‹ Vie de Jésus: ou examen critique de son histoire (volume 2)Chapitre 6 sur 23 · II · texte numérisé non relu

II

6& btUXlÉME ^teCTIOlS.

à J^ètlà la ({tiieâtion Ae savoir s'il est aveugle par Teffet de sik |)ropr^ péchés oa des' péchés de ses parents. Ce cas était p^mili^iliièreméat difficile pour ropîtiion juive sur rîtiîBictïoii des peines. QuMd ii à' agît de rtiaux qui ne frappent un homme qm d^nisie cjours dé sa c^ïrièk'e, Tobservateur tjui eèt enclin à cDâdidéfëi' les eh^es sotts un certaiti point de vue , trouvera fatjiemeht^ ou du moins supposera, des fautes Quelconques qui auront été la cause de ses maux. Il éh est autrement des maux de naksfance. A là vérité, l'bpînion du vieil héhrâftltté (^. Mos. , Qo, 5 ; 6k Mois. , 5, ^ ; s. Sart . , 3, ^oj) fouhiissâit un* texplicattett , à savoit que les péchés des ancéti-es Sidnt pûnifi «ttr Jfeè dcî9Cfekidanls. SWais j toVnmê, pôtir le dr'oit hunMta, k loi W<feaïque elle-ménie ordonnait que chacun ne fiA, responsable xji^B dé ses plr^opres îtifractïôns {5. ]\R)s. , ûj\, i<>; Q. Rtîg. , 1 4'5 6) , et tfOmme, refativerttolt auâèi à la justttte distribtitiv^ de Dieu , les prophèteis prcsseiitaichl titic *gte semblable (*et^m., 3i, 3o; Essech., iB, 19 *q.) , la sâg^té )^âbbiViiY^ îtoagina pote les mâUx de naissance lin SNabtêâHfbgè, etdîtque^ sans dôtite, ces homnres avaient flé- ^ dés le t^ÈHtre de leur mère (l). C'est, saïis contredît, l'ôpilâon ^é les disciples supposaient xjuand ils fit'ent ïetir qBesk.î^â {Y. 2}. Jéstts lent répond qtre ce n'est ni pour ses fj^écâié», r ptotfr lèà j^ëdiés de ses parents, que cet homme ésl vmti Âtèmgfie M taôte^, mâîs qtie c'est pôlir qlirè la guérisoUi qilè hd, Jésus, êiîi *sa qtelitéxïe WféSisîe, iaHàSt acTcomplir , manifestât la puissance miraculeuse de Dieu. Cette réponse est ^éttim^ cta*cSttltte cikmè à Jésus aVàît rejeté tôtte ûenè dHj^ëeiÀCfn j ^i^tà maladie et lés auti^ès màûx Sont es^entîèileÉfiB^ dés féiXB fottr les péchés; mais Je^'ns né parle fci éxfyiÊâsëÉfétit qtte du cas tju^il aVait ideVant tes Jreux , (îisâtkt

(1) Sanbedr. f. 91 « a , et BcrescliitU tus praevalero iu homiue ? an a teœpore

B al»bà f . SS', H (dans Lîglitfodt, p . i o5p) : forma (îonis cjiis (iu u tero) , an a tcmporc

AAtoHkièi liJteiVdgtvttRaLbbi(Jndani}: processiouis cjtis (ex utero]? Dixit ei

A quoxiam tempore incipit màlùs ftffcc- Rabbi : A tciÀporè forobatiouis cjus.

NEUVIEME CHAPITUE. § XCI. 67

que ce mal particulier avait sa raison , non dans nne transgression de cet individu ^ mais dahs des vues providentielles supérieures. On ne serait autorisé k trouver, dans ces eJcptTessions, un sens plus gxiuéral, et le rejet de toute l'opinion juive, qu'autant que Ton en rappïx)cberait d'autres déclarations d'un sens plus précis. Or, il se trottve,on vient dele voir, dan» fesévangUes synoptiques, un récit qui, enlendu simplemetii, renferme une adhésion de Jésus à Tidée dominante \ par tionséqutot, en peut se demander s'il est plus facile de tonsidé- )ret cette déclaration de Jésus chez les synoptiques , comme un accommodement à la croyante populaire, ou sa déclara v tiou chez Jean, comme ne se rapportant qu'au cas qui était pîâôé devant lui. Cette question sera décidée eti faveur <te ia dernière alternative, par quiconque connaît les difficultés del'hypothèse de l'accommodement dans son application Mt déclatations de Jésus chez les évangélistes, et voit claii^moent que , dans le passage en question du quatrième lévangilé , rien n'indique une signification plus générale de ta répoiteé de 5ésus.

Sans doute , d'après de jusftes principes d'exégèse , Un dvatigélistè ne doit pas être expliqué immédiatement par Un autre évangéliste ; et , dans itùtrç cas , il referait fort possible que , tandis que les synoptiques attribuent à JésYls cette opinion qui fut celle de son temps , l'auteur phxs édlailré du quatrième évangile !a lui fît rej^er. Cela n'iest j>âs cependant, car il n'a rattadîé qu'à ce cas partîculi^, la réptobation exprimée par Jésus sur l'idée contemporaine, et on en acquiert la preuve dans d'antres paroles qu'il met éû ta bouche de JésUs. En effet, Jésus pariant a celui qui est tUalade depuis trente-huit ans ( Joh. , 5), et lui disant , après son rétablissement, sous forme d'avis : ne pèche plus ^ afin qu'Une t'arrwe rien de plus , p^tfiTi àjjLàpTave, îva p^ j^efpov Ti Goi y£V7iTai (V. i4)j c'est la même chose que loFsqfCil crie à un malade qui attend sa guérison : que (espéchésitè

68 OEUXlËxME SECTION.

soient remis ^ âçecovrai cjoi ai àfjLapTiat cou. Dans les deux cas, la maladie est considérée comme la punition du péché, et, en cette qualité, guérie chez l'un, présentée comme une menace chez l'autre. Cependant, ici aussi , les interprètes qui n'aiment pas à trouver en Jésus une opinion qu'ils rejettent, Savent échapper au sens naturel. D'après eux, J&us reconnut que le mal particulier de cet homme était une suite naturelle de certains excès , et il l'avertit de ne pas y retomber, parce que cela pourrait amener une récidive dangereuse (i). Mais, pour la manière de penser du siècle de Jésus, il était bien plus difficile de rattacher certains excès à certaines maladies, suites de ces excès, que de rattacher, au péché en général, la maladie, comme la punition du péché. Il faudiait donc , si nous voulions attribuer aux paroles de Jésus la première signification, qu'elle fût très précisément énoncée dans le passage; or, nulle part, dans tout le récit, il n'est question de quelque excès commis par cet homme. Quand Jésus lui dit ne pèche plus ^ [xvdcsti à(jLapTavs , cela désigne seulement le péché en général ; et supposer entre Jésus et le malade , une conversation où le premier aurait instruit le second sur la connexion de son mal avec un péché particulier (2), c'est faire une fiction qui n'est point du tout dans l'esprit de la conduite ordinaire de Jésus. Quel mode d'explication, quand, pour échapper à un résultat dogmatiquement désagréable , on donne à un passage (Joh. , 9) une généralité qu'il ne comporte pas ; quand on élude l'autre ( Matth. , 9 ) par l'hypothèse de l'accommodement ; quand on impose violemment au troisième (Joh., 5) une idée moderne; tandis que, si l'on ne fait pas dire au passage plus qu'il ne dit réellement, on n'a aucun besoin de toucher le moins du monde aux deux autres dans leur signification immédiate !

(1) Panlus, Comm. 4, S. 264; Liickc, ('2) C'est ce qac fait TboIuck« sur ce

9 , p. 32 ; Neander incline aussi de ce passage* c6tc, S« 3x9.

NEUVfÉME CHAPITRE. § XCI. 69

Mais on rapporte encore un autre passage , et celui-là est pris aux synoptiques , pour prouver que Jésus était élevé , sur ce point , au-dessus de l'opinion populaire. On lui fit un jour un récit sur des Galiléens que Pilate avait fait massacrer pendant le' sacrifice , et sur d'autres qui avaient péri par la chute d'une tour (Luc, i3, i seq.). Ceux qui lui racontèrent cet événement , donnèrent , il faut le croire , à entendre qu'ils regardaient ces accidents comme des punitions divines de la perversité particulière de ces gens. Jésus - répondit qu'il ne fallait pas croire que ces gens eussent été pires que d'autres; que les narrateurs eux-mêmes ne valaient pas mieux, et que, s'ils ne se convertissaient pas, une pareille ruine les attendait. Certes, il n'est pas facile de voir comment, dans cette expression de Jésus, on peut ti'ouyer une réprobation de l'opinion populaire. Si Jésus voulait la condamner, il devait dire, de deux choses l'une ; ou bien : Vous êtes d'aussi grands pécheurs, bien que, corporellement vous ne périssiez pas de la même manière ; ou bien : Croyez-vous que ces gens aient péri à cause de leurs péchés? Non , on peut s'en convaincre en vous voyant , vous qui , malgré votre perversité, n'êtes cependant pas frappés de mort. Au contraire , la déclaration de Jésus , telle qu'elle est rapportée dans Luc , ne peut signifier que ceci : Le malheur qui vient de frapper ces gens ne prouve pas leur perversité particulière , pas plus que l'exemption, dont vous avez joui jusqu'à présent, de pareils accidents , ne prouve que vous valiez mieux qu'eux ; loin de là , des punitions semblables vous frapperont tôt ou tard , et manifesteront votre égale méchanceté ; ce qui confirmerait au lieu de renverser la loi de la connexion entre le péché et le malheur de chaque individu. Cette opinion sur la maladie et sur le mal , opinion vulgaire parmi les Hébreux, est en contradiction avec la doctrine ésotérique , à moitié essénienne et ébionite , que nous avons trouvée dans l'exorde du discours de la montagne , dans la

7© DEnJWKXIE SECTION.

pjirabqledc 1 homme iîclic,ct ailleurs, cl d'après laquelle les souffrants , les pauvres , les malades , sont bien plutôt \^ justes en ce siècle. Mais , pour une exégèse sans prqugés, les deux opinions se manifestent positivement dans les expressions de Jésus , et la contradiction que nous trouvons entre l'une etTautrc ne nous autorise pas à donner unesigjnifica^o^ forcée à Tune des cat^ories de ces déclarations. Il faudrait plutôt contester Fauthenticité de Tune ou de l'autre de ces catégories ; mais nous ne pouvons pas savoir si Jésus n'avait pas concilié, d'une façon quelconque, en son esprit, Isi contradiction des deux différentes opiuîons sur les clïoses du monde qu'il trouva cliez les Juifs d'alors, et qui étaient le produit de leur culture intellectuelle.

S XCIÏ.

Guérisons de lépreux.

Parmi les malades que Jésus guérit . les lépreux jouent un rôle principal , comme cela devait être dans le clifiiat de U Palestine, qui engendre facilement des maladies de peau. Quand Jésus , suivant le récit des synoptiques , renvoie les messagers de Jean-Baptiste aux faits qui prouvent sa messianité (ilHatth. , 1 1 , ô) , il cite au nombre de ces faits la purification des lépreux^ >.e7rpoi jcaSapt^ovrai. Quand, lors de la première mission de ses apôtres , il leur donne plein pouvoir de faire toutes sortes de miracles , il met au prch mier rang la guérison des lépreux (Matth., lo, 8) ; et les détails de deux cas de pareilles cures nous sont rapportés.

L'un de ces cas est commun à tous les synoptiques , bien qu'ils le placent dans des connexions différentes. Jésus, suivant Matthieu en descendant de la montagne où il tint le discours connu sous ce nom (8, i seq.), suivant les autres dans une position qui n*est pas déterminée , au commence-

iiHiit (le §011 ^îiiniçtôre en Gî^lilée (Marc \ , 4^ soj. L^ç fii , 1 2 sçq.), rcpcpnlrc ui^ lépreux qui lui denian4c à genp^2^4e le guérir , et qui phlieiit sa gu^isp^ par un sip(^p}e çoptsw^t. Jésus riavitc aqçsilùt k se présenter auxpviitrps, çqpfei'iïtâ- Uîentàlaloi (3. Mos. 14, aseq.), afin çV^tr^ 4^Urâ pUp. Matthieu et Marc ciésignent simplement Tétat ^e cet homvi^ par le mot lépreux, 'ktT^^^o/; , I^uç ^ sert d'une fo^fj^^aim plus forte, et çlit plein clç {èprçy irXxfpviç \inf^ç. P'çipi^ Paiiliis , il est vrai , cette abondance 4? V^^'HptilRH ff t DP sj^mptôme de sa cnra))iUté , attend^ que ^ mx\\^ e% la desquai^ation «ur touf e la peau indiavie^t la c^i^^ ps^r laqn^ TécQUornie se nettoie. En conséquence , ce çoi^o^çntate^ç 1^ représente, de la fsiçon suivante, la marche de» choses \ y l^peux sollicita de Jésus, en sa qnal^té de U^ei MP. 9Çf^ siir son ét;|t 9 et le prie , suivaiU le résultat de l'exainei^, de Iqi accorder unç déclaration de pureté (ei Ss^^v^ 1 ^uvaor^ ^e, xa9ap;Gai) , déclaration qui , ou bie^ lui épargnera la p€^e d'aller trouver le prêtre , ou biei^ servira à lui ipspirer |ui espojr consolateur en y allai4. Jésus? se ^éclaran^prétinV^a'iqiner {Ulu^i) , étend la main pour 1^ palpai? 9 saus cependant que le pialaçle, quj avait peut-être encore des prppriét)& contagieuses, s'approchât trqp près de lui, et, aprèi mi examen exact , il se déclare convaincu que la maladif^ n'est plus contagieuse (xaÔopiaâviTi) ; bientôt aprèfii, et sans prâ)e (suôecoç) , la lèpre disparut en effet cou^pléte^ifint ( i).

Avant toute chose , remarquons qu'il y a ici une asierticin étrangère au texte : c'est que le lépreux ait été justement à Tépqque de la crise de sa maladie ; car , d^^S les disux pi^ niiers évangiles , il est question simplement de lèpre , tandis que l'expression du troisième, plein d^ fèptre^ lOMfn^ç >.£7rpaç , ne peut signifier autre chose que l'eicprèssiou de TAncien Testament perfysus leprâ :|hpq yi>0 (î). Mos, 4>

(i) Eifeç. HandU.» 1, b^ S. 6^ |l«

6; 4* Mos. 12, 10; 2. Reg. 5, 27), ce ^ui^ d'après le contexte , signifie, dans chacun de ces cas, le plus haut degré de l'éruption. Que le mol purifier ^ xaôapt^eiv , ait été eiiiployé dans l'usage de la langue hébraïque et de l'hellénistique, pour signifier simplement déclarer pur ^ c'est ce qu'on ne peut contester; mais il faudrait que ce verbe conservât cette signification dans tout le paragraphe. Or, après qu'il est dit que Jésus a prononcé le mot sois purifié , xaÔaptcÔTiTt , Matthieu ajoute : et ilfut aussitôt purifié^ etc. , xal vMiùq sxaÔaptcjÔTi x. t. >..; entendre cette addition de Matthieu dans le sens que le malade fut réellement déclaré pur par Jésus, ce serait lui imputer une absurde tautologie, qui est si peu concevable , qu'il faut prendre xaÔapi^gGÔai dans le sens d'une purification réelle ou guérison. Mais, si ce verbe a ici cette signification , il l'a aussi dans tout le reste du paragraphe. Il suffit de rappeler l'expression les lépreux sont purifies ^ Xsirpol xaflapr^ovrai ( Matth. 1 1 , 5) , et pu^ rifiez les lépreux^ >.g7rpoù; xaSapi^sTs (Matth. 10, 8), où ce mot ne peut da moins désigner ni une simple déclaration de pureté, ni rien autre chose que ce qu'il désigne dans le récit actuel. Mais le point contre lequel l'explication naturelle de l'anecdote échoue de la manière la plus positive , c'est la séparation de/e veux , ôiT^co, d'avec sois purifié ^ xaÔapicSviTt. Qui pourra se persuader que ces deux mots, réunis immédiatement dans les trois récits, aient été séparés par une pause notable , que le mot je veux , ait été prononcé pendant ou , à proprement parler , avant le palper ; mais que le mot sois purifié ne l'ait été qu'après cette opération , quand les trois évangélistes font prononcer à Jésus les deux mots sans séparation pendant l'acte du palper? Certes, si le sens allégué avait été le sens primitif, un des évangélistes du moins , au lieu de mettre Jésus le toucha disant : je le veux , sois purifié , vî^aro aÙToO d Ivicou; >.£Ycov* ôéXco, xcôaptGÔTiTi, aurait mis : Jésus répondit: Je le

veux j et V ayant touché j dit: Sois purifié^ 6 ivjaooç âirexpivaTo* ÔeXw, xal à<l;a(/.svoç aOroD etTre* >ca6apiG67)Tt, Mais le mot sois purifié^ xaGaptcôviTt, est prononcé d'un seul trait avecye le veuZy ô^w, de sorte que Jésus, par le simple effet de sa volonté , et sans examen intercurrent , produit la purification f xaôapt^ecôai. Ainsi il est impossible que ce mot signifie une déclaration de pureté , laquelle exigeait un examen préalable , et il doit signifier une vraie purification ou guérison. D'après le contexte aussi, le mot toucher y aTCTECJÔat , dok s'entendre , non d'un contact explorateur , mais , comme ailleurs dans de pareils récits , d'un contact curatif.

Pour son explication naturelle, Paulus invoque la règle que, dans tout récit, le cours ordinaire dés choses doit être supposé partout où le contraire n'est pas énoncé expressément ( 1 ) , règle qui est affectée de l'équivoque inhérente à toute explication rationaliste, puisqu'elle ne distingue pas ce qui est ordinaire et régulier pour nous, et ce qui l'était pour les écrivains que l'on veut expliquer. Certes , quand j'ai sous les yeux un historien tel que Gibbon, je dois, dans ses récits , ne supposer, à moins qu'il ne marque expressément le contraire, que des causes et des procédés naturels , parce que, dans l'école où a été élevé cet écrivain, le surnaturel ne se conçoit au plus que comme l'exception la plus rare. lien est déjà autrement d'un Hérodote, pour qui l'intervention de puissances supérieures n'était ni extraordinaire,, ni irrégulière; et, quand il s'agit d'une série d'anecdotes nées sur le sol juif, anecdotes dont le but est de représente!* un personnage comme un prophète suprême, comme un homme intimement uni à Dieu, le surnaturel se suppose tellement de soimême, que la règle des rationalistes doit être retournée : là où un intérêt est attaché à des événements qui, considérés

(i) L. c, S. 7o5 u. son.st.

comme naturels, n'auraient aucune iinportauce , les causes surnaturelles devraient être expressément exclues pour qu'on pè supposât pas que l'opinion du narrateur est qu'elles ont été mises en jeu. Au reste, dans l'hisloirc qui pous occupp ep ce moment, le caractère extraordinaire de toute lacho^e est suffisamment indiqqé, quand on lit que, sur la parole de Jésus, la lèpre quitta aussitôt le malade. A la vérité, Pau}u$, commç il a déjà été dit, a l'adresse de tpnsforipe^ çet^e dé-r claratiou en une guérison successive et naturelle^ s^^^ndu que le mot eùSeco; ,, par lequel les évangélistes en déterminent la durée, signifie, d'après la ^ifféreiice de^coatp3^te&, tî^ntôt immédiatement ^ tantôt seulement bientôt et rans çfyir tçtcle. Cela accord^, les eJKpre$sipn§ qui, c^i^z Ma^p, suivent iuimédiatement // le chassa aussitôt ^ ^\i^i^ ^^êççlçy aÙTov (V. 43), signifieront-elles que 4^u§ chas§2^ biemôjt i^t sans obstacle le mal£|de guéri, pu fau^f^rt-U dpfipçr ^}^ mot £ÙÔ£(t}ç uu sens différeut dafi$ d^fl^ versets qui ^ sui*^ vent ?

Ainsi, dans l'intention des narrateurs évî^ugéliques^ ils'ar git de la disparition instantané^ ^e U lèpre, à la p^f olç et au contact de Jésus. Mais, pour concevoir uue chose pareille , la difficulté est bien autre que pour concevoir la guéfison instantanée d'un homme en proie h une idée fixe , ou Tei^fel; dujrahle et fpi-tifiant d'une impression sur un malade attçiQl; 4'une afieçtion nerveuse, L4 lèpf e, en raison de la pro^ndf altération des sucs, est la plus opiniâti*^ et la plus maliguis d[es éruptions. Or, rendre instantanément, par une parple et un attouchement , à la peau que le inal rpuçe , son intér grité et sa netteté, cela est aosolument inconcevalile, attendu que p'est représenter comme un efTet iipmédiat ce qui a besoin, pour s'efiectuer, d'une longue série d'opératipns iur teruié(liaire$(i). Aussi, quiconque est placie eu dehors c|p

(i) Compare» Hase, t*.J»§îjfîjWeisâC|1, c, S /178,

NKUVIÊUÇ CHAFITRF. § XCIÎ. 76

certains pn^ugcs {e\ c'est toujours la position do critique), eonge involontairement, en lisant ce récit, au domaine de la fable. Et, en effet, dans le domaine fabuleuj^ de la légende orientale , et plus précisément de la légende juive , nous trouvons 4^ apparitions et des disp£u>itipns instantanées de h lèpijjl, Lorsque Jéhovah domi?i à Moïse, pour 1^ qualific^itioii de sa mission en Egypte , le pouvoir de f^ire toutes sortes de signes, il lui ordonna ejitre autres 4? mettre sa main dans son sein, et, lorsque Moïse h retirât, elle était couyerte de lèpre; il la remit en.çore une fois dans sau sein, et, lorsqu'il la retirai, elle était de nouveau UjBttoyée ( a. Mos. , 4î 6. 7). Plu^ tard, à cause d'une tentative de révolte contre Moïse, sa sœur Miriam fiit soudainement happée de lèpre, paais l'intercession de Mpïse lui procura la guérison (4. Mqs. ^ iîî, 10 seq.). ]\fais c'est surtout pai'où les miracles du pFophèj;e Elisée que la gucrison d'un lépreux dont Jésqs fait aussi meatiqn (Lijc, 4t ^7)9 P^ ^^ '"ûje considérable. Le général syrien Naaman, qui était ^0ecté de lèpre , démoda du seçou?^ au prophète israclite ; celui-ci lui prescrivit de se baigner sept fois dans le Jourdain* Cela fit en effet disparaître une lèpre que , au reste ^ le propbète eut plus tard occasion de transporter sur Giesi , son serviteur infidèle (2. Keg.. 6). Ces précédents de l'Ancien Testament paraissent fournir complètement la source du récit évangélique. Ce que le pren^ier Goël avait pu faire au nom de Jéhovah, Je second, comme il a déjà été dit, dev^t ifussi être en état de le faire , et d'ailleurs le plus grfind des prophètes ne pquvait pas rester en arrière d'un autre prophète. Si donc de pareilles guérisqns étaient conjpriscs sans aucun doute dans le type juif du Messie, les chrétiens, qui croyaient qqe le Messie était réellement apparu en Jésus , avaient des raisons encore pins positives pour embellir son histoire par ces traits empruntés à la légende de Moïse et des prophètes. Seulement ils laissèrent de

côté, conformément à l'esprit plus doux de la nouvelle alliance (Luc, 9, 55 seq.), la part de vengeance et de punition que renfermaient ces anciens miracles.

L'explication rationaliste est un peu plus spécieuse quand elle prétend que, dans le récit des dix lépreux, rdùi est particulier à Luc (17, 12 seq.), il n'est pas dit i^ressément qu'il s'agisse d'une guérison miraculeuse de la lèpre. Ici, en eflfet, les malades ne sollicitent pas positivement la guérison, ils crient seulement , ayez pitié de nous , â>.£yi(Jov -^(/.aç ; Jésus, non plus, ne prononce pas un mot tout-puissant qui se rattache à leur affection , il se contente de leur prescrire de se montrer aux prêtres. Aussi les rationalistes n'hésitentils pas à dire que Jésus, ayant pris connaissance de leur état, les encouragea à se soumettre à la visite sacerdotale, qu'à la suite de cette visite ils forent en effet déclarés purs, et que le Samaritain revint pour remercier Jésus de l'encouragement qu'il leur avait donné (1). Mais, dans l'effusion de sa reconnaissance, le Samaritain se jette la face contre terre ^iTz&ce^ sTwl -irpoGcorov, et ce n'est pas ainsi que l'on remercie pour un simple conseil ; encore moins Jésus pouvait-il exiger que , à cause du succès de cet avis, tous les dix revinssent, et revinssent pour remercier Dieu , de quoi ? de ce qu'il avait mis Jésus en état de leur donner un aussi bon conseil ? Non, sans douté ; en effet, il s'agit ici d'un service plus réel, et c'est ce que dit la narration aussi bien quand elle attribue le retour du Samaritain à ce qu'i? vit qu'il était guéri, i^tbvori tàÔY), que quand , expliquant pourquoi Jésus avait attendu un remerciement de tous, elle met dans sa bouche la question : les dix n' ont-ils pas été purifiés , oùj^l oî ^s/«a sjcaôapicQvidav î On interprète ces deux particularités de la manière la plus forcée lorsqu'on dit que , ayant vu que J(»sus avait eu raison de les déclarer purs, l'un revint réellement

(1) Panlns, L. J., l , li, S. 68.

pour le remercier, et que les au très auraient dû revenir. Mais la phrase avec laquelle l'explication naturelle est en opposition directe, est celle-ci : en s' en allant Us furent purifiés ^ èv rc^i wàysiv aÙToùçèîtaGapiGÔyicjav. Si, conformément àTexplication rationaliste, le rédacteur voulait seulement dire que les malades, étant arrivés auprès du prêtre et s'étant montrés à lui, furent déclarés purs, il devajt au moins mettre: ayant fait le trajet^ ils furent purifiés , iropeuÔsvTeç èxaôaptejÔTicav. Mais le choix fait à dessein de l'expression en allant, ev tô uTrayetv, montre incontestahlement qu'il s'agit d'une purification opérée pendant le trajet. Nous avons donc ici encore une gucrison miraculeuse de la lèpre , guérison qui est soumise aux mêmes difficultés que la précédente , mais dont l'origine paraît*explicable de la même manière.

Cependant ce récit renfe-rme quelque chose de particulier qui le distingue de l'autre : ce n'est pas une simple guérison , et même la guérison n'est pas la chose principale ; l'objet essentiel gît dans la conduite différente des individus guéris; et la question de Jésus : les dix n'ont-ils pas été purifiés^ etc.? ouj^t oi ^£xa ccaôapicôviçav %. t. \*\ (V. 1 7 seq.), forme tout l'intérêt de la narration, qui, en conséquence, a une conclusion purement morale , et ne paraît être racontée que pour servir d'enseignement (i). C'est un Samaritain qui revient, c'est lui qui est le modèle de la reconnaissance; cette particularité doit frapper chez un évangéliste auquel appartient aussi en propre le discours doctrinal sur le Samaritain miséricordieux. De même que, dans ce dernier récit, deux Juifs , un prêtre et un lévite , se montrent inhumains , tandis qu'un Samaritain manifeste une miséricorde exemplaire, de même ici neuf Juifs ingrats sont placés en regard d'un Samaritain qui , seul , est reconnaissant. Puisque donc la guérison instantanée de ces malades ne peut pas être his-

(i) Schleicrmiicbcr, ùbcr dcn LulLas, ^. ai5«

tôriclUe, pourquoi n'âttrions-nôiispas ici, comme là, une pa« tîabole proposée par Jésus , qui aurait été destinée à repréàehter , par l'exemple d'un Samaritain , la reconnaissance. Comme la première avait représenté la miséricorde, mais qui sétlicmênt ïiuraî^: été entendue îiistoriquemtent ? Ce serait donner, dé cette narration, une êîtplroatioti sen^blabîe à celle que quelques tins ont donnée de l'histoire de la tentatinn. Mais , reiâliVement à cette dernière .. nous avions vu que Jëstts ne put jamais ^ représenter comme figtirant dans une parabôie , et pourquoi il ne Je potivâîl pas ; ôr, c'est ce qu'il aurait fait, s'il avait placé, dans une parabofejla guérison t^e dix lépi'cux opérée pî\r lui. Si àont nous ne voulons pas renoncer à l'idée qù'îl y a ici quelqtrcs tracés d'une parabole primitive., il fautnrôiis représenter la tbose ainsi qu'il sàil ': d^taiic ])art , à l'aide de la légende sur des gucrisons effectuées par Jés'us dans la pcrsfonne de lépreux , 'et, d^autre bait. à f ai(ie de J^arabolefe OÙ Jésus posait , comme dans céîlé .au Samaritain ^liséricordietix , des individus de ce peuple kâï en exc'mj!>les de différentes vetttis , îa tràditron cbré^ tîeiiné primitive forma le tissu de ce récit , qui , eh conséquence, ^sl moitié récit de miracles , moitié parabole.

lï est dît quelôs malades ftirent gtiéris^, non immédiatement on ïr* présence de Jéstis, mais aprèïs qu'ils se furCT* ëloîgViés dé lui ; et cela potitraît conduire encore a tnre tmire explication. A la vérité , Fcvangéliste ne songe 'évidemment qà*a ûii petit éloTgfténtetlt , -qui né ftxï pciat-^re mùtnc pais fte qùêlqties bèures do Tftarcbe ^( 1 ). M^s 'oh jTottrrait uc rebrésenler cola cotnWc ûnè abréviation noft historique , et conjecturer qlie ce ne fut qn'aprcs-trai intervalle aâseî^fcrttg , que ces indiviàts atiraient ëtè dcrbaiTass(?s éa leur mal "par rèiffct de ritifluerrce curalive de Jésus ; et 'cette ^jpKcatimi , on pourrait tttsà îa transporter sur l'inaîtoiré dîi iépém.

(1) Comparez Neandcr, S. 357.

NEUVlÈiiÉ CHAPITRE. § XCIII. 79

uiiiqûé. Une action cUraliVe sémbJable à l'action maghétî- (|lie , tdle ^e cèïie (Jtié tiôUs devoiis adràellre en Jésus , jieut-elle s'exèfcef s\ii des îbii'me'urs atlërëès comme elle s'exerce sui* déô afiectîbnè hervéùses? C'est une question que, sans doute , ilôids dévotts laisser indécise ; dahs tous les cas ^ il Sferàit tîéceèéâîre d'îhtercaier un espace ae temps pour rendre c'onc<evàbîe le succès qui est rapporte.

S XCIÎT.

Guëi isoiiB tl'a\ictigres.

Une des premières places parmi les malades guéris par ttéstîs, est ofccùpéc, conformcinenl toujcyurs à la nature du [^àys ( 1) , par les aveugles ; et pour eux aussi , il n'est pas question sieulemènt de leur guérison dans les descriptions générales que les evaûgéïistes (Mattli. lô, 3o seq. Luc 7, ài) ou Jésus lufiteêmé (Maltïi. 11,5) fait de sa puissance messianique, niais encore quelques cas particuliers sont racontés en détail. Il y en a même plus que de guérîsons de la maladie précédente , peut-ctre parce que la cécité, étant une affection de l'organe le plus délicat e\ le plus compliqué y admettait un plus grand nombre de modes différents dé traitement. Une de ces guérisonsâ' aveugles est commune à tous les synoptiques , les autres (nous ne comptons plus ici le démoniaque aveugle-muet de Matthieu) a{){)artiennent au premier, au second et au quatrième évaïigélisfes, qui en ont cbafcun une.

Les trois évangiles synoptiques "rapportent que Jésus ^ hvs àe son dernier voyage à Jéihisalem, opéra une guérisoB d'aveugle à Jéricjio (ÎMattîi. 20, 29 et parallèles) ; mais des divergences considérables existent , aussi bien relativement

(1) Voyez Wincr» Real w. d. A. Blinde.

8o DEUXIÈME SECTION.

au sujet de la gnérison, Matthieu ayant deux aveugles^ et les deux autres n'en ayant qu'un , que relativement à la localité, Luc la plaçant à l'entrée dans Jéricho, Matthieu et Marc à la sortie de cette ville; en outre, le second et le troisième évangclistes ne parlent pas de l'attouchement k l'aide duquel, d'après le premier , Jésus guérit les aveugles. De ces divergences, on pourra peut-être concilier la dernière en remarquant que Marc et Luc , s'ils se taisent sur l'attouchement , ne le nient pas pour cela ; mais la divergence relative au nombre des guéris offre plus de difficultés. On a pris pour base du récit tantôt Matthieu et tantôt les deux autres ; quand on a pris Matthieu, on a dit que, peut-être, Tun des deux aveugles s'était particulièrement distingué , de sorte que , dans la première tradition, il ne fut question que de lui 5 mais que Matthieu , qui avait été témoin oculaire, compléta le récit et ajouta le second aveugle ; que Luc et Marc ne contredisent pas Matthieu, puisqu'ils ne nient nulle part qu'il y ait eu plus d'aveugles qrf-.celui dont ils parlent; que Matthieu ne contredit pas, non plus, les deux autres, puisque, là où il y a deux , ily a aussi un (i). Mais, si le narrateur parle d'un seul individu (Marc en donnemême le nom) auquel quelque chose d'extraordinaire est arrivé, c'est une contradiction , tacite mais évidente , avec le récit où il est dit que cet événement extraordinaire se-passa sur deux individus, contradiction qu'il n'avait aucune raison pour énoncer expressément. Si on se tourne de l'autre côté, et si , adoptant pour point de départ le nombre donné par Marc et par Luc, on soupçonne que* Matthieu, qui sans doute cesse, dans cette hypothèse, d'être témoin oculaire, fut induit en erreur par celui qui lui rapporta les faits et qui prit peut-être le conducteur de l'aveugle pour un second aveugle (2) , c'est accorder déjà une véritable contradic-

(i) Oratz, Comm. z. Mattli., 2, S. (a) Paulus,cxeg. llaudb.,3,a,S. 4.

NECVlÂBfE GHAPITAE. § XCIII. 8l

tion, seulement c est imaginer, sans nécessité, une cause ex«trémement invraisiemblable de cette contradiction. La tioislëme divergence est relative an lieu : suivant Matthieu et Marc, (^est en sortant de Jéricho ^ ex77op8uo[iivct>v ôicà, et suivant Luc , en Rapprochant de Jéricho , ht t^ â^Y^*^^ etçiept^^co. Cette divergence est inconciliable. Celui que les paroles ne persuadent pas, s* en convaincra en lisant les tentatives forcées de conciliation qui ont été faites depuis Grotius jusqu'à Paulus.

En conséquence , les anciens harmonistes (i) ont mieux fait (et aussi des critiques modernes se sont-ils joints à eux (2) ) 5 quand, prenant en considération la dernière divergence , ils ont distingué deux événements , et admis que Jésus avait d*abord guéri un aveugle en entrant à Jéricho, d'après Luc , ensuite qu'il en avait guéri un second en sortant de cette ville, d'après Matthieu et d'après Marc. Quant à la seconde divergence, qui est relative au nombre, ces harmonistes croient s'en débarrasser en supposant que Matthieu avait confondu les deux aveugles guéris, l'un en avant, l'autre en arrière de Jéricho , et placé la guérison des deux en arrière de cette ville. Mais , si l'on attache assez d'importance au dire de Matthieu relatif à la localité pour admettre , conformément à ce dire corroboré par celui de Marc , deux guérisons , l'une en avant!, l'autre en arrière de la ville , je ne vois pas pourquoi la différence en fait de nombre qui lui est particulière , n'aurait pas autant d'autorité^ et Storr me paraît procéder avec plus de conséquence, quand, attachant le même poids aux deux divergences, il admet que Jésus guérit d'abord en entrant à Jéricho un aveugle (Luc), et qu'en en sortant il guérit deux aveugles (Matthieu) (3). Si, de cette façon, les droits de Matthieu sont pleinement reconnus,

(i) Schnlts, AnmerkuDgea su Mi- (5) Uebor dcn Zweck der evasg.

diMlis, 3, S. xo5» Gescliiclite and d«ir ^riofç Jpii.» S» 345*

(a) S'ieffert^ 1. c, S. io{.

3j) dkuxiêue section*

ceu\ de Marc sont au contraire sacrifiés ; car, tandis que ce dernier est r^uni k Mallhieu h caase de la localité qa*il indique, on fait violence au nombre qu'il fixe, nombre qui devrait plutôt le rapprocher de Luc; de sorte que, si Ton ne veut endommager aucun des renseignements donnés par lui (et on ne le doit pas dans cette manière de procéder), il faut le séparer également des deux. Ainsi nous aurions trois différentes guérisons d* aveugles auprès de Jéricho : i^ la guérison dun aveugle lors de l'entrée ; q» la guérison d'un aveugle k la sortie ; 3^ la guérison de deux aveugles k la sortie , en tout quatre aveugles, Maintenant, il est sans doute difficile de tenir sépale le second et le troisièjne cas ; car, si Jésus ne peut pas itre sorti k la fois par deux portes différentes, on n'imaginera pas davantage que lui , qui ne faisait que traverser la ville , y soit rentré après en être sorti , et puis en soit sorti encore. iUais surtout on se prête peu k faire coïncider ici trois événements aussi complètement semblables. Si la seule accumulation de ces guérisons d'aveugles doit surprendre , la conduite des compagnons de Jésus est particulièrement inconcevable : ils avaient vu , en entrant dans la ville , qu'ils Xi^ avaient pas agi conformément aux intentions de Jésus, en commandant à V aveugle de se taire , émTi(iicv t^ tu^^^ ïvûi (7ico7r/l<r(), puisque Jésus appeJa cet homme auprès de lui. Or, s'il en avait été ainsi, comment, k la sortie, auraient- ils l?épété , et répété deux fois cette injonction à l'îiveugle ? A la Vérité, cette répétition n'empêche pas Storr d'admettre au moins deux cas différents ; car , dit-il , personne ne sait si ceux qui commandèrent le silence k l'aveugle au-delk de Jéricho , n'étaient pas autres que ceux qui l'avaient fait en avant de la ville ; et, quand ils auraient été les mêmes, ajoutet-il, une pareille répétition condamnée par l'action de J&us • aurait été inconvenante sans doute, mais non pas impossible, puisque les disciples qui avaient assisté k la première multil-jpîication des pains, n'en demandèrent pas moim avant la

NEUVIÈME CHAPITRE. § XCilf. 83

seconde où prendre du pain pour tant de gens. Mais c'est argumenter d'une ctose impossible à la réalité d'une autre chose impossible , comme nous le verrons bientôt en examinant la double multiplication miraculeuse des pains. Ce n'est pas seulement la conduite des compagnons de Jésus , ce seraient encore presque toutes les particularités de Faventnre qui se seraient répétées de la manière la plus incom«préhensible. Dans un cas comme dans l'autre , les aveugles crient : Ayez pitié de nous ou de moi. Fils de David! èX£>i- <yov 'h}JÂ^ ou (JLS, uU AauiS. Les compagnons de Jésus leur imposent silence ; il ordonne qu'on les lui amène ; il demande ce qu'ils lui veulent ; ils répondent qu'ils veulent voir ; il leur accorde l'accomplissement de leurs vœux , et ils le suivent en le remerciant. Que tout cela se soit répété trois fois ou même deux fois , c'est d'une invraisemblance qui va jusqu'à l'impossibilité ; et il faudrait , d'après l'hypothèse que Sieffert emploie dans des cas pareils , admettre une assimilation légendaire de faits différents ou une Variation traditionnelle sur un fait unique. Pour décider la question , on peut se dire : une fois que l'on suppose l'intervention de la légende, laquelle des deux alternatives est la plus facile à concevoir, savoir que la même histoire ait été racontée tantôt avec un seul aveugle , tantôt avec plusieurs , tantôt a l'entrée , tantôt à la sortie de Jéricho, ou qu'il y ait eu réellement plusieurs guérisons d'aveugles? On n'a pasl)esoin de discuter la seconde alternative , car la première l'emporte tellement en vraisemblance , que l'on ne peut hésiter un seul moment à la supposer véritable. Mais , du moment que l'on ramène les faits qui semblent multiples, a un moindre nombre, on ne doit pas du moins se borner, avec Sieffert, à les réduire à deux; car, avec ce moyen terme, non seulement les diflScultés subsistent relativement à la répétition des mêmes détails de l'événement , mais encore, pour être conséquent , il faut , si l'on abandonne comme péh

essentielle une divergence (celle du nombre), traiter de même l'autre ( celle qui est relative au lieu ). Supposé qu'il ne s*agisse ici que d'une seule Iiistoire, on demanderai lequel des différents récits est le récit original. La désignation da lieu ne servira pas à décider la question ; car un aveugle a pu s'approcher de Jésus aussi bien en avant qu'en arrière de Jéricho. Le nombre fournira plutôt un argument, et cet argument sera favorable à Luc et à Marc, qui ne parlent que d'un seul aveugle ; non pas qu'il faille dire , avec Schleiermacher , que Marc , en donnant le nom de l'aveugle , témoigne une connaissance plus exacte des particularités de l'bisloire (i), parce qu'il se complaît trOp souvent à ajouter, de son chef, des particularités spécifiques pour qu'on se fie beaucoup aux noms qu'il est le seul à donner , mais parce qu'une autre circonstance rend suspect le récit dé Matthieu.. Cet évangéliste semble , en effet , avoir doublé l'aveugle à cause du souvenir qu'il eut de la guérison antérieure de deux aveugles (9 , 27 seq. ) dont le récit lui est propre. Ici aussi c'est dans un passage de Jésus , c'est-à-dire quand il revenait du lieu où il avait ressuscité la fille du chef^ apx**v, que deux aveugles se mettent à le suivre (ceux de Jéricho sont assis); ils suppUent semblablement d'avoir pitié d'eux le fils de David, qui les guérit aussitôt par l'imposition des mains, comme, suivant Matthieu, il guérit ceux de Jéricho. A côté de ces ressemblances , il se trouvé , il est vrai , des divergences qui ne sont pas petites; il n'est pas question de l'injonction de se taire faite aux aveugles par les compagnons de Jésus ; et, tandis qu'à Jéricho Jésus appelle immédiatement auprès de lui les aveugles, dans F autre histoire ils ne viennent auprès de lui que lorsqu'il est rentré dans sa maison. En outre , à Jéricho , il leur demande ce qu'ils lui veulent ; ici, il leur demande s'ils ont la confiance qu'il puisse les guérir. Enfin ce n'est qu'ici qu'il leur recommande

de n'en rien dire à qui que ce soit. Dans ces dissemblances et ces ressemblances de deux récits , il se pourrait qu'il y eût eu une assimilation , de telle sorte que Matthieu aurait transporté les deux aveugles et l'imposition des mains de la première anecdote dans la seconde', et la forme de l'invocation des malades de la seconde dans la première (i).

Les deux histoires , telles qu'elles sont rapportées, offrent peu de prise pour une explication naturelle. Cependant les rationalistes ont voulu en édifier une : quand Jésus, dans le premier cas , demande aux aveugles s'ils ont confiance en lui , c'est, dit-on , parce qu'il a voulu se convaincre s'ils se fieraient à lui pour l'opération, et s'ils suivraient ponctuellement ses prescriptions ultérieures (2). On ajoute que, rentré chez lui afin de n'être pas dérangé, il examina leur maladie; que, l'ayant reconnue pour curable (d'après Venturini (3), c'était une opbthalmie occasionnée par la fine poussière de ce pays), il leur assura que la mesure de leur confiance serait la mesure du bien qu'ils ressentiraient. Arrivé là , iPaulus se contente de dire brièvement que Jésus écarta l'obstacle qui les empêchait de voir ; cependant il faut qu'il s'imagine quelque chose de semblable à ce qu'on lit dans Venturini, suivant lequel Jésus frotta les yeux des malades avec une eau active préparée par lui d avance, les débarrassa de la poussière irritante , et leur reifdit ainsi la vue en peu de temps. Mais cette explication naturelle n'a pas la moindre racine dans le texte ; car, d'une part, la/<y/, mcrri;, exigée des malades ne peut signifier autre chose que ce qu'elle signifie dans des cas semblables, c'est-à-dire la confiance en la puissance miraculeuse de Jésus ; et , d'autre part , le mot il toucha , vî^aTo , indique non une opération chirurgicale, mais simplement cet attouchement qui se ren-

(i) Cômp. De Wette, exeg. Handb., (i) Panlas, L. J.. i, a, S. a49*

1, 1,8. l7i;Wei88e, dieçT.Geschichtei (3) Natûrliche Gescliichte dts Pr«-

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