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gS DEUXIÈME SECTION.
L'explication natutelle nous laissé donc ici aussi dans rembarras 9 et nous gardons un avengle de naissance gtiéii mùracâlensement par Jésus. II est tout simple que nos doutes précédents contre la réalité des gnérisons d*ayengles revien*^ nent avec une nouvelle force dans ce cas, où il s'agit d'une cécité congénitale , d'autant plus que des motifs particuliers excitent les soupçons de la critique. Aucun des trois premiers évangétistes ne parle de cette guérison. Or, si un jugement quelconque a présidé à la formation de la tradition apostolique et au choix qui fut fait entre les miracles à raconter, ce choix a dû se diriger d'après deux points de vue t d*abord choisir les plus grands miracles de préférence à ceux qui paraissaient moins considérables, et secondement choisir ceux auxquels se rattachaient des explications édifiantes, de préférence à ceux dans lesquels ces explications manquaient. Par la. première raison , il est évident que la guérison d'un aveugle de naissance, étant infiniment plus difficile que celle de tout autre aveugle , devait être préférée ; et , s'il est vrai que Jésus ait rendu la vue à un aveugle de naissance , on ne comprend pas pourquoi ce fait n'a pas passé dans la tradition évangâique, et par conséquent dans les évangiles synoptiques. La considération de la grandeur du ihiracle put sans doute entrer plus d'une fois en collision avec l'autre considération, celle du caractère édifiant des discours qui y étaient rattachés; et, de la sorte, un miracle moins frappant , mais plus fructueux en raison des entretiens qu'il suscita, put être préféré à un miracle plus frappant qui manquait dé cette dernière condition. Mais la guérison de l'aveugle de naissance , chez Jean , est accompagnée des conversations, d'abord de Jésus avec les apôtres, puis de l'homme guéri avec le magistrat, enfin de Jésus avec l'homme guéri ; or il ne se trouve aucune trace de conversations aussi remarquables dans les gnérisons d'aven gles que rapportent les synoptiques ; et, si la forme dialo-
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gnée ne convenait pas fttissi biéii k la narration des trois pteipièrs évangiles , cetie kbtoire renferme des apophthegmes précieux (Y. 4« 3. 89) dontilis auraient dû s'emparer. U leur aiirait donc été impossible de ne pas recneiUir , an lien des gaérisons d'avengles moins remarquables et moins édifiantes qîi'ils ont recueillies, la guérison de Taveugle de naissance, si cette dernière avait existé ddns la tradition évangéliqtie à laquelle ils puisèrent. Peut-être serait - elle restée inconnue à la tradition générale , si elle s'était opérée dans un lieu et dans des circonstances peu favorables à sa propagation, par exemple dans un coin du pays et sans témoins ; loin de là, Jésus l'opère h Jérusalem, au milieu de ses apôtres; elle excite une extrême sensation dans la ville, une extrême animadversion chez les magistrats ; elle devait dont être connue si elle était réelle, et, comme nous ne la trouTons pas dans la tradition évangélique ordinaire , nous soupçonnons qu'elle pourrait bien être une fiction.
Mais , dit-on , celui qui en garantit la vérité est l'apôtre Jean. I/est-il en effet? Outre le caractère incroyable de la narration, que, par conséquent, on attribuera difficilement à un témoin oculaire , il est encore une autre raison d'en douter. En effet, l'écrivain explique le nom de l'étang ItXwàjjt. par le mot grec âTreara^ix^voç, em^o/é (V. 7), par allusion, soit a Jésus envoyé de Dieu , soit, plus vraisemblablement, à l'aveugle envoyé par Jésus vers l'étang. C'est, dans tous les cas, une explication fautive, car un envoyé se dit en hébreu mS»; au contraire, nW, d'après l'explication la plus vrai* semblable, signifie un jet d'eau (1). Mais Tévangéliste choisit la première signification, parce qu'il cherchait un rapport significatif entife le nom de l'étang et l'injonction de Jésus, qui y envoya l'aveugle ; et il paraît s'être imaginé que, par une destination spéciale , Vétang avait reçu le nom de /V/i-
(1) Voyez Pattlas «t Lûcke sur ee passage*
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voyé^ parce qu'un jour le Messie, pour manifester sa gloire, devait y envoyer un aveugle (i). Lûcke s'irrite beaucoup contre une pareille allégorie, qui , dit-il , frise la folie ; par conséquent il ne veut pas admettre qu'elle soit de Jean, et il la considère comme une glose. Mais , comme tous les documents critiques , excepté un seul d'une importance secondaire, offrent ce passage , le dire de Liicke est une pure allégation , et l'on n'a plus que le choix ou de s'édifier avec Olshausen sur ce trait, comme provenant d'un apôtre (2), ou de le compter, avec l'auteur des .Proé<76///a, au nombre des caractères qui montrent que le quatrième évangile n'a pas une origine apostolique (3). Le fait est qu'un apôtre, pourvu qu'on ne le suppose pas inspiré, a pu donner une explication grammaticale fausse, et un homme né même en Palestine, se tromper sur l'étymologie de mots hébreux, comme on le voit dans r Ancien-Testament lui-même, dans Justin Martyr et autres. Cependant il est vrai jeu qu'un pareil sur les mots ressemble plus au travail d'un homme éloigné des évène^ ments, qu'à celui d'un témoin oculaire. On est disposé à croire qu'un témoin oculaire aurait trouvé un intérêt suffisant dans le miracle qu'il avait vu , et dans les discours qu'il avait entendus ; un homme placé loin de l'événement put seul se laisser aller à de telles minuties , et essayer d'arracher une signification forcée , même aux plus petites circonstances accessoires.
Ce qui vient d'être dit indique déjà quels furent les motifs qui ne permirent pas au rédacteur du quatrième évangile ou k la tradition à laquelle il puisa, de se contenter des guérisons d'aveugles rapportées par les synoptiques, et qui l'excitèrent à composer la narration dont il s'agit. D'autres ont déjà fait la remarque que le quatrième évangile raconte
(1) C'est ce que disent Euthymius et dant il lapporte le afriTraXfAcvoç ao tor- Faalus, sur ce passage. rent spirituel q[ue Piea dérerse.
(a) B. Cornni. 9» S« aSo» où cepen- (3) $• i;^*
de Jésus moins de miracles, à- la vérité, mais des miracles d'autant plus forts (i). Ainsi, tandis que les autres évangiles ont simplement des paralytiques que Jésus guérit , le quatrième évangile en a un qui était paralysé depuis trentehuit ans. Tandis que , dans ceux-là , Jésus ressuscite des individus morts tout récemment , dans celui-ci il rappelle à la vie un homme qui était déposé depuis quatre jours dans le tombeau , et chez lequel on pouvait supposer déjà que la putréfaction avait commencé. Par conséquent , ici , c'est en parfaite conformité avec la tendance apologétique et dogma-^ tique de cet évangile , que nous trouvons , au lieu de simples guérisons d'aveugles, la guérison d'un aveugle de naissance, ce qui est un renchérissement sur le miracle. Rien de plus facile que de montrer par quelle voie le rédacteur de Tévangile ou la tradition particuUère qu'il a suivie, a pu être conduite aux particularités de la narration. L'acte de cracher, TTTuetv, était ordinaire dans le traitement magique des maux d'yeux ; la boue , tttiXo; , était facile à imaginer pour remplacer une pommade ophthalmique, et on l'employait aussi dans les sortilèges (2). L'ordre de se baigner dans l'étang de Siloe peut avoir été suggéré par Imjonction qu'Elisée fit à Naaman devenu lépreux de se baigner sept fois dans le Jourdain. Les conversations qui se rattachent à la guérison proviennent d'une double source : d'une part, elles dérivent de la tendance, déjà remarquée parStorr, qu'a le quatrième évangile d'attester et de rendre authentiques autant que possible la cécité congénitale et la guérison de l'homme, c'est ce qui donne lieu aux interrogatoires répétés de l'aveugle guéri et même de ses parents ; d'autre part, elles roulent sur l'interprétation symbolique des expressions aveugle et voyant^ jour eX. nuitj tuçXoç, pxfirwv T^pi^pa, vùÇ, interprétation qui, sans être étrangère aux synoptiques , ap-
(1) Koster, Immaaacl, S. 79; Bret- (2) Wetoteln, sur ce passage,
chnnder, Probab,, S. i aa.
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partient plas spécialement au cercle deâ métaphoies &i* miliëresà Jean (i).