S LXXXIX
Les démoniaques considérés en général.
Tandis que , dans le quatrième évangile , les expressions avoir un démon^ ^atpviov e^^iv, être démoniaque^ Âai[ji.ovt^o(Jievoç, ne se présentent que dans la bouche des Juifs et sont des accusations contre Jésus, et des synonymes de être foUj (AaivecÔat (8, 48 seq.; lo, <20 seq ; comparez Marc 3, 22. 3o; Matth. 1 1 , i8) , les démoniaques sont, dans les trois premiers évangiles, les objets, on peut le dire, les plus habituels des opérations curatives de Jésus. Dès Tendroit où les synoptiques décrivent les commencements de son ministère en Galilée, ils mettent, entête des malades que Jésus a guéris, les démoniaques ^ $ai[ji.ovt^o[jE.svouç (â) (Matth. 4»
(i) C*est ce qu*es&aîe Weisse, die moniaques, dont la maladie {Miraissait se
evangel. Gescb., i, S. 337 ^* réglersnr les phases lunaires; cela se voit
(a) Les lunatiques, crcAYiytaÇoMvoc , par un passage de Matthieu , où un d^
qui leur sont associés chez Matthieu, ne mon , ^oufAOvcovy est expulsé d'un lunati'
jont qu'une espèce particulière de dé- que^ acWcot^^fUvec.
NEUVIÈMB CUAPITAE. § LXXXiX. l3
â4 ; Marc i , 34) 9 et ces derniers jouent généralement un rôle principal dans les récits sommaires de l'action que Jésus exerça en certaines contrées (Matth. 8, 16 seq. Âfarc 1 , 3g; 3, 11 seq. Luc 6 , i8). Jésus accorde aussi k ses disciples, avant toute autre chose, le pouvoir de chasser les dé- ' iDons (Matth. 10, 1. 8; Marc 3, i5; 6, 7; Luc g, 1), ce , qui, à leur grande joie, leur réussit en effet à souhait (Luc 10, 17. Qo; Marc 6, i3).
Outre ces renseignements sommaires, les guérisons de plusieurs démoniaques nous sont racontées en particulier, de sorte que nous pouvons nous faire une idée assez exacte de l'état spécial de ces malades. Chez celui dont la guérison dans la synagogue de Caphamaûm est placée comme la première de cette espèce par les deux évangéhstes intermédiaires (Marc 1 , 23 seq. Luc 4 j 33 seq.) , nous trouvons d'une part le sentiment interne altéré de telle sorte que le possédé parle dans la personne du démon, ce qui se reproduit aussi chez d'autres démoniaques, par exemple chez les démoniaques de Gadara (Matth. 8, 2g seq. et passages parallèles) , d'autre part nous y reconnaissons des spasmes et des convulsions avec des cris sauvages. Cet état convulsif se rencontre, arrivé à l'état d'épilepsie manifeste, chez ce démoniaque qui est en même temps désigné comme lunatique (Matth. 17, i4 seq. et passages parallèles) ; car la chute suhite, souvent dans des Ûeux dangereux, les cris, le grincement de dents, l'écume, sont des symptômes connus de répilepsie(i). L'autre face de la maladie, c'est-à-dire la perturbation du sens interne, se manifeste particulièrement chez les possédés de Gadara, qui , outre que le démon , ou plutôt une multitude de démons, p; rie it comme sujet par leur bouche, présentent une fohe lycanthropique avec des accès de manie furieuse dont les effets
(1) Compares le» passages d'anciens médecins chez Winer, bibl. Realwôrterb. 1, S. X9I«
l4 PEUX1£1{£ SSGTION.
se mamfestçnt contre eux-mêmes et contre d*autre${i). Les évangiles désignent encore plus ou moins précisément « comme démoniaques, non seulement des fous et des épileptiquesy mai^encore des muets (Matkji. 9» 3a; Luc 1 1 , 1 4; dans Matthieu 13| aa, le démoniaque muet^ Soli^t^q^iI^oilî^oç xdxpoç , est en même temps aveugle^ TucpXoç ) , et des malades^ affectés de contraction goutteuse du corps (Luc i3, 1 1),
L'opinion sur ces malades qui est supposée dans les évangiles , et qu'en effet leurs rédacteurs partagent , est qu'un esprit mauvais, impur (Saipviov, 7r^eijf(x.a oxaGapTov), ou plusieurs se sont emparés d'eux ( de là l'expression de ai^oir un démon , cÎçcijjloviov ejç^eiv , être démoniaque , SatjAovi^eaôai) ; que ces démons parlent par leur bouche (Matth. 8, 3 1 : les démons V appelèrent disant : oi ^at(JLoveç Trapexa^ouv aùrov VyovTfiç), et meuvent à volonté leurs membres (Marc 9, 20 : V esprit le mit en mouvement^ rà Tn/e'jjJia çGTOpa^sv aùrov) , jusqu'à ce que, dans la guérison, chassés avec violence, ils abandonnent le malade (8)cêà>,>.etv , ê^spjç^ecGat) . D'après les évangiles , Jésus avait le même point de vue. A la vérité , quand , pour guérir les possédés , il adresse la parole aux déinons qui résident en eux ( Marc 9, a5 ; Matth. 8 , 32 ; Luc 4* 35), on pourrait à toute force regarder cela avec Paulus (2) comme une manière d'entrer dans l'idée fixe de ces personnes plus ou moins aliénées , condescendance à laquciUe le médecin doit s'accommoder pour pouvoir agir , quelque convaincu qu'il puisse être du peu de fondement d'une p^eille opinion. Mais il n'en est point ainsi : Jésus , dans ses conversations particulières avec ses disciples, npn se^kment ne leur dit jamais rien qui ait pour but de saper cette opinion, mais encore il part, à diverses reprises,. de la supposition que ces états morbides ont une origine démoniaque, par exemple : outre l'ordre de chasser les démons^
(1) Vpyez des passages rahbiniqaes et (a) Exeg. Hand)^. , i . b , S. 475 ;
antres dans Winer» 1. c, s. 19a. comparez Hase,' L. I., S 60.
N£UTI£&P; CHAPITRS. § LXXXIX. lÔ
$ai[iLovia gxêaX^ere (Matth, lo, 8) , on trouve eijLCor^ u^ pasr sage explicite dans Luc lo , iB» et particulièrement celui de Matthieu ( } 7, 21 et parallèles), où Jésus dit : cette espèce, c'est-à-dire les démons, ne sort pas , etc. , toÇto tq yevoç (m ê^ciuopeusTai X. t. X. Dans une explication purement théorique, donnée peut-être à ses seuls disciples , U décrit la sortie des démons , leurs courses vagabondes dans le désert , et leur retour renforcé, d'une manière qui ^rattache tout«à*fait aui opinions populaires d'alors (Matth. 1 a, 43? seq.). CV&t donc uniquement rectifier les idées de Jésus d'après le$ nôtres , que d'admettre, comme le font des érudits d'ailleurs exempts de préjugés, tels que Winer ( 1 ), que Jésus ne partageait pasl'opi-* nion du peuple sur la cause de ces maladies, et qu'il ne faisait que s'y accommoder. Pour renoncer à toute pensée de ce genre, il ne faut qu'examiner de plus près le passage noté e^ dernier lieu. A la vérité, on a essayé d'échapper à ce qu'il a de probant , en le prenant au figaré ou même comme une parabole (2). Mais, si nous laissons de côté les interprétations comme celle que OIshausen répète encore d'après Cal* met (3), le sens de cette métaphore prétendue aboutit toujours à ceci, qu'une conversion superficielle ^ la cause de Jésus entraine une rechute d'autant plus fâcheuse (4). Mais je voudrais savoir ce qui , en somme , nous autorise à nous écarter du sens propre de ce discours : rien n'indique cette interprétation dans le passage même ; rien ne l'indique, hon plus, dans le reste de l'enseignement de Jésus, qui, nulle part, ne cache des conditions morales sous l'image de conditions démoniaques ; et quand il parle ailleurs, comme ici, de la sortie, e^epj^effôai , des mauvais esprits , par exemple dans Matthieu 17,^1, cela veut être entendu au propre. Mais, dit-on, c'est
(1) L. c.,S. igi. possédé avant l'Exil par Iç diable sous
(a) Gratz, Comm. z. Mattli,. i , S. forme d'idolâtrie, après TËxil par le
6i5 ; IVeander, L. J. Gbr , S. 393. diable encore pire dn pharisaïsme. (3) BibL Comm., T, S. 417. Suivant (4) C'est oe que dit Fritsscbe, in
Calmet, il s'agit du peuple juif, qui fut Matdi., p. 447*
renchainement des pensées qui l'exige. Luc (i 1, ^4 seq.) place le passage dont il s'agît ici , après l'apologie de Jésus contre l'inculpation des pharisiens qui l'accusaient de chasser les démons par Beelzéhutb ; il le place sans doute d'une manière fautive , comme nous l'avons vu ; mais cela prouve du moins qu'il a entendu parler, au propre, de véritables démons. Matthieu met aussi ce passage dans le voisinage de l'inculpation des pharisiens et de l'apologie de Jésus ; mais il intercale , entre l'inculpation et l'apologie , la demande de signes et la réponse qu'y fait Jésus , et il met , comme application finale dans la bouche de Jésus , ces mots : // en sera ainsi de cette génération perverse^ outwç Idrai xal t^ yevea rauTTi ttj 7rovr,pa. Si , par là , Jésus donne au discours une relation figurée avec l'état moral et religieux de ses contemporains, il veut, sans aucun doute, que la description précédente du démon qui est chassé et qui revient soit entendue, au propre, de possédés; et ce n'est que par un retour sur cette description qu'il en fait l'image de la condition morale de ses contemporains. Dans tous les cas , Luc, qui n'a pas cette addition, présente le discours de Jésus comme un avertissement, ainsi que Paulus s'exprime, contre la récidive démoniaque ( i ). La plupart des théologiens actuels , sans être précisément appuyés par Matthieu, et en contradiction positive avec Luc , ne veulent entendre l'expression de Jésus que dans un sens figuré. Mais cela ne parait avoir son motif que dans la crainte d'attribuer à Jésus une démonologie aussi développée qu'eDe se trouve dans ces paroles ^ si on les entend au propre. On n'y échappe pas cependant, lors même qu'on fait abstraction de ce passage : dans Matthieu (12, 20 seq. 29) , Jésus parle d'un royaume et d'une maison du diable , d'une façon qui dépasse évidemment le simple langage figuré; mais c'est surtout le passage déjà cité (Luc 10 , 18-20) qui est décisif; car il est tel , qu'il
(0 Comparez De Wette, exeg. Haodb. , i» r, S. lao.
NEUVIÈHE CHAlPITRE. § LXXXIX. 1 7
arraclie , même à Paulas , si jaloux de prêter aux personnages saints de la primitive histoire chrétienne les idées de notre temps, l'aveu que Jésus n'a pas considéré le royaume de Satan simplement comme symbole du mal , et qu'il a admis de véritables possessions démoniaques. Car , dit Paulus avec toute justesse, comme Jésus parle ici, non aux malades, non au peuple, mais à ceux qui eux-mêmes guérissaient , sous sa direction , de pareilles maladies, on ne peut plus, par un simple accommodement aux idées de son temps, expliquer son langage, quand, accueillant ses disciples à leur retour , il leur confirme que les démons leur sont soumis. Ta ^aipvia uiroTàcceTai ujjliv , et qu'il décrit leur faculté de guérir les démoniaques comme une domination sur la puis^ sancede l'ennemi, 5uva(jLtçToG êj^Ôpou ( i ) . Le même théologien, sentant que ceux dont les lumières ne s'accordent pas avec la croyance aux possessions démoniaques, pourraient être choqués de voir que Jésus avait eu cette croyance , y a pourvu avec beaucoup de justesse, en remarquant que l'esprit même le plus distingué peut conserver une idée jfausse qui est de son temps, pourvu qu'elle n'appartienne pas au domaine de ses réflexions particuhères (2). ,
Les opinions qui régnent dans le Nouveau Testament sur les démoniaques trouvent un éclaircissement dans celles que nous rencontrons touchant le même objet dans d'autres écrivains plus ou moins contemporains. Les idées générales de l'influence des esprits mahns sui" les hommes, influence qui avait pour résultat la mélancolie, la folie, l'épilepsie, furent, il est vrai, répandues de bonne heure chez les Grecs (3) comme chez les Hébreux (4). Quant à l'idée plus précise ,
(l) Exeg. Handb., a, S. 566. battre ropinion qui attribuait Tépilepsie
(a) L. c.,1, b, s. 483. a, S. 96. à rinflnence démoniaque. Voyez dans
(5) C'est pour cela que les mots ^ai- Wetstein, S. 28a ff.
^ lAOvqiy , xaxo^at/xovqlv , «ont employés (4) Que l'on compare V esprit méchant
comme synonymes de fAiXoiyxoXqlv , pai- qui agitait Saûl, XX\XV JIKD HJ^T tX\l%
ycodou. Hippocr»te fut obligé de com- d'où vint sa mélancolie, i. Sam. 16,
l8 DEUXIÈME SECTION.
que les esprits malins entrent dans le corps de l'homme et en prennent possession , on ne la trouve développée chez les Héhreux et chez les Grecs que plus tard , et lorsque la pneumatologie de l'Orient, et surtout de la Perse, se fut propagée parmi eux (i). De là proviennent, dans l'historien Josèphe , les expressions de démons entrant dans les vivants ^ s^j établissant y ^aijjiovta toiç J^ôctv eic5uo(Aeva (2), èyxaôeJ^ofAsva (3), et les mêmes idées chez Lucien (4) et Philostrate(5).
Les évangiles ne disent rien de précis sur la nature et la provenance de ces esprits , si ce n'est qu'ils appartiennent à la maison de Satan (Matth., 12, 26 seq. et passages parallèles) ; aussi , ce que fait l'un cl'entre eux , est attribué à Satan (Luc, i3, 16). Par Josèphe (6) , Justin-Martyr (7) et Philostrate (8) , avec lesquels des écrits rabhiniques concordent aussi (9), nous apprenons que ces démons étaient des âmes de méchants séparées de leurs corps ; et des théologiens récents n'ont pas hésité à attribuer cette opinion sur leur origine au Nouveau Testament lui-même (lo).
z4. Son action sur Saùl est rendue par Vexpression l/lJiyD, iftenvahit,
(i) Voyez Greuzer, Symbolik, 3^ S.
69 f . ; Baur , Apollonius von Tyana und Christus. S. i44«
(a) Bell, jud., 7, 6, 3.
(3) Antiq., 6^ 11, a. U s*agit de réUt de Saiil.
(4) Philopseud. 16.
(5) Vita Apdllon. 4, ao, aS. Comparez Baur 9 1. c«, 5. 38 f. 42* Cependant Aristote même. parle de gens possédés d^un certain démon , ioii\i.ùvi rlvi ycvofuvotç xaTo;(0(ç 9 de Mirab. 166 , éd.
Bekk.
(6) L. e. » de la Guerre des Juifs : Car ceux qu'on appelé démons sont des esprits d'hommes méchants qui entrent dans les vivants et qui les tuent j s'il ne se trouve
fms de secours , toc yàp xaXov|xcva Sauyué- !>(«•••• TrovYjpwv ^erriv àv$po7ro)V irviv-
vovra Tovç j3o>i6c(aç pi^ Tu^'^^ayovTaç.
(7) Apol. I, 18.
(9) Voyei Eisenmenger, entdecktes Judenthum, a, S. 427.
(10) Paulus, ëxeg. Handb., 2, S. Sg; L. J. , I, a^ S. 317, n invoque particu»
lièrement Matthieu, i4, a, où,^ur le bruit des miracles de Jésus, Hérôde dit :
CeH Jean»Bdptiste, il est ressuscité , ovréi cffTtv inoofvnç h /3a7rTi<rryjç , avrbç rïyspBvi ành xSv yexpuv. En cela Paulus trouve Topinion rabbiniqne du "lin^y ; cette opinion, différente de celle du vlll/ll 0° transmigration proprement dite des âmes , c'est-à-dire passage des âmes défuntes dans des corps d'enfants qui se forment, cette opinion, dis -je y admet, qu'à Tâme d'un Tivant se joint Tâme à*on défunt ^ qui
Cependant Jnstin et les rabtins précisent davantage la chose, et disent que ces esprits persécuteurs des vivants sont surtout les âmes des géants, descendants de ces anges qui s'Unirent avec les filles des hommes ; les rabbins y ajoutent les âmes de ceux qui périrent dans le déluge, et de ceux qui prirent part à la construction de la Tour de Babel (i); cù quoi concordent les Clémentines, d'après lesquelles ces âmes de géants , devenues des démons , cherchent, étant les plus fortes, à s'attacher à des âmes humaines, et à entrer dansdes corps humains (2) . Comme, dans le reste du passage cité phts haut, Justin veut démontrer aux païens l'immortahté par lettrs propres idées , l'opinion qu'il exprime que les démons sont, en général, des âmes de défunts , ne peiit guère être considérée côiniïie ïa sienne propre , d'autant plus que son disciple Tatîen la repousse formellement (3). Quant à Josèphe, son témoignage ne décide rien pour la doctrine qui fait le fond du Nouveau Testament k ce sujet , car il avait reçu une éducation grecque ; et l'on a toute raison de demander s'il reproduit cette doctrine sous la forme primitivement juive, ou sous la forme grécisée. Or, s'il faut admettre que.la doctrine des démons est passée des Perses aux Hébreux , On sait que les Dèves de là religion zend étaient des esprits essentiellement mauvais, et nés avant le genre humain; de ces deux conditions , la première appartenait au dualisme , et l'hébraïsme put se sentir amené à l'effacer , tandis qu'il n'eut aucune raison pour sacrifier la seconde. De la sorte , dans
Ajoute à an forfce. (Voyez Kisenlnenger, prophète pour le fortifier, comme, d*a-
Ikf $4 85 ff.) Mais le mot -ff/sfAri, s*il faut près t*opinion postérienre des Juifs ,
Tentendre au pied de la lettre (comparez Tâme de Seth se joignit à celle de Moïse,
De Wette), renferme, non cette idée et les âmes de Moisè et d'Aaron se joi-
rabbiti^pe, mais Tidée .d'une véritable guirentà celle de Samuol (Ëisenmenger,
résurrection de Jean-Baptiste; c'est ce l. c); mais il ne s'ensuivrait nullement
que Fritzsche et d'autres unt montré; et, qu'on eût cru à la possibilité du passage
quand même il renfermerait l'opinion d*âmcs méchantes dans des vivants, rabbiniqne, il n'en serait pas moins ques- (i) Justin. ApoL, 9, 5. Eisenmenger,
tioa ici d'nn tont antre état que la pos- 1. c, S. 4^^ ^* sesâon démonii^que. Il s'agirait, esi effet, (s) Homil. 8, i8 seq. Qj 9 seq«
d'on bon esprit qui serait entrédàns nn (3) Orat, contra GrascosyjtS,
ropinion hébraïque , les démons devinrent les anges tombés de Moïse ( i , 9), les âmes de leurs enfants les géants, et des grands criminels, avant et immédiatement après le déluge, auxquels l'imagination populaire donna peu à peu des proportions surhumaines. Mais il n'y avait, dans les idées des Hébreux, aucun motif pour descendre au-delà du cercle de ces âmes , que l'on pouvait se représenter comme la cour de Satan. Ce motif ne surgit que quand les croyances grécoroiùaines se rencontrèrent avec celles des Hébreux. Les premières n'avaient point de Satan , par conséquent point de cortège d'esprits qui Ipi fussent propres et qui le servissent ; mais elles avaient leurs mânes , leurs lémures , etc. , esprits humains qui étaient séparés de leurs corps et qui inquiétaient les vivants. I^a^conciliation des idées juives avec les idées gréco-romaines paraît avoir produit la manière de penser de Josèphe , de Justin , et même des rabbins postérieurs ; mais il ne s'ensuit pas que cette manière de voir se trouve dès le Nouveau Testament. Le fait est que nous n'y rencontrons aucune indication positive de cette opinion grécisée ; et môme , en. quelques endroits , les démons sont rattachés à Satan comme formant son cortège. En conséquence, comme les évangiles synoptiques offrent ordinairement , à moins de quelque transformation dans le sens chrétien, les opinions juives dans leur pureté, nous devons leur supposer, sur les démons, l'opinion qui régnait primitivement parmi les Juifs ( i ).
L'ancienne théologie, on le sait, s'est appropriée, d'après Taulorité de Jésus etdes évangélistes, l'opinion d'une véritable possession des hommes par les démons. Au contraire, la théologie plus moderne , surtout depuis Semler (a) , considérant
(i) C*est ce que dit aussi Neander, tersachung der dâmonischen Leoté. — •