L. J. Cbr., s. aSi. Dès le temps d'Origène, les médecins
(a) Voyez ses mémoires intitulés i donnaient des explications naturelles de
Commenta tio de daemoniacis quorum in Tétat des prétendus possédés. Voyez
JC. T. fit mentio, et Umstândliclie Un- Drig. iuMatUi-» i/y i5.
NEUVIÈME CHAPITRE. § LXXXIX. Ql
la ressemblance frappante qui existe entre l'état des démoniaques du Nouveau Testament et plusieurs malades de notre temps ( i ) ^ a commence à attribuer aussi le mal des premiers à des causes naturelles , et à mettre, sur le compte des idées du temps , la cause surnaturelle supposée dans l'Ancien Testament. Aujourd'hui , quand il est question d'épilepsie , de folie , et même d'une altération du sentiment interne, semblable k l'état des possédés du Nouveau Testament , on ne songe plus guère à l'influence démoniaque. La cause en est, 4' une part, que, grâce aux progrès dans la connaissance de la nature et de l'àme, on possède plus de moyens et plus d'analogies pour expliquer naturellement ces états, et , d'autre part , que l'on a commencé k reconnaître , au moins d'une manière obscure , les contradictions que renferme l'idée de la possession. Car, indépendamment des difficultés exposées plus haut qui , en général., s'opposent k l'admission de l'existence du diable et des démons , jde quelque manière qu'on se représente le rapport entre la conscience de soi et les organes corporels , on ne peut imaginer comment le lien entre les deux serait assez lâche pour qu'une conscience étrangère s'interposât, et, expulsant la conscience propre à l'organisme, prît possession de ce dernier. En conséquence , quiconque examine les phénomènes du temps présent avec des jeux éclairés , et cependant les récits du Nouveau Testament avec des yeux orthodoxes, arrive k une contradiction , k savoir qu'il faudrait attribuer k des causes surnaturelles du temps de Jésus, ce qui est, de notre temps, le produit de causes naturelles.
Pour faire disparaître cette différence inconcevable entre les époques , et pourtant ne rien sacrifier du Nouveau Testament, Olshausen, k qui nous pouvons ici attribuer la qua-
(i) Comparez particulièreinent Kerner, Gcscbicliten Besossener nenerer Zeit, Carlsriibe» 1 834*
Qa DEUXIÈME SECTION.
lificatioQ de représentant de la théologie et de la philosophie mystiques du temps actuel , nie ces deux propositions : qu'aujourd'hui tous les états semhlahles soient naturels , et qu'alors ils aient été tous surnaturels. Quant à notre temps, dit-il, si les apôtres entraient dans nos maisons d'aliénés, comment nommeraient- ils plusieurs des malades qui y sont renfermés ( i ) ? Certainement ils donneraient à plusieurs là dénomination de possédés, en vertu des idées qui leur étaient cdmmunes avec leurs contemporains et leurs compatriotes , et non en vertu des lumières apostoliques; de sorte que l'homm^ de métier qui les conduirait chercherait avec raison k rectifier leurs jugements ; et aucune des dénominations qu'ils imposeraient à Yios malades, ne peut servir d'argument contre lé caractère naturel àe ces états pathologiques. Pour Je temps de Jésus , ledit théologien soutient que les Juifs §ux-mêmes faisaient une distinction entre ces mêmes formes 4e maladies, et que, suivant le mode de production, ils regardaient les unes comme démoniaques, et les autres comme npn démoniaques ; par exemple , un homme qui serait devenu fou par une lésion organique du cerveau, ou muet par une lésion de la langue, n'aurait pas passé pour démoniaque; ce nom aurait été réservé à ceux dont l'état était le résultat de causes plus ou moins psychologiques. Olshausen nous doit, comme on le pense bien, des exemples d'une pareille distinction faite du temps de Jésus. Où , en effet , les Jui& d'alors auraient-ils pris la connaissance des causes naturelles cachées qui produisent de pareils états , où auraient-ils pris les signes diagnostiques d'une folie ou d'un idiotisme occasionné par une altération du cerveau ou par une condition psychologique? N'claient-ils pas exclusivement homes aux phénomènes extérieurs, et à ce que les apparences de ces phénomènes ont de plus grossier ? Or, chez un épileptique qui tomhe soudainement et à l'improviste ,
(i) Bibl. Comin,, i, S. 291. Anm.
et qui est saisi de convulsions , chez un maniaque qui délire , surtout si , par le contre-coup des idées contemporaines sur son état, il parle au nom d'un tiers, ces phénomènes sont de nature à indiquer une puissance extérieure qui domine le malade ; et , si une fois la croyance aux possessions démoniaques règne dans le peuple , tous les états pareils y seront ramenés , comme nous le voyons dans le Nouveau - Testament. Au contraire , dans le mutisme , dans la contracture ou dans la paralysie goutteuse , la diomination d'une puissance étrangère est déjà indiquée d'une manière moins positive ; et aussi ces affections peuvent tantôt être attribuées à la possession d'un démon, tantôt ne l'être pas. En effet , elles ne le sont pas chez les muets dont il a déjà été gestion (Matth. , 9, 32 ; 12, 22), et chez la femme courbée en deux ( Luc , 1 3 , 11); elles le sont au contraire, chez le sourd parlant difficilement, xoiçoç pioyiXàXoç (Marc, 7, 32 seq.), et chez les divers paralytiques dont il est question dans les évangiles. Il n'est pas besoin de dire que J'adoption de l'une ou de l'autre opinion a pour cause , non 1 examen du mode de production de la maladie, mais uniquement celui des phénomènes extérieurs. En conséquence, si les Juifs, et avec eux les évangélistes ont rattaché à rinflûence démoniaque les deux espèces principales des états dont il s'agit ici , celui qui se croit tenu à accepter leur opinion , sans cependant vouloir se dérober aux lumières de notre époque, reste sous la nécessité d'admettre avec une inégahté choquante, que les mêmes maladies ont dû être toutes naturelles dans un temps, et toutes surnaturelles dans un autre. Mais le plus grand embarras est celui que Olshausen a créé en essayant de concilier la démonologie des Juifs et du Nouveau-Testament avec les connaissances de notre temps. En effet , l'emploi qu'il fait de ces connaissances s'oppose à l'adoption de démons personnels. Ce théologien, imbu des notions de la philosophie de la nature^, s'efforce
q4 deuxième section.
d'absorber, dans un système d'émanation, ce qui est représenté , dans le Nouveau-Testament, comme une armée d'individus distincts , et de les confondre dans la continuité d'une substance qui produit à la vérité , bors d'elle-même , des forces isolées , mais qui , ne leur permettant pas de se fixer en des individus indépendants, les ramène , comme autant d'accidents , au sein de sa propre unité. Cette tendance , que nous avons déjà vue percer dans l'angélôlogie d'Olshausen , se manifeste maintenant plus positivement dans sa démonologie. Des démons personnels sont trop choquants ; et , cbez les prétendus possédés , comme Olshausen le dit lui-même, l'inclusion de deux sujets dans un seul individu est trop inconcevable pour que l'on puisse accepter une pareille idée. Par conséquent , de toutes parts , on ne parle qu'avec une généralité indécise, d'un royaume du mal et des ténèbres ; l'on suppose , il est vrai , que ce royaume a un prince personnel; mais par démons , l'on n'entend que les émanations et les influences isolées par lesquelles se manifeste le mauvais principe. Aussi , et c'est un côté par lequel on attaque le plus décidément l'opinion d'Olshausen sur les démons, et même celle de Neander (i), aussi , dis-je , ces théologiens souffrent de croire que Jésus ait demandé au démon qui possédait le Gadaréen, comment il s'appelait ; le Cbrist, disent-ils, ne peut pas avoir supposé, avec autant de précision, la personnalité de ces émanations du royaume sombre, personnalité qu'eux-mêmes révoquent eu doute. En conséquence , ils entendent la question Quel est ton nom,? rt ffoi ovo(jl« (Marc, 6,9), comme la demande , non pas du nom du démon , mais de celui dû possédé (2). Cela est évidemment contraire à tout l'enchaînement du texte , car la réponse Légion , >.ey8wv, paraît , non pas une méprise mais la véritable réponse , celle que Jésus désirait.
(i) L. J, Chr., s. 296, (2) s. 3oa, d'après l'exemple de Pan-
lus, exeg. Handb., i, b, S. 474*
NEUVIÈME CHAPITRE. § LXXXIX. ' q5
Si les démons, d'après l'opimon de ces théologiens, sont des forces impersonnelles, ce qui les meut , ce qui les détermine a des actions diverses , c'est la loi qui règle les rapports du royaume des ténèbres avec le royaume de la lumière. Par conséquent , de ce côté , plus l'homme sera mauvais , plus le lien entre lui et le royaume du mal se resserrera ; et le lien le plus étroit que Ton puisse imaginer , c'est-à-dire l'introduction de la noire puissance dans la personnalité de l'homme, ou la possession, devrait toujourss'opérer chez les hommfip les plus mauvais. Or , dans l'histoire évangéUque , cela n'est pas ; les démoniaques, dans les évangiles, ne paraissent être des pécheurs qu'en ce sens que tous les malades ont besoin que leurs péchés leur soient pardonnes ; et les plus grands pécl^eurs, tels qu'un Judas, demeurent exempts de la possession. L'opinion ordinaire, avec ses démons personnels, échappe à cette contradiction. A la vérité, elle soutient fermement, comme nous le trouvons, par exemple, dans le^ Clémentines , que c'est par le péché seulement que l'homme ouvre au démon l'entrée en lui ( i ) ; mais ici il reste toujours de la latitude pour la volonté individuelle du démon, qui , par des motifs subjectifs impossibles à calculer , peut souvent laisser de côté l'homme plus mauvais, et poursuivre celui qui l'est moins (2). Si, au contraire, les démons ne sont considérés , comme le veut Olshausen , que comme les actions de la puissance du mal dans les rapports réguUers qu'elle entretient avec la puissance du bien, tout arbitraire, tout accident sont exclus. La conséquence de cette théorie est que les plus mauvais devraient toujours être les possédés, et, visiblement, Olshausen s'est donné beaucoup de peine pour y échapper. Partant de la lutte apparente de deux puissances dans les démoniaques, il arrive à cette issue , que
(i) Homil. 8, 19. étaient pins pervers que (Vautres, mais
(2) C'est ainsi qu'Asmodéc choisit Sara parce que la beauté de Sara Tattira,
et SCS maris pour les tourmenter et les Tob. 6, 12, i5,
faire périr , non parce que elle ou eux
36 deuxième: section.
l'état de possession survient, non chez ceux qui se livrent complètement au mal , et qui , de la sorte , conservent Tunité intérieure de leur être, mais seulement chez ceux en qui existe encore une résistance interne contre le péché. Mais cet état, devenu ainsi un phénomène purement moral, devrait se manifester hien plus fréquemment, tout violent comhat intérieur devrait se montrer sous cette forme , et justement ceux qui plus tard se livrent complètement au mal , devraient y arriver après une période de lutte , c'està-dire de possession. En raison de ces difficultés , Olshausen ajoute encore une condition physique , c est que le mal doit avoir affaibli dans l'homme l'organisme corporel et particulièrement le système nerveux , pour que l'état démoniaque puisse s^établir en lui. Mais qui ne voit pas, attendu que de pareilles perturbations du système nerveux peuvent se manifester , même sans faute morale ; qui ne Voit pas que, de cette façon, l'état qu'on veut attribuer à la puissance démoniaque comme à sa cause spéciale, est ramené, en grande partie, à des causes naturelles , ce qui va contre le but que l'auteur voulait atteindre ? Aussi Olshausen quitte-t-il bientôt ce côté, et il s'arrête à comparer le démoniaque^ S^aipLoviÇopievoç, avec le méchant , izo^nfoç , tandis qu'il devrait le comparer avec l'épileptique et le maniaque , comparaison qui seule peut jeter quelque lumière sur les possédés. Par ce tour d'adresse, qui transporte la question du domaine physiologique et psychologique dans lé domaine moral et religieux , la discussion sur les démoniaques est devenue une des plus inutiles que renferme le livre d'Olshausen ( i ) .
Laissons donc de côté les tentatives peu satisfaisantes qu'on a faites pour donner une tournure moderne aux idées du Nouveau Testament sur les démoiliaques , et une tournure
(z) Elle r^pUt les- pages 389-298.
NEUVIÈME CHAPITRE. § tXXXIX. 5tJ
juive à nos idées actuelles, et entendons, en ce point aussi, le Nouveau Testament tel qu'il se donne , sans nous laisser fermer le chemin à des recherches ultérieures par les opinions qu'il renferme , et qui étaient celles du temps et -du
peuple auquel ses auteurs ont appartenu (iV
Le traitement des démoniaques, particulièrement chez
les Juifs y se conforma aux idées que l'on se faisait de la nature de leur mal. La cause morhifique, cessant d*être, comme dans les affections naturelles, un ohjet ou un état impersonnel , tel qu'un suc impur , une tension ou une atonie morbide, fut considérée comme un être ayant conscience de lui-même. On essaya donc .d'agir sur elle, non seulement mécaniquement, chimiquement, etc., mais encore logiquement par la parole. On enjoignit aux démons de s'éloigner, et, pour donner de la force à cette injonction, on la rattacha aux noms d'êtres auxquels on attribuait de la puissance sur le royaume des démons. Aussi le moyen principal contre la possession démoniaque fiit-il la conjuration (3) faite au nom, soit de Dieu, soit des anges , soit d'un autre être surnaturellement puissant tel que le Messie (Act. Ap. 19, i3), et conçue en certaines formules que d'ordinaire on faisait provenir de Salomon (3). Au reste, on y joignait des racines (4), des pierres (5), deà fumigations et des amulettes (6) , conformément encore , pensait-on , aux prescriptions de Sàlomon. Or, la caiise de tous ces maux était non rarement une cause psychologique, oii résidait dans le système nerveux, sur lequel on peut agir d* une façon incalculable par le côté moral; ce traitement psychologique n'é-
(i) J'ai essayé de donner des contrU Comparez en outre Wirtb , Théorie des
bâtions à une conception scientifique de Soranambulismus, S. 3ii ft',,
la possession dans deux examens dés (2) Voyez le passade de Lucien, cité
écrits de Kemer et d'Ëscbenmayer Sitr p. 18, note 4.
les possédés des temps modernes y dans (3) Joseph., Antiq., 8, a, 5.
les : Jahrbb. fur wiss. Kr. i836, juin , (4) Joseph., 1. c.
kf 103 £f., iS38, fémer, n» $1 ff. (5) Gittin, f. 67, a.
(6) Justin. Mart. djal. 0. Tryph., SS.
ù8 DEUXIÈME SECTION.
tait donc pas absolument illusoire; mais, faisant naître, chez le malade, Fopinion que le démon qui le possédait était incapable de se maintenir contre une formule de conjuration, il pouvait réellement produire la guérison dans quelques cas. Jésus lui-même accorde que de pareilles cures' réussissent parfois aux conjurateurs juifs (Mattb. , 12 , 27). Quant à lui, nous lisons que , sans recourir à d'autres moyens , sans conjurer une puissance, quelle qu'elle fût, il chassa les démons par sa simple parole. Ce sont les guérisons les plus frappantes de cette nature , rapportées par les évangiles , que nous allons maintenant examiner.
S xc.
Expulsions des démons par Jésus, considérées isolément.
Parmi les récits isolés que les trois premiers évangiles nous donnent des cures opérées par Jésus sur des démoniaques , trois sont particulièrement saillants ; ce sont : la guérison d'un démoniaque dan$ la synagogue de Gapharnaùra, la guérison des Gadaréens possédés par une multitude de démons , et enfin la guérison du lunatique que les apôtres n'avaient pas été en état de guérir.
Tandis que, d'après Jean, la transformation de l'eau en vin fut le premier miracle qu'il rapporte depuis le retour de Jésus enGaUlée après le baptême, ce premier miracle, d'après Marc (i, 23 seq.) et Luc (4, 33 seq.) , est la guérison d'un possédé dans la synagogue de Capharnaiim. Jésus avait produit, par son enseignement, une profonde Impression , lorsqtie, tout-à-coup, un possédé qui était présent s'écrie , au nom du démon qui était en lui , qu'il ne veut rien avoir à faire avec Jésus, qu'il le reconnaît comme le Messie, qui est venu pour les perdre , eux démons ; sur quoi Jésus ordonne au démon de se taire et de sortir , ce qui se fit au milieu
NEtVlÊME CHAPITRE. § XG. flQ
des cris et des convulsions du malade , et au grand étonnement de la foule , qui s'émerveillait d'une pareille puissance de Jésus.
On pourrait, absolument parlant , se représenter la chose de la façon suivante avec des interprètes rationalistes : le malade , qui était entré dans la synagogue pendant un intervalle lucide , ressentit une vive impression du discours énergique de Jésus , et , ayant entendu Fun des assistants parler de Jésus comme du Messie , il put facilement concevoir l'idée que l'esprit impur qui le possédait était incapable de se maintenir en présence du saint Messie , ce qui le jeta dans un paroxysme , et put lui faire exprimer, au nom du démon, la crainte que lui inspirait Jésus; or, Jésus ayant vu cet homme ainsi disposé , qu'y eut-il de plus naturel pour lui que Tidée d'utiliser l'opinion de ce malade au sujet de sa puissance sur le démon , et d'ordonner k celui-ci de sortir ? C'était attaquer ce fou par son idée fixe , et, d'après les lois de la médecine psychologique, cela pouvait fort bien réussir. Aussi Paulus regarde-t-il ce cas comme la circonstance qui conduisit pour la première fois Jésus à la pensée d'utiliser, pour la guérison de pareils malades, la croyance qu'on avait en lui comme Messie (i).
Mais il s'élève plusieurs difficultés contre cette explication naturelle ; elle suppose que le malade apprit par les gens qui étaient dans la synagogue, que 3ésus,était le Messie; or, non seulement le texte n'en dit rien , mais encore il s'oppose de la manière la plus formelle a une pareille hypothèse ; le démon qui parle par la bouche de cet homme, en disant : Je sais qui tu es , oî^a <ye tiç et x. t. X. , exprime manifestement qu'il le connaît comme Messie , non parce que cela lui a été appris accidentellement par des hommes , mais parce qu'il l'a deviné en vertu de sa nature démoniaque. De plus , quand Jésus lui crie : Tais-toi j (pi-
(i^ £xe^. Handb.i i , )>; S. 4^2 ; L. J., i, a, S. ai8.
(/.(oÔYiTi, cela se rapporte justement à ce que le démon venait de dire sur sa messianité , car il est raconté de Jésus qu*// ne permettait pas aux démons de dire quils le con^ nussentj oùx vîçie XaXeîv Ta ^at(jLovia ort viSsidav aÙTov (Marc, 1 , 34 ; Luc, 4> 40? ^^ qu'«& le fissent connaître , tva ^\ çavepov aÙTov TTôiYfacdffiv (Marc, 3, 12). Jésus crut, en imposant silence au'^émon, empêcher que sa messianité ne devînt publique ; il a donc dû penser , non que le possédé en avait appris quelque chose par ïe peuple qui se trouvait dans la synagogue, mais, au contraire, que le peuple pourrait apprendre le mystère de sa messianité de la bouche du possédé. Et en effet , à l'époque où les évangélistes placent cette aventure, c'est-à-dire dans les premiers temps de sa vie publique, personne ne pensait encore à sa messianité.
Si Ton demande comment , sans communication du deîiors , le démoniaque a pu découvrir le Messie en Jésus , Olshausen invoque l'exagération anomale de l'activité du système neigeux , qui produit , dans les démoniaques comme dans les somnambules , une augmentation de la faculté de pressentir , une espèce de lucidité en vertu de laquelle un pareil homme a bien pu reconnaître l'importance de Jésus pour tout le royaume des esprits (1). La narration évaiigélique at|t^ue cette connaissance , non à une faculté du malade , mais à une faculté du démon qui résidait en • lui , ce qui , seul , est en effet conforme aux idées juives d'alors. Le Messie devait apparaître pour renverser ïe l'oyaume des démons (âTcoXéaat infjwcç , comparez 1 . Joh. , 3 , 8 ; Luc, 10,18 seq. ) , et précipiter le diable avec ses anges dans les feux de l'enfer (Matth. , q5, 4i ; Apocal. , 30 , 1 0) (2) ; et il allait de soi que les démons reconnaîtraient celui qui était destiné à exercer sur eux un pareil jugement (3).
(i) Bibl. Comm;» i, 29of. (3) D'après PesikU dans Jatkirt Schi-
(a) Comparez Bertholdt , Christol. moni, a , f. 56 , 3^ (voyez Bertholdt , p.
Jad. §§ 36, 4i. i85), Satan Reconnaît de la même ma-
NEUVIÈME CHAPITRE. § XC. 3l
Puisque donc la reconnaissance du Messie par les démons concorde si parfaitement avec les idées populaires, on pour^ rait supposer qu'en ce point la tradition évangélique ne s'est pas formée purement d'après la vérité historique , mais que ces idées du temps y avaient coopéré (i). La tradition s'y trouvait d'autant plus portée, que cette reconnaissance de la part des démons était plus glorieuse pour Jésus. De même que, s'il était méconnu par les adultes, il avait, dans la bouclie des enfants , sa louange toute prête ( Mattli. ,21, 16), de même qu'il était convaincu que, dans le cas où ies hommes se tairaient, les pierres prendraient la parole (Luc, 19, 4o) , de même il dut paraître naturel que, méconnu par son peuple , qu'il était venu sauver , il fût reconnu par les démons, dont le témoignage était impartial, puisqu'ils n'avaient a attendre de lui que perditioli, et certain, à cause de la supériorité de leur nature spirituelle. Cependant on n'est pas, dans le fait, ohligé de recourir à cet expédient ; des démoniaques, comme des somnamhuïes, peuvent, pendant le paroxysme , entrer en rapport avec des assistants , éprouver ce qu'ils éprouvent , et participer à leurs impressions , a leur disposition , à leur pensée. Ce phénomène a été observé non rarement (2) , et, si Jésus venait de parler dans la pleine conviction de sa messianité, le démoniaque, en vertu de rapports magnétiques , a pu en avoir perception.
Du moment que cette connaissance du démoniaque né
nière, avec terreur, le Messie préexistant aux pieds du trône de Dieu, comme celui qui wff, dit-il, et omnes gentiles in infernum preecipitaturus est.
(x) Fritzsche, in Marc. p. 35 : In mnltis evangeliorum locis homines legas a pravis dœmonibus agitatos, cnm primiim conspexerint Jesum , euni Messiam esse, a nemine unquam de liâc re commonitoS) statim intelligere. In qua re bac nostri scriptores ducti sunt seutentia , consen-
tanenm esse, Satanse satellites facile co* gnoyisse Messiam» quippe insignia de se supplicia aliquando sumptumm.Neander»
s. 3oi, Anm., trouve possible aussi que du moins les confessions des démoniaques aient pris , dans la tradition , une forme fixe, tandis que, dans la réalité, ce démoniaque n'aurait peut-être adressé la parole à Jésus qn*en qualité de prophète* (2) Voyez Wirtb, 1. c, S. 3a t. Comparez 179 ff.
3a DEUXIEME SECTION.
fait pas difficulté, sa guérison par Jésus n*en fait pas davantage. Si le malade se représentait Jésus comme le Messie , et s'il avait cette idée, non,, comme le veulent les rationalistes , par une communication extérieure , mais par son propre sentiment mis en rapport magnétique avec celui de Jésus , la parole et la volonté de Jésus pour l'expulsion du démon passèrent sur lui avec une force qui s'exerça sans intermédiaire.
Nous avons, dans cette histoire de la guérison d'un démoniaque , un cas dé l'espèce la plus simple ; au contraire , celui de la cure des Gadaréens possédés (Matth. , 8, 28 seq.; Marc ,5,1 seq. ; Luc , 5 , 26 seq. ) est des plus compliqués , car nous y avons , outre mainte divergence entre les évangélistes, plusieurs démons au lieu d'un seul, et, au lieu de la simple sortie de ces démons, leur entrée dans un troupeau de pourceaux.
Après une traversée orageuse sur le lac de Galilée , Jé7 sus rencontre sur la rive orientale, d'après Marc et d'après Luc , un démoniaque qui se tenait dans les sépulcres de cette contrée (1), et qui sévissait ordinairement cojatre luimême (2) et contre d'autres avec une exaspération redoutable ; d'après Matthieu il y en avait deux. On a lieu de s'étonner combien de temps Tharmonistique * a travaillé avec de misérables subterfuges à montrer que Marc et Luc n'en nomment qu'un seul, parce que celui-là se distinguait particulièrement par sa violence, ou que Matthieu en nomme deux , parce qu'il avait compté le gardien chargé de
(t) C^étaît le séjour favori des tous furieux ( voyez Lightfoot et Sebôttgen sur ce passage) y et des esprits impurs ( voyez les passages rahbiniques dans Wetstein).
(2) Marc dit que ce possédé se meut^ trissait lui-même avec des pierres , xaraxo-icTctv K6otç. Attribuer cette action à nne pénitence qo*il s'imposait douais les
intervalles lucides pour ses fautes, c'est commettre une de ces inexactitudes auxquelles Olsbausen a étç conduit par son faux point de vue moral et religieux sur ces phénomènes ; car il est suffisamment conpu que , dans les paroxysmes , de pareils malades sont souvent saisis d'im^ fureur destructive.
NEUVIÈME CHAPItRE. § XC. 33
snrveiller le fou, etc. (i) , jusqu'à ce qu'enfin on se soit décidé à accorder une véritable différence entre les deux ré-
cits. Prenant en considération que de pareils fous furieux sont ordinairement insociables , on a donné la préférence à la notice des deux évangélistes intermédiaires , et on a expliqué le doublement du démoniaque chez le premier évangéliste , en disant que la multiplicité des démons dont il est question dans le récit était devenue , pour le narrateur ; une multiplicité de démoniaques (2). Mais l'impossibilité que deux fous furieux se soient réunis en réalité , ou peut - être aient été seulement réunis dans la légende primitive , n'est pas tellement positive , que , par cela seul , on puisse attribuer une prérogative au récit de Marc et de Luc sur celui de Matthieu. Du moins , si l'on demande lequel des deux récits a pu le plus facilement , dans la tradition, naître de l'autre, qui sera supposé le récit primitif, on trouvera la possibilité également grande des deux côtés. Car si, comme il a été dit plus haut , la pluralité des démons a pu faire naître l'idée de la pluralité des démoniaques , il est permis de dire par un raisonnement inverse : la narration de Matthieu, qui , plus voisine du fait , parle de plusieurs possédés et de plusieurs démons , ne donnait pas- un relief suffisant à ce qui est spécialement extraordinaire , à ce qui se trouve dans la narration des deux autres , savoir que plusieurs démons possédaient un seul individu. On voulut mettre en saillie cette circonstance, et l'on dut, en répétant l'histoire, s'exprimer de manière à montrer que plusieurs démons se sont trouvés dans un seul homme. Cela a pu conduire facilement à met-, tre le possédé au singulier, tandis, que les démons étaient au pluriel (3). Au reste, à ce Jébut, le récit de Matthieu est bref et général, tandis que Celui dés deux autres est développé
(i ) Voyez la réunion de ces ezpUca- passage; Hase , L. J. , § jS ; Neander,
tions dans Fritzscbe, in Mattb. p. 327. L. J. Cbr. S. 295, Anm.
(a) C'est ce que disent Scfanlz, ûber (3) Comp. De Wette, exeg. Handb.^
das Abendmahlf S. 309; Paoliis sur ce i» i, S. 88.