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Renseignements divergents sur le dernier voyage de Jésus à Jérusalem.
Bientôt après la transfiguration sur la montagne, les évangélistes rapportent que Jésus entreprit le voyage fatal qui le conduisit à sa passion. Les récits évangéliques ne
(i) Weisse peu satisfait de la signification que nous avons trouvée dans le mythe, et ;s*ef forçant de conserver un fondement historique à la narration , se la représente comme une métaphore pro- Tenant des trois témoins oculaires euxmêmes. Suivant lui , dans nn langage figuré ordinaire aux Orientaux, ils exprimèrent de cette façon que alors leurs yeux s'ouvrirent, et qu'une pleine lumière
les éclaira sur la destination de Jésus, et particulièrement sur ses rapports avec la théocratie de TAncien Testament et la prédiction du Messie. La haute montagne sur laquelle la scène est supposée se passer, figure symboliquement la hauteur de la connaissance qui fut en ce moment le partage des apôtres; la métamorphose de la forme de Jésus et Vcclat de sou vêtement , sont un symliole de
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concordent pas sur le lieu d'où il partit pour se rendre à Jérusalem et sur le chemin qu'il prit. Les synoptiques sont, il est vrai , d'accord sur le point de départ , puisqu'ils font tous partir Jésus de la Galilée (voyez Matth., 19, i ; Marc, 10,1; Luc ,9,61: dans ce dernier , la Galilée n'est pas expressément nommée , mais cela s'entend de soi , puisque , dans ce qui précède, il est question de la seule Galilée et des localités galiléennes , et, dans ce qui suit, du voyage par la Samarie (i)). Néanmoins ils paraissent diverger sur le chemin que de là Jésus prit pour se rendre en Galilée. Les renseignements de deux d'entre eux sont tellement obscurs qu'ils pourraient paraître fournir des arguments à l'exégèse qui cherche à montrer la concordance des évangiles. Celui qui s'exprime de la manière la plus claire et la plus précise, est Marc, qui dit que Jésus traversa la Pérée; mais après il ajoute : // s^en va vers les confins de la Judée par le chemin qui est le Ion sf du Jourdain ^ epjç^erat etç Ta optaTvîç iou^aïaç Stà to'j irepav tou lop^avou. Sans doute il ne faut voir dans cette phrase que l'explication que Marc crut se donner de l'expression à peine intelligible de Matthieu, qu'il suit dans ce paragraphe. Quant à ce que celui-ci entend en disant: // partit de la Galilée et alla vers les confins de la Judée le long du Jourdain y (xer^pev âiro ttîç TcCkCkcdaz xal ^>.6ev ûç Ta opta T^ç iouè^ataç Tçspav tou îop^avou, cela est en effet obscur. Si on l'explique en disant que cette phrase signifie que Jésus alla dans la partie de la Judée qui est au-delà du Jourdain (2), on pèche également contre la géographie et contre
rintoition quHls eurent de ridée messianique, qui prit une vive clarté pour les yeux de leur esprit. La nuée qui couvre l'apparition, désigne l'indécision nuageuse où se perdit , pour les apôtres , la nouvelle science qu'ils n'étaient pas encore en état de conserver ; la proposition que fit Pierre, de bâtir des huttes^ représente la tentative de cet apôtre pour fixer aussitôt dogmatiquement l'intnition su-
périeure qn'il venait d'avoir* Weisse craint (S. 543) que l'on ne prenne aussi pour une explication mythique, cette explication qu'il donne de l'histoire de la transfiguration. Je ne le pense pas; 1»
sienne porte trop clairement les carac* tèrcs d'une explication allégorique.
(i) Schleiermacher, uber den Lukas, S. 160.
(a) Kuinôl et GraU » sur cç passage.
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la grammaire. La comparaison du texte de Marc a induit la plupart des interprètes à supposer que Jésus alla en Judée par la contrée située au-delà du Jourdain (i) ; et cette explication , même après la modification apportée par Fritzsche, n*est pas sans difiiculté, du moins grammaticale. Quoi qu'il en 60it, ce qui subsiste, c'est que Matthieu , comme Marc , Êdt prendre à Jésus , pour se rendre en Judée , le pl«s long chemin, celui de la Pérée; au contraire, Luc semble lui faire prendre le plus court, celui de la Samarie. A la vérité, quand il dit, 17, 11, que Jésus, en se rendant à Jérusalem, passait par le milieu de la Samarie et de la Galilée y ^ivfpj^eTo ^là [iL^erou 2a(jLapeia;>cal ra>i>.ataç, son expression n'est guère plus claire que celle de Matthieu que nous venons d'examiner plus haut. D'après la signification ordinaire des mots, cette phrase veut dire que Jésus coupa d'abord la Samarie, puis laGalilée, pour venir à Jérusalem. Mais cet ordre est inverse de Tordre réel; car, s'il partit d'une localité Galiléenne, il dut d'abord traverser le reste de la Galilée, puis la Samarie. En conséquence , on a entendu les mots 5ilp3^e<T6ai ^tà (jiecou x. T.>.., comme s'ils signifiaient que Jésus passa entre la frontière de la Galilée et celle de la Samarie (2) , et on concilie Luc avec les deux premiers évangélistes en supposant que Jésus parcourut la frontière Galiléo-Samaritaine jusqu'au Jourdain, qu'il traversa ce fleuve, et se rendit directement par la Pérée en Judée et à Jérusalem. Mais cette dernière supposition ne s'accorde pas avec Luc ,9,61 seq. ; en effet, d'après ce passage, Jésus, étant parti delà Galilée , arrive aussitôt dans un village de Samarie , et y fait une inauvaise impression, parce qu'il paraissait aller du côté de Je'msalemj&vi'vhTffoaiùTzo'^ aÙTou-^v iropeuojjievov tiç Ispoufscùc^lL. Cela semble vouloir dire qu'il se dirigeait de la Ga-
(1) Voyez, par exemple, Lightfoot, (a) Wetstein, OlsbaïueB, anrce p«s-
Mir ce ptssage. stge ; Schleiermadier, 1. c», S. 1 64, » i4 .
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lilée vers la Judée par la Samarie. Ce que nous aurons de mieux à faire , sera de voir , dans ce dire de Luc , un arrangement de mots (i) déterminé par le désir d'amener l'histoire des dix lépreux, parmi lesquels était un Samaritain, et , par conséquent , d'j reconnaître une divergence avec les évangiles synoptiques (2). Ce n'est que vers la fin dtt voyage de Jésus qu'ils redeviennent d'accord ; car, d'après leur dire unanime, Jésus arrive à Jérusalem de Jéricho (Matth., 20, 29 et parall.), ville qui, du reste, est plus sur la route directe du Galiléen qui traverse la Pérée, cfjlt de celui qui traverse la Samarie.
Tandis que les synoptiques , divergeant au sujet dtt chemin suivi par Jésus, sont d'accord sur le point de départ et sur la dernière partie du voyage , le récit de Jean s'écarte des leurs à l'un et l'autre égards. D'après lui, ce ti*est pas de la Galilée que Jésus part pour se rendre à la dernière pàque qu'il visita; car, ce semble, il avait quitté pour la dernière fois cette province avant la fête des Tabernacles de l'année précédente (7, 1, 10): y serait-il retourné dans l'intervalle entre cette fête et celle de la Dédicace (10, 221), c'est du moins ce qui n'est pas dit ; après cette fète il alla dans la Pérée , et il y demeura (10 , 4o) jusqu'à ce que !a maladie et la mort de Lazare le rappelèrent en Judée , et tout près de Jérusalem , à Béthanie (11,8 seq.). En raison des poursuites de ses ennemis , il s'en éloigna bientôt de nouveau ; cependant , comme il voulait assister à la pâcjùe prochaine , il ne se retira que dans la petite ville d'Ephralm, non lom du désert ( 1 1 , 54 ) ; et de là il se rendit à Jérusalem pour la fête , sans qu'il soit fait mention d'un séjour à Jéricho , q«i , d'ailleurs , d'après la position assignée or-
( () Voyez De Wette, sur ce passage. 9 , 53) profectum esse per Perœam, Sed
(a) Fritzsche, in Marc, p. 4i5 : Mar- auctore Luca, 17, 1 1, in Jndaeam conten-
cns MaUhœi ig * 1 * se anctoritad h. 1. dit per Samariam itinere brevissimo.
adstringitydicit que, Jesum e Galilaea (cf.
Qya DEUXIEME SECTION.
dinaîremcnt a Épliraïm , ne se trouve pas sur la route d'un voyageur qui se rend de cette dernière ville dans la capitale. Une divergence aussi complète a dû donner une occupation peu ordinaire aux harmonistes. D'après eux , quand les synoptiques disent que Jésus partit de Galilée , cela s'entend non du départ pour la dernière pâque, mais du départ pour la fête de la Dédicace ( i ) , bien que Luc , en disant que le temps s'approchait où il devait être retiré du monde y èv t^ <7u(jt.7u>.y)poD<j9at ràç TÎjjiepaç rrç âva^vî^l^ecoç aÙToi> (9, 61)5 désigne, d'une façon non méconnaissable, ce départ comme celui qui amena Jésus à la fête où l'attendaient la mort et la passion , bien que tous les synoptiques terminent par l'entrée solennelle à Jérusalem le voyage ici commencé, bien que , enfin , cette entrée ait précédé , même d'après le quatrième évangéliste , cette dernière fête de pâque (2). Si donc le départ de Galilée qu'ils racontent, est le départ pour la fête de la Dédicace , et si l'arrivée à Jérusalem dont ils parlent, est rarrivce pour la pâque qui suit la fête de la Dédicace , il s'ensuivrait , d'après cette supposition , qu'ils auraient omis tout ce qui est intermédiaire, à savoir l'arrivée et le séjour de Jésus à Jérusalem pour la fête de la Dédicace , son voyage de là dans la Pérée , de la Pérée a Bétbanie , et de là à Éphraïm. Il semble donc en résulter qu'ils n'ont rien su de tout cela ; mais Luc , racontant que Jésus , aussitôt après être parti de la Galilée , rencontra des docteurs de la loi qui voulurent le mettre à l'épreuve (10,26 seq. ) , puis le montrant à Bétbanie , voisine de Jérusalem (10, 38 seq.), le ramenant à la frontière qui sépare la Samarie de la Galilée (17,11), et enfin ne le faisant entrer qu'alors à Jérusalem pour la pâque (19, 29 seq.), Lue, dis-je, paraît indiquer clairement (et en effet on en a argué) qu'entre ce dé-
(1) Paulns, 2, S. 293, 554. Comparez (a) Sckleiennaclier,]. c, S. rSg.
Oliliaasen» t. S* 575 f.
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part delà Galilée et cette arrivée à Jérusalem, Jésus était allé une fois de plus en Judée et à Jérusalem, et qu'il en était revenu (i). Mais , d'une part, les docteurs de la loi ne prouvent rien ; d'autre part, il n'est pas question deBéthanie, il n'est question que d'une visite de Jésus à Marthe et à Marie , dont le quatrième évangile place la résidence dans ce village ; et il ne s'ensuit pas que le troisième les y suppose résidant , et que , par conséquent , il ait cru que Jésus , étant auprès d'elles, était dans le voisinage de Jérusalem. Si, d'après le récit de Luc , Jésus ne paraît sur la frontière entre la Galilée et la Samarie qu'un aussi long-temps après être parti ( 9 , 5i — 17,11), cela signifie seulement que nous n'avons pas ici sous les yeux une narration qui procède régulièrement. Mais , selon ces harmonistes , Matthieu lui-même a eu connaissance de ces événements intermédiaires , et il les a indiqués pour celui qui y regarde de près ; son membre de phrase : // partit de la Galilée , (xeT^pev aTuo t^ç TaXtXaiaç , fait allusion au voyage de Jésus pour se rendre à la fête delà Dédicace, et forme un tout isolé; et le membre de phrase: Et il alla vers les confins de la Judée le long du Jourdain , xal TiXôev etç toc opta t/Îç îouJataç Tuepav ToCf îopJavou , signifie qu'il quitta Jérusalem pour aller dans la Pérée (Joh., 10, 4o), et, par conséquent, ouvre un nouveau paragraphe. Du reste, on confesse avec candeur que, sans les données de Jean, on n'aurait pas songé à disjoindre ainsi les paroles de Matthieu (2). En face dépareilles arguties, celui qui suppose que le récit de Jean est le véritable, n'a pas d'autre parti à prendre que celui qui a été pris par la plus récente critique : c'est, pour Matthieu, qui n'a traité que très brièvement du voyage, de sacrifier le caractère de témoin oculaire qui lui est attribué, et, pour Luc, qui décrit le voyage avec détail, d'admettre que lui ou le coUecteur qu'il mit à contribution, a réuni deux ré-
(i) Panlus^ 3, S. Q94 ff. (3) Le mémej. c, agS f. 584 f.
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cits différents , dont Tun concernait la visite antécédente de Jésus à la fête de la Dédicace , et l'autre son dernier voyage à la fête de pâque , et les a réunis sans soupçonner qu'entre le départ de Jésus de la Galilée et son entrée à Jérusalem avant la pâque, il y avait eu un séjour antécédent à Jérusalem, ainsi que d'autres voyages et d'autres événements (i). Dès lors, dans le cours du récit du dernier voyage de Jésus , le rapport entre les évangiles synoptiques et l'évangile de Jean prend une tournure particulière. En effet , du côté des premiers se trouvait une grande lacune , ils omettaient plusieurs aventures et séjours intermédiaires , dont Jean fait mention ; maintenant, vers la fin du récit, une lacune, bien que petite, paraît se trouver du côté du dernier; il ne rapporte pas que Jésus ait passé par Jéricho pour se rendre à Jérusalem. On peut dire, à la vérité , que Jean n'a pas été obligé de parler du passage par Jéricbo, bien que d'après les synoptiques uneguérison d'aveugles et la visite àZacchée y appartiennent; mais il s'agit de savoir si dans son récit il y a place k un passage par Jéricho, Cette ville n'est pas située sur la route d'Ephraïm à Jérusalem , elle est beaucoup à Test; on remédie à cette difl&culté en supposant que d'Ephraïm Jésus fit toutes sortes d'excursions ; que dans une de ces excursions il alla à Jéricho , et que de là il se rendit k Jérusalem (2),
En tout cas, on voit qu'entre les récits évangéliques du dernier voyage de Jésus règne une divergence particulière ; car, d'après la tradition vulgaire , celle des synoptiques, il serait parti de la Galilée et passé par Jéricho , traversant , d'après Matthieu et Marc la Pérée , d'après Li|c la Samarie , tandis que, d'après le quatrième évangile , il devrait y être arrivé
(1) SclileiermsLcher , 1, c, S. i6t f . ; (a) Tholnck, Comm. z. Joli., S. 377;
Sieffert, libcr den Urspr., S. 10', ff. Ois- Oishausen, i, S. 76*. hausen est d*accord avec le premier, re- ' latiYemeAt à Luc. I* c^
DIXIÈME CHAPITRE. § GYI. O^S
d'Ephrâïm ; renseignements entre lesquels , si une conciliai tion est impossible , un choix est aussi très difficile.