‹ Vie de Jésus: ou examen critique de son histoire (volume 2)Chapitre 9 sur 23 · S XCIV · texte numérisé non relu

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Guérisoni involontaires.

Quelquefois , dans leurs renseignements généraux sur l'eÊcacité curative de Jésus, les synoptiques remarquent que des malades de toute pâture ont essayé seulement de toucher Jésus, pu de saisir le tord de son vêlement, afin d'être guéris, guérison qui résulta^ en effet, du contact (Mat!:h. , 14, 36; Marc, 3 io;6, 56;Luc, 6, 19). Ainsi Jésus opéra dans ces circonstances, non, comme nous l'avons vu ju3qu'à présent, en dirigeant positivement son action sur des malade isolés , mais sur des masses entières et sans pouvoir prendre une connaissance particulière de chacun. Sa faculté de guérir parait ici attachée, non, commie ailleurs, à sa volonté, mais à son corps et à ses vêtements ; ce. n'est pas lui qui, par ^on action propre, distribue des forces, mais, involontairement^ il se les laisse arracher.

. De cette espèce de guérisons miraculeuses, un exemple détaillé nous a été conservé dans l'histoire de. la femme qui avait une perte de sang : les trois synoptiques la reproduisent, et., l'entrelaçant d'une façon particulière avec l'histoire de la résurrection de la fille de Jaïrus, ils rapportent que Jésus guérit la femme ep se rendant à la maison de ce der;nier ( Matth. , 9 , 2p , seq. ; Marc ,^6,26, seq. ; Luc ,, 8 , 43j seq.). Comparant la narration chez les différents évangélistes,nousgottrripns cette fois être tentés de considérer celle de Luc comme originale, attendu qu'elle permet peut-être

F (t) Weisse coojectore que le récit de synoptiques but la guériSdH d*af ébgtfii à Itan est une transformation du récit des Jéricho (S. 57 a).

d'expliquei-commentfareptnatiirellemetitrëanieslesdealLhis' toires dont il s'agit. De même que les trois ëvangélistes fixent à douze aus la durée de la maladie de celte femme, de même Luc, suivi en cela par Marc ^ donne douze ans pour Fàge de la fille de Jaïrus. Ces nombres égaux ont bieu pu amener, dans la tradition éyangéliqne , le rapjprochement des deux histoires ; mais cette raison est beaucoup trop isolée pour motiver , à elle seule , une décision qui ne peut résulter que d'une comparaison complète des trois récits dans leurs dé-^ tails. Matthieu désigne simplement la malade comme uM femme qui perdait du sang depuis douze ans , pv^ aeî[xc^poou7a Âci^exâc 2tv) ; il est probable qu'une perte aussi prolongée se manifestait . sous k forme d'une menstruation exagérée. Luc ^ le prétendu médecin , ne se montre pas ici favorable à ses confrères , car il ajoute que cette femme avait dépensé tout fcon avoir avec les médecins ^ sans que cetui*ci l'eussent soulagée. Mafc, encore plus défavorable, dit que les nombreux médecine qui l'avaient soignée, l'avaient beancoup fait souffrir , et que, .loin d'améliorer son^tpt, ils l'avaient empiré. Ceux qui entourent Jésus au moment où la femme s'approche de lui^ sont, d'après Matthieu, ses disciples, d'après Mare et Luc ^ une fpule qui se presse. Après que les narrateurs ont rapporté tous trois comment la femme^ aussi pleine de timidité que de confiance, s'avança par derrière et toucha le bord du vêtement de ié&fk% ^ Marc et Luc disent qu'elle fut instantanément guérie , maia que Jésus , sentant qu'une force sortait de lui , demanda qui l'avai|; touché* Led apôtres étonnés lui répondent ^ en lui demandant comment » au milieu de la foule du peuple qui le presse dé toutes parts I il a pu distiogut^r un contatt isolé. D'apte Luc, il persiste dans son, dire; d'apnb Marc, il prMiène autour de lui les yeux pour découvrir qui l'a touché. Alors^ d'après ces deux évaûgélistes , la femmfe a'apjMrôche lolilie tremblante , se jette à ses genoux et confesse tout , sur quoi i

il lui donne F assurance tranquillisante que la foi qu'elle a eue lui a été utile. Matthieu n'a point ce long détail de circonstances : il rapporte seulement que , après le contact , Jésus regarda autour de lui , découvrit la femme, et lui annonça la guérison que sa foi lui avait méritée.

Cette divergence est assez considérable pour qu'on ne doive pas s'étonner beaucoup que Storr veuille admettre deux guérisons différentes de femmes affectées d'hémorrhagie (i). Si ce théologien y fut encore déterminé davantage par les différences plus considérables qui se trouvent dans le récit de la r&urrection de la fille de Jaîrus, récit entrelacé avec l'histoire de la guérison qui nous occupe ici , cet entrelacement empêche absolument de concevoir que Jésus ait guéri une femme attaquée depuis douze ans d'une perte de sang deux fois , et les deux fois en allant ressusciter la fille d'un chef jmf^ «PX*^^* En raison de ces difficultés , la critique, depuis long-temps , s'est décidée pour l'unité du fait qui sert de base à nos deux récits , et en même temps elle a donné la préférence à ceux de Marc et de Luc , en raison du caractère plus dramatique qu'ils présentent (2). Mais, pour commencer par le commencement, quand Marc ajoute : mais allant de mal en pis ^ £ù<k (licXXov etç to x^p^'^ eXôouca, chacun voit qu'il ne fait qu'enchérir par là sur Luc, qui dit: aucun VLasfuit pu la guérir , oùx ïayjidev i»ir' où^evoç 6epa- TceuB^vat ; et , à son tour , Luc paraît avoir complété, par une conclusion qui lui est propre, la phrase que Matthieu reproduit sans aucune addition , et dans laquelle il est dit que Chétnorrhagie durait depuis douze ans ^ alpppoouda Sio^exa CTT) : puisque la femme , pensa-t-on , était malade depuis si long-temps , elle aura consulté beaucoup de médecins, et comme , en opposition avec ceux-ci qui n'avaient produit aucun soulagement, la puissance miraculeuse de

k (i) Uebcr dcn Zweck der evang. (2) Schulz, 1. c.^ S. 3 I7;01»hau8cn,

mtohkihte ond der Briefe Jo)i. S. 35i f. i, S. 3 1 5 f.

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Jésas>9 dont Tefiet fut instantané, se montrait sons nn jour plus brillant, ces additions se formèrent dans la propagation orale du récit. Or, ne se pourrait-il pas qu'il en fût de même des autres divergences ? Si la femme , comme le raconte Matthieu , ne toucha Jésus que par derrière , c'est qu'elle désirait et espérait rester cachée; si Jésus la chercha des yeux aussitôt , c'est qu'il avait senti son attouchement. Cetespoir de la femme devenait d'autant plus explicable, et cette sensation de Jésus d'autant plus merveilleuse, qu'il était entouré et pressé d'une plus grande foule ; de là vient que son cortège, qui, dans Matthieu, n'est formé que de ses disciples^ [AaÔTiTai, devient, chez les deux autres, une foule ^ ^X^^h q^^i Y étouffait y GuvÔXiêsoÔai. Matthieu ayant dit que Jésus promena ses regards autour de lui après l'attouchement , on put croire que cela renfermait implicitement la supposition qu'il avait seoti cet attouchement d'une façon particuhère; de là encore vient la description où l'on représenta comment Jésus, bien que pressé de toutes parts, sentit néanmoins cet attouchement isolé , à cause de la force qu'il lui dérobait ; et de la sorte , les simples expressions de Matthieu s' étant tourné et Payant vue^ eictcrpoçalç xal l^m aùr/lv, devinrent un mouvement interrogateur de Jésus , qui chercha autour de lui celle qui l'avait touché, mouvement qui fut suivi de l'aveu de la femme. Enfin on jugea par comparaison avec i4, 36, que ce qu'il y avait de particuUer dans cette histoire de guérison ; même d'après la forme qu'elle a chez le premier évangéUste , c'était que le contact de l'habit de Jésus avait suffi pour guérir. On s'efforça donc de plus en plus, à mesure qu'on se raconta l'histoire de bouche en bouche , de placer le résultat immédiatement après le contact , et de laisser , même après la guérison , Jésus pendant quelque temps dans l'incertitude sur celle qui l'avait touché, dernière circonstance qui est en contradiction avec la supposition ordinaire d'une connaissance supérieure en Jésus. ,

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Ainsi ^ de tout les côtés ^ on reconnaît le récit du premier évangile cotnme antérieur et plas simple , et cdini des deux tutres comme postérieur et plus orné ( i )« .. Quant au fond commun de ces narrations^ les théologiens , aussi bien orthodoxes que rationalistes ., ont été choqués; dans ces derniers tiemps, de ce que l'action curativede Jésus ait été iilTOlontaife. C'est trop » disent ici Paulns et Olshauâen d'un commun accord (q), c'est trop faire descendre l'action de Jésus dans le domaine de la nature physique : JésUs rc;ssemble à Un magnétiseur^ qui , par l'attouchement cutatif de personnes nerveuses , éprouve une perte de sa force > comme une batterie électrique chargée, qu'un contact suffît pour décharger. Une pareille idée du Christ, dit Olshausen, répugne à la conscience chrétienne, qui 8^ trouve bien plutôt obligée de se représenter la plénitude de force résidant en Jésus comme dominée absolument par sa volonté , et cette volonté dirigée à son tour par là connaissance, qd'iji avait de l'état moral des personnes k guérir. £n conséquence ^ on suppose que Jésus avait bien tecoîinu la femme , même sans la voir, et que ^ considérant qu'elle pouvait être gagnée, spirituellement aussi, parce se^ cours corporel, il avait sciemment dirigé sur elle un flot de sa force curative , mais que *, pour vaincre sa fausse honte et la contraindre à une confession patente, il avait feint de né pas savoir qni l'.avait touchée Mais la conscience chrétienne, . n'éttint , dans des cas pareils^ rien autre chose que le déve-^ loppement religieux de notre temps, qui, en raison de ses progrès , ne veut pluB accepter les idées antiques de la Bible , la conscience chrétienne, dis-je , doit se taire là où il s'agit^ non^de ^'approprier dogmatiquement les idées bibliques , mais de lès découvrir par une voie purement exégétique. Le

rw

9 il s. 94. ^ Immanoelj S. aoi f(.}

(a) Ezeg. Handb,, i, b, S. 5a4 f.; b.

WKUVliME CHAUTBE. $ XCIY. IO7

fait est que c'est de Tinteryention de cette conscience prêtent dae chrétienne que provienn^ent h pli^part d^ erreurs de Texégèse ; et., ici çncore , pour cette raison, l'intierprète dont il s'agit s'est écarté du s^qs évident de son te:ifte. En effet, d'une part, dans les dieux récits plus détaillés de Luc et de Marc, la question de Jésus : ÇiUm'atoifcA^P riçà à^afjievof [iLot> ? question qDÛ, dai^sLuc, est répétée» et qui, dpns Marc, est fortifiée d'un regard inquisitif promené à l'entour , a un sens tout- à- fait sérieux , d'autant plus, que ces deux évangélistes ont pour but principal dans cette narration, de mettre en saillie ce qu'&vait de merveilleux la force curative de Jésus , de qui on pouvait obtenir une guérison en touchant simplement avec foi son vêtement » sans être connu de lui et sans qu'il eût besoin de prononcer i^ne seule parole» D'un autre côté, le récit plus bjtef de, Matthieu, par les exfiTe&siom s'étant avancée pr/r derrière ^ elle le toucha, 7rpoce^ôoQ»<ja oiuiGÔev -ftijflXTo, et /,ét(int tv{irffé et I ayant vue^ èmGTpafi^lç wxx i^àiv «ùr^qv , n'indique pas moins clairement que ce ne fut qu'après avoir été touché par^la femme que Jésus la connut. Si donc on ne peut démontrer que Jésus ait connu la femme avant de la guérir , et qu'il ait eu une volonté spéciale de la soulager , il ne resterait plus pour ceux qui ne veulent pas admettre une manifestation involontaire de sa force curative, qu'à supposer en lui une volonté de guérir constante et générale , avec laquelle il stiffir sait que la foi du malade concourût pour qu'il en résultât Une guérison réelle. Mais , sans aucun doute , l'idée des évangâistes n'est pas que, malgré l'absence d'une direction particulière de la volonté de Jésus vers la guérison de cette femme, elle aurait pu recouvrer la santé par sa seule foi et Sans aucunen}ent toucher son habit ; loin de là , dans leur manière de voir, l'attouchement opérépar la malade remplace un acte particulierda la volonté de Jésusié'esfectfiattQUiçhai^ ment qui, au lieu de la volonté, produit une manifestation de

la force résidant en Jésus ; et Ton n'évite pas , par cette voie , ce qu'a de matériel l'idée des évangélistes.

Il faut que l'explication rationaliste fasse un pas de plus , elle , qui trouve incroyable , non pas seulement comme le surnaturalisme moderne , une émission de force curative à l'insu de Jésus , mais en général toute émission de pareille force , et qui cependant prétend que ce que les évangélistes rapportent est historiquement vrai. Voici, d'après les rationalistes, comment la chose se passa : Jésus fut déterminé k demander qui l'avait touché , uniquement parce que, en avançant, il s'était senti arrêter. Si deux des évangélistes attribuent sa question à la sensation d'une force qui sortait^ 5uva[jitç â^eXÔouffa, c'est une simple conclusion de leur part. L'un deux même, Marc, n'en fait qu'une remarque qui lui est propre, et Luc est le seul qui incorpore cette circonstance dans la question de Jésus (i ). La guérison de la femme fut opérée par sa confiance exaltée , en vertu de laquelle le simple contact du bord de l'habit de Jésus provoqua un frissonnement général dans tous ses nerfs'; il en résulta peutêtre un resserrement soudain des vaisseaux sanguins dilatés ; en tout cas , elle ne put dans le moment que supposer qu'elle était guérie , mais elle ne put en être certaine , et ce n'est

(i) Neander (S. 4^3) concorde en cela lavcc les rationalistes. Dire que le Christ ait réellement senti une force qui s'échappait de lui, c'est, d'après Neander, le mettre en contradiction avec les p'aroles qu'il prononce un peu plus loin, et où il attribue la guérison à la foi de cette femme; comme si la foi qui la détermina à toucher le bas de l'habit de Jésus, ne pou- Tait pas être considérée comme ce qui sollicita rémission de cette force. Ici Neander place une double alternative :

« Cette histoire, dit-il, ne permet pas de décider si le Christ a guéri volontairement cette femme, ou... (on attend : s'il ■Vst laissé soutirer involontairement une

force; point du tout; Neander continue) ou si ce fut un effet de la volonté divine opéré indépendamment de lui. » Ici l'auteur sent qu'il a trop perdu de vue le rôle spécial que le' contact de Jésus joue dans la guérison, et il ajoute : « Cet effet a pu s'opérer d'une façon qui correspondit aux lois générales de la nature. » Mais , derechef, cette manière de voir lui semble trop conforme à celle des rationalistes , et il la modifie en disant : •« Toutefois il s'opéra, afin que fût exaucée cette femme pleine de foi. » Je demande au lecteur si , de ces propositions qui se détruisent l'une l'autre, il lui est resté quelque chose de précis dans l'etprit.

que peu à peu/ et peut-être par l'effet de médicaments prescrits par Jésus, que le mal aura disparu complètement (1). Mais, qui se représentera jamais F attouchement timide d'une femme malade qui voulait demeurer cachée, et qui avait assez de foi pour être sûre de sa guérison par le plus léger contact , comme une appréhension au corps capable d'arrêter dans sa marche Jésus, qu'une foule de peuple, d'après Marc et Luc , pressait de toutes parts? D'ailleurs , quel fonds ne faut-il pas faire sur la puissance de la confiance , pour admettre que , sans le concours d'une force réelle partie de Jésus , une perte qui durait depuis douze ans, ait été guérie ou seulement diminuée ? Enfin , s'il faut supposer que les évangélistes ont mis , dans la bouche de Jésus, une conclusion qui est de leur fait , à savoir qu'une force était sortie dé lui , et qu'ils ont décrit une guérison successive comme instantanée , on perd , en perdant ces particularités, la garantie de la vérité historique de toute la narration , et par conséquent il n'y a plus de raison pour se donner la peine inutile d'en chercher une explication naturelle.

Une décision dans ce sens pourrait, dans le fait, nous être suggérée par la comparaison de cette narration avec des anecdotes analogues. De même qu'il est dit de Jésus , ici et dans d'autres endroits cités plus haut , que des malades ont été guéris par le simple contact de son vêtement; de même les Actes des apôtres rapportent que l'appUcation des mouchoirs ^ Go^jSdçiOL^ et les linges, dijjiuttvôta , de Paul (19, 1 1 seq.), et l'ombre même de Pierre , projetée sur un individu (5, 1 5), rendirent la santé à des malades de toute espèce ; et des évangiles apocryphes rapportent une masse de guérisons procurées par les langes de l'enfant Jésus et par l'eau qui servaità le laver (12). Pour ces dernières histoires, de même

Cl) Paillas, exeg. Uandb. i, b, S. 5a4 (2) Voyez rËyangeliam iufantiae ara-

f.; 53o, L. J. I, a, S. a44 ^« > Venturini, bicom dana Fabricios et dans Tliilo. i, Si ao4 ff> ; K6ster| l. c. •

(Jue pour les légendes de régUsé catholique relatives k des guérisons, cbacan sait eh les lisant qa*it se trouve scir le domâliîè de la légende et de la fiction; niais on peut demander comment distinguer, de ces cures opérées par les langes de JësUs bu par les os d*un saint , celles que produisaient les mouchoirs de Paul, si ce n*est que ceDcs-lk proviennent d'un enfknt^ celles-ci d'un adulte, les unes d'un ccJrps vivant, les autres d'un corps mort. Entre ces guérisons effectuées par les linges , et celles qui furent le résultat du contact du bord de l'habit, il ne se trouve non plus, ce semble, aucàne différence essentielle; dans les deux cas, 3 s'agit d'un contact d'objets qui ne sont que dans un rapport extérieur avec le faiseur de miracles ; seulement ce rapport est interrompu pour les mouchoirs qui viennent d'être quittés , il dure encore pour le vêtement qui est porté.

Si, par ce parallèle, le critique se trouve enclin à étendre, d'une classe de récits à l'autre, le jugement qui ôte à la première classe le caractère historique, il a cependant, des deux côtés, de grandes précautions à prendre. D'abord, du côté de la légende catholique, c'est certainement procéder avec trop de promptitude, que de rejeter, parce que les neuf dixièmes de ces légendes sont des fables , le dernier dixième comme également fabuleux; car plusieurs de ces histoires de guérisons trouvent, soit une analogie dans des faits récents dignes de croyance, soit la possibilité d'une explication dans le concours de la foi du malade avec une force peut-être analogue au magnétisme chez le faiseur de miracles. Quant aux récits de cette espèce qu'on lit dans le Nouveau-Testament, et en particulier dans les Évangiles , il arrive ici de nouveau que le critique, qui , en raison des motifs allégués, en conteste la vérité historique, se surprend engagé, à son insu, dans une doctrine qui appartient au surnaturalisme; car ce n'est pas parce qu'une sortie , purement physique, de brces corative^j^ lui parait impossible , qu'il la révoque en

NEUTIÂICB CHAPITRE. § XCV. 111

doute , attenda qu'il accorde èxj^ïèssânent la réalité dé ce phénomès^ sûr le terrain da magnétisme; mais c'iest uniqoem^it parce ^e cela lui paraît indigne de Jésus. Or, d'où une pareille idée lui peot-^elle provenir, si ce-n'est d'une supposition empruntée an siimatnralisroe , à savoir, que les miracles de Jéstis ne doivent être considérés que comme dès actes purement spirituels, purement libres de sa volonté, d'accord avec la volonté divine ? Déposons Ce préjugé surnaturaliste, et d'un antre côté rendons-nous bien comptèqu'il ne peut entrer dans notre intention de nier, avec les rationalistes, ces forces secrètes de là nature huiilaine qui se manifestent dans le magnétisme animal, dans 1 exaltation religieuse et dans d'autres états d'enthousiasme Alors, toutensachantque la'légende, dès le Nouveau-Testament, a pu iriiaginer tontes sortes de fictions de ce genre en vertu dé la préférence du peuple pour une manifestation aussi matérielle de la force et de la dignité divines de Jésus (matérielle dans l'opinion d'alors), rien ne nous empêchera de reconnaître, comme historiquement concevable, que l'ombre de Pierre , par l'intermédiaire de l'imagination croyante des malades, que le contact de Ihabit de Jésus, outre une force curative résidant en son corps et en ses vêtements, et comparable à la force magnétique, aient produit plusieurs de ces eflets dont parlent les Évangiles et les Actes des apôtres (i).

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