois psychologiques de la passion et de la sensualité , on la conçoit comme une force qui l'exemptait des lois physiques de la pesanteur , c'est un matérialisme duquel on ne peut dire , comme plus haut , s'il est plus fantastique que puéril. Un Jésus qui n'enfoncerait pas dans l'eau , serait un spectre , et ce ne serait pas sans raison que, dans le récit évangélique, les apôtres l'auraient regardé comme tel. Nous nous rappellerons aussi que ^ lors de son baptême dans le Jourdain , Jésus ne parut pas doué de cette propriété, et qu'il enfonça régulièrement dans leau comme un autre homme. Avait-il dès lors la faculté de se soutenir sur la surface liquide , et seulement s'abstint-il d'en Élire usage ? Etait-ce par un acte de sa volonté qu'il se faisait plus lourd ou plus léger? Ou bien , comme Olshausen dirait peut-être , n'était il pas, au temps de son baptême , assez avancé dans la purification de son corps , pour que l'eau fut en état de le porter , et ce terme de purification ne fut-il atteint que plus tard ? Questions que Olshausen appelle avec raison absurdes, puisqu'elles permettent de plonger le regard dans l'abîme d'absurdités où jettent l'expUcation surnaturaliste , et en particulier l'explication que ce tliâ)logien donne de ce récit.
(i) li. c.,S. ^Hi.
msuYjjia; ^nknnt. § xcyiii. igS
Pour ^y^er cet écweil ■,. ra^pticatio» minfeUè û pris des Liais de toute espèce. Le p]us hardi dep mbonaUstei 4 été Paalus ; il. a couteau que Je texte ne disait paisquie 3é$i$ eût mt^ché sur h mer ; que le mirade daius ce paçi^gie eut tout ^mpleniieat du domaiae de la philologie ( qae fçapmxrih Hl jfiç ftR^agçYiç est «emhlable à répression de T A&citeD-Teittàmcnt^ GT^xom^tiiiw im v/v; fl«X«<T<nî(; (a. Moi., i4» d)$ i^t que, si la dernière signifie camper mr h ripoge éiet^é de la mer^ la seconde signifie , de même , marcher sftrle bord , de la mer (i).' D'après h sens des mots pris ijsdémtmt, cette explication est possible ; mais est-elle ipplicahlie dans ce cas-ci ? Cela ne peut se décider que par le conteste. Il est dit dans le récit que les apôtres s'étaient avancés dans le lac de vingt-cinq à trente stades (Joh.), ou se trouvaient au milieu du lac (Matthieu et Marc); puis,que Jésus s'approcha du bateau, et assez pfès pour pouvoir parler avec eui:. Or^ si TTs^iivaTûv emr^ç O^^outgt)^ avait la signification qu'on suppose, et si, par conséquent , Jésus était resté sur le rivage , eomment cette conversation aurait-elle pu s'établir? Pour échapper à cet argument pressant, Paulus suppose que les ap6>très , dans une nuit aussi orageuse , ne naviguèrent que le long de la rive ( cette conjecture n'a pas besoin d'être examinée, car elle est en contradiction positive avec ks termes du texte , au milieu de la mer^ èv pieTO t*^ 9aXG(<r<ni^; expre$sion qui, entendue sinon mathématiqaemient, du moins suivant le langage populaire, suffît pour réfuter Paaine. Mais cette explication se blesse mortellement dans le pa^ sage où Matthieu dit de Pierre que, étant dépendu de la barque , U marcha sur [eau , )caTç;êà; âiro too tt^oiou wc- ^%vnivtin>i éirt TA ôJaTa (V.^ag), Comme il est dit, inirm^édiatement après, que Pierre enfonça ^ xocTaTPWTiJ^e^rôott, il ne peut plus s'agir d'une marche sur le bord de la mer; et, si Pierre ne marcha pas sur le bord, Jésus, dont la mar^
(c) Paulus, Memorabilien, 6 Stûck » n« V; exeg^ Handb.,»» S. nSS ff.
ig6 DEUXIÈME SECTION.
che est désignée d'une manière essentiellement la même , n'y marcha pas non plus (i).
Mais.Pierre, dans cette marche sur les eaux , irepwrareîv 2m Ta u^ora , commença à enfoncer. Ne pourrait-on pas, en conséquence, penser qu'il s'agit, pour lui comme pour Jésus , de nager dans le lac ou d'en guéier les Las-fonds ? Ces deux explications ont été réellement proposées (2). Mais l'action de passer à gué aurait dû être rendue par marcher à trai>ers la mer^ TreptiraTeiv Stàr^ç ôaXadcvi; ; et, quant à l'action de nager, l'un ou l'autre des évangélistes aurait substitué, dans les passages parallèles, l'expression propre à l'expression figurée. N'oublions pas, non plus, que nager pendant Torage l'espace de vingt-cinq à trente stades , ou s'avancer à gué jusqu'au milieu du lac, qui certainement n'était ' pas guéable jusque là , était également impossible. De plus, un homme qui nage ne peut guère être pris pour un spectre. Enfin , la prière de Pierre qui demande expressément la permission de suivre l'exemple de J&us, et Timpossibilité où il est de l'imiter à cause de son peu de foi , tout cela montre quelque chose de surnaturel (3).
Le raisonnement sur lequel, ici aussi , repose l'explication naturelle, a été exprimé, dans cette circonstance, par Paulus d'une façon qui en fait ressortir avec un bonheur particulier, l'erreur fondamentale. La question , dit-il, restera toujours de savoir ce qu'il y a de plus vraisemblable, ou la possibilité d'une expression inexacte de la part de l'évangéhste, ou une déviation des lois de la nature. On voit combien le dilemme est posé faussement. Paulus devrait , %u contraire , se demander s'il est plus vraisemblable que l'évangéliste se soit exprimé inexactement (disons plutôt à contre-sens) , qu'il ne l'est qu'il ait voulu raconter une dé-
(1) Voyez, contre cette explication si des Matthaeus z. d. St. ; la seconde dans forcée de Paulus , Storr , Opnsc. acad., Henke*s neuem Magazin, 6, a, S. 3^7 ff. 3, p. a88. (3) Comparez Paulus et FrlUsche sur
(2) La première par Bolten , Bericbt ce passage.
viatîon des lois naturelles , car il ne s'agit ici que de ce qu'il a voulu raconter. La question de fond est une tout autre question, même d'après l'argumentation perpétuelle de Paulus sur la distinction à établir entre le jugement de l'évangéliste et le fait raconté. Si., dans notre opinion, il n'y a pas eu déviation des loià naturelles, il ne s'ensuit pas qu'un narrateur des premiers temps du christianisme n'ait pas admis et raconté une déviation de ce genre (i). Donc, pour écarter le miracle, il ne faut pas, par une explication plus ou moins ingénieuse , le faire disparaître du récit ; mais il faut essayer de déterminer si le récit lui-même, en tout ou en partie , doit être exclu du cercle des choses historiques. Or, à cet égard, chacune de nos trois relations a des traits particuliers qui , historiquement , sont suspects.
Le trait le plus frappant de ce genre dans Marc , c'est quand il dit (V. 48 ) que Jésus s'avança , sur la mer, vers ses apôtres, et voulut les devancer, xal YiGeXe irape^.Getv aÙTO'j;, et que ce furent seulement leurs cris pleins d'anxiété qui le décidèrent à faire attention à eux. Fritzsche , avec raison , entend ce passage comme signiQant que Jésus avait l'intention, soutenu par une force divine, de marcher sur tout le lac comme sur un sol ferme. Mais , avec non moins de raison , Paulus demande : Pourrait-il y avoir quelque chose de plus inutile et de plus extravagant que de faire un aussi singulier miracle , sans qu'il fût vu de personne? Il ne s'ensuit pas qu'il faille , avec ce dernier théologien , introduire , dans les paroles de Marc , l'explication naturelle , et lui faire dire que Jésus avait voulu devancer , par terre , les -apôtresi, qui longeaient , en bateau , le rivage du lac ; et cela se doit d'autant moins que c'est tout-à-fait se conformer à l'esprit de cet évangèliste que devoir un miracle dans sa narration. Non content de répéter, d'après la source où il puisait son récit, que Jésus, par une sollicitude particulière pour
(1) Yoyes l*excelleiit ptaéage dans Fritssohe, Conm. in Miitth., p. SoS,
ses ftpdire^y ararit cette foi» prk un c%«mm audâ earff aêrdi-4 mire, il semble dire par cette additioq, que marctier sur VesLU était  BatQfdl et si familier à Jésas (}He,iindépeti€tamiiieftt dei toute soUkitude pour ses apMre», il pfeoah sur Feaujà où dfe loi £»sail o)M»taele, son chemin sans phrs d'hésitation qae sttt la tene fenne< Admettre qtfe Jésus marchait ans^ hahftneileH meut sur les eanx^ ce serait admettre, de la façon la pltts po^^ tiye, latransliguratHmdu corps supposée par,OIsbaifsen , et par €OBséq«e&t ce serait admettre Qne chose inccHacevahle. Donc, cette particularité est un des traits lesphis forts par lesquels le second évangéKste se rapproche , ^ et là , de resagératio» des éyangSes apocryphes ( i ).
D'une autre façon , dans Matthieu , le merv^îll^nx sie trouve, sinon augmenté, du moins mukîpfié; car ifl rapporte» que, outre Jésus, Pierre fit une tentative pour marcher sur la mer, tentative qui, k la vérité, ne réussit pas complète-, ment hîen. Indépendamment du silence des deux narrateurs cdHaléraux, cette particularité, en soi, est suspecte^ aussi. Piene , par xtti coeomencement de fini ^ et sur la parole de Jésm^ est en état d&jfi»archer réelleifient sur la mer pendant qtidqtte temps $ et ce n'est que lorsque la crainee le saisit et q«e lafti Fabandonne, qu il commence à efifonceTr Qu'en detrcufiS-Mii&pieiiser?' Si Jésus était en état , à l'aide dl'un ccKps> transfiguré, de marcher sur l'eau, commeirt po#rait-^ il eneoùrager h eu Ëttre autant Pierre*, qui ne jouissait pas d'uftfel torps? Ou s£, par une simpk parole, il dispensa le corp^deFWre d« la loi de la pesanteur, demeure^t-it encore» un hpmise ? El si'it est tm Dieu , se jouera^t^S des loi^ de fct naticr^^ et tes sttspcn^âh-t-il sur le caprice d'un mortel? Ou eftOia la M Mr»>t-^fie h puissunce êi rendre natfFtantanânenl
(l) Lai tendance de Mara à exagéver coAipaj*ez 7-^ 3,7). II ne faut surtout pas se* nMnijre^e amssr dan^ Ta ftnafe r ce qui y voir, avec Paûlas, nne désappfbftfltrôn
admiraéionfxai Km ex irepcavov Iv eau- la cansé qui rezcitaif. ToT$ If^^Mîm »orf lfa>î|«xÇov (V. 5f ; ' '
NEUYIÂME GHIPITRR. § XCYUl. I99
plus léger le corps d'nn croyant? Une pareille force est, il est vrai; attribuéeà la foi dans le discoars figuré cité plus liaut, Où il est dit que le croyant est capable de transporter des arbres et des montagnes dans la mer , et pourquoi pas de marcher aussi sur les flots? La réussite s'arrête dès que lafoicfaan*^ celle ; cela ne pouvait se représenter dans aucune des deux premières images aussi bien que dans la dernière , où Ton voit que, ^ussi long-temps que l'homme est croyant, il'peut, sans danger , cheminer sur la mer agitée , et que , dès qu^il permet l'accès au doute , il enfonce , à moins que le Christ ne lui tende une main secourable. Ainsi les pensées fbnda^ mentsiles de l'histoire que Matthieu a intercalée, sont que Pierre se fia trop sur la fermeté de sa foi ; qu'elle chancela soudainement ; que cfe doute lui fit courir un grand péril, mais qu'il fut sauvé par Jésus. Cette pensée se trouve réelle^ ment exprimée dans Luc ( 22, 3 1 seq. ), quand Jésus dit à Simon : Satan vous a demandés pour vous cribler comme on crible le blé; mais j ai prié pour vous afin que votre foi ne défaille pas, d (jarovAç e^7iTyf<raT0 û[xaç toO etiviac^aiâç
Jésurdit cela à Pierre, faisant allusion k son reniement pro*' chain. Ce Ait le cas où sa foi , en vertu de laqudle il venait de s'ofiûrir à aller avec Jésus, et enprison et à la mort^ xeel £f^ (fSKaoffih^ xai scç OovaTov TCopsuscrOai, chancela et eutbesein d'être fortifiée de nouveau par l'intercession du Seigneur. Représ^itoos-nous l'incHnation déjà mentionnée plus haut que l'on avait dans les premiers temps du christianisme h comparer k une mer soulevée le monde hostile aux chrétiens, et nous ne pourrons nous empêcher, avec un des plus récente critiques, è% trouver, dans Pierre qui se prépare courageusement k marcher sur la mer, mais qui bientôt perd courage^ s'enfonce et est soutenu par Jésus sur les flots , une représentation allégorique et mystique de l'épreuve que FapÔtrpj^ qui Be croyait si fort, soutint si mal, et dont il ne
tit heurensement que par une assistance supérieure (i). De son côté , le récit du quatrième évangile ne manque pas de quelques particularité qui trahissent un caractère non historique. De tout temps les harmonistes se sont tourmentés de ce que, d'après Matthieu et Marc, le hateau ne se trouvait guère qu'au miUeu du lac lorsque Jésus y arriva, tandis que, d*après Jean, il avait déjà atteint la rive opposée ; de ce que, d'après les premiers, Jésus monta dans le bateau et Torage se calma , tandis que , d'après Jean , les apôtres voulurent, il est vrai, le faire entrer dans le hateau , intention qui resta sans effet , attendu qu'ils déharquèrent aussitôt. En revanche, on a trouvé une foule de conciliations: tantôt le verbe voulurent^ viôeXov , joint \ prendre^ Xaêew, fut une simple redondance ; tantôt il désigna l'accueil joyeux des apôtres comme s'il y avait eu eGsXovTeç eXaéov ; tantôt il servit seulement à décrire la première impression que Jes apôtres éprouvèrent en reconnaissant Jésus , qui fut réellement reçu dans le bateau, bien que l'évangéUste n'en parle pas (a). Mais le^seul motif pour une telle interprétation se trouve dans la comparaison ici inadmissible des synoptiques : non seulement le récit de Jean n'autorise pas cette interprétation, mais encore il s'y oppose directement. La phrase ajoutée : Et aussitôt la barque prit terre où ih allaient^ eùôswç tott^^oiov sy£veTo èm t^ç y^ç, et; h ÛTc^yov, quoique liée, non par 5è, mais par xai , ne peut cependant être prise que dans un seus adversatif, à savoir que les apôtres, bien que disposés à prendre J&us dans la barque, ne l'y firent pourtant pas monter, parce qu'ils touchaient déjà au rivage. En raison de cette divergence , Chrysostome a admis deux différentes marches de Jésus sur la mer ; et , quand pour la seconde marche que Jean rapporte , il ajoute que Jésus n'entra pas dans le
(i) Schneckenbarger, ûber den Ur- (a) Vojex dans Lûcke et Tbolnck»
. •prnng v. s. f., S. 68. ComparezWeisse, 14I« tfing. Geadiieto) i » 8. 5a i ,
NEUVIÂMS CHAPITRE. § XGyiII. 901
bateau, afin de rendre le miracle plus grande ïva to 6aiï(jwt (jLsî^ov èpYa<n)Tab(i), nous transporterons cette intention à Févangéliste, et nous dirons que, si Marc a enchéri sur le miracle, en attribuant à Jésus le dessein de dépasser les apôtres et de traverser tout le lac , Jean va encore plus loin en lui faisant réellement accomplir ce dessein , et en le faisant arriver jusqu'au rivage opposé ^ sans mettre le pied dans le bateau (<2). Mais ce n'est pas seulement à grossir le miracle, c'est encore à l'établir plus fortement et à l'entourer de preuves authentiques, que s'est attaché le quatrième évangéliste. D'après les synoptiques, les seuls témoins en sont les apôtres, qui virent Jésus marcher sur la mer; Jean ajoute à ces témoins immédiats peu nombreux une masse de témoins médiats, c'està-dire le peuple rassemblé lors de la multiplication des pains. En effet, suivant lui, i°la foule, ne retrouvant pas le lendemain Jésus, calcule qu'iln'apu traverser le lac en bateau, puisque, d'une part , il n'est pas monté sur le bateau des apôtres (V. 22), et que, d'autre part, il n'y a pas d'autre bateau (même verset) ; 2° l'exclusion d'une marche par terre autour du lac est comprise impUcitement dans le verset âô, où il est dit que]e peuple, traversant aussitôt le lac, le trouva déjà arrivé au bord opposé , lequel ne pouvait guère être atteint par terre dans un aussi court intervalle. Ainsi le quatrième évangile coupe toutes les voies naturelles par où Jésus aurait pu se rendre de l'autre côté du lac; il ne reste plus qu'une voie surnaturelle ; et cette conséquence se trouve en efiet tirée par la multitude dans la demande pleine d'étonnement qu'elle adresse à Jésus en le voyant sur la rive opposée : Depuis quand étes^vous ici ? ttotc w^c yéyovaç. Gomme toute la
(i) Homil. in Joh«, 43* peux voir qa*une méprise; quant à ras-
(a) De Wette objecte qne, si Tévan* sertion de ce théologien qui dit qae^ chez
géliste ayait voulu grossir le miracle» il Jean, la manière dont Jésus trayerse
n'aurait pas ajouté que les apôtres ton- le lac , n*est pas représentée comme
cUaient déjà à la terre (Exeg. Handb., 1, nn miracle (S. 78), elle est pour inoi
3, s* 79). Dans cette objection, je ne complètement ininteUigible.
909 DEmciiifE aBGTioir.
premre àvt passages stmatarel de Jésus dépend de k rapidité qfie h fonle mit à traverser le lac^ l'évangéliste se hâted'àp* peler, ara seconrs de cette mcltittide, tt autres barques^ oXXa -TAotrfpia (V; Qr3). Or, cette multitude qnî s'emkarqne (V. 3r3r. 26 seq. ) est dés^née comme étant celle pcmr qui Jésm arrait multiplié les pains , et elle s'élevait , diaprés le verset 10 , à cinq mille personnes. Quand bien même un cinqmèfne ou seulement un dixième aurait travers le lac , il aurait fellu , d'après la juste remarque de Fauteur des Probahilia ^ toute une flotte de bateaux , surtout s'3 s*agit de Iiateaux de pêcheurs. Si au contraire on admet que ce furent des coches, ceux-ci n'auront pas eu tous leur destina-' troit pour Caphamaum , et ceux qui ne l'avaient pas n*en auront pa» changé d*après le désir de la multitude. Ainsi tout ce transport du peuple au-delà du lac paraît avoir été imaginé ( r), soit pour que la marche de Jésus sur la mer ftit constatée par le contrôle d'un témoignage , soit pour que , ainsi que nous le veirons'plus loin, Jésus, qui, selon la tradition, s'était rendu èià l'autre côté du lac immédiatement après la multiplication des pains , pût encore adresser au peuple un discours sur le sujet de cette multiplication.
Après que nous avons letranché ce que nous pourrions appeler des excroissances propres à chacun des récits , il nous restera encore , avec toutes les invraisemblances exposées plus haut , le tronc du miracle , à savoir que Jésus a marché sur la iner pendant un espace assez considérable. Mais rexpBcation des circonstances accessoires, à mesure que nous avons découvert les causes de leur formation non Ûstorique , nous a fecîMté la découverte de causes semblables pour la narration principale elle-même , et , de la sorte, nous a rçndu possible la solution du problème qui qqus était pioposé. L'empire de Dieu et d'un esprit un» à Dieu sur la
(0 BretscluMUi^SMlMèik^S»^*
NEUViÈBfit ^Ântwi^ § Mviii. 3#^
nature étdift , ainsi qneiiMsraycynd^ nt ââM r^emple pitl^i cèdent ^ Tepiésenté yokmtiers par )e& Hébrent el ks ptemifits clurétieB» son» k figure â'imet&u(e-pHisëaiieeqttî commande aitt Tdgiies c<>!ïrroacées. Dan^Ie lécit de l'Exode, cette tonte-* puissance se manifeste par un dimplc? âîgikf qui diïffiit pont dé« placer la mer et pour otiyrîr tm ebemin see dans \e& abîmes ato enfants dlsraël } dans le récit étangéïique qui noiK a ocf» cttpés^ précédemment, elle ne déplace pas la «ler^ mais elle liu impose mie tranquillité qvà permet à Jésns et aux apètrisaf d'achever sans péril leur traversée; dan» le récit qui nous occmpepr^ntement , la mer reste encore h sa place comone dans^ la seconde , mais de l'Exode elle conserre une traversée de la mer k pied et non en bateau, et de la seconde anecdote une trafversée sur la surface et non par le fond. De cette façon se défeloppik la représenlalion de la toute-puissance que celui qui opère des miracles possède sur les flot» de la mer ; et on découvre des raisons plus précise» dfe ce développemenl, soit dans F Ancien-Testament, soit dansles opimonsda aècle de Jésus. Parmi les miracles d'Elisée , outre qii*il partagea le Jourdain à l'aidede son manteau, et pas&a ainsi leflcovekpied sec (2 . Reg. , *i , 1 4), on lit qu'il fit sirmager sar l'eau un morceau de fer qui y était tombé (^. Reg. , 6, 6) 5 dominaftion BrXtr la loi de la pesanteur dont le prophète pouvait. san» doute se servir pour son propre corps, et pour se représenter, ainsi qu'il est dit de lébova dans Job , ^ , B , comme marchant sur la meràeniême que sur un plancher^ içepwBatôv ^ èir'l^éfiw^ èid 6a)c(X(7<ni^ (iix). Du temps de Jésus , on fefeait beaucoup de réeilft d'opérateursr de miracle» qui $ivafieQft la Êk^ohé de matrcber sur l'eau. San» parler de» idée» eselusivem^ot grecque» (1), la légende gréco-orientale attribuait \k l'hyperboréen Abaris «ne flèdbie k l'aide de laquelle il pouvait , pkmant. dans le» ains , trafverser k» fleuve» , le» mer» et k»
( 1 ) Voyez les passagt » dtet Wetotebi, p. 4x7* A
so4 mmokm section.
abîmes (i) ; et de la sorte la possibilité de la formation, à l'aide de tous ces éléments et de toutes ces causes, d'une pareille légende sur Jésus , parait infiniment plus grande que la possibilité d'un événement réel de cette espèce; dernière remarque qui clôt notre discussion.
La manifestation^ favlpoxiiç , de Jésus sur la mer de Tibériade^ ém t^ç ôaXoaeniç tyiç Tiêspià^oç, racontée par Jean (Ch. ai), a une grande analogie avec les anecdotes du lac examinées jusqu'à présent; aussi, bien que le quatrième éyangile la place dans les jours de la résurrection de Jésus , nous ne pouvons nous empécber, après en avoir attaché une partie au récit de la pécbe de Pierre , d'en mettre ici une seconde partie en ps^allèle avec la marche de Jésus et de Pierre sur la mer. Dans les deux cas, Jésus, pendant l'obscurité de la fin de la nuit, est aperçu par les apôtres, qui se trouvent dans le bateau ; seulement il ne marche pas, dans le second cas comme dans le premier, sur la mer, mais il est dd30Ut sur le rivage , et les apôtres sont dans la peine non à cause d'un orage , mais à cause de l'inutilité de leur pèche. Dans les deux cas , ils le redoutent : la première fois ils le prennent pour un spectre ; la seconde , ils ne se hasardent pas à lui demander qui il est, voyant qu'il est le Seigneur^ ei^oteç, oti 6 Kupioç èerrtv. Si nous venons au détail, nous reconnaissons que la scène avec Pierre, propre au premier évangile, a son parallèle dans ce passage du quatrième. De même que , selon le premier , Pierre , reconnaissant Jésus qui marche sur l'eau , lui demande la permission de se rendre vers lui par la même voie , de même , selon le quatrième , dès que Jésus debout sur le rivage est reconnu , Pierre se jette dans l'eau pour arriver jusqu'à lui par la voie la plus courte, en nageant. Ainsi, ce qui, dans le premier récit, était une marche miraculeuse sur la mer, est , dans le se-
[ (i) JambUch. 9 TÎta Pythagoraei |36; comparez Porpbyr.» ay. s)
NEtTviâME GHApnius. § xGTiu. sa5
tond , pour Jésus , une station sans miracle sur la rive, pour Pierre un acte naturel de nager , de sorte que le récit du quatrième évangéliste semble une paraphrase rationaliste de celui du premier. Aussi il n'a pas manqué de commentateurs qui, au sujet du moins de l'anecdote relative à Pierre dans le premier évangile, ont soutenu qu'elle était l'œuvre d'un travail légendaire qui avait donné une couleur miraculeuse au récit de Jean (Chap. 2 1 , 7) ( i ). Ce qui empêche la critique actuelle d'étendre' cette conjecture à la marche de Jésus sur la mer, c'est que cette marche se trouve dans le récit antérieur (6, 16 seq.) du quatrième évangile, donj^l'origine est supposée apostoUque. Mais nous , à notre point de vue , nous trouvons possible que cette histoire , ou bien se soit présentée au rédacteur du quatrième évangile sous une forme , et au rédacteur de l'Appendice de cet évangile sous une autre forme , ou bien ait été apportée par la tradition sous une double forme au même quatrième évangéhste , et incorporée par lui en différents endroits de son récit. Cependant , si les deux histoires doivent être comparées , nous ne devons pas supposer d'avance que l'une (celle de Jean, 31) est l'originale, etl'autre (celle de Matthieu, 1 4 et parallèles) la dérivée; mais nous devons d'abord demander laquelle des deux s'adapte le mieux à l'une ou l'autre hypothèse. II y a une règle qui dit que la plus merveilleuse est postérieure '; par conséquent, celle de Jean , 21 , semble originale en raison de la manière dont il y est rapporté que Jésus s'approcha des apôtres , et que Pierre arriva jusqu'à lui. Mais il n'en faut pas séparer une autre* règle, que le récit plus simple est antérieur et le récit plus composé postérieur , de même qu'un aggrégat est formé plus tard que la pierre primitive ; or, cette règle changerait les rapports et présenterait le récit de Jean ,21, comme dérivé , attendu que les particulari-
( I ) Sdmcckenlmrger, iiber dea Urspr* S* 6$,
m6 DRuinl^ #BciiMr.
t^idmtU^'^gity mni eatrejaoées avec la pêche miracakqKse y tandis qoe , dans le lëcijt aotéri^v» eues fonneol; an tCNit ind^^isndaat. U est vrai qa'fi& tout peut se briser en dies U9ffBafmÈB pins peiits s mais on ne peat comparer à des firagi9^s de (ce genre les récits iscdës de la pèche et de la marche f nr la mer ; loin de h , chacun d eux forme an tobt complet en soi» Outre cet entrelacement avec le miracle de la pèche , aj(ontons que le récit se meut autour de Jésus resliuselté» résurrection qui est d^ en soi un miracle. Cela hms explique comment ^ contre la règle ordinaire, ces pariicplarités purent perdre, dans une reproduction postiéneure, ce qu'elles avaient de miraculeux ; car, devenues ^ par leur liÛBon avec d'autres merveilles^ de simples accessoires, elles ne serment ^us que d'une sorte d'échafaudag« naturel. Or, ù^ de cette Ëiçon 9 le récit de Jean est un récit dérive, il a déjà été , relativement à sa valeur historique , jugé avec les narrations qui en constituent le fondement.
Jetons, avant d'aller plus loin, un regard sur la série (d'anecdotes du lac que nous v^ons de parcourir. Nous voyons que , à la vérité , les deux extrêmes sont absolument dissinnblahles, puisque dans l'une il nés' agit que de poissons, et dans l'antre que d'nn oi^ge ; mais, si on les considère dans leur série, chacune tient à la suivante par un trait commun. Le rédt de la vocation des pécheurs d'hommes (Matth. 4» 1 ^ fieq^ et parallèles) ouvre la série. Entre ce récit et celui de la pèche de Pierre (Luc, ô, i seq.), est commun l'apophthegme des pécheurs d'hommues ; mais le fait de la pèche est propre à Luc. Cette pèche se retrouve dans Jean, si , qui, de plus, Toconteque, dès le matin, Jésus est debout sur le rivage,, et que Pierre se jette à Feau pour l'aller joindre, Ces deux cuconstances se reproduisent dans Matthieu ( 1 4» ^^ seq. et 3^aitages parallèles) sous la forme d'une marche sur la mer , et en même temps s'y joint un orage qui se calme au moment où Jésus met le pied dans h bateau. Snfin, dans Mat^
NEUVliMC <SaAHTftB* $ XGf III. ÏK>7
tbien (8, d3 seq. el: passages paraltôks) il a*y a plasi^nefe calme, imposé à l'orage par Jésus.
le récit de Matthieu ikos i 7 » â4seq. « s'éloigne <i£ cewquî ont été considéra jusqu'à présent. A la vérité il s'y trouve , comme dans quelques uns de ces derniers, une invitatioa de pécher qne Jésus adiesse k Pierre, et à laquelle il faut :supposer que ce dernier obéit , quoique cela ne soit pas dit expressément. Mais , d'une part , il ne s'agit <jm de k prise d'un poisson unique péché k l'hameçon ^ ^et , d'autre part 9 le fait principal est qu'on trouva dans sa goeide une pièce d'or destinée à payer pour Jésus et pour Pierre la taxe du Temple exigée de ces deux derniers. Ce récit, tel qu'il se préiiente, a des difficultés particulières que Paulus explique fort hien^ et que Olshausen ne conteste pas. Fritzsche remarque avec raison qu'il y a deux choses miraculeuses dans ceitte histoire t l'une que le poisson ait une pièce d'or daots la gueuk, l'autre que Jésus l'ait su d'avance. Mais,d'uuc6té^la pmmière de ces deux choses parait extravagante, et par conséquent la seconde ; et, d'un autre côté, tout le miracle semble inutile. A la vérité, que des poissons aient eu, dans le corps, des objets métalliques et précieux , c'est ce dout on raconte des exemples { 1) , et cela n'est pas incroyable s mais qu'un pois^ son ait dans la gueule une pièce d'or , et la conserve tout en saisissant l'hameçon , c^est ce que même le docteur Schnappinger (2) a trouvé incompréhensible. Le motif pour Jésus de faire un pareil miracle ne pouvait pas être Je manque d'argent ; car, s'il se trouvait par hasard que, k ce moment , la caisse commune fûit vide , Jésus était alors dans la ville , amie de Capharnaûm , où il pouvait, par voie naturdUe, se procurer l'argent nécessaire. Il faudrait done^ avec OUhaus^u , confondre emprunter avec mendier^ pour arguer ici
(j) Voyez Ie9 ^vtTS^Xt^ davs Wet- ^a) Die lieUi|;e Schrîft 4)N n. l^i^des,
stein, sur ce passage. i, S. 3x4, a^* Ajifl.
!|08 DEUXliMB 8BGTI0IC.
da décoram divin , décorum divinum, qu'avait k garder Jésus. Et , après tant de preuves de sa puissance miraculeuse , Jésus ne pouvait pas considérer ce miracle comme nécessaire, pour fortifier la for que Pierre avait dans sa messianité.
Il ne faut donc pas s'étonner que des commentateurs rationalistes aient essayé de se délivrer, à tout prix, d'un miracle que même Olshausen nomme le plus difficile de toute l'histoire évangélique. Mais tout est dans la manière dont ils s'y sont pris. L'explication naturelle du fait se résume en ceci, que l'expression vous trouverez^ eûpYÎ<retç, est entendue, non immédiatement de la trouvaille d'une pièce d'or dans le poisson , mais médiatement de l'acquisition de cette somme d'argent par la vente du poisson péché (i). Que le mot en question puisse avoir cette signification , c'est ce que nous accorderons ; mais, dans un cas particulier, le contexte seul doit décider s'il a ce sens , et non le sens ordinaire. Si doncily avait ici : Prenez le premier poisson venu, portezle au marché et vous y trouverez une pièce dor , xaxei eupYÎffeiç ffraTYipa , cette explication ne soufinrait aucune difficulté. Mais, au lieu de cela, le mo\.vous trouverez^ eùpifdsiç, est précédé du membre de phrase ouvrant la gueule du poisson^ âvoiÇaç to (rTO(jLa aùrou ; ainsi ce n'est pas un Keu pour vendre qui est indiqué , c'est un lieu dans le poisson ; pour trouver la pièceM'or , il faut lui ouvrir la gueule, il ne peut donc s'agir que, immédiatement, delà trouvaille de la pièce d'or dans cette partie du poisson (q). Quel besoin en outre y aurait-il eu d'expriiiier formellement l'ouverture de la gueule du poisson, si l'objet désiré n'avaitpas dû s'y trouver? Paulus n'y voit que le conseil de détacher promptement le poisson de l'hameçon , afin de le conserver vivant et de s'en
(i) Paolos, exeg.Bandb. , a» 5oa; (a) Comparez Storr, in Flatt's Maga-
Comparez Hase, L* J.9 S 1 1 1. zin, a, S. 68 ff.
NEUVIÈME CËAPITRE. § ^ILCVlir. ilO^
mJeox défaire. L'ordre d'ouvrir la gueule du poisson pourrait sans doute, si rien n'y était joint, être entendu de l'extraction de l'hameçon; mais^ comme à cet ordre Jésus ajoute : Fous trouverez une pièce cfor , eûpviaeiç orTar^oa , il est incontestable que le but de l'ouverture de la gueule de l'animal est de trouver cette pièce. Les interprètes rationalistes ont bien senti que, tant qu'il sera question, dans le passage, d'ouvrir la gueule du poisson, il faudra supposer que c'était pour y trouver la pièce d'or. Cela les a décidés à rapporter, s'il était possible , le mot gto^lol à un autre sujet que le poisson, mais il ne restait que le pêcheur, Pierre. Or, comme le mot la gueule^ orrojjLa, paraissait rapporté au poisson par le mot intermédiaire de /w/,aÙToij, ledocteurPaulus, atténuant ou exagérant lapropositiond'un ami qui voulait lire âvÔeupTfoTEtç au lieu de aÙTOu EÛpvlffetç, a, il est vrai, laissé subsister aÙTou , mais, le séparant de crTojjLa , il l'a pris adverbialement, et il a traduit : Vous n'avez besoin que d'ouvrir la bouche pour mettre en vente le poisson, et vous recevrez surplace, aùrou, une pièce d'or pour le prix. Mais comment, a-t-on demandé en outre , un seul poisson a-t-il pu se payer si cher à Capharnaum, où le poisson abondait? Cette objection a déterminé Paulus à entendre collectivement l'expression : Tirez le premier poisson qui se prendra , tov âvaêàvra TrpwTov. tyôùv apov , et il traduit : Tirez chaque fois le poisson qui se prendra d'abord , et continuez de la sorte jusqu'à ce que vous en ayez pour la valeur d'une pièce d'or.
Ainsi , c'est par une série de violences faites au texte, que l'explication naturelle de ce récit devient possible ; et cela nous rejette du côté de celle qui y voit un miracle. Mais, d'après ce qui a été remarqué plus haut, ce miracle nous paraît extravagant et inutile, par conséquent incroyable; il ne reste donc plus qu' à supposer, ici aussi, un élément légendaire. On a essayé de cette supposition , en admettant qu'il y avait au fond un £dt réel , mais naturel , en disant , par exemple , II. i4
22(0 DEUXIÈME ^^GTIÛNf
qu'une fois Jésus engagea Pierrp à pêcher jusqu'à concurrence de la taxe du Temple , ce qui donna lieu k la légende de raconter que le poisson avait eu à la gueule la pièce de monnaie (i). Pour nous, nous pensons qu'il est mieux de chercher l'origine de cette ^necdote, d'une pa^t, da^s le thèflfie spuveiit employé d'une pêche de Pierre , et , d'autre part , daï^s Jps récits connus d'objet^ précieux trouyé^ dans le CQfps de poissons. Pierre , comçie ^ous le savons par Matthieu, 4» par Luc, 5, par Jean, ai , était, 4aîis l'histoire évapgéhque, le pêcheur à qui Jésus avait s^ccordé, squs diverses fo^es, d'abord sjq^bohqueipent, puis au propre, la pèche miraculeusement abopdaute. La valeur de la pêche pst p^^primé^ ici p^^ une pièce de monnaie, laquelle , ^u lieu de se trouveir comme des objets se^ihlahles daps le corps du poisson , fut mise dans sa gueule ipême, par une exagération du u^iri^çle* î^e jfécit évapgélique dit que cette pièce était justement la tspte exigée pour le Temple ; il se pourrait que cela provînt d'une expression réelle de Jésu^ par rapport à qette tarife , expression qui fut accidentellement joiute à cette 2\pecdQte ; ou bien , contrairement , il se pourrait que la pi^çe4'or introduite fortuitep^ent dans la légende de la pêche eût fait songer à l^ taxe du Teiuple , qui , pour deux per- §p,npes , pioutait à la valeur de la pièce , et eût rappelé en Udêipç tejppç le^ paroles de Jésu^ qui se rapportaient à cette
C'est à ce copte qu'aboutissent \^s appc^otes du lac,
s XGIX.
MulUpIiçation miraçulfiq^ç des paio$.
De même que , dans les histoires examinées en dernier lieu , Jésus râlait et calmait les mouvements et la nature
NEUYIÈtfS GHÀ^ITRB; § XGIX. âll
irr^80Dnal]|le , et même privée de vie , de même, dans les récits à Vexamen desquels nous alloua maintenant procéder, il exerce une action multiplicatrice , non seulement sur des ohi^ts naturels^ , mais encore sur des produits naturels que l'art a travaillés.
Jésus multiplia miraculeusement des aliments préparés , et nourrit une grande multitude avec quelques pains et quelques poissons. C'est ce que nous racontent avec une rare unanimité tous les évangélistes ( Matth. , 4 4 ? 1 3 seq. Marc, 6, 3o seq. Luc, 9, lo seq. Joh., 6, 1 seq.). Et, si nous en croyons les deux premiers , Jésus n'a pas fait ce miracle une seule fois ; Matthieu, i ô , 3â seq. , et Marc , 3 , 1 seq. » racontent line seconde multiplication dans la-^ quelle, au fond ,. tout se passa comme dans la première. Chronologiquement , elle vient un peu plus tard ; le lieu eat un peu autrement indiqué , et la durée du séjour de la multitude auprès de Jésus n'est pas la même ; en outre , ce qui est plus significatif, la proportion entre les ressources alipientaires et la inultitude est dififêrente : dans la première , cinq ^ûUe hommes soiut rassasiés avec cinq pains et deux poissons; dans la secomle , quatre mille avec sept pains ej: quelques paissons; dans la première douze corbeilles , dans la secoinde sept , sont remplies avec les restes. Néanmoins ,• non sçukment la substance de l'histoire , c'est-à-dire l'alimentationd'une multitude avec très peu de vivres, est tout^àfait la in^n^e des deux cotés, mais encore les accessoires de la scène se currespoudent dans les traits principaux ; les deux fois, le lieu est une contrée solitaire dans le voisinage du lac de Galilée ; les deux fois , l'occasion du miracle est un séjour trop prolongé du peuple auprès de Jésus ; les deux fois , Jésus témoigne le désir de nourrir la multitude par ses propres ressources, ce que les apôtres considèrent comme une chose impossible 5 les deux fois , les vivres disponibles consistent en pains et en poissons '^ les deux fois , Jésus fait as-
2ia DEUXIÈME SECTION.
seoir les gens , et, après avoir prononcé des actions de grâces, leur fait faire la distribution par ses apôtres ; les deux fois , ils sont complètement rassasiés , et les restes, en disproportion énorme avec la matière première, suffisent à remplir des corbeilles ; enfin , les deux fois , après que la foule a été repue , Jésus traverse le lac.
La répétition de ce fait suscite une difficulté : on se demande en efiet s'il est concevable que les apôtres, ayant vu par eux-mêmes comment Jésus, avec peu de vivres, avait été en état de nourrir une grande multitude , aient cependant, dans un second cas semblable, oublié le premier, au point de n'en avoir gardé aucune trace dans leur souvenir, et de dire: D^oà nous viendrait^ dans un désert^ un assez ^rand nombre de pains pour rassasier tant de monde? ttoÔev ■^op.îv év 6p7i[/.ta apTot TOffourot, wffre j^opTaorai ôj(^Xov TocouTov; Pour expliquer un pareil oubU de la part des apôtres, on rappelle qu'ils oublièrent, d'une manière non moins incompréhensible , au moment de la passion et de la mort de Jésus , les annonces qu'il avait faites de l'imminence de ce double événement (i) ; mais on n'est pas moins en droit de se demander si , après des annonces aussi formelles, la mort de Jésus aurait pu être aussi inattendue pour les apôtres. Si l'on suppose, entre les deux multiplications des pains, un intervalle prolongé et un certain nombre de cas semblables où Jésus n'avait pas trouvé convenable d'user de sa puissance miraculeuse (2) , ce sont là , d'une part , de pures fictions, et d'autre part on ne pourrait pas davan-
(1) Obbausen, i, S. 5o3. Cet auteur remarcpie dans une note (I. n. ) que Ton Toit par Texpression des apôtres : Nous TL avons point pris de pains y ootovç oux •laSofAtv (Matth. , 16 , 7), que ^ même après la seconde multiplication , ils n'a- '▼aicnt pas encore senti que , auprès du Fils de riiommc, il n'était pas nécessaire ^e prendre des aliments poor le corps.
Cette objection ne prouve rien, parce que, ici y les circonstances étaient tout autres.
Si, de Talimentation miraculeuse du peuple qu'un hasard avait retenu dans le désert, les apôtres ne tirèrent pas la con* séquence qu'Olshausen en tire , cela ne peut que leur faire honneur.
(a) Le même, ibid»
NEUVIÈME CHAPITRE. § XCI^. 2l3
tage comprendre comment la similitude si frappante des circonstances qui précédèrent la première et la seconde multiplication, n'aurait pas fait songer à celle-là , au moins un des apôtres. Paulus soutient donc avec raison que, si Jésus eût déjà nourri une fois la multitude par un miracle , les apôtres Fautaient , la seconde fois , provoqué résolument à répéter ce miracle au moment où il déclara qu'il n'entendait pas renvoyer le peuple à jeun.
En tout cas, si Jésus avait, par deux fois différentes, rassasié une multitude avec une quantité proportionnellement très petite d'aliments , il faudrait admettre, avec quelques critiques, que plusieurs particularités du récit d'un des événements ont été transportées sur l'autre, et que l'un et l'autre récits, originairement plus dissemblables, se sont de plus en plus assimilés dans la tradition orale , circonstance qui permettrait de penser que la question dubitative des apôtres aurait appartenu au premier fait, et non au second (i). En faveur d'une telle assimilation , on pourrait arguer de ce que le quatrième évangéliste , qui , pour les nombres , concorde avec la première multiplication de Matthieu et de Marc, a cependant certaines particularités de leur seconde histoire de multiplication ; ainsi , chez lui comme dans cette seconde histoire , une allocution de Jésus et non des apôtres ouvre la scène , et le peuple va joindre Jésus sur une montagne. Mais*, si l'on conserve des deux parts les faits capitaux, à savoir le désert , la multiplication des pains et la collecte des restes , il est encore suffisamment inconcevable , indépendamment de la question dubitative des apôtres, qu'une pareiUe scène se soit répétée d'une manière aussi complètement semblable. Si , au contraire , on abandonne, dans une des histoires, ces faits capitaux , il n'est plus possible de concevoir comment on peut contester sur tous les points la fidéhté de la narration évangélique relativement aux détails de la
(j) Gratz, Comm. s. Matth.', 2» S. 90 f. ; Sieffert , ùber den Ursprung^S. 97,
2t4 DEUXIÈME ÔËCimiC.
seconde multiplication^ tout en maintenant qti*il y à etl tellement utie seconde multiplication ^ d'autant plus que Matthieu et Marc^ qui le suit, n'en disfent lîen.
En conséquence, des critiques modernes ont déclaré avec plus (i) ou moins (q) de précision qu'il n'y avait ici qu^Uti seul fait, doublé par une méprise du premier évangfélistè, qtti fut suivi par le second ; qu'il courut^ SUr là multiplication miraculeuse, des récits difierents qui divtBrgeaietiLt entre atitreâ sur la fixation des nombres ; que le rédacteur du premier évangile , pour qui toute histoire de miracle était bien ve-* nue^ et qui , par conséquent , était peu propre k réduire par la critique deux narrations d'une teneur dififéretile , les reçût toutes deux dans son recueil. Cela explique, diseiit-ils, com-** plétement comment , lors de la seconde multiplication , hû apôtres ont pu s'exprimer encore d'une manière qui décelait si peu de foi; en effet, la seconde histoire était l'unique et la première là où le rédacteur du premier évangile la recueillit, et, si l'évangéliste n'effaça pas ce trait j c'est qu'il paraît avoir incorporé dans son livre les deux récits absolument (iomme il les entendit raconter ou comme il les lut; on en voit, entre autres, la preuve dans la constance avec laquelle lui et Marc, qui le copie, désignent non seulement dans le détail dtt récit Itti-^méme, mais encore dans une mention postérieure (Mat-^ thiettj 16, 9 seq. Marc, H, 19 seq. ), les corbeilles par xoçivoi lors de la première multiplication ^ et par ^7rjp(^eç lors de la seconde (3). A la vérité,^ on soutient avec raison que l'apôtre Matthieu n'aurait pas pu prendre un seulévé-^ nement pour deux , ni raconter une nouvelle histoire qui ne serait pas réellement arrivée (4). ^Jàis la réalité d'une double
(1) Thiess, krit. Commentar , i, S. § 97> ITeander reste tont-à-fait indécis ,
168 ff. ; Schulz, ùber das Abendmabl» L. J. Ciir., S. 3^2 ff. Anm.
s. 3 11. Comparez Fritzscbe, in Màtth., (3) (loiiiparez Saunier, 1. c, S. io5.
p« 5a3. (4) Panlns, exeg* Bandb., 9, S. 3i5;
(a) Scbleiermacber, ûber den Lakas, Olshausen» 1. c. 8« t45;^8iefffft>t, i. c, S. g5 ff; Hase,
NEUViÈtfÈ CIJiPITRK. § XCIX. 2l5
multiplication he ô'ètisuitqti'aùtaiit qti'on stippoSe d'avance Forigilife apdstolicjtie du premier ëvsliigile , titigine qu'il faudrait d'abord dëmoriirët. Pîiultisarguniente, ënobâertant(Jtiè la répétition dé cette tistdire aurait été satis aucùii avantagé pour la càUse (Jtië soutenait Févailgéliste ; et Olshausën , dëvélbjipànt cet argùmeiit, dit que la légende tl* aurait J)as laisse la secondé Mstoirè de multiplication dans ilh état de simplicité àiissi gtâtidè qùè la première. Raisonner coiliiile Olsliîltlsen, c'est demander (ju'on ne voie pas line fictibh daiid des récits qui, pour être deà fictions, devràiëtit êtrepltls ornés. Nous j c6tlj)erbns cbUrt en t^ematquant quecèt atguitiént, étant dépourvu de toute riièsûre préfcise, se réjltodtdtsiit Sans cesse , et qtl'ënfih la fable ellè-ihême ne Jiàràîtf ait fià^ assez fabdleusé. En Outre , il eôt ici tout-à-fdt vide dé séils , tai- il stippdsè que le récit delà firéitiiëté nidltipUdatiôti estd*iinê exactitude cotiiplétënlent historique ; or, si liouâ âtbfas déjk dans celtii-tl litl prbduit de la légetide , là secoiide iHtiltîplicàtion , qui n'en est qtt'ùlië variation , ti'à pas besoin dé se distitigtiér encore par des tHits traditionnels {jàrtiëttliët-S. Mais, ttbjectént lés commentateurs, il hé fâtlt pas dite feéuleriietit que le réfcit de là secoiide multiplication h'à pas été pàrii d'additibtis hiiracdleuses par tapjjort au premier ; ce sëcoind récit, àugmëritaiit la quantité des vivres, et dimiritiànt le nombre des personnes rassasiée^, amoiiidrit le iiiiraclé ; de là il^ bnt ttti voit, dàtis Cette progression dëëtôissanié, là plus sûtë garantie dé là rëàîité de la sécolidè inultiJJliicàtiOii ; cat célùl qtd autàit vbùlii ëil imaginer tttië sëcbhdë àprèë là prèmiëré^ âtiràit sans douté éncbéri stir fcellë-bl , et, au lieu de cîd^ mille bomnie^ , il aurait mis , nod pàà ijUàtrë idillë , itiàlâ dix nlille(l). Cette argumëntatibii repose aussi sdr la sdjibositiorinod fondée qtié k première ditiltiplication est la multiplication histôriqjue ; et Olshausën lui-même exprîiné làpédsééqUérbnpbtirtâît pretxdré égalementle sëcôndlrëcitcôihfiié
(i) 01sliaiiseii| S. 5o4«
Ul6 DEUXIÈME SECTION.
le fondement historique, et le premier comme dû aux additions de la légende , de sorte que le rapport qui se trouverait entre le récit imaginé et le récit véritsile, serait un rapport d'augmentation comme cela est exigé. Il répond, à la vérité, qu'il est invraisemblable qu'un narrateur infidèle place postérieurement comme étant de moindre importance le fait véritable, qu'il le fasse précéder du fait controuvé , qu'au contraire il voudra enchérir sur la vérité , et qu'en conséquence il placera en dernier lieu la fiction, comme étant ornée de plus belles couleurs. Mais par là il montre de nouveau qu'il ne comprend pas même assez pour la juger, l'explication mythique des récits bibliques ; car personne ne parle ici d'un narrateur infidèle qui aurait voulu enchérir sciemment sur la véritable histoire de multipUcation , et surtout personne n'apphque cette qualification à Matthieu. Mais l'on pense que, si, en toute loyauté, tel avait parlé de cinq mille personnes rassasiées , et tel de quatre mille , le premier évangéliste, avec non moins de loyauté, consigna dans son livre les deux versions, et c'est justement parce qu'il procédait en toute innocence qu'il ne mit aucune importance à la place respective des deux histoires , et qu'il ne s'inquiéta pas si la plus importante était placée ou non la première. En cela, il se laissa conduire par des circonstances fortuites^ c'est-à-dire qu'il trouva l'une jointe à deséyènements qui lui parurent antérieurs , et l'autre à des événements qui lui parurent postérieurs. Il y a un exemple d'une répétition toute semblable dans le Pentateuque, au sujet des histoires de l'ahmentation avec les cailles, et de la source qui sortit du rocher. La première est aussi bien dans 52. Mos. 16 que dans 4» Mos. ii;la seconde est dans 2. Mos. 17, puis encore dans 4- Mos. 20, et les deux fois avec des difiërences dans le temps, le lieu et les autres circonstances (i). Cependant cela ne nous donne qu'un résultat né-
f (r) Voyez les prenres dans De Wette, Kritik der mos. Gesch* S. 2So ff., 3i4 ff.
gatif , à savoir que le douUe récit des deux premiers évangiles ne peut pas avoir pour fondement deux événements différents. Lequel de ces événements est historique, ou même un seul Fest-il? Ce sont des questions qui doivent être Fob* jet d'un examen particulier.
Pour échapper à l'apparence de magie que ce miracle a par-dessus tous les autres, Olshausen le rattache à l'état moral des personnes intéressées , et il prétend que TaUmentation miraculeuse fut procurée par l'intermédiaire de la faim spirituelle de la multitude. Mais ce n'est là qu'un langage équivoque , qui se réduit à rien dés qu'on essaie d'en envisager nettement la signification. En effet, dans les guérisons par exemple, d'après l'opinion ici émise par Olshausen , voici en quoi consiste cette opération intermédiaire : le moral du malade s'ouvre avec foi à l'action de Jésus , de sorte que , si la foi manque , la force miraculeuse perd également en l'homme le point d'appui nécessaire ; ici donc l'opération intermédiaire est réelle. Or, si, dans le cas actuel , la même espèce d'opération intermédiaire avait eu lieu , et si , par conséquent, l'action nourrissante de Jésus n'avait eu aucun accès en ceux de la foule qui pouvaient être incrédules, il faudrait considérer ici l'alimentation, de même que la guérison plus haut , comme quelque chose d'opéré dans le corps des affamés par l'action directe de Jésus , et sans la multiplication préalable des vivres qu'on avait sous la main. Mais , ainsi que Paulus l'observe avec raison , et que Olshausen même l'indique , l'évangéhste coupe court à une pareille explication , en disant que des vivres véritables furent distribués à la foule , que chacun en mangea autant qu'il voulut, et qu a la fin il en resta plus qu'il n'y en avait eu d'abord. Or , la multiphcation extérieure et objective des vivres ne peut pas être conçue comme ayant été opérée réellement {j'ealiter) par la foi du peuple, de telle sorte que cette foi eût dû coopérer au succès de la
Sl6 DEUXIÈMB ftSGTIO^r.
multiplication. L'opération intermédiâîrfe ici éupjjoëée par Olshausen ne peut donc arolr été qiie tëléôlôgiqtib , tt'eàl-kdire que Jésus muUiplia les pains en vue d'ùti tertàiti ëlàt moral de la multitude. Mais une opération intermédiairb de cette espèce ne me donne pas la moindre Ittiniète à l*àidé dé laquelle je puisse miebx comprendre le fait etl ijiièstibn , car il s'agit de savoirj non pourquoi il s'est passé âinsi^ itiaiô comihent il s'est passé. On voit que tout ce qUé Olshaiisën croit avoir fait ici pour rendre le miracle plus Intelligible , se réduit à l'équivoque 6ur l'expression opétattort thtermé^ diaire ; l'action immédiate de la volonté de Jéstls 3tilr la nature irraisonnable demeure aussi inconcevable dahs tîéttiB Histoire que dans les histoires examinées en demies lieu.
Elle a cependant une difficulté paftifcttlière t c'est qti'il s'agit, non d'une direction ou d'une modification ddtitiëëàdes objets naturels comme dansles miracles précédents, maifed'ttnë multiplication, et même d'une multiplication prodigieuse de ces objets. A la vérité ^ rien ne nous est pltife fetailifet que la croissance et la multiplication des productions naturelles j par exemple, la croissance des graines et leur mUltiplicaticItt, tëllëâ qu'elles sont décrites dans les paraboles dû semfeiir et dtî grain de sénevé. Mais, d'abord, ces phénomènes ne fe'dpèrent pas sans l'accessibtt d'autres objets naturels tels tjiié la terre, l'éau, l'air, dé sorte que^ ici aussi, d' après l'àiiômé connu de la physique , il n'y â paS ^ à prbjirettient parler^ augmentation de la substance ; mais il y a seulement chatigement des accidetits ; eij sectod liëu; ce prbcédë de croissance et de multiplication est tel qu'il parcoutt Se^ âtàdèè divers dans des intervalles de temps ôortespondàfatS; Ici, ati contraire , dans la multiplication dés vivres par Jéstis , iii l'une ni l'autre de Ces coriditioiis ne se trouve; le pain, ddtls la main de Jésus , ne tient plus du soi dé là tëtre , côHitiie b faisait le chatime sur lequel le graiti s'est fôrttig ; et la Ifaiil* iftiplicalidn edt > hdii pas successive -^ iHals sdtldslihe.
NEUViéîkta CHAPitttE. § XCIX. 2Î9
Oh jirëtënd que c'est là justement le ittîi^aculeiit de la chose , qu'il failt là coiisidéret" sôiis ce dernier point de vue, et lie Voir dàtis ce Inirâde que l' accélération d tiii procédé naturel. Ce ^lïi arrive en trois-quarts d*àfanée depuis l'ensemenceriient jusqu'à k téfcoltë, s'est, dit on, opéré là eii quelques minute^ , pendant la distribution dés vivres ; car les évolutions naturelles sotit susceptibles d*iliiè accëléfâtibtl , et l'on ne peut déterniinei* jusqu'où cette accélération peut aller (i). C'eût été l'accélération d'iiri procédé naturel si , dans la hiaiti de Jésus , un grain se fût multiplié àîi centuple , que ces nouveaux graitis y eussent triûri , et que , de ses îualtls toujours pleines , il eût versé les grains multipliés à là foule , afin qu'elle pût les moudre , lés pétrir, léS cuire, ou, datis le dései-t où elle était , les iharigelf crus, sirii-, plement tirés de l'épi ; c'eût été Tàccéléràtion d'un procédé naturel , si , prenaiit tm poisson vivant , il en eût fait sortir soudainement leè cièufs , lés eût fécondés , les eût fait devenir de gros poissons , qu'ensuite Ifes apôtres où les gens aè là foule auraient pu faire cuire. Mais ce n'est pas dii grain qii^il prend dans sa ihain, c'est du pain ; et les poissons, qui sont distribués par morceaux , ont dû être préparés d*une façon qtlekohque , pëtit-étre rôtis du salés. ( Voyez Luc, 24, 4^ 5 Job. , *i 1 , g* ) 11 iié s'agit donc plus, d'un càté ni de l'autre, d'un sittiplë produit dé là natiiré que la vie anime , mais il s'agit d'un produit que la vie a qilitté, et que l'art a modifié. Pour y introduire tin procédé tiaturel d'après la supposition dé nos théologiens , Jéstis , avant toiit , aurait dû , >eù Vertu de sa puissance miraculeuse, faire repasser le pain a Tétat dé grain , rendre la vie àtix poissons rôtis , puis entreprèiidrë imnàédiàtement là multiplication , enfin , ramener ces objets multipliés de l'état naturel à l'état artificiel. Ainsi, ce miracle serait composé : i® d'une revivificationquisurpas-
(1) C'est ce que disent iPfèiiniiigër, Olsliaùsén, i, S. 480. Comparez âllse, §97-
SQO DEUXIÈME SECTION.
serait en merveilleux toutes celles que racontent les évangiles ; 2o d'une accélération extrême d'un procédé naturel ; 3o d'un procédé artificiel mis invisiblement en œuvre, et non moins accéléré , puisque toutes les longues opérations du meunier et du boulanger, d'une part , et du cuisinier, d'autre part, se seraient accomplies par la parole de Jésus en un seul moment. Gomment donc Olshausen peut-il se tromper, lui et le lecteur croyant, par l'expression, acceptable en apparence , de procédé naturel accéléré , puisque cette expression ne désigne qu'un tiers de la chose dont il s'agit (i)? Maintenant, comment nous représenterons-nous un pareil miracle, et dans quel moment du cours de l'opération le placerons-nous? Relativement à ce dernier point , trois opinions sont possibles , d'après le nombre des groupes qui agissent dans notre narration : la multiplication peut s'être opérée, ou bien dans les mains de Jésus, ou bien dans celles des apôtres qui ont fait la distribution , ou bien enfin, seulement dans celles du peuple qui a reçu les vivres. Cette dernière opinion est puérile jusqu'à l'extravagance , car il faudra se représenter Jésus et les apôtres distribuant , en ayant soin qu'il y en ait suffisamment, des parcelles qui deviennent des morceaux de pain et de poisson entre les mains de la foule ; d'autant plus qu'il n'aurait pas été aisément possible de procurer à chacun des cinq mille hommes une parcelle, aussi petite que l'on voudra, avec deux poissons, et cinq pains, qui ne pourront pas avoir été très gros, puisque ce n'était pas la coutume juive de faire de gros pains, et qu'un enfant les portait. Entre les deux autres opinions , je trouve avec Olshausen , que la plus convenable est celle qui représente les vivres se multipliant sous les mains créa-
(x) Cette déplorable remarque de ma Dieu TÏvaut ; autrement je n'aurais pas
part a, d'après Olshausen. sa cause dans trouvé tant de difficulté à concevoir
quelque chose de pire qu'une simple in- comment la causalité diviue peut rem-
Fpacité intellectuelle, à savoir, dans placer les opérations humaines (p. A 79). ysi absence de toute croyance en un
NEUVIÈME CHAPITRE. § XGiX. 2âl
trices de Jésus, qui donne, sans fin, des pains et des poissons aux apôtres chargés de la distribution. Pour se faire une idée du phénomène , on peut essayer de concevoir, ou bien que, aussitôt qu'un pain et un poisson étaient finis, il en sortait de nouveaux des mains de Jésus , ou bien que chacun des pains et des poissons croissait , de sorte que , lorsqu'on en coupait un morceau , la réparation s'efiectuait jusqu'à ce que le tour du pain ou du poisson suivant arrivât, d'après un calcul de proportion. La première opinionparaîi étrangère au texte, qui, parlant des miettes des cinq pains ^ va twv irsvTs apTwv (Joh. ,6, 1 3) , ne suppose guère une augmentation de ce nombre. Reste donc seulement la seconde; et Lavater,en la parant de couleurs poétiques, a rendu un mauvais service à l'opinion orthodoxe (i) ; car ce miracle appartient à ceux qui ne peuvent paraître croyables jusqu'à un certain point, qu'aussi long-temps qu'on sait les tenir dans la demi-obscurite d'une image indécise (2). Dès qu'on veut les amener à la lumière et les examiner exactement dans toutes leurs parties , ils se résolvent en nuages. Des pains qui grossissent dans les mains de celui qui les distribue , comme des champignons humides ; des poissons rôtis dont les parties coupées se reproduisent soudainement, comme les pinces arrachées à ï'écrevisse vivante se reproduisent successivement , appartiennent évidemment , non au domaine de la réahté , mais à un-tout autre domaine.
Quelle reconnaissance ne mérite donc pas ici l'explication rationaUste , s'il est vrai qu'elle sache nous délivrer le plus facilement du monde d'un miracle aussi inouï? A entendre le docteur Paulus (3), les évangélistes n'ont pas l'intention de raconter un miracle, et le miracle n'a été introduit dans leur récit que par les interprètes. Ce qu'ils racontent n'est,
(1) Jésus MessiaS| a. Bd« ,u* 14» x5, sur ce miracle a,vec quelques remarques und 20. tout-à-fait générales.
(a) Aussi lYeander (S. 877) passe-t*il (3) £zeg. Handb., a, S. 2o5 ff.
d'après lui, que ceci : Jési^s fit distribuer le jpieu de provirsioDS qu'il avait , et la multitude eut su^samment de quoi inçiuger, 11 faut suppléer l'omission d'un membre intermédiaire qui aurait appris comment il fut possible que, malgré le peu de vivres que Jésus avait à offrir, une aussi grande multitude ait été rassasiée. Ce membre intermédiaire, djt-jil, se trouye très naturellement dans la combinaison historique des circonstances. On reconuaît, en effet, en çomps^rant Jean, 6 , 4 > que, vraisemblablement, la multitude se composait j pour la. plus grande partie, d' une caravane allant à fête ; elle u'a doue pu être complètement dépourvue de vivres, et seulement peut-être quelques individus, plus pauvres que les autres, avaient déjà consonmié leurs provisions. Pour décider les mieux pourvus à faire part de leurs vivres à ceux qui eu manquaient , Jésus disposa un repas , et lui-même douua l'exemple de distribuer la portion des petites provisions dout lui et ses apôtres pouvaient se passer. Cet exemple fut imité ; et, la distribution des pains faite par Jésus ayant suscité upe distribution générale , toute la multitude fut rassasiée. Sans doute, dit Paulus, c'est ajouter au texte que d'introduire cet intermédiaire naturel; m^s, comme l'intermédiaire surnaturel que l'on admet ordinai^rement, à savoir la n^ultiplicatipu des pains, n'y est pas, non plus, exprimé formellement, et qu'il faut les y supposer l'un et l'autre, on ne peut pas fairç autrejnent que de se décider pour le moyen naturel. Le fait est que l'égalité que l'on suppose dans le texte entre les deux moyei^s termes qu'il faudrait suppléer, n'ej^ikte réellçi^o^ent
Sas. Tandis que, pour le besoin 4^ l'explication naturelle, on oi^ supposer un nouveau sujet qui distribue (les mieux pour^ vus de Is^ foule), un nouvel pl)jet distribué (leurs provisions), et la distributipn dç ces provisions ; l'explication surnaturelle se contente du sujet existant, Jésus et ses apôtres, del'obje^ existant (leur petite provision ), et de la distribution de ces vivres ; et elle ^e laisse à supposer que la m^nièrç d'après
NEUVIÈME GHABTTliB. § XGIX. âa3
laqne}|e ces vivrez devinrent suffisants pour rassasier la foule en se iQiiltipliant miraculeusement çntre les mains de Jésus et de sps apôtres. Comment peut-oq encore soutenir qu'entre les deux mqyeps tprmesi Tun n'est pas plus près d^ texte que l'autre ? Si la multiplication miraculeuse des pains et des poissqnsi est passée sous silence , cela s'expliqqe ; car une chose de ce genre , dont on ne peut se faire aucune idée , est mieux expliquée par le résults^t seul. Mais, en revanche, qQtqment leç rs^fioi^alist^s rendront-ils compte du silence gardé sur la distribution que , à l'exemple de Jésus , les ipieux pourvus firent au reste de la foule? C'est un pur arbitraire que d'intercaler cette distribution des mieux pourvus entre la phrase : // les donna aux disciples eiles disciples (^i peuple , ï^w*% Toîç (JLaÔYîTaîç , oi 5s [laÔTiTal toiç 2x.^otç ( Matth. 5 i 4> 1 9 }> et la phrase : Ils en mangèrent tous et furent rassasiés^ xai ecpayov TuàvTs; >cal cj^opradôyicav (V. Qo). Au contraire, la phrase j 11 partagea les deux poissons à fout lemonde^ xal toùç 5'Jq t5(^Ôu(îc; é[JLapic£ içàai (Marc, 6, 40? ipontrç d'\ine façon non méconnaissable que les deux poissons s^ql^m^i^t, et par conséquent aussi les cinq pains seulement, furent pour tous l'objet de la distribution (i). Mais ce qui est surtout embarrassant pour l'explication naturelle, ce sont les corbeilles que Jésus fit encore remplir des restes 2\près que tous eurent été rassasiés. Quand ici le quatrième ' évangé^iste dit : Us les ramassèrent donc , ei on remplit douzç corbeilles des morceaux des cinq pains dorge qui étaifint restés après que tous en aidaient mangé, auv^'yayov oùv , -ms iysjAicrav ^(o^exoc }co<pivQuç KXaGjjLoéTCDv ix twv Tirevre apTcav Twv xpiôivwv, à eirspwaeMds toi; peêpoixociv (6, l3), cela ^mble indiquer assez clairement que, des cinq pains, après que cinq mille hommes s'en furent rassasiés , il resta douze corbeilles pleines de miettes , par conséquent plus que les
(i) Qlihaiiseii, sur ce paMa|;e.
3^4 DEUXIEltË SEGtION.
provisions primitives. Ici donc l'interprète rationaliste a besoin des subterfages les plus extravagants pour échapper au miracle. A la vérité , quand les synoptiques disent simplement que l'on recueillit les restes du repas et qu'on en remplit douze corbeilles , on pourrait penser , au point de vue de l'explication naturelle , que Jésus, par respect pour les dons de Dieu, fit recueillir par ses apôtres ce que les gens laissaient perdre de leurs propres provisions. Mais, puisque le peuple abandonnait ce qui restait et ne le serrait pas pour son propre usage , cela paraît signifier qu'il traitait comme propriété d'autrui les aliments qui lui furent présentés , et, de son côté , Jésus , en faisant rassembler ces restes sans aucune difl&culté par ses apôtres , semble les considérer comme lui appartenant. En conséquence Paulus donne un sens nouveau a l'expression des synoptiques : On ramassa^ etc, , -^pav X. T. X. ; il prétend que cela veut dire , non que , le repas étant terminé , on ramassa ce qui restait après que la multitude eut été rassasiée, mais que les apôtres, après avoir retenu sur leurs petites provisions le nécessaire pour Jésus et pour eux , en apportèrent l'excédant au repas commun, par un exemple dont ils voulaient provoquer l'imitation. Mais pejit- on , quand le membre de phrase : Ils mangèrent et furent rassasiés, eçayov xal éj^opTocaÔYidav, est suivi immédia- ' tement du membre de phrase, on ramassa ^ xal vipav, peuton, dis-je , être revenu de la sorte , brusquement , au temps qui avait précédé le repas? du moins n'y aurait-il pas eu nécessairement, car on avait ramassé^ vipav yap ? En outre, puisqu'il venait d'être dit que le peuple s'était rassasié, le reste , to ircpiddeOcav, surtout placé comme il l'est dans Luc, auprès de aÙToî;, peut-il signifier autre chose que ce qui avait été laissé par le peuple? Enfin, comment est-il possible qu'avec cinq pains et deux poissons , après que Jésus et ses apôtres en eurent pris ce qui leur était nécessaire , ou même
NÉUVlÂilE CHAPITRE. § XCIX. Q!25
de ce qui devait êlrè distribué au peuple? Mais Texplicatîon devient encoïe plus étrange quand elle s'applique au passage de Jean. Jésus ayant pjescrit de rassembler les restes afin que rien ne se perdit ^ tva (jLvf ti aTroXviTat, il semble que ce qui est dît ensuite sur les douze corbeilles remplies du reste des cinq pains, ne peut pas ne pas être en rapport avec le temps qui suivit le repas. Mais alors il n'y aurait pas moyen de s'en tirer sans une multiplication miraculeuse. Aussi Paulus, quoique la phrase : Ils les ramassèrent donc et en remplirent douze corbeilles , etc., ne fasse qu'un tout cohérent , préfère en détacher de force : Ib les ramassèrent donc; de sorte que, d'une manière encore plus forcée que chez les synoptiques, il met, sans aucune indication, le verbe au plusqucparfait, et reporte ce membre de phrase au temps qui précéda le repas.
Ici donc encore l'explication ngiturelle ne résout pas le problème proposé ; le miracle reste dans le texte ; et, si nous avons des motifs pour le trouver incroyable , nous devons examiner si le récit du texte mérite réellement qu'on y ajoute foi. Les commentateurs le placent ordinairement au rang des plus dignes de croyance , à cause de l'accord des quatre évangélistes ; mais cet accord n'est pas aussi complet qu'on le prétend. D'abord , des divergences entre Matthieu et Luc , puis entre ces deux et Marc , qui donne ici aussi cours à son imagination, enfin, entre tous les synoptiques et Jean, portent sur les ^points suivants: d'après les synoptiques la scène se passe dans un lieu désert ^ totto; epYjp-o; , d'après Jean sur une montagne ; d'après les synoptiques elle s^ouvre par une allocution des apôtres , d'après Jean par une question de Jésus ( double particularité par laquelle le récit de Jean , comme il a déjà été remarqué , se rapproche du récit que Matthieu et Marc font delà seconde multipilication); enfin, les discours que les trois premiers évangélistes mettent d'une façon indécise dans la bouche des disciples^ tôîv II. i5
236 DEUXIEBfE SECTION.
(laOTiTcov j sont prêtés par le quatrième évangéliste , stÛYant son habitude d'individualiser, à Philippe et à André nomi* Hâtivement, de même aussi qu'il désigne un enfant j Trai^apiov, comme le porteur des pains et des poissons. Nous pouvons passer sur ces divergences comme moins essen^elles, pour nous arrêter sur une qui a plus de portée. Tandis que, d'après les synoptiques, Jésus, qui a pendant }ong-^emp3 eur seigné la foule, et qui en a guéri les malades , n'est amen^ à lui donner des vivres que par l'approche du soir et par la remarque qu'on lui en fait; chez Jean, au contraire ^ la première pensée de Jésus, dès qu'il lève les yeux et voit arriver le peuple, est, ou bien la pensée exprimée dans sa question à Philippe : Où preiiSre du pain pour donner à manger à ce peuple? ou bien , comme il ne disait cela que pour éproui^er Philippe, iretpaî^wv , et comme il savait bien ce quil avait à faire ^ Tt 7Î(A8>.>.8 Troteiv, elle est le dessein de procurer àla foule unenourriture miraculeuse. Or, comment se put-il que , dès l'approche du peuple , Jésus conçût le projet de lui donner à manger? Le peuple venait auprès de lui, non pouç en recevoir du pain , mais pour profiter de son enseignement et de sa puissance curative ; ce fut donc de son propre mouvement que Jésus se proposa de multiplier les pains, afin de donner la preuve la plus signalée de son pouvoir miraculeux. Mais, était-ce son habitude, de faire un miracle sans nécessité, sans provocation, par un pur caprice, et uniquement pour en faire un ? Je ne puis pas exprimer assez fortement combien il est impossible que la première pensée dé Jésus ait été le repas, combien il est impossible qu'il ait imposé de la sorte au peuple la multiplication miraculeuse des pains. Ici donc , le récit des synoptiques, où le miracle a du moins un motif^ l'emporte notablement sur celui de Jean, qui, se hâtant d'en venir au miracle , néglige de le motiver, et qui ne fait pas attendre à Jésus le moment de l'opérer. Ce n'est pas ainsi qu'un témoin oculaire a pu
parler (i). S'il Êiut mettre de côté , comme non historique, le récit de cet évangile auquel aujourd'hui ou accorde la plu9 grande autorité, les difficultés du &it en lui-même, signalées plus haut, suffisent,en ce qui regarde les autxçséyangile$, pour jeter du doute sur le caractère historique de leur narration , d'autant plus que , à côté de ces raisons négatives, 9e troi}vent des raisons positives qui font comprendre qw notre récita pu naître par des voies non historiques.
Ces raisons positives existent aussi hien dan&le dQoiainedefi récits évangéliques qu'en dehors de ce domaine, c'est-à-dix« dans l'histoire de l'Ancien-Tests^ment et dans l'histoire populaire des Juifs. Quant au premier point, il est hon de remar-** qu^r que Jean, aussi hien que les synop^ques, rattache plus ou moins immédiatement à la multiplication de pains matériels opérée par Jésus , des discours figurés sur le pain et la pâte. Telles sont, chez Jean (6, 27 seq.) les sentences sur le vrai pain du ciel et de la vie donnés par Jésus , chez les synoptiques sur le faux levain des Pharisiens et des Saducéens^ c'est-à-dire leur fausse doctrine et leur hypocrisie (Matth. , 16, 5 seq. Marc, 8, i4seq. Comparez Luc , 12, i) (2);
(1) Contré Fessai de conciliation tenté par Neandeis comparez De Wette» exeg.
Handb., i, 3, S. '77.
(a) Cette indication a été tout récemment suivie par Weisse ; il trovre ki clef de rbistpire de la multiplication dans nne question de Jésus , qui , voyant que les apôtres se méprennent sur Tavis qn'il leur donne de se garder du levain des I%arisiens et des Sadncéens , leur demande sMs ne se souviennent pa^ combien de corbeilles ils ont re Jiportées des tAnq pains eî puis des sept pains. Quand il ajoute : Nâ eomprenêz^tuous pas.qtie eg n'est pas de pain que je pariais, etc, irw^ ov voctVi, Stt 0^ 'Ktp\ «prou cTWov v/x?y , x; T. \. (Mattli. 16, IX }, la comparaison, dit Weisbe, que Jésus fait ici de Tbistoire de la multiplication avec le discours snr le levaiB , montre qa*il, ne fiint eafeendre
anssi la première que paraboliqnement (p. 5 XX seq,). Mais la forme de la question de.Jéuis : combien de pardem (^de corbeilles) n^ous remportâtes, itévov^ xoytifovç (ovrvpf^aç) iXéStxt^ suppose un événement réel. Ga ne pent . d'après icç.
qui a été dit dans le premier volume an sujet de Thistoire de la tentation, se fairt aucune idée d'une parabole OÙ Jésus, et les apôtres auraient joué un rôle principal. La manière dont Jésus conclut, ne yeut pas dire que, à cause du sens purement figuré du récit antécédent» il faut entendre au figuré aussi le discours snb« séquçnt , mais elle vent, dire qae , pni** qu'on s*est convaincu antécédemment , combien il était superflu dé s'inquiéter du pain pour le corpa dans le voisinage de Jésus, il est absurde d'entendre au pr^re son dÎMonn aolneli
aa8 DEcxiisfE section*
et des deux côtés, le discours figuré de J&us est entendu, k tort, d*un pain matériel. Ce ne serait donc pas aller chercher hien loin, que de supposer que , semblable au peuple et aux apôtres, la première tradition chrétienne entendit au propre ce qui n'avait été dit par Jésus que d'une façon figurée ; et, si parfois il s'est représenté, dans un langage métaphorique , comme celui qui pouvait .donner au peuple égaré et affamé le vrai pain de vie , la meilleure nourriture , à laquelle il opposait peut-être le levain des Pharisiens , la légende , dont la tendance est de tout réaliser, entendit ces paroles comme si Jésus avait véritablement nourri, par un miracle, dans le désert, une multitude affamée. D'après le quatrième évangile , les discours sur le pain de vie sont amenés par la multiplication des pains. Il se pourrait que le rapport fût inverse , et que la conception de cette histoire fût due à ce discours. En efiet, le récit de Jean commence par ces mots : Uoîi achètera ns-nous du pain pour donner à manger à ce peuple? tjoÔsv âyopacroiJLev apTOuç ïva faycxxnv ouToî; ce langage dans la bouche de Jésus, au premier aspect de la foule qui accourt , se conçoit mieux s'il parlait , par figure, de la nourrir de la parole de Dieu (Comparez Joh. , 4, 3*2 seq.), et d'apaiser sa faim spirituelle (Matth.,6ji6), afin d'exercer l'intelligence supérieure des apôtres (iretpa^cùv), que s'il songeait réellement à une nourriture corporelle , et s'il n'avait voulu éprouver ses apôtres que pour savoir jusqu'à quel point ils s'en remettraient à son pouvoir de faire des miracles. Le récit des synoptiques prête moins à une pareille manière dç voir. Les discours figurés sur le levain ne suffisent pas pour motiver la formation de l'histoire de la multiplication ; et, comme l'évangile de Jean est, à vrai dire , le seul qui semble la permettre , on se conformera mieux au caractère de cet évangile en supposant qu'il s'est servi du récit miraculeux reçu par tradition, comme d'un texte pour des discours figurés dans le goût alexandrin,
KEUViélIE CHAPITRE. § XCIX. 2^9
qu'en supposant qu'il nous aiconservé les discours originaux d'où la légende aurait tiré cette histoire de miracle.
Si donc nous trouvons, hors du Nouveau-Testament, des causes très puissantes qui aient pu concourir à la formation du récit de la multiplication des pains, nous serons obligés de renoncer à notre essai de la construire avec des matériaux pris au Nouveau -Testament. Le quatrième évangéliste, en mettant dans la bouche du peuple la mention de la manne, ce pain céleste que Moïse avait donné à manger dans le désert aux ancêtres (V. 3i ), nous rappelle un des traits les plus célèbres delà primitive histoire des Israélites (.2. Mos. ,16). Il était tout-à-fait naturel qu'on le considérât comme un type de ce qui devait arriver dans le temps messianique ; et nous savons, en effet, d'après des écrits rabbiniques , que, parmi les traits qui furent transportés du premier Goèl au second, la distribution d'iin pain céleste jouait un rôle principal ( 1). Déplus, si la manne de Moïse se prête sans peine à être regardée comme le type du pain miraculeusement multiplié par Jésus , les poissons que Jésus multiplia par le même miracle, pourraient faire songer comment Moïse procura au peuple , non seulement un succédané du pain dans la manne, mais encore une nourriture animale dans les cailles (2. Mos., 16^8. 12. i3;4 Mos., Il ,4, jusqu'à la fin). En comparant ces récits mosaïques avec nos récits évangéliques, on trouve dans les détails une similitude frappante. Des deux côtés , le lieu est le désert ; des deux côtés , la cause du miracle est la crainte que le peuple ne souffre de la famine, ou même ne périsse complètement par la faim. Dans l'Ancien-Testament , cette crainte est exprimée par le peuple, à voix haute et avec des murmures; dans le Nouveau, elle est un effet de la courte vue dos apôtres et de l'amour de Jésus pour les hommes, Jésus fait songer à ses apôtres, qu'il
(i) Vojei le premier yolmne, ^ 14.
a30 DEUXliHS SECTION.
fant donner à manger an penple/ce qni indique déjà son dessein d'une multiplication miraculeuse ; avec ce langage de Jésus, on mettra en parallèle llndicationque Jéhova donne à Moïse de nourrir le peuple avec de la manne (s. Mes. , 1 6, 4), et avec des cailles (a. Mos., 16, 12; 4- Mos., 11, 18— 20). Mais ce qui est tout-k-Ëdt décisif, c'est la ressemblance entre les doutes exprimés de part et d'autre. Les apôtres regardent comme impossible de procurer des vivres dans le désert à une aussi grande multitude, et Moïse élève des doutes contre la promesse de Jéhova , de rassasier de viande les Israélites (4* Mos., 11,21 seq.). Comme les apôtres , Moïse trouve la multitude du peuple trop grande pour qu'il soit possible de la pourvoir d'une nourriture suffisante ; comme les apôtres, qui demandent où prendre tant de pain dans le désert , de même Moïse demande ironiquement si les Israélites doivent tuer des moutons et des béeufs (ils n'en avaient pas) ; comme les apôlres, qui objectent que, quand même ils feraient les plus grands sacrifices d'argent , cela ne suffirait pas pour donner un peu de pain à chacun, de même Moïse avait déclaré d'une autre façon , que , pour rassasier ie peuple ainsi que Jéhova le promettait , il faudrait que l'impossible se fît ( c'est-à-dire que les poissons vinssent de la mer), Jéhova , dans l' Ancien-Testament , pas plus que Jésus dans le Nouveau , ne tient compte de ces objections , et il ordonne au peuple de se préparer à recevoir la nourriture miraculeuse.
Quelque analogie qu'il y ait entre ces deux nourritures procurées miraculeusement , cependant il se trouve une différence essentielle: c'est que , dans l' Ancien-Testament , il s('agit, aussi bien pour la manne que pour les cailles, de procurer miraculeusement des aliments qui n'existaient pas précédemment; et dans le Nouveau, de multiplier miraculeusement des aliments qui existaient déjà, mais qui ne suffisaient pas. L'intervalle entre le récit niosatque et le récit évangé-
NEUVIÈME GHAPITRli:. § XGIX. 23 1
lîque est dotic trop grand pour qu'on puisse dériver immédiatement celui-ci de celui-là. iNous avons besoin d'un intennédiaire ; et cet intermédiaire tout-à-fait naturel entre Moïse et le Messie est donné par les prophètes. Pour Élie , on sait que par lui et eh sa faveur la petite provision de farine et d'huile qu'il trouva chez la veuve de Sarephta fut multipliée tiiîraculeusement, ou, plus précisément, maintenue de manière à suffire durant toute la durée d'une famine ( 1. Reg., 17 , 8 — 16). Cette histoire de miracle se développe davantage et d'une manière plus semblable au récit évangélique chez Elisée (2. Reg., 4 1 4^ seq.). Comme Jésus , dans le désert , avec cinq pains et cinq poissons veut nourrir cinq mille hommes , Elisée veut , pendant une famine , nourrit cent hommes avec vingt pains (des pains d'orge comme ceux qui furent distribués par Jésus suivant Jean) , et avec un peu de froment écrasé ( Vdid , LXX : 7ca>.a6aç ). La disproportion entre les provisions et le nombre d'homme^ est exprimée par son serviteur, comme dans r Évangile par les apôtres, sous la forme de cette question : Qu'est-ce qu'une si petite quantité de vivres pour cent hommes ? Elisée rie se laisse pas plus déconcerter que Jésus par cette objection ; triais il ordonne à son serviteur de donner à manger au peuple ce qui se trouve ; et , de même que le récit évarigéliqùe fait ressprtîr qu'on ramassa les débris du repas, de riiêriie , dans rAncien-Testament , la narration se termine par la rémarque que, bien que tant d'hommes eussent mangé leur part dé ces provisions , cependant il j\ en avait encore eu de resté (i). La seule différence est ici , à vrai dire, le moindre nombre des pains, et le plus grand de la foule rassasiée, du côté du récit évangélique. Mais qui ne sait
(0 a. R^l^. 43, i.xx:Qn*estK;eqaé Joli. 6, g : Mais qu'est-ce qpe cela
cela pour 'n donner à cent hommes? pour tant de {^cus? X)l)>à xavra xi c9tiv T( èS Tovro évwiriov «xar^v àv^poiv; et; tovovtouç;
â3a DECxiiME section.
que , en général , la légende n imite gu^re sans enchérir, et que 5 en particulier, il convenait parfaitement à la position du Messie qu'on mit sa puissance miraculeuse dans le rapport de cinq à vingt, quant à la nécessité d'aliments naturels préexistants , et dans celui de cinq mille à cent , quant à l'action surnaturelle. Il est vrai que , pour couper court à la conséquence qui veut que , si l'on entend mythiquement les deux récits de l' Ancien-Testament, on entende my-, thiquement aussi le récit si semhlahle des évangiles , Paulus étend au premier l'essai d'une explication naturelle qu'il a développée pour le second ; il prétend que la cruche d'huile de la veuve fut tenue pleine par des contrihutions des élèves du prophète, et que les vingt pains devinrent suffisants j)0ur cent hommes à l'aide d'une modération digne de louanges ( i). Cette explication peut encore moins nous tenter que l'explication correspondante du récit du Nouveau-Testament ; car, en raison de la date plus reculée de l'événement, il y a moins de motifs critiques , et en raison du rapport seulement médiat qu'il a avec le christianisme , il y a moins de motifs dogmatiques pour tenir à son authenticité historique. Pour rendre complète cette déduction mythique de l'histoire de la multipUcation des pains^ il ne nous manque plus que de montrer que les Juifs postérieurs croyaient que des hommes d'une sainteté particulière avaient la faculté de rendre suffisantes de petites provisions de vivres. C'est l'érudition désintéressée du docteur Paulus qui nous a fourni ces renseignements. Par exemple , il nous a appris qu'au temps d'un homme d'une grande sainteté , les pains de proposition
en resta suivant la parole du Seigneor. tons et furent rassasiés , et oti emporta Kat ryo7oy, xa^ xarAmov xar^ r^ douze corbeilles pleines des morceaux pyïaa Kvpiov. qui étaient restés. Ka) ffay«y irocvrc;»
xou lxopTavOv]7ay > xx2 ^mw t^ Trcpcv- «rcvov Twy x)o(7/<aTCDy | ^cHmc xo^nfovç
(i) Exe£. Ha lai) , a. S. aS; f.
TT^lljpClÇ.
NETJVIÂHE CHAPITRE. § C. 233
en petit nombre suffirent k rassasier les prêtres, et que même il en resta (i). Ce commentateur, s'il était conséquent, devrait essayer de donner de ce récit aussi une explication naturelle, peut-être par la retenue de ces prêtres ; mais cette histoire ne se trouve pas dans les livres canoniques ; par conséquent il peut, sans hésitation, la tenir pour un conte ; et la seule chose qu'il accorde en raison de la ressemblance frappante qu'elle a avec le récit évangélique , c'est que , en vertu de la croyance des Juifs à de pareilles multiplications de vivres, croyance attestée par ces documents rabbiniques, le récit du Nouveau-Testament put de bonne heure être conçu par des chrétiens judaïsans dans un sens pareillement miraculeux. Mais nos recherches prouvent que le récit évangélique a été rédigé conformément k ces idées ; et, si ces idées se trouvaient dans la légende populaire des Juifs , ce récit évangélique est, sans aucun doute, un produit de cette légende (2).
Jésus transforme Teau en vin.
A la multiplication des patins, on peut rattacher le récit du ^ykatrièmé évangile (2, 1 seq.) suivant lequel Jésus changea l'eau en vin dans une noce, k Cana en Galilée. D'après Olshausen, les deux miracles appartiennent k la même catégorie, puisqu'il s'y trouve un substraium dont la substance est modifiée (3). Mais il oiiblieici une différence logique : dans l'histoire de la multiplication, la modification du substratum est purement quantitative, c'est une augmentation de
(i) Joma f. 39, 1 : Tempore Simeonis ad satîctatem comcdcrent. imo ut adhue
jiisti bcnftdictto erat super dnos panes reliqui.'e siiperesseot. perHecostnlcs et snpcr deccm paoesVpo- (a) Comp. De Wctte, cxeg.
0/<7(etf;. lit singiiU sacerdotcs, qui prtw i, x,S. l33 f. rata parte accipereot quantitalcm oUvaei (3) Bibl, Comm., 9» S* 74*
â34 DEUXIEME SECTION.
ce qui existe déjà avec la même* qualité ; il y a jplus de pain , mais c'est tonjonrs dnpain. Au contraire , dans la noce de Cana , le substratum subit une modification qualitative \ il ne reste pas semblable à lui-même , il devient autre cbose, de l'eau est (Changée en vîn ; il y a donc une véritable transsubstantiation. A la vérité, il y a des changements qualitatifs qui se âuceèdeiit conformément aul lois de là nature, et dont la production instantanée de la part de Jésus serait pltis facilement concevable qu'une augmentation également instantanée de la quantité ; par exetnple , s'il avait fait soudainement du vin avec du moût , ou du vinaigre avec du vin ; car ce ne serait que faire passer rapidement le même substratum végétal , le jUs de raisin , par des états divers qui lui sont naturels. Il serait déjà plus miraculeux que Jésus eût communiqué au jus d'un autre fruit , par exemple de la pomme , la qualité du jus de raisin ; cependant il serait resté encore dans les limites du même règne de la nature. Mais ici où de l'eau est changée en vin , on saute brusquement d'un règne de la nature dans l'autre, de la substance inorganique à la substance végétale , miracle qui est autant au-dessus du miracle de la multiplication que celui de changer les pierres en pain, que le tentateur suggéra à Jésus (i); ^^
A ce miracle, comme au précédent, Olshausen, oaprès Augustin (2) , applique l'explication d'un travail naturel accéléré, de sorte qu'il ne s'y passa rien autre chose, seulement dans un délai plus bref, que ce qui se passe annuellement dans la vigne avec un développement plus prolongé. Cette manière de considérer la chose serait fondée , si le
(i) Deauder peDM que, pour ce mi- produit des effets* snpériciirs de beau-
racle, 01 peut, plus facilement que pour coup à ceux de Tean ordinaire, et eu par-
I elui de la D'ultilplication des pains, trou- tie semblables à ceux du viu. (S. 369.)
. vcruneana*o^*e, à savoir dans les sources (a) In Johann, tract, 8: Ipse vinum
nûnéralcs dont Teau prend une telle puis- fecit in nuptiis, qui omni anuo hoc facit
•itfipe par des forces naturelles , qu'elle in Titibus.
NEUviiiÂË GHAPITÏIE. § G. q3Ô
substratum sur leqnd Jésus opéra , avait été le itiéme que celui d'où le vin provient par voie naturelle. S'il avait pris dans sa main une vigne , et si soudainement il l'avait fait fleurir et porter des grappes mûres, cela pourrait ^'appeler un travail naturel accéléré. Mais nous n'aurions pas encore du vin par là ; et, si Jésus en fît produire à la vigne ainsi prise dans sa main , il fallut qu'il ajoutât un remplaçant invisible du pressoir, c'est-à-dire un travail artificiel accéléré ; de sorte que , ici aussi , l'explication prise de l'accélération d'un travail naturel ne pourrait sufiire. Mais nous avons pour substratum de cette production de vin, non une vigne, mais de l'eau ; et on ne pourrait parler ici avec justesse d'un travail naturel accéléré, qu'autant que, dans des circonstances quelconques , de l'eau se changerait en vin par des transformations successives. Pour en venir là , on dit qu'en tous cas c'est de l'eau , c'est de l'humidité apportée à la terre par la pluie, etc., que la vigne tire sa sève employée 'aussitôt à la production de la grappe et du vin ; de sorte qu'il est vrai de dire que chaque année de l'eau est changée en vin par un travail naturel(i). Mais, outre que l'eau n*est qu'une des puissances élémentaires dont la vigne a besoin pour être féconde, et outre qu'il faut encore de la terre , de Pair et de la lumière, on ne pourrait dire , ni de Tune de ces puissances élémentaires , ni de toutes prises ensemble , qu'elles produisent la grappe ou le vin , et qu'ainsi Jésus , en changeant l'eau en vin, a fait, avec plus de promptitude seulement, ce qui se renouvelle annuellement par une élaboration successive. Ici encore on confond des catégories logiques qui sont essentiellement différentes. En effet, nous pouvons placer le rapport du produit au producteur , rapport dont il s'agit ici, sous la catégorie de la force et du phénomène, ou
(i) C*cst ce qne dit Angnstin, ap- couyersiim est opère Domini, sic et qno prouvé par Obbansen : Sicnt enim, qnod nolies fundunt , in yinum ooiiTerti^ ■ïUerunt inioistri in hydrias, ii^ Yinum ejasdem op^re Domini.
a36 DEUxiéuE section.
de la cause et de l'effet. Il ne sera jamais possible de dire que Teau est la force ou la cause qui produit les grappes et le vin; la force qui en détermine la production, reste toujours l'individualité végétale du cep , à l'égard duquel l'eau , de même que les autres agents élémentaires , ne se comporte que comme sollicitant la force , provoquant la cause. Sans doute la grappe ne peut se former sans l'action de l'eau^ de l'air, etc. , pas plus qu'elle ne le peut sans le cep '; mais la différence est que dans le cep , la grappe préexiste en ^ un germe auquel l'eau et les autres agents ne sont que des moyens de développement. Dans ces substances élémen- , taires, au contraire, la grappe n'existe ni en acte ni en puissance. Ils ne peuvent en aucune façon la faire naître par eux-mêmes , ils ne peuvent que la développer dans un autre corps, la vigne. Donc faire du vin avec de l'eau , ce n'est pas faire marcher Faction d'une cause plus rapidement qu'elle ne marcherait par la voie naturelle , mais c'est faire naître l'effet, sans cause et de la simple circonstance occasionnelle, ou , pour nous en tenir plus précisément dans le règne organique , c'est faire naître de simples matériaux inorganiques, ou plutôt , d'un seul élémenl; de ces matériaux, un produit organique, sans l'organisme producteur, à peu près comme si l'on prétendait faire, avec de la terre, du pain sans l'intervention de la plante , avec du pain , de la chair sans l'assimilation préalable opérée par le corps animal, et , de la même façon , du sang avec du vin. Si donc on ne veut pas simplement invoquer Tincompréhensibilité d'une parole toute-puissante de Jésus, mais si l'on veut , avec Olshausen, se représenter plus facilement l'élaboration renfermée dans le miracle qui. nous occupe, sous la forme d'une élaboration naturelle , l'on doit , non pas taire , pour rendre la :hose plus spécieuse , une partie des conditions qu'elle im- Uique , mais les mettre en relief. Elles formeraient la série bvante : i ""à l'eau, agent élémentaire, Jésus auraitdû joindre
NEUVIÈiaS CHAPITM. § G. a37
la force des autres éléments nommés plus haut ; a"* il aurait dû, ce qui est capital , procurer invisiblement aussi Tindividnalité organique du cep ; 3"* il aurait dû accélérer Télaboration naturdle de ces objets au point d'amener instantanément la floraison^ la fructification du cep et la maturité de la grappe ; 4"* il aurait dû faire agir invisiblement et soudainement le travail artificiel du pressoir, etc. ; b"* enfin il aurait dû rendre instantané le travail naturel de la fermentation. Ainsi, quand on désigne l'élaboration miraculeuse comme une élaboration naturelle accélérée , on ne prend que deux conditions sur cinq ; trois de ces conditions se refusent à passer par celte explication , et cependant les deux premières , particulièrement la seconde , sont d'une importance qui n'appartient pas, même aux conditions négb'gées dans l'application qui a été faite de cette manière de voir k l'bistoire de la multiplication des pains. De sorte que , dans un cas comme dans l'autre , il ne peut pas être question de l'accélération d'un procédé naturel (i). Mais comme c'est là le point de vue unique ou extrême sous lequel nous puissions nous faire une idée quelconque d'un pareil miracle, il est démontré que c6 miracle est inconcevable, du moment que ce point de vue ne peut s'y appliquer.
Ce n'est pas seulement relativement k la possibilité, que ce miracle a été contesté , il l'a été aussi relativement a l'utilité et k la convenance. Dans l'antiquité (2) et dans les temps modernes (3) , on a dit qu'il était indigne de Jésus, non seulement de se trouver dans une société de buveurs , mais encore de favoriser leur ivrognerie par un miracle. Ce reprocbe doit être repoussé comme exagéré, et les commentateurs remarquent avec raison que l'expression, après qu'on
(1) Lucke, I, p. 4u5 . trouve dcfeo- méine difGculté se présente dans le mi-
taoïise et obscure l'analogie d*nne élabo- racle de la maltipUcation des pains,
ration naturelle , et il n'a d'autre moyen (a) DansChrysostome, Homil. in Joaun.
de se tranquilliser là*des8U8 , jusqu'à un ai.
ctrUia point » qa'ea remarquant que U (3) Woolston, Disc, 4«
q38 PEUXIl^VE SECTION.
s*est enwré\j,. Srov (x.£Ôu<rô(î><rt (V. i o ), dont le maître d'hô^ telj âpj^iTpix>.ivoç , se sert pour caractériser la marche ordinaire de pareils repas , ne peut pas. être appliquée avec sûreté à la noce même de Gana. Il n'en reste pas moins (ce que, non seulement Paulus et l'auteur des Pwbabilia ( i), mais encore Luc et Olshausen font remarquer) , il n'en reste pas moins, dis-je ^ une difficulté qui frappe au premier abord , c'est que , par ce miracle , Jésus n'a pas , comme c'était son habitude , porté remède à une nécessité , à un besoin véritable , mais qu'il a seulement procuré un nouvel aliment au plaisir; qu'il s'est montré, non pas secourable, mais complaisant , et qu'il a opéré un miracle de luxe plutôt qu'un miracle véritablement bienfaisant. Si l'on dit que le miracle eut un but suffisant dans l'intention de fortifier la foi des disciples (2 ), ce qui arriva en effet d'après le verset 1 1 , il faut se rappeler que, dans la règle, les autres miracles de Jésus n'avaient pas seulement, en leur qualité d'événements extraordinaires , pour résultat quelque chose de désirable , par exemple la foi des assistants ; mais encore, en leur qualité de guérisons , de multiplications de pains , etc. , avaient pour but une intention bienfaisante. Dans le miracle actuel , cette intention manque , et ce n'est pas tout-à-fait à tort que Paulus a appelé l'attention sur la contradiction qui existe entre le refus de Jésus de faire, à la suggestion du tentateur, des miracles qui , sans être matériellement bienfaisants ou provoquésparune nécessité pressante, n'auraient d'autre but que d'exciter la foi et l'admiration, et entre l'accomplissement d'un miracle de ce genre par Jésus (3). On fut donc , du côté des surnaturalistes , amené à admettre que l'intention de Jésus avait été , non de produire de la foi en général , laquelle aurait pu être éveillée aussi
(1) p. 49. (3) Comm. 4i S. i5i f.
(a) Tholuck, tur ce passage*
NEnVX]^ CHAPITBE. § G. ^39
bien on mieux encore par on miracle matériellement salur taire , mais dç déterminer une conviction tout-à-fait spéciale et que ce miracle pouvait seul causer. Et ici l'opposition dç Teau et du vin sur. laquelle roule le miracle , dut rappeler facilement l'opposition entre celui qui baptisait par teau^ Pa7nri^(ov èv u^aTi (Matth. 3 , 1 1) et en même temps ne bu-vaitpasde virij oîvov (jiTiirtvwv (Luc, i , i5; Idatth. ii, 1 8) et entre celui qui, baptisant avec l'esprit ^int et le feu, ne se refusait pas le jus plein, de feu et d'esprit de 1^ treille, et qui pour cela même avait été injurieuaement appelé éoifeui\ otvoTCOTTiç (Matth., il, 19) ; d'autant plus que le quatrième évangile, qui contient le récit de la noce de Cana, montre, dans ses premiers paragraphes, une tendance à conduire le lecteur, par une progression croissante , de Jean-Baptiste à Jésus. En conséquence, Herder (1) et après lui quelques auteurs (2) ont admis que Jésus , par ce miracle, avait voulu représenter symboliquement à ses disciples, dont plusieurs avaient été précédemment disciples de Jean-Baptiste , le rapport qui se trouvait entre l'esprit de sa doctrine et son ministère d'une part , et la doctrine et le ministère de J^an^ Baptiste d'autre part, et étouffer par un miracle le scandale qu'ils auraient pu prendre de sa manière de vivre plus libérale. Mais ici se présente l'objection qui est relevée comme frappante par des amis de cette explication (3), à savoir que Jésus ne se servit pas de c^ miracle symbolique pour expliquer, à l'aide de discours, à ses apôtres le rapport qui existait entre lui et Jean- Baptiste. Cependant des explications étaient nécessaires , pour que le miracle ne manquât pas son but spécial ; on le voit immédiatement par l'évangélistç lui-même, qui l'entend , non dans le sens de nos théologiens
(1) Von Gottcs Solin n. s. L nacli Magasin, i4.Stuck, S. 86 f.; Olshausen»
JoLanncs Eyaogelium, $. i3i f. 1. c, S. 75 £. Comparez Neander L. J.
(a) G . Ch. Flatt, iiber die Verwand- Çhr.» S. Sja. 1 ung dea Wasiers in Weio, in SiUkind't (3) Olshaïuen, 1« o.
Ù^O DEUXliMB dECTION.
et comme le s3anbole d'une maiime particulière de Jésus , mais d'une façon tonte générale et comme une manifesta^ tioUf fov^pcdori;, de S2l gloire ^ ^o^a (i). Si donc Jésus, dans ce miracle, avait pour but l'application spéciale dont il s'agit, le rédacteur du quatrième évangile , c'est-4i-dire , d'après la supposition de ces théologiens , celui de ses disciples dont l'esprit était le plus ouvert, ne l'a pas compris, et Jésus a négligé, d'une manière inopportune , de prévenir ce malentendu ; ou, si l'on ne veut accepter ni l'une ni l'autre de ces suppositions , il demeure que Jésus , contre son habitude , aurait essayé d'atteindre un but général ( celui de montrer sa puissance miraculeuse ) par un acte auquel il aurait pu , ce semble, substituer un acte plus utile.
La quantité disproportionnée de vin que Jésus donne aux convives, doit aussi surprendre. Six cruches, contenant chacune 2 à 3 métrèteSy si le métrète attique correspondant au bath des Hébreux est évalué à i 1/3 amphore romaine , ou 21 mesures de Wurtemberg (le maass vaut a""*',^^), feraient q5q — ^^-j^ mesures (669,44 — SSg"'"*, 16) (2). Quelle quantité pour une compagnie qui avait déjà passablement bu ! Quelles énormes cruches, s'écrie Paulus de son côté , et aussi met-il tout en œuvre pour diminuer l'évaluation du texte. De la façon la plus contraire à l'usage de la langue , il donne à la proposition ovà, non un sens distributif , mais un sens collectif, de sorte que les six cruches contiennent, non pas chacune, mais toutes ensemble , deux ou trois métrètes ; et Olshauseu , d'après l'exemple de Semler, se tranquillise en remarquant qu'il n'est dit nulle part que l'eau de toutes les cruches ait été changée en vin. Mais ce
(1) Lucke aus regarde cette inter- (a) Wnrm, de ponderum , mcnsnra-
prétation symboliqne comme tirée de mm , etc. , rationibtis ap. Rom. et Grae-
trop loin, et ayant trop pen d*appoi dans cos, p. ia3, i a6. Comparez Lûcke, snr
le ton du récit, p. 4o6. Compares De ce passage. \ Wette, ezeg. Handb», l»3f S« Sj.
NEUTlEME CHAPITRE, § G. û^i
Sont des subterfuges ; celui à qui paraît incroyable , de la part de Jésus , une prodigalité si excessive et "si dangereuse , celui-là doit en conclure que ce récit n'est pas historique. Une difficulté particulière existe dans le rapport où la narration place Jésus à l'égard de sa mère , et celle-ci à l'égard de Jésus. D'après le dire exprès de Tévangéliste , ce miracle était le commencement des signes de Jésus, i^yri tôv cr/ïfAetwv. Et cependant sa mère compte tellement sur un miracle qu'elle croit n'avoir besoin que de lui indiquer le défaut de vin , pour le déterminer à y subvenir surnaturellement ; et, même lorsqu'elle reçoit un refus , elle perd si peu cette espérance , qu'elle avertit les serviteurs d'être attentifs aux signes de son fils (V. 3. 5). Comment expliqueronsnous, chez la mère de Jésus, cette attente d'un miracle? Le dire de Jean, que la transformation de l'eau a été le premier signe de Jésus, le rapporterons-nous au temps de sa vie publique ? Mais alors , supposerons-nous pour sa jeunesse, les miracles apocryphes des évangiles de l'enfance ? ou , puisque cette supposition a déjà été, avec raison, trouvée indigne de la critique par Chrysostôme lui-même (i), conjecturerons-nous que Marie , convaincue par les signes concomitants de la naissance de Jésus , qu'il était le Messie, attendait de lui des miracles et désirait que, dans cette circonstance où l'embarras était grand , il donnât une preuve de sa puissance , comme il en avait déjà peut-être donné dans quelques circonstances antérieures (q) ? Mais il faudrait qu'il fût un peu plus vraisemblable que les proches de Jésus eurent cette conviction précoce relativement à sa messianité, et surtout, que les événements extraordinaires de son enfance qu'on suppose avoir produit cette conviction, eussent plus d'authenticité. Ajoutons que , même en admettant que Marie ait eu foi en la puissance miraculeuse de son fils , on ne com-
(i) Homil. in Joàmi,, sar ce passage. (2) Tiioluck, sur ce passage.