‹ Vie de Jésus: ou examen critique de son histoire (volume 2)Chapitre 7 sur 23 · X.S.57I. ' phctcn von Na«M ^» S. ai · texte numérisé non relu

X.S.57I. ' phctcn von Na«M ^» S. ai

contre dans tant de guérisons miraculeuses rapportées par les évangiles, soit comme signe, soit comme conducteur de la forcecurative de Jésus. En outre, on ne voit aucune trace de prescriptions k suivre ultérieurement pour le parachèvement de la cure. Il n'en est pas autrement de la guérison des aveugles de Jéricho, pour lesquels , du reste , les deux évangélistes intermédiaires ne parlent pas même d'un attouchement.

Ainsi, les narrateurs ont entendu que, sur la simple parole, sur le simple attouchement de Jésus , les aveugles ont recouvré instantanément la vue , et cela suscite les mêmes difficultés que le cas des lépreux. Un mal d yeux , quelque léger qu on le suppose , n'étant pas né sans une série d'opérations multiples, pourra encore moins disparaître immédiatement par une parole ou par un contact ; il exige un traitement très compliqué, soit chirurgical, soit médical, et la cécité, dans les cas où elle est de nature curahle , n'est pas parmi ces affections la moins difficile à traiter. Comment faudrait-il nous représenter la soudaine efficacité curative d'une parole et d'une main sur un œil frappé de cécité ? Nous la représenterons-nous d'une façon purement miraculeuse et magique ? mais ce serait renoncer à l'usage de la pensée sur cet objet; d'une façon magnétique? mais il est sans exemple que le magnétisme ait exercé quelque influence sur des affections pareilles; ou enfin d'une façon psychologique? mais la cécité est quelque chose de si indépendant de la vie de l'âme , de si organique , qu'il n'y a pas à songer à une guérison , et à une guérison instantanée, par l'action du principe spirituel. Nous devons, en conséquence, reconnaître qu'il est extraordinairement difficile de concevoir historiquement ces récits ; et, tant que nous ne posséderons pas des analogies plus complètes empruntées au domaine des guérisons magnétiques et L psychologiques, il doit être permis de chercher à s'expÛquer, y par la voie de la légende, la formation de ces récits.

J'ai déjk cité le passage où, d'après le premier et le troisième évangiles , Jésus , répondant aux envoyés de Jean^ Baptiste, qui étaient chargés de lui demander s'il était celili qui doit t^nir, 2px<$(^6vbÇy invoque ses œuvres , et avant tout s'appuie sur la uue rendue aux aveugles ^ tuçWi âvaê^f iwutfi, ce qui prouve manifestement que ces miracles opérés sur des aveugles étaient attendus du Messie Ces paroles sont, en effet, empruntées k une prophétie d'Isaîe (35,5) qui était interprétée messianiquement ; et, dans un passage rabbinique cité plus haut^ parmi les miracles que Jéhovah opérera dans le temps messianique , il est dit qu'// ouvrira les yeux des aveugles , ce qu'il a déjà fait par Elisée ( i ) . Or, Elisée n'a pas guéri, à proprement parler, une cécité, mais il a seulement une fois ouvert à son serviteur les yeux pour une perception qui venait du monde supra-sensible ; et, ailleurs, il a fait cesser un aveuglement infligé à ses ennemis par l'effet de sa prière (2. Reg., 17-90). On conçut, sans aucun doute en se référant au passage d'Isaîe, ces actions d'Elisée, comme s'il s'agissait réellement de l'ouverture d'yeux frappés de cécité; nous le voyons par ce passage rabbinique ; et , de la sorte , des guérisons d'aveugles furent attendues du Messie (â). La première communauté chrétienne, qui provenait des

(1) Voyez, t. I, p. 100 et sniv.» notes* (3) ICons tronvoDs aussi ùUetirs que« à cette époque , os attribuait à des hom* mes qui passaient pour des favoris de la tUvinité , le pouvoir d'opérer des cures merreilleuses. et, en particulier, de guérir la cécité. Ainsi Tacite , Hist. 4» Si > et Suétone, Vespas. 7, rapportent que, dans Alexandrie , Vtspasien , depuis pen empereur, fut abordé par un aveugle, qui, prétendant en avoir reçu l'injonction du dieu Sérapls , le supplia de le guérir en lai humectant les yeux avec sa salive, ce

Îne Ht Vespaùen, et, instantanément, afengle reconvre la Tue. Comme Tacite ganatit d*ime ikçoa toute parttoalière

ranthenticité de ce récit , Paulua ponr« rait bien avoir raison en regardant tonte Taventure conune une affaire arrangée par des prêtres flatteurs qui voulaient, à Taide de malades simulés et subornéB»

donner à Tempereur la réputation d'yn faiseur de miracles, et par là, lui recommander leur dieu, dont le conseil araitlté la cause de Tévénement (Exegi Uand^., a , S. 56 f.). Quoi qu'il en soit , nous voyons ce que, à cette époque, on atten« dait , même en dehors de la Palestine »

d'un homme qui, comme Tacite le dit ici de Yespasien , jouissait de la faveér du ciel , favor è cœlis, et de VincUnéUon dêt divinités, inclinatio numinum.

Jnifi , prenant Jésus pour le Messie, devait avoir de la tendance à lui conférer tous les attributs messianiques, et entre autres celui dont il est ici question.

Le récit particulier k Marc d*nne guérison d'aveugle auprès deBethsalda (8, 2 a seq. ) est, avec la guérison d'un sourd parlant difficilement, que Ton ne trouve également que chez lui (7 , 3â seq. ), et que par cette raison nous comprenons ici dans notre examen le récit favori de tous les interprètes rationalistes. Si du moins , s'écrient-ils , les circonstances accessoires et explicatives nous avaient été conservées dans les autres récits de guérisons , comme elles nous l'ont été ici , on prouverait historiquement que Jésus n'a pas guéri par de simples paroles toutes-puissantes, et une recherche plus profonde révélerait les moyens naturels qu'il employait dans ses guérisons (i). C'est à cause de ces récits, auxquels d'ailleurs se rattachent des traits isola provenant d'autres parties du second évangile , que Marc a été représenté , dans ces derniers temps , comme le patron de l'expUcation naturelle , même par ceux qui généralement n ont guère de goût pour ce mode d'interprétation (si).

Quant à nos deux guérisons, c'est déjà de bon augure pour les interprètes rationalistes , que Jésus sépare les deux malades du reste du peuple, sans autre motif, pen-. sent-ils, que dans le but d'examiner médicalement leur état, et de voir s'il était susceptible de guérison. Ces interprètes trouvent une indication de cet examen chez l'évangéliste même, puisque, d'après lui, Jésus mit les doigts dans l'oreille du sourd , reconnut que la surdité était guérissable et produite peut-être par du cérumen endurci, et enleva, avec les doigts, l'obstacle qui empêchait l'audition. On avait en-

(1) C'est à peu près ce qae dit Pau* mann's und Umlireit*s Studiea, i^ 4, 789

las»exeg. Handb., a^ S. 3ia, 89 r. £f. Comparez KAster, Immannel, S. 71.

r- . (9) De Wctt€, Efisai pour servir à ca- Pour l'opinion contraire, voyez DeWetfei

f€tmm ré<-«np;cHsrc Marp, dans :yil* çxegf Hapdbt^ I9 9^3* 14^ ^f

^^ NEUVIEIOS GHAPrnUB. § XGIII. 89

tenda d'ane opération chirurgicale les mots : il mit les doigts dans les oreilles ^î&oLkt toùç SoxtuXouç eîç rà âra, on entendit de même les mots il toucha la langue , ^'<}^to -niç ^&fi(srt[% , et Ton dit que Jésus avait coupé le frein jusqu'au degré convenable, et rendu la souplesse à Torgane qui avait perdu la faculté de se mouvoir. De même encore, dans le cas de l'aveugle, l'expression ayant placé les mains sur luij èmOelç toç X^^P^^ ccot^ , est expliquée comme si Jésus avait, par la pression sur les jeux, déplacé le cristallin devenu opaque. Une autre circonstance vient au secours de ce mode d'explication, c'est que Jésus employa la salive deux fois , l'une sur la langue de celui qui parlait difficilement, l'autre sur les yeux de l'aveugle. La salive , en soi (c'était du moins Topinion d'anciens médecins (1)), a une vertu favorable aux yeux; mais, comme, dans aucun cas, elle n'agit assez rapidement pour enlever instantanément une cécité et un vice des organes de la parole , on a conjecturé , pour l'un et l'autre cas, que Jésus n'avait employé la salive qu*aiin d'humecter un médicament , et vraisemblablement une poudre caustique ; que l'aveugle n'entendit que le crachement , mais ne vit pas la mixtion des médicaments ; que le sourd , d'après l'esprit du temps , fit peu d'attention aux moyens naturels , ou que la légende n'en conserva pas le souvenir. Tandis que, dans le récit relatif au sourd, lagnérison est racontée simplement , celle de l'aveugle offre cette circonstance particulière, que la restauration de la vue est décrite en détail comme étant successive. Jésus, après avoir traité les yeux du malade de la manière qui a été décrite , lui demanda s'il y voyait y st ti p>.e7uet. Ce n'est pas là, remarque Paulus , la conduite d'un faiseur de miracles qui est sûr du résultat, mais c'est celle d'un médecin , qui, l'opération terminée , fait essayer au patient si elle lui a élé

ii) Plia. H. N. 38, 7| et d'autres passage» djins WetMejo.

90 DIEUXIÀME SECtlON.

Utile. Le malade répond qu'il y voit, mais d*tme façon indistincte , de sorte que les hommes loi paraissent comme des arbres. Ici , l'interprète rationaliste pent , ce semble, ' triompher et dire à l'orthodoxe : Si Jésos disposait de la puissance divine pour opérer des ^érisons , pourquoi n'ê^ t^il pas' aussitôt rendu complètement la vue à Taveugle? Puisque la maladie lui a opposé une résistance qu'il n'a pas pu vaincre dès la première tentative , n'en résulte^t-il pas clairement que sa puissance était une puissance finie et semblable à celle dont les hommes jouissent ordinairement ? Après cette épreuve , Jésus remit la main aux yeux du malade pour compléter la première opération, et seulement alors la guérison fut achevée (i).

Il né faut qu'une simple remarque pour troubler la joie que causent aux interprètes rationaliste; les récits de Marc , c'est que , ici aussi , les circonstances qui rendent possible l'explication naturelle , sont, non pas données par l'évangéliste lui-même , mais supposées par les interprètes. £n effet, dans les deux guérisons, Marc ne fournit que la salive; c'est Paulus et Venturini qui y mêlent la poudre efficace ; ce sont eox qui , de l'introduction des doigts dans les oreilles , font une recherche médicale et puis une opération ; ce sont eux encore qui, contrairement k l'usage de la langue grecque, traduisent livcTiâevat Taç x^^P^^ ^^^^ '^^^ âf Oa>.[xoùç , non par imposer les mains sur les yeux , mais ^^t pratiquer une opération chirurgicale sur ces organes. De plus , si Jésus prend à part les malades, cela s'explique, d'après le contexte (7 , 36 ; 8, q6), par le dessein qu'il eut de tenir secret le résultat miraculeux , et non par le désir de procéder, sans être troublé, à TappUcation de moyens naturels. Ainsi l'explication rationaUste perd tous ses appuis , et q^e des

L (i) Paillas, L c, S. 3ia f. 39a ff. ; Natarlicbe Gescliicbte» 3, S. 3i Cf. ai6 f,, [KAster, Inunamiely S. xSSff.

MEUVIÂHE CHAPITRE. § XCIII. ^f

orthodoxes peut de nouveau se mesurer avec elle. Ceux-d entendent le contact et la salive, soit comme une condescendance pour les malades , qui , par là , devaient immédiate- . mept sentir k quelle puissance ils allaient être redevables de leur guérison , soit comme un milieu conducteur de la force spirituelle du Christ , qui cependant n'était pas tenu de s'en servir (i). Quant au progrès successif de la guérison , on essaie de s'en rendre compte , ou en disant que Jésus , par la demi-guérison , voulut d'abord raviver la foi de l'aveugle, et que , lorsque cette foi se fut augmentée, il rendit complètement la vue k ce malade , qui , dès lors , était devenu digne d'un aussi grand bienfait (2) , ou en conjecturant qu'une guérison subite aurait peut-être été nuisible à l'aveugle, qui l'était depuis long-temps (3).

Mais, par ces tentatives d'interpréter le récit évangélique, et particulièrement la dernière particularité de ce récit , les théologiens surnaturalistes qui s'y sont laissés aller, se trouvent sur le même terrain que les rationalistes, puisqu'ils introduisent , comme eux , dans le texte, des circonstances auxquelles il n'est pas fait allusion , même €e loin ; car où est, dans le procédé curatif de Jésus, une trace quelconque qui montre qu'il n'ait eu d'abord pour objet que de sonder et de fortifîer la foi du malade? S'il en était ainsi, au lieu de lui demander ( ce qui ne concernait que son état extérieur ) s'il y {voyait ^ éTurpcoTa aÙTov et ti P'Xéxet, nous devrions lire comme nous lisons dans Matthieu, 9 , 128 : Crois-tu que je puisse j aire cela ? Ttareuetç ori ^uvajjLai tquto irot^dai ; Mais que dire de la conjecture qu'une guérison soudaine aurait pu être nuisible? L'acte curatif d'un faiseur de miracles est (justement d'après l'opinion d'Olshausen ) non pas un acte

(1) Hess admet la première explica- (a) Dans Kninôl, in Bfarc., p. iio.

tioD, .Geschichte Jesa, i, S, 890 f. ; Ois- (3) OlsUansen, 1. c.

hansen la seconde | b* Comm., i, S.

5oof.

9!) DEUXIÈMS SECTION.

parement négatif qui consiste à enlever un mal, mais en même temps un acte positif qui communique une nouvelle vie et de nouvelles forces k l'organe soufirant. Par conséquent, il ne peut être question des effets nuisibles d'une guérison miraculeuse instantanée. ATnsi il est impossible d'imaginer aucun motif qui ait déterminé Jésus à suspendre volontairement l'effet soudain de sa puissance miraculeuse ; il faudrait donc admettre que cette suspension a été , contre son gré , le résultat de la force d'un mal invétéré. Mais cela est contradictoire à toutes les idées des évangiles, qui représentent la puissance miraculeuse de Jésus comme supérieure à la mort même; il s'ensuit que telle n'a pas été l'intention de notre évangéliste. Si nous prenons en considération ce qu'a de caractéristique sa manière d'écrire , nous verrons qu'il n'a pas eu d'autre but que de rendre la scène dramatique. Tout ce qui est soudain est difficilement l'objet d'une représentation. Celui qui veut rendre manifeste à un autre un mouvement rapide, l'exécute d'abord lentement devant lui , et un prompt résultat n'est saisi complètement par l'imagination ^e lo]:sque k; narrateur l'a fait passer par ses degrés principaux. En conséquence , un écrivain à qui il importe de venir , dans son récit , autant que possible en aide k ses lecteurs , aura de la tendance k créer, partout où cela sera possible , des degrés intermédiaires entre leur imagination et l'effet immédiat qu'il veut décrire , et k ménager , dans un résultat soudain , une certaine succession qui en fasse mieux sentir la grandeur (i). C'est ainsi que Marc, ou celui de qui il reçut ses renseignements, crut faire beaucoup pour le dramatique du tableau en intercalant, entre la cécité du malade et la complète restauration de la vue, une demi-guérison où il voyait les bommes comme des arbres ; et le sentiment particulier de chacun dira que ce but

(i) Compairei^ D^ WMte» I^rltik der mosaUcUpn Geschicbtf, S» 2f6 f.

mstJTIÉHE CHAPITRE. § XGIII. 03

est complètement atteint. Mais il faut si peu voir en cela , ainsi que d'autres l'ont déjà remarqué (i), une inclination de Marc à concevoir naturellement de pareils miracles , que, au contraire, il s'efforce non rarement de grossir les miracles : c'est ce que nous avons déjà vu dans l'histoire du Gadaréeu, et ce que nous verrons encore dans d'autres circonstances, 1] ne faut pas appliquer absolument le même jugement à une autre particularité de Marc ; cet évangéliste parle plus que les autres de l'emploi de moyens extérieurs et de manipulations, dans ces récits , qui lui sont propres, et ailleurs aussi, par exemple 6, i3, où il remarque que les apôtres ont pratiqué des onctions huileuses sur les malades. Ces moyens, et en particulier la salive, ne passaient pas, dans l'opinion populaire d'alors , pour des moyens dont l'action fut naturelle ; on le voit par le récit, rapporté plus haut, relatif à Vespasien ; on le voit encore dans des passages d'auteurs juifs et latins d'après lesquels la salive était regardée comme un moyen magique , surtout contre les affections des yeux (q). Ainsi Olshausen est complètement fidèle à cette opinion antique, quand il déclare que le contact, la salive , etc. , sont les conducteurs de la force supérieure qui réside dans le faiseur de miracles ; et , si nous ne pouvons nous empêcher de rapprocher leflipacité miraculeuse de Jésus , en tant qu'on doit s'en faire une idée historique, de l'action du magnétisme animal, qui s'exerce, non pas seulement par le contact immédiat , mais par de pareils conducteurs , nous pourrions être enclins à considérer ces particularités des descriptions de Marc comme des traits spécialement authentiques et lumineux. A la vérité, elles sont liées k d'autres qui sont presque toutes suspectes : par exemple, quand il rapporte que Jésus prit à part les mala-

(i) Frîlzsche, Comm. ia Marc. p. (a) Voyez les passages dans Wei

XLiii. et dans Lightfoot sur Jean.. 9, 6.

94 DBCXliME SECTION.

des, qijLand il décrit d'une manière exagérée rétonnement du peuple (uirepirepiddôç £$e7ç>.Y(<rcovTo airavTeç, 7 , 87) , et quand il ajoute qu'il fut sévèrement défendu de rien dire à personne de ces guérisons. Cette obligation du secret donnait à la chose une apparence mystérieuse , qui , d'après d'autres passages , parait avoir eu de Tattrait pour Marc. C'est encore par désir d'augmenter le mystère que Marc , lors de la guérison du sourd, rapporte le mot tout-puissant par lequel Jésus ouvrit les oreilles de ce malade , dans sa forme primitive, c'està-dire ei\ langue syrienne : s(p(paôà ; de même, lors de la résurrection de la fille de Jaïrus, notre évangéliste est le seul qui dise en syrien: Lève-toi ^ jeune fille ^ TaXiÔà xoii(i.u On dit k la vérité que ces mots ne sont rien moins que des formules magiques (1) ; mais, puisque Marc se complaît à rapporter ces paroles puissantes dans la langue originale , étrangère à ses lecteurs , à qui il est même obligé de les expliquer , cela prouve qu'il a dû attacher à cette forme originale une signification particulière qui, d'après le contexte, ne peut avoir été qu'une signification magique (a). Maintenant portons en arrière le regard sur ce que nous avons déjà vu, et nous pourrons croire que c'est cette même tendance au merveilleux qui lui a fait mettre, dans son Uvre, l'emploi de ces moyens extérieurs qui ne sont pas en rapport avec le résultat ; car le mystérieux consiste justement dans l'union d'une force infijaie avec une force finie, de l'énergie la plus puissante avec un moyen inefficace en apparence.

Si nous avons trouvé historiquement douteux le simple récit de tous les synoptiques sur une guérison d'aveugles auprès de Jéricho , ce doute est encore plus autorisé pour la description mystérieuse que le seul Marc donne de la guérison d'un aveugle auprès de Bethsaida. Il nous est difficile

(1) He89> Gesch, Jesu, i, S. 391 > (a) Comp.De Wette, ezeg. Ha&dB.,

, . .JUB. (• z, 9) S. 148 U nnd i56.

NEUYiilUI W/VPlTil. $ XCIII. ^

4'jr voir autre ckKMe qu'un produit de la légende plus ou moins embelli par le narrateur évangélique. Il en est de même de la guérison du sourd parlant difficilement^ xiof^ (ftoyiXaXoc, qu'il rapporta ayec des circonstances semblables ; car, pour cette dernière histoire, outre que son authenticité historique est attaquée par les motifs n^atifs déjà énonce, nous ne manquons pas de raisons positives qui aient pu en occasionner la formation mythique, puisqu'il y avait, pour les temps messianiques, une prédiction où il était dit : Jlors. . • les oreilles des sourds entendront. . . la langue des muets articulera y tots ârx x(it>fûv oxouoovrai,,» Tpavi^ ^è Icrrai Y'Xûffva \tsir^Ck£kiai ( Isaîe , 35 , Ô. 6 ) , et qu'elle était csitendue au propre , d'après Matthieu , 1 1 , 5.

Autant , au premier aspect , les récits de' Marc qui viennent d'être examina parurent favorables à l'eiplication naturelle, autant un récit de Jean (cap. ix) dut, ce semble, lui être funeste et mortel, puisqu'il s'y agit, non d'un aveugle dont le mal accidentel pouvait être plus facile à guérir , mais d'un aveugle de naissance, Néanmoins les interprètes qui appartiennent k cette école, sont sagaces et ne perdent pas promptement courage ; aussi ont-ils su découvrir, même dans cette circonstance , bien des choses qui leur viennent en aide. Avant tout, disent-ils , l'état du malade > bien que l'expression a(/eMg/e de naissance, v^fViç èx yevcT^c, paraisse précise , n'est désigné que d'une manière inexacte. Paulus s'abstient, quoique à regret, et quoique, k vrai dire, il ne s'en abstienne qu'a demi, de détruire la fibcation de temps que cette expression renferme ; mais il ne s'en donne que davantage carrière contre l'état pathologique du malade : TufXo; , dit-il , ne signifie pas une cécité totale ; et , puisque Jésus prescrit au malade de se rendre à l'étang de Siloe , et non de • y faire conduire, il faut que celui-ci ait au moins conservé la vue pour pouvoir trouver lui-même son chemin. Les interprètes rationalistes découvrent de plqs ampkd secours

g6 DEUXlàlfE SECTION.

dans le procédé curatif de Jésus : dès le début (Y. 4)» Jésa^ dit qu'il faut agir tant qiûil est jour^ ewç T^i^ipa èoriv, qu'il n'y a rien à faire pendant la nuit , ce qui prouve qu'il n'a pas eu l'intention de guérir l'aveugle d'un seul mot que la nuit ne l'aurait pas empêché de prononcer ; qu'il a voulu entreprendre une opération de l'art médical à laquelle la •lumière du jour était nécessaire. La boue ^ tdqXoç, que Jésus fait à l'aide de sa salive, et qu'il applique sur les yeux de l'aveugle , est encore plus favorable k l'explication naturelle ■que , dans le cas précédent , la simple expression ayant cror ché^ iTTJdaç ; aussi leur suggère-t-elle une abondante moisson de questions et de conjectures. D'où Jean a-t-il su, disent-ils, que Jésus n'employa, pour oindre les yeux, que de la salive et de la terre ? Y était-il présent lui-même , ou ne Ta-t-il su que par le récit de l'aveugle guéri? Mais celui-ci, à la faible lumière qui le guidait encore, n'a pu voir exactement ce que faisait Jésus ; peut-être même, si Jésus, composant un onguent avec d'autres ingrédients , cracha par ha^ sard , s'est-il imaginé que la sahve avait servi à faire cet onguent ; il y a plus , Jésus , pendant qu'il oignit les yeux ou avant qu'il ne les oignît, n'avait-il pas enlevé, par friction ou par extraction, quelque chose de ces organes,' ou, otl général , n'y avait-il pas opéré quelque changement que l'aveugle lui-même et les assistants purent aisément considérer comme un accessoire? Enfin il fut enjoint au malade de se baigner dans l'étang ; peut-être ces bains durèrent plusieurs jours et formèrent un traitement prolongé , et l'expression ili^int voyant y ^^ôe pxfircûv , dit qu'il revint voyant, non après le premier bain , mais au temps opportun , lorsque la cure fut achevée (i ).

Mais , pour commencer par le commencement , on donne ici aux mo\& jour et nuit^ "^ôfispa, vù^, une signification

(i) Paaliit» Conm. 4,^. 4; i ^f.

NEUVIÈME CHAPITRE. § XGIII, 97

qu'an Venturinî lui-même a dédaignée (i) , et qui, dans le contexte , est en contradiction avec le verset 5 ," lequel exige que ces mots se rapportent à la fin prochaine de Jésus (2). Quant aux conjectures sur la composition de la boue, TCYi^oi;, avec des ingrédients médicinaux , elles sont d'autant plus dénuées d'appui, que l'on ne peut dire ici, comme dans le cas précédent , que l'évângéliste ne rapporte que ce qu'il put percevoir par Fouie ou à l'aide d'un faible rayon de lumière , car cette fois Jésus traita le malade, non pas en secret, mais en présence de ses apôtres. Relativement à l'hypothèse d'opérations chirurgicales antécédentes qui , de la friction et de la lotion, seules mentionnées dans le texte, ne font plus qu'un objet accessoire , il n'y a rien à dire , si ce n'est que , par cet exemple , on voit à quelle licence se porte l'expUcation naturelle , une fois qu'on la laisse entrer , et comment, à l'aide de ses propres combinaisons , elle expulse les expressions les plus claires de l'original. De ce que Jésus enjoignit à l'aveugle de se rendre à l'étang , on conclut que celui-ci devait encore avoir conservé quelque peu la vue;' mais il faut remarquer que Jésus lui indiqua seulement le heu où il devait se rendre , uiràyetv , lui laissant le soin de décider comment il y irait , seul ou conduit par un guide. Enfin, disjoindre les mots si étroitement unis de la phrase : il y alla donc y Use baigna et il rei^int voyant y inTr\k^z>t ouv xal WvifOL'zo 3cal viXôe pxiirwv (V. 7 , comparez V. 1 1 ) , et en faire un traitement pat les bains qui dura plusieurs semaines, c'est justement comme si l'on voulait traduire la célèbre phrase de César veni, vidij vici, de la façon suivante : Après mon arrivée, j'ai fait des reconnaissances pendant plU" sieurs jours , j'ai livrée dans dés intervalles de temps convenables y un certain nombre de batailles^ et^ finalementjjesuis demeuré vainqueur.

(i) KatùrUcheGescliiGhte»3y8« al 5. (a) Voyez Tbolnck et Liicke sur ce

tissage.

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