‹ Vie de Jésus: ou examen critique de son histoire (volume 2)Chapitre 20 sur 23 · CIV · texte numérisé non relu

CIV

Histoire de la transfiguration considérée comme mythe.

Ici , comme toujours, nous nous trouvons , après avoir parcouru le cercle des explications naturelles , ramené à l'explication surnaturelle ; mais des raisons non moins décisives nous obligent à y renoncer. Empêchés, par le texte d'admettre une interprétation naturelle , par des motifs rationnels de conserver un caractère historique à l'interprétation surnaturelle, qui est conforme au texte, il nous faut en venir à examiner critiquement les données du texte évangélique. Ces données ont ici des garanties toutes particulières ; car le fait est raconté par trois évangélistes, qui fixent exactement la date avec une concordance firappante , et il est certifié , en outre , par lapôtre Pierre (q. Petr., i, 17) (1). Cette concordance de date ( puisque les huit jours , Tifiépai oxTcb , de Luc, suivant la manière de compter le premier et le der-

(1) Panlas, exeg. Handb. , S. 446; Gratz, a, S. i65 f.

2^8 DÊUXtÈME BÈCtlbii.

îifei* jëtti", diàèhi la môriife fchosë que lés itéèjôiiri ; ^l^\Vi, dés àulrèà) , cette Cdncordaîice, dis-je, est tertaliiëiSlèïll fi-âji- Jiatitë ; fet dé J)lttô leà tiaitâtéûts placent tbtls lès ttôié , àf(l*s là âfcènë dé là tiràlisfigttration ^ lé rédt dé la guérîsoii dé réntkiit dëmômâJJtté , dâiis laquelle lès àtJÔtres avalent ëcïiodg. Mâi^ cette double dtfcbtiâliincé , là date icbneordantë et la j-ottctibn des deux écènëè, fe'eipliqdë pâl- l'ôtl^he defe'é^âii^és 'synbptiljuèà, qui j^rbviennelit d'atlë Jjrédicâtloti ëTfeiagéliiJtte dëVéhfae t)et'manéilte \ et, é celte prédibàliott à gtèîipé d'tthe 'cëMâîhe ft^oii -, ittais sâtts réalité historique ;, îtiàinlë àHétdBtë , il hé fâtit pas plus s'eti étbnûët qtie dé Voir cbtisei:Véés 'sbtiv^tit téxttiellëiheiit dans léfe trbts t^dàClitths ^ déë éxptëàsldiis 6û ëlié aurait jpti Varier (l). Cette histbité é*t^ il èSt vrai , attestée par les trois synoptiques ; mais Fautliëtiticlté qu'elle reçoit par là , est , du moins dans la manière ordinaire de se figurer le rappbrt entre les quatre évangiles, très affaiblie par le silence du quatrième» On ne voit pas , en eflFet , comment cet évangéliste n'aurait pas accueilli un ëtëiieitifent aussi îftiportâiit, qui, eh iiiêhië teWpà, était si ctiiifbrttië k soti fe^stètoe , et qui réalisait v^ritàblémëlit éfe "^tt'ii dit dkils son brblogùe : Et nous àï^ris èôhteihpié :^a gloire , ^ffe q^eàoiiéVre îajgioi)re du fiîs Ùniqu:é dû pèf^ ^

(V. V\). Ditléqù'il à pti supposer la transfi^utâtibhfcbhiittepSit teèëVlaiigiélistés sëà prédécesseurs, b*éét uh ktgfaméttt ttsë, qtd, btttrfe sa fatifesébé géhérâlë; est ici pàrtitttlièlrfemënt inàpplifcabié , puisqtiè , blette fbis , îaùcùti des Sjrnbpti'qtifes tfaVâik ëté téiïibiii bictilàitie, et qti'Sl devait y avolt dans leur rérft bî)én dë's fcbosfes à vérifier et à eitpliquer par tin hôtnme qtii, cbihine Jean ^ avait assisté à la scètiie. On a dôiic fcherché tth autre iliotif poUi: cette omission fet d' autres sëiriblables dàfas lé qtotriètaie évtogilé , et bti â crii te ttôùver dans là \xà^

(x) Comparez De Wetle, Ëni. m lias A, T,^ % 79.

DIXièîtE CHAPITRE. § CIV. ^79

dâtlœ ^tî-gfadstitjtre , oti , plus précisément , anti-docétî- ^ë, qiie l'on a bàïisportée deis Lettrés de ^eah dans le quatrième évâtigîle. î)ahs l'histoire de la transfiguration , disent tes commentateurs , l'ëclat qui illuminait Jésus , la transfiguration dte son aspect eu tth aôpect surhumain , peù- Viehl prêter defe armes à l'opinion qui supposait que sa forme humaine n'àvisdt été qu'une apparence a traverà laquelle sa nature vraie tet stirhumaine avaii percé de teihps en temps ; sbii cnttetieh âvtec les esprits d'anciens prophèbs aurait pii coiidtiire à supjioser qu'il n'était peut-être lui-même qûé l'âme de qùel^tjue hoikiitie'piettx de l'Aiicien-Teètàment ; et, polit né donner atlcùn aliment à ces opkiiôtis erronées , qîii côfaihieiicèrfeiit dehonbeheùté àseciév'eloppei'pârmi des chrétiens attachés à la Gnose, Jieàn préféra supprimés: cette hîs- toiré et d'autreô pareilles (i). Mais , ihdépendamthent qu'il neconviient pas à la loyauté apostolique, Trappriaia , de diséimtilér, à caiiète dé Talius p'oèsihlè dé la part de quelques individus , dés Saits capitaux de Thistoire évangélîqùe , Jeâîi aurait dû, âti înoins, procéder en cela avec une certaine conSé[Jueiice , et feicluré ,. du cercle de son travail , tous les técits tapahlés, aussi hièn qiiè le récit actuel, de provoquer unefkûàôlB intel^rétatioti docétique. Or, chacun se rappelle àtisèitôt l'histoire de la marche de Jésus sur la mer, histoire qui, nbii thbins certes qûé fa ttaîisfigilràtion , suscite T opinion d'tiiie sitnple apparfetlce col-pôrielle eh Jésus , et qui ce- ]^ndàiit â été rfecUeiUié J)âr Jéàri. L'importance relative d'uii feit pbuvàit encbte ici justifier une distihctibn ; ainsi, de dfetii récits qui auraient tiné âppàrenceégàlément favorable aux dbcèttes , Jean pouvait accueillir l'un à causé du plus grand ibtérèt qui y était àtliaché , et passer l'autre sôus silence. Or, sans doute , personne ne voudra soutenir que la marche de Jésus stir là mer, isurpaisse bu seùlehieiit égalé en

(i) C*est ce que dit Schneckenbnrger , Bèiitft|g^,lS. 6ik Û.

q8o deuxième section.

importance la transfiguration. Si Jean avait à cœur d'éviter tout ce qui avait une apparence docétique, il devait, à tous ^ards et avant toute autre, supprimer l'histoire de la marche ; s'il ne l'a pas fait, c'est qu'il n' a pas été dirigé par le principe qu'on lui attribue, et dès lors on ne peut jamais en faire un motif de l'omission préméditée d'une histoire dans le quatrième évangile. Ainsi il demeure établi, au sujet de la transfiguration , que le rédacteur de cet évangile n'en a rien su ou du moins rien de précis ( i ). A la vérité , ce résultat ne peut être un argument contre le caractère historique de l'histoire de la transfiguration , que pour ceux qui supposent que le quatrième évangile est l'œuvre d'un apôtre ; nous ne pouvons donc, nous, argumenter de ce silence contre la vérité du récit. Mais, d'un autre côté, la concordance des synoptiques ne nous est pas une garantie , car nous avons été obligés de déclarer non-historique plus d'un récit dans lequel trois évangiles , et même tous les quatre concordaient. Quant aiji prétendu témoignage de Pierre , le passage relatif à la transfiguration est , à cause de l'authenticité plus que douteuse, de la seconde Lettre de Pierre, abandonné aujourd'hui, même par des théologiens orthodoxes , et ne peut plus servir à prouver la vérité historique de la transfiguration (2). Outre les diflScultés exposées plus haut qui gisent dans la teneur merveilleuse du récit, nous avons un autre motif contre la valeur historique de la transfiguration , c'est l'entretien que , d'après les deux premiers évangélistes, les apôtres eurent , immédiatement après , avec Jésus. En descendant de la montagne de la transfiguration, les apôtres demandèrent à Jésus : Pourquoi donc les scribes disent-ils au il faut qi£Élie vienne premièrement? ti ouv 01 ypajA-

(1) Neander , attendu que la réalité trième éTangile est embarrassant (S.

objective de rhistoire de la transfignra- 475 f.).

lion est dontense pour lui, trouve lui- (a) Olshaasen, S» 953» Anm.

pème , cette fois, que le silence du qoa-

DIXIÈME CHAPITRE. § CIV. oSv^

p.aTÊtç ^syouciv, crri lïXiav ^et éXÔeîv irpÔTOv (Matth.^ V, lo)? Ce langage est tout- à-fait celui d'hommes qui précédemment auraient entendu quelque chose d'où ils avaient dû conclure qu'Élie ne devait pas venir, et non le langage d'hommes qui viennent de voir une apparition de ce même Élie. Car, après une semhlahle vision, ils ne devaient pas faire une question qui témoignait que leur attente n'avait pas été satisfaite, mais ils devaient dire avec satisfaction : Les scribes ont donc raison de dire, etc. , cùcotû); ouv ot ypa(jL(JiaTeîç X6you<jiv>c.T. >^. (i). Enconséquence, les commentateurs interprètent la question des apôtres non comme s'ils n'avaient pas vu l'apparition d'Élie, mais commes'ilsy avaient cherché en vain une certaine marqua; cette marque était que, d'après l'opinion des scrihes , Elle devait , lors de son apparition , exercer une action puissante et réformatrice sur son peuple, tandis qu'ici , après s'être montré , il avait disparu aussitôt sans rien faire (2). Cette explication serait admissible , si les

expressions : Élie rétablira toute chose ^ aTroxaTacmîffei

wavTa, se trouvaient dans la question des apôtres; mais, au Ueu décela, chez les deux évangélistes qui ont cet entretien (Matth., V. 11 ; Marc, V. 12), elles ne se trouvent que dans la réponse de Jésus. De la sorte , les apôtres se seraient exprimés au rebours du droit sens , taisant ce qu'ils désiraient , c'est- à-dîpe le rétablissement de toute chose ^ et ne nommant que la venue^ qu'ils ne pouvaient plus désirer après l'apparition qu'ils venaient d'avoir. Si la question des apôtres , loin de supposer la réalité d'une apparition d'Ëlie , suppose que cette apparition manqua, il en est de même de la réponse de Jésus. Il répond : Les scribes ont raison de dire qu'Elie doit venir avant le Messie ; mais cela

(1) Voyez Ban, Programme cité, dans OIsbausen, i, S. 53i. Des expédients

Gabier, nenestes theolog. Journal, i, 3, encore moins satisfaisants se lisent dans

S. 5o6; De Wette , sur ce passage de Gabier, 1. c. , et dans Matthaei , Reli*

Matthien. gionsgl. der Apostel, a, S. 596.

(a) Fritzsche, in Matth., p. 553»

5l83 DEUXliMS SEiCTIOKr.

li^est pas un ea|;ament contre ma messiaûité, car j'ai déjà été ptèdéàé par un Élie dans la per&onbe de Jeati-Ba|^tîste. Or, pui^'én indiquant qu'il avait été préfcédé ^at te Éiié ^ qui n'était Élie que par une figiire , il chettkfe k leâ ptiétaittnir contre le doute que l'attente des scribes ^burrail Susciter en ledrs âmes, il ^t impossible qu'il ait eu, ihimédia'^ tement auparavant , l'apparition dû véritable Élie ; s'il l'aVait eue s il aurait , avant toute chose, cité cette apparition^ et ce n'est qu'ensuite qu'il aurait pettt-étrfe paHé de Jean-Baptiste (i). Ainsi il ne J)eut pas être historique quts cette apparition, et ce dialogue se âoient suivis imihédiatfemeht , et le rapprochiem^t en est dii Ifetdeillent à Ice que , dans lès deux , il est question d'Élie (^). Mais ni immédîatemiâit ni médiatément un tel dialogue hé jpetlt àVttlt Aè précédé de l'apparition d'Élie ; car , québ que sbîent Ifeà événements qùfe l'onsupposie entre les deuil: ^ quelque intèr* valle dé tempi qu'on admette , JésUS , aUSài biieh que Ijeà trùis apôtres, témoins oculaires j devait é'ai èbUVëttlr; et ils ne purent jamais parler conime si cette abparitibii n'aVait pais eu lieU; Un dialogué de te genre ^dkiié l'bj)inion orthodoxe éur Jésus, ne peut pas, poh plus, àWr été suivi de l'apparition du Véritable Élie ; car Jésiis dît trb^ clairemeiit qu'il ne faUt pas attendre dé véritable Élîé , êl que JeaU-Bâptisté a été l'Ëlie prdthiS J èi dotic, plus tàrd^ il y avait eu une apparition du véritable Elle , Jéâtts seîsérait troinpé ; et cettte supposition est là tfaoltis adniissiblé pour ceux-là jùstemfent qui ont lé plus à feœur là WaliW Mstbriqué de la tratisfigutation. Puisque l'àp^karltion et lé dialogue s'exelueiit réciproquement , lâqudle de ces deui parties faut-tl sacrifier ? Là teheiil- de la coilvetsâtion est tellement confirmée par Matthieu, ii , i4 (comparez.

(i) Bâtalos ten ooniient autoi^ a ^ d, (a) Schleiermacher, iiber deil Ciùkié,

DixiÈttË tittAPitaS. S civ. ïft3

Lut ^ 1 j 1 ^ ) j et l'histoire de là trânsflgttrâtîoii est rendae tèlléttiëJditinVtàiisëmblâblepaî toutes sortes àe diffictdt^; qtlè là décision ne peut {>as être douteuse. Eu )ciD^{!ë(}tlet!Cié ^ îlotiS avons ici ënfcore Un exétopfe de celpiendttsav'ônsd^ vtt plttsiëUts fôife , à savoir qttiè dès-frâgttléttts dé tiâri-àtioé ^ pàrtâUt de sûppôsitibtis toUt-k-feit difi^rites^ et iueffife fi)tikiës léti des téUips différeilts , semblent aVUit été tté^ mâiàdhJitemëht réunis; Oéltti deâ fràgttiènls qUi rfehfetftté îk €ôiivel"satibh -, part dé rbpifaioii prôbàbleinëtit Uhtériëntè d'iâprês laquelle la Jjrbpliétie relative à Èlié vëUait dé i'àt^ tôUiplit en JeàU-Baptistë ; lé sfecblld, (Jtti ràcdtitè là tftlHsftgttrâtibh^ et icjui à sàtiis àUcUh doUté Une origine pUStériëttrë, né sé tbtitentë pas d'uhe àppàritiôU d'Élié iflgtti-ëé dans k

rrsouiié dé Jfeah-Baptisté àtt temps UiëBsiàtiit|ue de Jfehs \ faut qu'Élië se mohtre àh péttplë et peWOttttélleUiëlàt j Ué flit-cë (JU'ën passant cl devâht Un petit hôMlbfë Ak tâÀoihs (les lébioitis soiit étt petit ùbmbré, pài-cë ^U'il ëlaît cëilnU qtt'ûUë apparition publique et àyàntfeiëîffeë Uilë àctîbtt plUis priîssàïite h'àVait pas ëU liétt ) ( t ):

ï^ttur cbiuptëndré cbftimciii; ttUe pàtëille nàrratidn pttt ste ïbtttiër par Wë lëgfeiiiiaitié , nous dfevonfe éxàttiihër tout d'abord là pàttifcularité à l'éisfenKe dé laquelle l'ëxàiUëtt dfe toutes lëà aUtteS se rattàthë le plUs facilement , à. éâ^tt î'éblàt qui tëfadait tbiUmë UU àoleil là fâfcé de JëéUS , et Ik fclarté luihîhëttse que projetaient iséâ habits. Le béaU j lëihitjëstUéUt est quelque chose dé lUmiMiëUi pottlr leà Oriehtàttk et en particulier pour leè HébréUx. tte pôêtë dU Câhtiqdè deà Cantiques tbihpàre sa bien-àihiëë à l'àtibë faîktihâle , à la lune , au soleil (6,9); les hommes pieux , soutenus par • la bénédiction divine, sont comparés âu soleil dâtts sa gloire ( jud., 5 , 3i ) ; ël nommément le sort futUr des jiisîës est comparé k l'éclat du soleil et des astres (Dan. ^ 1 2 , 3 ; Mattfa. ,

\t) beH )B8t pdttt i^^dùm à l'6Bjection de ymne^ 8; HS^:

284 DEUXIÈME SECTFON.

1 3 , 43) ( 1 ). En conséquence , non seulement Dieu paraît dans l'éclat de ]a lumière , et les anges se montrent avec une face radieuse et des vêtements lumineux (Ps. 6o, q. 3; Dan., 7, gseq.; io,5. 6; Luc, i4, 4;-^poc., i , i3seq.); mais encore les personnages pieux de l'antiquité hébraïque , comme Adam avant sa chute , et , dans les temps suivants , Moîsëet Josué, sont représentés avec cet éclat de lumière (a). De même encore la légende juive postérieure prêta à des rabbins distingués un éclat surnaturel dans des moments d'exaltation (3). Ce qu'il y a de plus célèbre, c'est la face resplendissante de Moïse, dont il est parlé, 2. Mos.,34» 29seq.; et ici comme dans d'autres cas on argumente de lui au Messie, a minori ad majus ; c'est ce qu'indique déjà Paul, Q. Cor. , 3, 7 seq. , bien qu'il oppose à Moïse, ministre de la lettre^ ^moqovoç toO ypàjjLjjiaToç, non Jésus, mais, en raison de l'occasion de son épître , les Apôtres et docteurs chrétiens , ministres de F esprit^ ^loocovouç toG -Tn/eufAaroç, et bien qu'il n'attende pour eux une gloire ^ ^o^a , supérieure k l'éclat de Moïse que comme une espérance^ sWi; , réservée à une autre vie. Le fait est qu'on espérait pour le Messie lui-même un éclat qui correspondît à celui de Moïse , et qui même le surpassât ; et un écrit juif qui ne tient aucun compte de notre histoire de la transfiguration , argumente tout-à-fait dans Tesprit des Juifs des premiers temps chrétiens , quand il assure que Jésus ne peut pas avoir été le Messie , attendu que sa face n'eut pas l'éclat de la face de Moïse, sans parler d'un éclat supérieur (4). Les premiers chrétiens durent, ou entendre de pareilles objections de la part des Juifs , ou se

(i) Comparez Jalknt SimeonL P. a, f.

10 ) 3 (dans Wetstein^ p. 435) : Faciès justornm fnturo tempore similes ernnt soli et Innse, cœlo et stellis, fulguri , etc.

(a) Berescbith Rabba > ao , ag ( dans Wetstein) : Vestes lacis vestes Adami

f*. Pococke, ex lïachmanide (ibid.) :

la faota fuit faciès Mosis instar so-

lis, Josnae instar lunae; qaod idem affirmamnt veteres de Adamo.

(3) Dans Pirke Elieser , a, il se trouve d'après Wetstein que : inter docendom radios ex.facie ipsiuSf ut olim e Mosis facie, prodiisse» adeo ut non dignosceret quis, ntrum dies esset an nox.

(4) liizzaobon vetnS) p. 4o> ad Exod.

les faire à eux-mêmes ; il en résulta nécessairement dans la plus ancienne église une tendance à reproduire dans la vie de Jésus ce trait de la vie de Moïse , à l'exagérer même à un certain ^ard, et à attribuer à Jésus, ne fût-ce que passagèrement , au lieu d'une face resplendissante que Ton pouvait couvrir avec un drap, un éclat rayonnant qui se répandait même sur les vêtements.

En outre , une série de traits isolés prouve que la transfiguration de la face de Moïse a servi de type à la transfiguration de Jésus. Moïse fut transfiguré sur la montagne de Sinaï; une montagne est aussi le théâtre de la transfiguration de Jésus. Dans une ascension antérieure qui put facilement se confondre avec l'ascension postérieure où son visage devint brillant. Moïse avait pris, pour participer à la contemplation de Jéhova sur la montagne , trois confidents , Aaron , Nadab et Abihu , outre les soixante-dix anciens ( 2. Mos. , 24^ 1 . 9 — 1 1 ) ; de même Jésus prend avec lui ses trois disciples les plus intimes , afin qu'ils soient , autant que leurs forces le permettront , témoins de ce grand spectacle. Leur dessein immédiat était , d'après Luc, V. 28 , àe prier, irpodeu^acôat, justement comme Jéhova ordonne k Moïse de venir sur la montagne avec les trois et avec les anciens pour adorer de loin. Moïse étant monté avec Josué sur le Sinaï , la gloire du Seigneur j ^oÇa Kupiou , couvrit comme un nuage, ve<p6>.y|, la montagne (V. 1 5 seq. LXX ) ; et Jéhova , du sein de la nuée , appela Moïse jusqu'à ce qu'enfin celui-ci^ pénétra dans ia nuée, et vint auprès de lui (V. 16 — 18 ) ; de même, nous avons , dans notre récit , une nuée de lumière , ve<pe>.yi <p(OTo;, qui ombrage Jésus et les apparitions célestes ;

34,33 (dans Wetste^n) : Ecce Moses ma- boc tenere oportet, atque Jesu faciem

gister noster felicis memoriae, qui bomo abanoorbis cardioe ad alterum fnlgorem

mems erat, quia Deus de facie ad faciem difFnndere conveniebat ? At non prœdi-

oum eo locatos est, vultimi tam lucentem tus fuît allô splendore, sed reliqais mor-

retnlit, nt Jndœi vererentnr accedcre: talibus fuit simillimus. Quapropter con«

qaanto igitor magis de ipsa dÎTinitate stat^ non esse in eum credendum.

Si86 PfUXlàlfB BSCTipiff

i)ne v(^ de la mé^^^A i^ 'm veçe^ïiç } ^t, ch/^ Jjjus, upg entrée i %\<iùà€i^ , ^es trois (l^ns 1^ Qm^. Ce qqe 1^ yoii^ dj^t a^x ^pôtr^ dq sep dis la ni^ , e3t , daQS h première p^rti^, la dé4iaratM)u 4fi iiiespiaiwté qui , coiqpp^ dq verset 7 4u psaijmp îî f et du vierpet ji du (^4pi!:rç \^ d'Isa^ie , gvaij: déj4 retejiti du haut dtt ciri l4;>î's du baptèrue dp Jésus ; 1^ s§coftd§ partie est empruntée aux paroles par lei^udiles Hf oi^is^ d;^ 1^ passage du Deutérwpipe ci^ d'a];)Ocd (18, i5), ^xiopce au peuple Je Messie fiitur d'^prè§ l'iutej^^prétatipn ^çr^ifiaic^, fi, l'engage à Jui obéir (1),

P^ la jtrausfiguratioft sur U moutagpe , Jésus ^y^Jt éfé li|i^ à côté de Uoisp , sou type ; et , cgoaaiue ij était dans J['.4ttwte des Juifs que, d'après Isaie, ^9, Q seq,, letemp§ ipe^igniqu^ aurait , uou pas un seul précurseur , m^jsplu^ si^rs (a) , et qu'entre autr^ p^tiçulièriement Tauçi^u îé-^ gisjiateur apparaîtrait auss^ ^11 temps du Sfessie (3) » f^mM JH^OfSiex^ u'était uûeux cl^qjisi pour sqn apparition que c^ui p^ le Mfi^e fut transfiguré ^\it une i»putagu^ die U xE^m feçûîi.qui? lui , Mo}^, r^v^it été jadis, Alorç Jl fftt ^^turej ^ lui ^djoindr^ celui qui , d'après U^. 3, ^3, pp§sé4»it idusqu'auçuu ^u|;re, Je caractère de précurseuripes^ianiqu^, ^Tfi^so^ ét;^t attendu, d'après les rahlnns, 4^ mêine tempp ^e Moifse. . Pu ^Hxnent que ces deux pei^nnagi^ app^-^ r^issaijBnt au Mfe^sie , ils devaisat s'être entretenus ^veç lui ,• gt, ^ 1! wî s'enquérait de la teneur die çet^e converMition , fe

i(l) ile^te comp^ralsop »yec V^^* tovt <|iQ(re, c^te fixation 4e tciqp$ peut

sipjQ de ]\5[oJise Siur la montagne fournit avoir été conservée pourrouyerture delà pent-étre la raison de l'intervalle de six . scène de transfiguration relative à Jésus.

jours, par lequel les ^eux prçjniers (a) yoyei$>^tMd.t,|l^hpistolog^ ^^-

évan^él^tes séparent la transfiguration daeorum. § i5, p. 60 seq.

de l'événement raconté en dernier lieu, car (S) Debarim Rabba , 3 (Wetstein) :

ITiistoire propre de ce qui arrive à Moïse Dixit Deus S. B. Mosi : Per vitam tuam,

fD^r 1^ jqojpnt^gne commence aussi pj^ qqeçjadmodiuii vitam tn^m posui^ti pro

mp pfuc^^l® déterminajtion .^e tejfpps; \L y Is^^jelitis in hoc mpmio^ ^ta te^ pof e fii-

est ^t, ep. e£fet, que, la paontagne ayfMAt ta;r9 > quando Çliam prçpbetgm ^d ip^os

«té cQïiy.erte pendj^^at s}^ jot^rs p^r la vf^tiJ^^^op ^^9 ^^^^^Bl^^y^^y^f

4t^,.AlQÏ4P jfmt appelé^anprès de Jébova Ço^ipigrez 'r^cbfisifi, j[* 4a» iy jfaiu

(V. i6), ms^ SPfi 1p P9i?* A« *épa'^ ftt ^chôttjg^i, i, p. |4^;

châp4;e iqM^^i^^teiaûat pcécç^ent suggémt aatiuieietneiit qu'elle, savait rp^ sur la passion et la mort pf ocliai9ie& dç Jésqs. G^ objets, qjoi foriaaieQjt , k proprement parkr , len^jstère m^iai^^i:^ di^ Nouye^iv-.Testasient , étaient ce qDi'il y ^yait de pl^s^ ^pproprié^ à une paieiUe conversatioa avec des èpres d'uH autce ^lQ^de. Oo doit donc s^étonnei? que 0]l$}iauseii, soutieQiie que lie mytbe a aurait pi; arriver à cett^ tçuieor de la cç^e^saUm. Ain^ nous aurians^ ici ifaft mythe ( i ) dopt ht tend^nc^ est double ; d'abord de r^p^oduirç, sptts une fpi^f^e plus âevée, k transfigiyration de Moïse en la personne de lésfts ; secondement de réunir «lésus e» qualité d^ !Bj[essie à ses deux précurseurs , de représeatepr, par cette apparitim du l^islateur et du prophèie , àsi fon-^ dateur et dft véformateuf de la théocratie 9 Jésus ccNsame^ celui qui acbève le royaume de Edeu et qui accomplit la loi et les prophètes , et , en outre , de faiire confirma sa âi« ^té messianique psuc une voix céleste (d)«

Pour coii^chure , cet exemple montre d'une feçoa^ par^cu*lièrement évidente comment l'expUcation naturdÛe^, tout

(1) Ce récit est déclaré un mythe par De Wette , Kritik der mos. Gesch. , S.

a5o ; comparez exeg. Handb. , 1, 1 , S.

146 f . ; Bertholdt, Christologia Jud. , § \S , npt. 17; Credner, Ëinleitang in das N. T. i , S. 341. Scliulz , ûber das Abendmahl , S. 3 1 9 , accorde du.

moins qne les différentes relations évan^éljiqajes syr la transfiguratiçn. çon^.

tienuelat plus ou moin^ d'éléments mythiques ; etFritKSche, in Matth., p. 448 seq. et 456 , rapporte l'explication mythique de ce récit) non sans quelques signes d'assentiment. Comparez Kuii^^]!,, in Matth., p. 459, et Gratz, a, S. 16.1 ff.

(1) PlalQn aussi, dans le Banquet (p^ a33> B, seq. Steph.) glorifie son Socrat^e dans un, certain sens . c'est-à-dire qu'il compose» par une voie naturelle et d'une; façon comique , un groupe semblable à celui ^e les évangélistes ont con^posé ici par voie, surnaturelle et d'une ùl^oh

tragique. Après un banquet où le vin fat prodigué , Socrate reste seul éveillé an milieu de ses amis, qui dorment autour de lui; de même dans nos évangiles, les.

apôtres dormexu. autour du Seignenr, Deux grandes figures veillent seules avec Socrate^ ce soni) Içj^p^^ ^^^^fffm^ e«} le poète comique, qui formaient les deux, Céments de i*an«iei^a vie. grecque» élé* ments que Socrate. rç^p^sa^jt en Loi; d^ la même fiaiçoni Jésus s'entretient avec le législateur et le prophète, qui formaient les deux colonnes de la vie de l'Anoiea Testament, et que J.ésus renfem^ast eA> lui. et avecpli^s dç pqissai^cet Enfin, dans. Platon, Agathon, et Ari&tQpbane s'euf dojcment à leur tour, et, Siocrate demeure maître du. champ de bataille ; de. même, dans l'évangile» ^pï»e et T$Àte disparais •> sent; finalement, et les a^ti^a ne.Toient.

plus que Jçsns»

en voulant conserver la certitude historique des récits , en perd la vérité idéale , et , pour la forme , renonce au fond. Au contraire, l'explication mythique, sacrifiant le corps historique de ces récits ,' en trouve et en conserve l'idée , qui en est l'esprit et l'âme. En effet , si , comme le dit l'explication naturelle , la splendeur autour de Jésus a été un phénomène accidentel d'optique , et si les deux apparitions ont été ou les images d'un rêve , ou des personnages inconnus , que devient la signification de l'aventure ? A quoi hon conserver, dans le souvenir de la première association chrétienne, une anecdote aussi vide, aussi dépourvue de toute idée, et fondée sur une illusion vulgaire et sur la superstition? Mais, hienque, comme l'exige l'explication mjUiique, je sois obligé de ne pas voir une aventure i&lle dans le récit évangélique , je conserve du moins un sens et une valeur k la narration , et je sais quelles pensées la première association chrétienne y trouvait , et pourquoi les rédacteurs des évangiles lui accordèrent une place aussi ' importante dans leurs écrits ( i ).

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