‹ Vie de Jésus: ou examen critique de son histoire (volume 2)Chapitre 5 sur 23 · II · texte numérisé non relu

II

5o DEUXIÈME SECTION.

▼ersant des larmes , exprime la £dblesse de sa croyance et le désir qu'elle soit fortifiée. Joignant cela avec le rensieignement sur les docteurs de la loi et leur dispute , on ne se trompera pas si, chez Marc et même chez Luc, on rapporte Fapostrophe : ô race infidèle^ au public, sans y confbndjBp les apôtres , et même , d'après Marc , au père de Tenfant, dont rincrédulité est représentée ici comme un obstacle à la. {puerison, ainsi qu'ailleurs (Matth. , 9, 2) la foi des proches est représentée comme y étant favorable. Ainsi deux évangélistes donnent cette application aux paroles de Jésus, puisqu'ils laissent de côté, et l'explication de l'incapacité des disciples par leur incrédulité, et la déclaration du pouvoir que la foi a de transporter les montagnes. On demande alorssi les places différentes où ils mettent cet apophthegme sur la foi , sont meHleules que celle où Matthieu le relate. Or, dans Luc> la déclaration : sivous as^ez de la foi gros comme un grain de sénei^é (ni Luc ni Marc n'ontles TSioX%par votre incrédulité^ 8ix tyiv am<mav jj^âv) se trouve, avec la petite variation qu'au lieu d'une montagne il est question d'un arbre, dans le Chap. 1 7, 5. 6; mais die y est sans liaisonni avec ce qui suit ni avec ce qui précède , et ce semble être un tout petit fragment de discours, jeté loin de sa place et précédé seulement d'une introduction qui, sans doute œuvre de l'évangéhste, comme ailleurs, 1 1 , 1 , et 1 3, 23, consiste dans quelques mots des disciples disant k Jésus , augmentez-nous la foi ^ 7rpo(76eç T^jjitv mortv. Marc feît, del'apophthegme de la foi qui transporte lesmontagnes, Inapplication de l'histoire du figuier maudit , endroit où Mattimu le répète de nouveau ; mais cet apophthegme n'y convient absolument pa§ , comme nous le verrons bientôt ; et, si BOUS ne voulons pas complètement renoncer à savoir quelque chose de la circonstance qui y a donné lieu , nous devons oansidérer comme la véritable place celle où Matthieu le rap< porte , car il convient parfaitement à une cure manquée par les disciples. En outre, la nature de la chose permet très

NEUVIÈME CHAPITRE. § XG. 5l

bien de supposer comment Jésus fut en droit d'attribuer k la faiblesse de la foi des disciples leur insuccès , mais non comment il put rattacher k la foi du père la possibilité de la guérison du fils ; et même cette dernière tournure que donne Marc k l'affaire , ressemble k un malentendu sur le récit original (t). Outrcfla scène intermédiaire avec le père, Marc a essayé de rendre le tableau encore plus frappant, en représentant : le peuple, qui accourt en foule pendant cette scène intermédiaire ; l'enfant, qui, après Texpulsoin du démon, devient comme mort, àciel vexpàv, de sorte que beaucoup disaient qu'il l'était eflFectivement ; et Jésus te prenant par la main, xpareiv r^ç x.®ipoç, comme il faisait ordinairement pour les morts (Mattb. , 9, 26), le relevant et le rappelant k la vie; particularités qui pourraient provenir, ou de l'observation même , ou de renseignements exacts.

La cure étant accomplie, Luc, en terminant, signale brièvement l'étonnement du peuple ; mais les deux premiers synoptiques rapportent que les apôtres , lorsqu'ils furent seuls avec Jésus , lui demandèrent pourquoi ils avaient été incapables de chasser le démon : Jésus répond , dans Matthieu , comme il a été dit plus haut , en imputant leur impuissance k leur incrédulité ; mais, dans Marc, il déclare que cette sorte de démons ne se chasse que par la prière et par le jeûne , touto rà ylvoç sv oùîevt ^uvaxat èlsXôaîv ci \fih 4v TTpoffeuj^Tj îcal vyjerreta, phrase que Matthieu ajoute aussi après le discours sur l'incr^uUté et sur la force de la foi, y attachant sans doute le sens que la foi doit se fortifier par la prièreetparle jeune, pour obtenir une pareille puissance(2). Qu'un pareil régime spirituel et corporel, observé par l'exorciste ait de l'influence sur l'exorcisé , c'est ce qu'k tort on

(1) Cest ce que Weîsse reconnaît (a) Fritzsche et De Wctte, snr ce

p. 55a; mais il se met en contradiction passage; Kcander, L. 7. Cbr.> S. 5o4 f. ea soutenaat que la relation do Marc e&t

priuitire. ^

a trouvé surprenant; on a pensé avec Porphyre (i) qne ce régime convenait platôt au malade, et Ton a considéré la prière et le jeûne comme une prescription faite au possâlé, afin de rendre la cure radicale {p). Mais c'est une évidente contradiction avec le récit ; car, si le jeûne et la prière avaient été nécessaires de la part du malade pour la réussite de la cure, nous aurions une guérison.gradudle et non soudaine. Or, toutes les guérisons que les évangiles rapportent de Jésus, sont soudaines; c'est aussi ce qui est désigné d'une façon claire dans Matthieu par la phrase : Et F enfant fut guéri à partir de cette heure, )cal èôcpaTreuÔTi 6 icaîç àico ttÎç âpaç exsivviç , et dans Luc par le verhe il guérit , îadaTo , placé entre i Jésus ordonna à F esprit^ eTreTijjLTiffe 5è 6 ÎtocoCç T§ 77V6U[iATi, et : il rendit C enfant à son père , aTue^cdxev auTov T^ irarpl aÙToU. A la vérité, Paulus veut tourner, à son avantage, cette expression de Matthieu, et l'entendre comme si elle signifiait qu'à dater de ce moment, l'enfant revint graduellement à l'état d'une santé parfaite , grâce au régime prescrit. Mai^ il ne faut que considérer la même formule dans les autres passages où les évangiles la donne^t comme finale des histoires de guérison, pour se convaincre del'impossibiUlé de cette interprétation. Par exemple : quand l'his^ toire de la guérison de la femme atteinte d'une perte de sang se termine par cette remarque : Et la femme fut sauvée à partir de cette heure^ xal èccaOvi -h yuv^ âiro t% tSpocç ixeivYiç {Matth., 9 , 1212) , on ne voudra sans doute pas traduire : Et y à partir de ce moment, la femme était sauvée peu à peu , et cela ne peut que signifier : elle fut sauvée ( elle demeura sauvée h partir de ce moment. Une autre circon- ;stance que Paulus invoque pour prouver que Jésus prescrivit ici un traitement qui devait être continué, c'est la phrase de Luc : // le rendit à son père; ce qui , d'après lui, se-

(1) De abstinent, a, p. 3o4, et 417 (a) Paalu8|exeg« Han<U>.9a,S«4;i f*

«eq. Yo^ez Winer, 1, S. 191.

NECTIÊBCB CHAPITRE. § XG. 53

rait snperfla, si cela ne signifiait que Fenfant fut remis pour être l'objet de soins consécnti&. Mais le verbe âiro^i^cDixi ne signifie pas immédiatement remettre, fl signifie rendre, ti par conséquent la phrase n*a pas d'autre sens que celui- ci : Jésus rendit guéri V enfant qu'il aidait reçu pour le gué" rir, on bien qtie, Payant arraché k une puissance étrangère , celle du démon , il rendit aux parents cet enfant, qui était ainsi redevenu leur fils. Enfin , quel arbitraire n'y a-t-il pas delà part de Paulus à prendre, dans le Y. a i , où l'efficacité du jeûne et de la prière est établie, la^orr/e,8>c7rop£'jsTat, dans la signification plus étroite d'une sortie parachevée, et à la distinguer ainsi de la sortie préliminaire qui c'était efiectuée sur la simple parole de Jésus (Y* 18)! Il est donc vrai qu'ici aussi les évangiles nous rapportent , non une cure qui aurait duré des jours et des semaines , mais une cure accomplie , comme toujours , par un seul acte miraculeux ; et l'on ne peut entendre la prière et le jeûne comme une prescription destinée au Malade.

Quant aux autres expulsions de démons racontées plus brièvement, il a déjà été, plus haut , à l'occasion de lïmputation faite à Jésus d'un pacte avec l'enfer, suffisamment question de la guérison d'un démoniaque muet et d'un démoniaque muet et aveugle , de même que de la guérison de la femme courbée en deux dans les considérations générales sur les démoniaques. La guérison de la fille possédée delà femme cananéenne (Matth. , i5 , S2 seq. Marc , 7 , 125 seq. ) n*a qu'une particularité , c'est qu'elle fut efiectuée à distance par un mot de Jésus, ce dont il sera parlé plus tard.

D'après les récits évangéliques , l'expulsion du démon a réussi à Jésus dans tous ces cas. Paulus remarque que cette espèce 4e cure , bien qu'auprès de la multitude elle ait le plus contribué à fonder l'autorité de Jésus, a cependant été, en soi, la plus facile ; et, de son côté, De Wette admet une explication psychologique pour la guérison des démonia-

ques, mais seulement pouj* cette gaérison ( i). Nous ne pouvons nous empêcher de donner notre assentiment à ces . observations ; car, si nous considérons, comme le fondement réel de Tétat des démoniaques, une espèce d'aliénation accompagnée d'une disposition convulsive du système ner* veux , nous savons que , sur les maladies psychiques et nerveuses , l'action psychique est la plus puissante de toutes , action pour laqudle Jésus , avec son autorité pré^ pondérante comme prophète et même plus tard comme Messie, réunissait toutes les conditions. A la vérité, on trouve une gradation considérable entre ces états , suivant que l'aliénation s'est fixée plus ou moins matériellement dans les organes du corps , et que la condition morbide du système nerveux, étant devenue plus ou moins habituelle, est plus ou moins passée dans les autres systèmes. Plus le mal était borné à une simple altération du moral , sur lequel Jésus pouvait exercer une action spirituelle immédiate par sa parole, ou à une altération légère du système nerveux, sur lequel il était en état de produire une violente impression par l'intermédiaire du moral , ainsi qu'oQ le comprend dans la première des histoires que nous avon^ examinées , plus il était possible que Jésus, par la parole , Xoyû) ( Matth. , 8 , 16), et instantanément^ Tuapa^p^jAa (Luc, i3, 1 3), mît fin à de pareils états. Au contraire , plus , comme dans les deux histoires suivantes, le mal s'était déjà fixé corporellement , plus il est difficile d'admettre que Jésus ait été en état de procurer un soulagement instantané par une voie purement psychologique. C'est ce que Weisse reconnaît aussi avec raison (2), et en conséquence il suppose en Jésus une force qui agissait corporellement , à la manière de la force magnétique , puissance dont, au reste, l'efficacité se conçoit

(i) Paalns, ex#g. Haudb. , 4, b, S, (2) L. c., S. 354 f*

4^8. L. J. I, a, S. 2a3 ; De Wette, bibl. Dogm., S a23| Anm. c.

NEOVIEMB CHAPITRE. § XC. 55

moins aisément , puisque , dans aucun des récits très développés sur l'expulsion des démons , il n'est question d'un contact qui ait précédé la guérison. Mais surtout ce que l'on comprend le moins , c'est que , sans user de ce que sa présence a d'imposant , celui qui opère des cures merveil^ leuses puisse agir à distance , comme on rapporte que Jésus le fit pour la fille de la femme cananéenne. Au contraire , l'accès de fièvre de la belle-mère de Pierre , que Jésus » d'a[^ Matthieu , 8 , i4 seq. et passages parallèles, fit cesser en prenant la malade par la main , et suivant Luc , en menaçant la fièvre , doit être compté parmi les conditions morbides passagères siir lesquelles Jésus a pu agir d'une manière psychologique et magnétique.

Quoique donc on puisse admettre , d'après la nature des choses , que Jésus ait parfois réussi à guérir psychologiquement 9 par la puissance supérieure de son aspect et de sa parole , et par une force analogue à la force magnétique , des personnes atteintes de démonomanieou d'affections nerveuses prétendues démoniaques , cependant il n'en est pas moins étonnant que, à nous en rapporter aux évangiles , il n'ait jamais échoué dans une pareille cure. Aussi a-t-on déjà conjecturé que, plus d'une fois , de pareils malades se sont crus guéris , pourvu que l'action de Jésus eût seulement interrompu la crise , et que les évangélistes les ont donnés pour tels , parce qu'ils n'ont pas eu des renseignements ultérieurs sur leur compte , et qu'ils n'ont rien su de la récidive vraisemblable de la maladie (i). En outre, si nous considérons la seconde histoire d'expulsion de démons, nous voyons que, si le fonds n'en est pas inadmissible, cependant il a reçu des additions qui dépassent positivement les bornes de la possibilité , quelque loin qu'on les étende. Nous devons donc admettre que, sur ce terrain aussi, la légende n'a

(i) Natiirliche Geschichte a. s. f. a, S. 439; Kaiser» bibl. Théologie, x, 8.

56 DEDXliME 6ECTI0X.

pas été oisive » mais qae, d'une part , elle a enchéri sur les particularités historiques par des particularités non historiques, et que, d'autre part, die a peut-être aussi confondu ce qui appartenait primitivement à des histoires distinctes , et ainsi composé les trois grands tableaux de ces sortes de guérisons qui nous ont été conservés.

Si , en terminant , nous jetons encore un regard sur Tévangile de Jean, qui ne parle pas de démoniaques et de leur guérison par Jésus, nous remarquerons qu'on a vu plus dîme fois, dans ce silence, un signe de notions épurées , et qu'où en a fait un avantage pour l'apôtre Jean, auteur présumé de cet évangile ( i ). Mais, dans le cas où ledit apôtre n'aurait pas cru à des possessions réelles, il avait, en qualité de rédacteur du quatrième évangile,roccasionla plus précise de rectifier les synoptiques, s'il est vrai , comme on le soutient ordinairement, qu'il n'aitécritquepour les compléter. Il aurait ainsi prévenu, en présentant ces guérisons sous le véritable point de vue , la propagation d'une^opinion fausse suivant lui. Mais comment l'apôtre Jean aurait-il rejeté l'opinion que ces maladies avaient leur cause dans des possessions démoniaques ? C'était, d'après Josèphe, l'idée juive contemporaine, de laquelle il était difficile que se délivrât un Juif palestin qui , comme Jean, n'avait voyagé qu'à un âge assez avancé en pays étranger; c'était, d'après la nature des choses et d'après le rapport des synoptiques, l'idée de Jésus luimême, son maître adoré, idée de laquelle le disciple favori n'était, sans doute, disposé à s'écarter en rien. Or, si Jean partageait, avec sescontemporains et avec Jésus lui-même, la croyance à de véritables possessions démoniaques, et si la guérison de pareils malades formait, comme nous l'avons vu , une part principale de la faculté de miracle attribuée à

( i) C'est ce que disent plus ou moins S. ao ; Wcgsclieider. Einl. in das Evang. Eichhorn, dans: AUg. Bibliothek, 4 , S. lob. S. Si 3; De Wette.bibl. Dogm. . 435; Herder« you GottesSobo u. s. £. § 269.

NSUTléME CHÀPITRS. $ XG. Sj

Jésus y comment se fait-il que néanmoins il n'en ait pas parlé dans son évangile ? On dit qu'il les a omises parce que les antres évangélistes avaient recueilli un nombre suffi* sant de semblables histoires ( i ) ; mais il serait temps de ces-, ser de tenir ce langage , puisque Jean reproduit plus d*un récit de miracles, déjà raconté par les autres ; et, si l'on répond que Jean a répété ces derniers récits parce qu'ils avaient besoin de rectification , nous avons vu , en examinant les relations des synoptiques sur les guérisons des démoniaques, qu'elles divergent sensiblement entre elles, et que, par conséquent, rien n'aurait été plus opportun qu'une rectification qui lés ramenât au simple point de fait. Il ne resterait donc plus qu'à supposer que Jean , pour s'accommoder aux lumières des Grecs de l' Asie-Mineure , parmi lesquels on rapporte qu'il écrivit, omit, dans son évangile, des histoires de démoniaques qui étaient incroyables ou choquantes pour eux. Mais un apôtre , demanderons-nous, pouvait-il, devait-il méme^ par simple accommodement pour les oreilles* délicates de ses auditeurs , retenir, par devers lui, une particularité si essentielle de l'action de Jésus? Difficilement , si cette particularité lui était connue (2) ; par conséquent un dilemme embarrassant parait se poser , c'est que : ou bien les synoptiques ont parlé, sans autorité historique, des expulsions de démons, ou bien le quatrième évangéUste, n'ayant aucune connaissance de ces histoires, n'est pas l'apôtre Jean. Or, nous ne^ pouvons , d'après ce qui a été dit jusqu^à présent, nous décider à admettre la première alternative , car les récits des synoptiques sur les guérisons de démoniaques par Jésus nous ont paru, au moins quant au fond, porter tous les caractères de la vérité. Ce point formerait donc un -argument contre l'authenticité du quatrième évangile. Neander , en partant de l'idée que

(r) OUbauseUi b« Comin., i, S. 992. . (9) Voyez Weisse, 1. c.> S. 35a,

Ô8 DEUXIÈlfE SECTION.

Fauteur du quatrième évangile se faisait du diable ^ chercjie à rendre vraisemblable crue celui qui disait que le Christ était venu pour détruire les œuvres du diable ( i . Jeh. , 3 , Ô ) , ait fait entrer, ea ligne de compte^ ces maladies ; oui certainement , mais à condition qu'il ait su que Jésus avait guéri de pareilles affections. Aussi Neander essaie-til de prouver qu'il a pu le savoir en effet , et cependant n'en rien dire ; mais son argumentation revient, au fond, à ce qui a été dit plus haut, à savoir que, pour concevoir les motifs qui ont dirigé l'évangéliste dans le choix de ce qu'il voulait raconter , il faut supposer existant ce qui était déjà connu par la tradition synoptique ; à quoi Neander , par une remarque qui lui est propre , ajoute que , ces guérisons ayant été opérées hors de Jérusalem , cela peut expliquer pourquoi elles manquent chez Jean , qui s*occupe principalement de ce qui se passa dans la capitale. Pourtant il admet lui-même qu'il restera toujours une certaine obscurité sur les motifs de cette omission , que seulement il n'en faut rien conclure de défavorable au quatrième évangile (i). Ita nature de la chose veut que , sur des divergences et des lacunes semblables, chacun prononce un jugement différent ; quant à moi , son silence sur les expulsions de démons me paraît appartenir aux particularités du quatrième évangile qui suscitent les plus grandes difficulté.

SXGI.

Guérisons de paralytiques. Jésus a-t-îi considéré certaines maladies

comme une punition ?

Les synoptiques rapportent que, en présence des messagers de Jean-Baptîste, Jésus s'appuya sur ce que, par sa puissance miraculeuse, des boiteux marchaient ^ yjakol irepiTuaTouffiv (Matth. , 1 1 , 5) ; et, une autrefois, le peuple s'é-

(i) Neander, L. J. Chr., S. 3o7 ff.

heuvieme chapitre, § xci. Sg

merveille de voir, à côté d'antres malades guéris , des boi-* teux marcher^ jyïkoiàç TrepiTroroijfvTaç, et des perclus rendus à la santé, xu^^ùç ûyieri; (Matth., i5, 3i). A la place des boiteux, il est question ailleurs de paralytiques^ irapaXuTtkoi (Matth., 4) ^4) 9 6t ^ f^i^ ^^ ^^9 dans les histoires détail-' lées que nous avons sur cette espèce de malades , par eiera-p pie dans Matthieu, g, i seq., et passages parallèles^ 8, Sseq.^ et passages parallèles, il s'agit, non de boiteux, mais de poraljrtiques. Le malade dont il est question dans Jean (ô, ô), appartenait sans doute aux boiteux dont il avait été parlé V, 3. On trouve, dans le même endroit, des malades dont les membres sont desséchés, ^Yipol , et Matthieu (i5i, 9 seq. et passages parallèles ) raconte également la guérison d'un homme qui avait une main sèche, jtX^ ^iQpa. |Mais, comme ces trois dernières guérisons d'individus atteints d'affections aux membres se représenteront à nous sous d'autres che& 5 il ne reste plus ici qu'à étudier la guérison du paralytique (Matth., g, 1 seq. et passages parallèles).

Les définition^ que les anciens médecins donnent de la paralysie, 7rapà>.u<ytç , se rapportent toutes à une perte du mouvement, mais sans expliquer positivement si elle est totale ou partielle (1) ; de plus, on ne peut pas attendre que les évangélistes se soient tenus rigoureusement au langage médical ; il faut donc , à l'aide des descriptions qu'ils donnent de ces malades , se représenter ce qu'ils entendent par paralytiques. Or, dans notre passage, nous voyons que le paralytique a été obligé de se faire porter sur un lit, x^ivti, et que le mettre en état de se lever et de porter son lit fut regardé comme une merveille sans exemple ; en conséquence , nous pouvons conclure qu'il y avait au moins impuissance des pieds. Ici il n'est question ni de douleurs ni d'un caractère aigu de la maladie; mais, dans une autre histoire (Matth. ^

(1) On peut les yoir 4ani Wetstein, N. T., i, S. a84, et dans Wahlf Glayis, à cet article.

6o DEUXIÈMS SECTION.

8, 6) , cette acuité du mal est évidemment supposée, puisque le centurion dit de son serviteur \fai un de mes ser^ viteurs malade dune paralysie dont il est fort tour-^ mente ^ 6 Tuaîç (jlou P^SXriTai èv t^ oùcia TrapaXuTuco; , ^eivûç pa(r0cvi^o(jievoç; ainsi, par le moi paralysie ^ nous devrions entendre, dans les évangiles," une affection des membres qui les frappe d'impuissance j mais qui est tantôt indolente , et tantôt goutteuse et douloureuse (i).

La description de la manière dont le paralytique fut amené à Jésus (Matth., g, i seq. et passages parallèles) présente une gradation sensible entre les trois récits : Mat* tbieu dit simplement que, Jésus étant revenu à Gapbamaûm après une excursion sur la rive opposée du lac, on lui amena un paralytique étendu sur un Ut ; Luc décrit exactement comment Jésus, entouré d'une grande foule, et nommément de pharisiens et de docteurs de la loi , enseignait et guérissait dans une maison, et comment les porteurs du paralytique, ne pouvant arriver jusqu'à lui à cause de la multitude qui obstruait la porte , firent descendre le malade à travers le toit. Si Ton se représente la structure des maisons orientales , dont les toits sont plats et communiquent avec l'étage supérieur par une ouverture (q) , et si l'on prend en

(i) Comparez Winer, b. Realw. , a»

S. 325 ff.; et Fritzsche, in Mattb. p. 194.

(a) 'V^ iner.l. c. à rarticleDach (toit).

Ifeander pense (S. 3 16, Anm.) que les expressions de Josèphe (Antiq. i4» >5, 1 9) permettent de conclare* non qoc de pareilles onvertares existaient , mais qa*en enlevant la conrerture du toit, on pouvait arriver dans Tespace qui se trouvait au-dessous , et apercevoir ce qui s'y passait; car, Hérode I*' ayant pris un village où plusieurs soldats ennemis se trouvaient , et une partie de ces soldats s*étant réfugiés sur les toits des maisons tA. ils furent faits prisonniers, l'historien Ijonte aussitôt : Enfonçant les toits des imiêons y il ntit qu^au'dâssous tout était

plein de soldalSt retç opêfùvç t«v etxMV avaaxaérrTuy» ffAirXfa xhi xaro» xSv orpartoTuv cupa x. t. X. Mais, quand même il y aurait eu une porte dans le toit , il était difficile que l'on pût, par cette ouverture, découvrir tout l'étage immédiatement inférieur; en outre les fugitifs l'avaient sans aucun doute barricadée; et| dans tous les] cas, ilj était nécessaire d'enfoncer le toit pour exécuter ce que Josèphe rapporte ultérieurement; accaùlant £en haut ces soldats à coups de pierre, ils les tuèrent les uns sur les aa~ treSf TovTovç (tovç oFTpaTturaç) fxh ©wv ircrpacç âvcoOcv ^aiXkovxtç 9V>pn$^v in* èàXviXoii àvvipouv.

NEUVIÈME CHAPITRE. § XCU 6i

considération Fnsage des rabbins, chez qui le chemin par le toit ( lua pt ) est opposé au chemin par la porte ( ^Tt a^nnô ), comme n'étant pas un chemin moins ordinaire pour arriver à Vétage supérieur, ÛTuepc^ov (i), on ne peut guère, par l'expression /a/ine descendre' par les tuiles^ xadilvai 8ioc tcov ;c6pa[it.cov y entendre autre chose , si ce n'est que les porteurs , 'étant 'arrivés sur le toit plat de la maison où se trouvait Jésus , soit par un escalier qui y conduisait directement de la rue ^ soit par le toit de la maison voisine^ firent descendre, jusqu'à Jésus, à travers l'ouverture existant déjà dans la plate-forme, et, ce semble, à l'aide de cordes, le malade avec son lit. Marc, qui concorde avec Matthieu en plaçant la scène à Caphamaûm, et avec Luc en décrivant la grande multitude , et la nécessité où elle mit les porteurs de monter sur le toit, fixe, en outre, leur nombre à quatre, et enchérit encore sur Luc en disant, sans s'inquiéter de la porte qui existait déjà, qu'ils découvrirent le toit, et descendirent le malade à travers une ouverture qu'ils firent eux-mêmes. Dans quelle direction cette gradation a-t-elle pu se former ? est-ce une progression croissante ou décroissante? La narration de MarC) qui occupe le plus haut degré de cette échelle, présente tant de difficultés, que difiicilement on la considérera comme la plus voisine de la vérité ; car non seulement des adversaires ont demandé comment on avait pu percer le toit sans blesser ceux qui étaient au-dessous (a) , mais encore Olshausen accorde que la destruction de la plate-forme couverte de tuiles a quelque chose d extravagant (3). Pour échapper à cette difficulté, plusieurs interprètes admettent que Jésus enseignait eu plein air , soit dans la cour intérieure (4) , soit devant la maison (5) , et que les porteurs

(i) LigLtfoot, p. 6oi. ({) Kôster, Immamiel, S. 166, Anm»

(a) Woolston, Disc.4*nans l'exemple 66.

emprunte à Josèphc un pareil danger in* (5) C'est ce que Panlus paraît penser ,

qaiétait pen les assiégeants. L. J. x > a , S. a58. Il s'exprime antre-

(3) X, s. 3o4. ment dans exeg. Uandb., 1, b, S. 5o$.

ont senlement brisé une portion du parapet da toit pour descendre le malade plus commodément. Mais, si la désigna-* 'tioQ de Luc : à travers les tuiles^ rend cette explication impossible , les expressions de Marc ne la permettent pas davantage , car chez lui, ni ryzvfn ne peut signifier le parapet diu toit , ni âicoaTeya?^c«> la rupture de ce parapet , et èÇopuTTû) ne peut s'entendre que du travail destiné à percer un trou. Si donc la percée de la plate-forme subsiste, elle devient in- Traisemblable , puisqu'elle était complètement inutile, dèskyrs que dsms chaque toit il y avait une porte. On a essayé de parer l'objection en disant que les porteurs se servirent , il est vrai , de la porte qui était dans le toit , mais qu'elle se iTouva trop étroite pour le lit du malade , et qu'ils l'agran^dirent en brisant les tuiles dans le voisinage (i). Mais cela n'ôte rien aux dangers de cette opération , et les expressions de Marc signifient une ouverture faite exprès par les porteurs , et non une ouverture simplement agrandie.

Quelque périlleuse , quelque superflue que fbt, en réalité, une telle entreprise , on s'expliquera facilement comment Marc, occu)pé à développer le récit de Luc , imagina cette particularité. Luc avait dit que l'on avait fait descendre le malade , de sorte qu'il arriva devant Jésus , fpLTupocrOev tou IticoC. Comment les porteurs, se demanda Marc, purent-ils, si Jésus ne se trouvait pas accidentellement sous la porte du toit, rencontrer justement cette place, autrement qu'en enfonçant le toit dans l'endroit où ils savaient qu'était Jésus («ircwyaerav t^v ^yTiv Sttou ?,v) (2)? Cette particularité

(x) C*est ce que disent Lightfoot» Kai- Bôl, Olshaiiiea, sur ce passage.

(a) Voyez Frltucbe in Marc., p. 5a.

Cek réfute en même temps robjection de Neander , qai dit : «SHl avait été possible d'arriver da toit dans Tapparteaient intérieur sans faire préalablement une «niTcrt&re dans le toit , Marc , qui oon- L Misiiait s&ns doute la construction des ^ anisone de rorietit) ne m serait pas ex-

primé comme s*il n*y avait pas d'antre possibilité (1. c.) » H ne s'exprime pis non pins, d'après ce qn'on vient da Tinr»

comme si on n'avait pas pu arriver dans Fappartement intérieur sans découvrir le toit ; mais il s'exprime comme si on n'avait pas pu arriver, sans cette opération, à l'endroit où se trouvait Jésns ; et, dans le fait, ou ne poovait y arriver, même avec une porte dans le toit , qu'autant

NEUIfliÈin! CHAPITRE. § XGI. 63 •

fat d'autant mieux accaeiliie par Marc , qa'etle mettait^ dans an jonr plus vif, ce zèle qu'aucun labeur n'effrayait, zèle inspiré aux p<Mrteurs par leur confiance eu Jésus. Or c'est ausd ce dernier intérêt qui parait d^à avoir dicté k Luc ce qui distingue son récit de cdui de Matthieu. En effet, qucHque Matthieu , qui raconte que les porteurs ame* Burent à Jésus le paralytique par le chemin ordinaire , ait pensé sans doute que le transport pénible de ce malade sur s<m lit était une preuve suffisante de leur foi, cependant les caractères auxquels Jésps est supposé avoir reconnu leur /oi, m«<rK, sont mi& dans un moindre relief; or, si, dans les commencements, cette histoire était rapportée comme nous la lisons dans le premier évangile , on put être facilement tenté d'inventer, pour le^ porteurs , un signe de leur foi qui fut plus saillant; et, comme la scène était placée au mitieu d'un grsmd concours de peuple, le signe le plus convenable put sembler ce chemin inaccoutumé qu'ils prirent pour porter leur malade jusqu'à Jésus (i).

Le procédé delà guérison, d'âpre le rapport concordant des trois synoptiques , est simplement ceci : Jésus, avec des paroles amicales et tranquilUsantes , annonce d'abord au paralytique le pardon de ses péchés (ce dont je vais parler tout à-l'heure); puis, confondant les murmures des docteurs de la loi , il justifie le plein pouvoir qu'il s'attribue de pardonner des péchés, en ordonnant au paralytique de prendre son ht et de s'en retourner , ordre qui est suivi d'un résultat immédiat. On a essayé de représenter ce succès comme na* turel, et l'on a dit que l'affection de ce malade n'était qu'une faiUesse nerveuse, à laquelle avait la plus grande part l'imagination du malade , qui pensait que son mal devait dur^, étant une punition de ses péchés ; on admit en outre

que Jésus aurait été, par cas fortuit, (i) Comp. De Wette » exog. Handli. ,

placé justement aou» celte porte. i , i , S. 90, x, a, S, 4o.

64 DEUXIÉMB SECTION.

qa un traitement sobséqnent fat continué pendant quelque temps (i); mais Tun comme Fautre est contraire au récit* On a donc cherché, autour de soi, des analogies empruntées au domaine des faits , qui , bien que rares et my^rieux , appartiennent cependant à Tordre naturel. Paulus invoque on récit de Tite-Live qui ressemble beaucoup à un conte (2) ; cela est inutile , car on ne parait avoir aucune objection à faire contre l'observation de la guérison, par la simple force de la croyance d'une paralysie partielle et d'une contracture qui avaient duré plusieurs années , observation qui est consignée dans la seconde édition du Gnomon de Bengel (3). Des exemples semblables se représentent aussi sans cesse sur le terrain du magnétisme animal. Sidonc on admet ces deux conditions à la fois : que, dans Jésus, il y avait une force curative semblable à celle du magnétisme , et , dans le malade , une foi forte et susceptible d'être portée par l'allocution de Jésus jusqu'à l'émotion morale la plus vive , rien n'empêche plus de faire entrer cette histoire de guérison dans le cercle de celles pour lesquelles nous ne manquons pas de points d'analogie dans les observations ordinaires , et que, par conséquent, nous ne sommes pas en droit d'exclure, sans plus ample informé, hors du rang des choses historiquement arrivées. A la vérité, d'un autre côté, comme ce que les Juifs attendaient du Messie a été transporté sur Jésus, il y a une extrême facilité à faire dériver de cette attente le récit en question. Dans le passage déjà cité d'Isaïe (36, 6), il avait été promis pour le temps messianique que le boiteux sauterait comme un cerf, Tore cLkvkax <î)ç ^Xaçoc 6 j^wXoç, et, dans le même contexte (V. 3), le prophète avait crié aux genoux paralyses , yovara iropa^e^ufiiiva': soyez pleins de force ; îcy ueraTs , ce qui , de même que les autres particularités qui y tiennent , a dû être plus tard entendu au propre,

(1) Paulufycseg. Haiidb., l,b. S. (a) Li^* 3,36.

498, 5oi. (3) Gnomon, 1, 9. a^St

et espéré du Messie comme œuvre miraculeuse , puisque Jésus, ainsi que nousTavons vii déjà, pour prouver qu'il était celui qui datait venir\ epyojAsvoç, s'appuya aussi de, ce que les boiteux marchaient ^ y iùkoi TUÊpiiraToutyiv.

11 faut maintenant examiner de plus près , dans ce récit , un trait qui a déjà été touché. Jésus dit d'abord au malade : que tes péchés te soient remis , âcpecovTat coi at àpiapTiai cou; et puis, en preuve qu'il a le pouvoir de pardonner ainsi les péchés , il le guérit. On ne peut méconnaître , en cela, un rapport avec l'opinion des Juifs, qui pensaient que le malheur, et en particulier la maladie des individus, ' étaient une preuve de leurs péchés , opinion qui , déposée avec ses traifs principaux dans l'Ancien Testament (3. Mos. 26, i4 seq. ; 5. Mos., 28, i5 seq. ; 2. ParaKp., 21, i5.. 18 seq.), fut énoncée de la manière la plus précise par les Juifs postérieurs (1). Si donc nous n'avions que ce récit des synoptiques , nous serions obligés de croire que Jésus avait partagé, sur ce point, l'opinion de ses contemporains et compatriotes , puisqu'il démontre sa qualification à pardonner des péchés , cause de la maladie , en donnant une preuve de son pouvoir de guérir des maladies , suite du péché. Mais , dit-on, il se trouve d'autres passages où Jésus contredit directement cette idée juive , et il en résulte que, lorsqu'il tint au paralytique ce langage , ce ne fut que pour s'accommoder aux opinions du malade , afin de procurer sa guérison (2).

Le passage principal que l'on a coutume d'alléguer à cet effet, est l'introduction de l'histoire de l'aveugle de naissance (Joh. , 9, 1 — 3) , histoire qu'il faudra examiner plus tard. Là, en effet, les apôtres, voyant debout sur le chemin cet homme qu'ils connaissent comme étant aveugle de naissance, posent

( i) IVedarim f. 4i} i (dans Srhôttgen, douée ipsi omnia peccata rcinissa siut. 1, p. ()3) : Dixit R. Chija lil. Abba : (?.] Hase, L. J„ § 73; Fhtzsivhc, îa

Pïullus a?grolus a morbu suu «aualur, Mi^Ub., i>. 335.

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