‹ Vie de Jésus: ou examen critique de son histoire (volume 3)Chapitre 19 sur 35 · XXIV · texte numérisé non relu

XXIV

Teneur du message de l'ange. Accomplissement de la prophétie d'Isaïe.

L'ange qui, d'après Luc, apparaît à Marie, dit seulement] que Marie deviendra grosse d'une manière qu'il ne précise pas d'abord, qu'elle engendrera un fils qu'elle devra appeler Jésus, que ce fils sera grand, et qu'il sera nommé le fils du Très-Haut , uioç f <|/i<rrou ; que Dieu lui donnera le trône de son aïeul David , qu'il régnera sans fin sur la maison de Jacob. Tout cela est parfaitement conforme aux formules habituelles des Juifs concernant le Messie, et même les mqis/îls du Très-Haut, s'ils étaient seuls, ne devraient se prendre que dans le sens d'un roi ordinaire d'Israël, comme dans 2, Sam. 7, i4? Psalm. 2, 7 ; ils conviendraient donc encore mieux au plus grand des rois , au Messie, même considéré en la simple qualité d'homme. Ce langage juif jette , quand on y réfléchit , une nouvelle lumière sur la valeur historique de cette apparition angélique ; car il faut dire avec Schleiermacher que difficilement le véritable ange Gabriel aurait annoncé l'arrivée du Messie dans des formules aussi strictement judaïques (1). Par la même raison, on sera disposé à attribuer, avec ce théologien, ce récit comme le précédent concernant Jean-Baptiste , à un seul et même auteur judéo-chrétien. Ce n'est que lorsque Marie fait , en raison de sa virginité , des objections à l'annonciation d'un fils, que l'ange explique davantage le mode de la conception , en disant qu'elle sera produite par le Saint- Esprit, parla vertu de la divinité; dès lors, la dénomination de fils de Dieu, ùio; Gsou, prend un sens métaphysique plus précis. Pour confirmer qu'un prodige de cette espèce n'est pas impossible à Dieu, l'ange rappelle à Marie ce qui s'est passé avec sa parente Élizabeth, après quoi elle

(1) Veber den Lukas, S. a3.

l8o PREMIÈRE SECTION,

s'abandonne , pleine de foi, aux desseins de Dieu sur elle. Dans Matthieu, où l'objet principal est de dissiper les inquiétudes de Joseph , Fange commence par lui apprendre que l'enfant conçu en Marie a été engendré par le Saint- Esprit, irveujjia àyiov, ainsi que l'évangéliste l'a déjà exposé de son chef, Y. 1 8 ; et la destination messianique de Jésus n'est ensuite caractérisée que par les mots : « Il délivrera son peuple de ses péchés. » 11 semble d'abord que ce langage est moins conforme aux idées juives que les termes dans lesquels Luc a exprimé la fonction messianique de l'enfant à naître. Mais dans le mot péchés > à^apriatç , sont compris les punitions du peuple , à savoir son asservissement par les étrangers ; de sorte que, ici aussi, l'élément judaïque ne manque pas. De même, dans le mot régner , paciXeueiv , employé par Luc, est renfermée l'idée de la domination sur un peuple docile et meilleur; si bien que le caractère le plus élevé du Messie n'est pas, non plus, complètement oublié. Puis l'ange, ou plutôt l'évangéliste, à l'aide d'une formule qui lui est très familière : Tout cela se fit, afin que fût accompli ce qui est dit, etc. , touto 81 oXov yéyovev, ïva7rtoi- £co6-?i to pviôèv sctX. (V. 22), ajoute une prophétie de l'Ancien Testament , qui se trouve, suivant lui, vérifiée par ce mode de conception de Jésus : à savoir que , d'après Isaïe ,7,14, une vierge deviendra enceinte et enfantera un fils qui sera appelé Dieu-avec-nous (Emmanuel). '

Le sens primitif du passage d' Isaïe est , d'après les nouvelles recherches , le suivant (1) : le roi Achaz étant enclin à faire un traité avec l'Assyrie , par crainte des rois de Syrie et d'Israël, le prophète veut lui donner une vive assurance de la prochaine destruction de ces ennemis, alors si

(1) Comparez Baulus, Philol. Clavis Geburt des Immanuel durch eine Jung-

ûbev den Jesaiasz. d. St.; le même dans frau, in Ullmann's und seinen theol.

Exeg. Handb. , i, a, S. 164 ff.; Gcseimis, Studieu, i83o, 3 Heft. S. 54i ff.; Hitûg,

Comment, iiber den Jesaias t 2 l$d„ 1 Comm, zum Jesaîas^S. 84 ff*. Abth t| S* %oG ti:' t Vmhte\ti Vêler die

TROISIÈME CHAriTRE. § XXIV. l8l

redoutés, et il lui dit :- Suppose qu'une femme non encore mariée, et qui, pour la première fois, ait, en ce moment, des rapports conjugaux (1), conçoive un enfant ; ou en d'autres termes : Une jeune femme désignée (peut-être celle du prophète même) est déjà grosse ou le va devenir; d'aujourd'hui au moment de la naissance de son enfant , les circonstances politiques se seront tellement améliorées , qu'on : pourra lui donner un nom de bon augure; et % avant que l'enfant ne soit parvenu à l'âge de discernement, les puissances ennemies seront complètement anéanties. Ce qui veut dire en prose : Avant que neuf mois ne se soient écoulés, la situation du royaume sera déjà meilleure, ef dans l'intervalle de trois ans environ le danger aura dispatu. Toujours est-il (c'est un point porté jusqu'à 1 évidence par la critique moderne) que, dans les circonstances qui furent l'occasion de la prophétie d'Isaïe, un signe pris au moment actuel et a un avenir très prochain pouvait seul avoir un sens. Com. bien , d'après l'interprétation de Hengstenberg, le langage du prophète serait mal approprié aux choses ! Autant il est certain, dit ce théologien (2), qu'un jour le Messie sera engendré d'une vierge parmi le peuple de l'alliance, autant il est impossible que le peuple au sein duquel il doit naître, et la famille dont il doit descendre , périssent sans retour. Quel mauvais calcul de la part du prophète de vouloir rendre l'invraisemblance du prochain salut, vraisemblable à l'aide d'une plus grande invraisemblance reculée dans un lointain avenir! Et puis le prophète fixe un terme d'un petit nombre d'années. A cette objection, Hengstenberg répond en continuant son explication : La chute des deux

(1) Avec cette explication .le débat 297 f.) Dès le temps de Justin, les juifs

sur la signification dn mot HO /J? perd soutenaient que fîû /J? derait se tra-

son importance. Au reste, on pourrait le duire, non par vierge, iropOcvo; , mais

décider en disant que ce mot signifie. f*9.r jeune fille , vcavtç. Dial. c. Tryph.,

non la jeune fille intacte , mais la jeune n. 43* P- i3o, E., de l'édition déjà citée,

fille nubile. (Voyez Gesenius, 1. c, S. (a) Christoloçie dzs A, T., i,£. S. 47.

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royaumes s'accomplira, non dans l'intervalle écoulé jusqu'à ce que l'enfant désigné atteigne l'âge de discernement, mais dans un intervalle égal à celui qui , un jour et dans le plus lointain avenir , s'écoulera entre la naissance du Messie et le premier développement de son intelligence, c'est-à-dire environ trois ans. Quelle extravagante confusion des temps ! Un enfant doit naître dans les siècles à venir, et ce qui arrivera avant qjie cet enfant n'atteigne l'âge de discernement doit s'accomplir dans le moment présent !

Paulus et son parti ont donc pleinement raison contre Hengstenberg et les siens* quand ils soutiennent que la prophétie d'Isaïe, en raison de sa signification primitivement locale, se rapporte à des circonstances contemporaines, et non au Messie futur, et encore moins à Jésus ; mais, d'un autre côté, Hengstenberg n'a pas moins raison contre Paulus quand il assure qu'ici, dans Matthieu, le passage d'Isaïe est entendu comme la prédiction de la naissance de Jésus par une vierge. On sait que les commentateurs orthodoxes, dans la formule fréquente : Afin que fût accompli ', ïv* 7&Y)pco67j, et autres formules semblables, ont de tout temps trouvé la signification suivante : cela est arrivé d'après l'arrangement de Dieu, afin que s'accomplît la prophétie de l'Ancien Testament , laquelle , dès l'origine , avait en vue l'événement du Nouveau Testament. Les commentateurs rationalistes, au contraire, n'y trouvent que la signification suivante (1) : cela est arrivé d'une telle façon, était de telle nature, que les paroles de l'Ancien Testament, lesquelles se rapportaient primitivement à quelque autre chose, peuvent y être appliquées et reçoivent, seulement après l'application, leur pleine vérité. Dans la première signification, le rapport entre le passage de l'Ancien Testament et l'événement du Nouveau, est un rapport existant dans les choses, ar-

(1) Voyes Paulus, 1. c, S, i57 ff.

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rangé par Dieu même ( i ) ; dans la seconde signification, ce rapport n'a aucune réalité dans les choses, et il n'existe que dans l'esprit de l'écrivain postérieur qui l'a trouvé. Dans la première, c'est un rapport exact et essentiel ; dans la seconde, un rapport inexact et accidentel. Mais entendre de cette dernière manière les passages du Nouveau Testament qui représentent une prophétie de l'Ancien Testament comme accomplie, c'est contredire aussi bien le texte que l'esprit des écrivains du Nouveau Testament; le texte, car ni TrXyipoijteÔat, dans une telle connexion, ne peut signifier autre chose que s accomplir, ratum fieri, eventu comprobari; ni ïva otcwç, autre chose que dans ce but, eo concir lio ut, attendu que l'adoption fort répandue d'un îva àtëaraov n'est venue que des difficultés dogmatiques (a) ; Fefh prit, car rien n'est plus contraire qu'une telle explication aux idées juives des écrivains évangéliques. Soutenir avec Paulus (3) que l'homme de l'Orient ne pense pas sérieusement que l'ancienne prophétie ait été prononcée jadis par le prophète, ou accomplie plus tard par la divinité, afin de figurer d'avance l'événement nouveau, et réciproquement % c'est transporter notre timidité occidentale dans la vie d'imagination des Orientaux ; mais ajouter, comme il fait , que la concordance d'un événement postérieur avec des prophéties antérieures , ne prend que dans l'esprit de l'homme dç l'Orient la forme d'un dessein prémédité, c'est détruire la proposition qu'il vient d'émettre, car c'est dire : ce qui,, d'après notre manière de voir, n'est qu'une simple coïncidence, parut un dessein prémédité à l'homme d'Orient ; et nous devons reconnaître que tel est le sens du lan-

(i) Cest aussi l'opinion dans laquelle (a) Voyez Winer, Grmmmatik 4m

Hengstenberg retombe , une fois que la neutest. Sprachidiomes , 3 l « Auil., S. 38s

chose est ramenée à sa formule, bien ff. Fritzsche, Comm. in Matth., p. 49,

qu'il adoucisse (1 , a , S. 338 ff.) l'expli- 3 » 7, et Excurs. 1, p. 836 et seq.

cation orthodoxe beaucoup plus qu'il ne (3) L. e.

le devrait, s'il tenait à rester conséquent ^ avec ses principes.

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gage oriental, si nous voulons l'interpréter d'après les intentions qui l'ont dicté. Les Juifs postérieurs, on le sait, trouvaient, partout dans l'Ancien Testament, des prophéties pour le présent et pour l'avenir. A l'aide de passages de la Bible, en partie entendus faussement, ils s'étaient formé , une image complète du Messie futur (1). En appliquant ainsi, même à tort et à travers, l'Écriture, le Juif se figurait rencontrer un véritable accomplissement des paroles là où il les appliquait. Aussi est-ce, pour parler le langage d'Olshausen (2), Une pure prévention dogmatique que de supposer, k la formule en question, chez les écrivains du Nouveau Testament , un sens tout autre que celui qui était habituel chez leurs compatriotes, et cela uniquement pour ne pas les trouver coupables d'une fausse interprétation de l'Écriture. Assez indépendants , k l'égard de l'Ancien Testament , pour reconnaître , contre l'ancienne explication orthodoxe, que plusieurs prophéties se rapportent précisément k des circonstances voisines ; n'étant pas pourtant assez téméraires, k regard du Nouveau Testament , pour nier , avec les commentateurs rationalistes, l'application que les Évangiles font de ces prophéties au Messie , plusieurs théologiens de notre temps ont encore trop de préjugés pour admettre, dans le Nouveau Testament, quelques fausses interprétations de l'Ancien. En conséquence ils prennent, comme le fait par exemple Olshausen , l'expédient de distinguer dans ces prophéties un double rapport , le premier k un événement contemporain et d'un ordre moins élevé, le Second k un événement futur et d'un ordre plus élevé. De cette façon, ils ne choquent pas le sens des passages de l'Ancien Testament, sens qui est clair par les faits et par l'histoire, et en même temps ils ,ne forcent ni démentent l'explication de ces passages ,

(1) Comparez la seconde partie des (a) BibU Comm., S. 58.

f T 'orœ de Schœltgen, De Messia ; Fritzbe, 1. c, p. 49.

donnée dans le Nouveau Testament. Ainsi, suivant eux, la prophétie d'Isaïe dont il est ici question, a un double but, d'abord d'annoncer l'accouchement prochain de la fiancée du prophète, puis d'annoncer, pour un lointain avenir, la naissance de Jésus par une vierge ( 1 )'. Mais un double sens aussi monstrueux est né de l'embarras des théologiens ; ils ont voulu , comme le dit Olshausen lui-même , éviter d'être réduits à l'extrémité d'admettre que les écrivains du Nouveau Testament, et Jésus lui-même, n'ont pas bien compris l'Ancien Testament, c'est-k-direne l'ont pas compris d'après les règles modernes de l'interprétation, mais l'ont expliqué à la façon de leur temps , qui n'était pas la meilleure de toutes. Pour l'homme exempt de préjugés, cette difficulté existe si peu, qu'au contraire ce serait pour lui une difficulté si les choses se comportaient autrement, et si,, contrairement à toutes les lois du développement historique des nations , les écrivains du Nouveau Testament s'étaient complètement élevés au-dessus du mode d'interprétation de leurs contemporains et de leurs compatriotes. Ainsi, relativement aux prophéties citées dans le Nouveau Testament , nous pourrons , sans hésitation , accorder, suivant les circonstances, qu'elles y ont été plusieurs ibis expliquées et appliquées dans un tout autre sens que celui que leurs auteurs y avaient attaché.

Nous avons donc un tableau des quatre opinions possibles , sur ce point , opinions dont deux sont extrêmes , et deux sont des essais de conciliation. De ces essais de conciliation, l'un est faux , et l'autre me paraît le véritable.

1 . Opinion orthodoxe (Hengstenberg et d'autres) : De tels passages de l'Ancien Testament n'avaient, dès l'origine, de rapport prophétique qu'au Christ ; car les écrivains du Nouveau Testament les expliquent ainsi , et il faut qu'ils

(i) Bibl. Comm %% S. 58 ff.

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aient raison , quand même l'intelligence humaine devrait s y confondre.

2. Opinion rationaliste (Paulus et d'autres) : Il n'est pas vrai que les écrivains du Nouveau Testament donnent aux prophéties de l'Ancien Testament cette signification strictement messianique; car l'application au Christ est primitivement étrangère aux prophéties considérées à la Usinière de la raison ; or les écrivains du Nouveau Testament doivent s'accorder avec la raison , malgré tout ce qu'une foi vieillie peut dire à l'encontre.

3. Essai mystique de conciliation (Olshausen et d'autres) : Les passages de l'Ancien Testament renferment primitivement aussi bien le sens profond signalé par les écrivains du Nouveau Testament, que le sens prochain que la raison nous force à y reconnaître ; ainsi s'accordent la saine raison et l'ancienne foi.

4. Décision de la critique h Les prophéties de l'Ancien Testament n'avaient très fréquemment qu'une application prochaine aux affaires du temps ; mais elles ont été regardées par les hommes du Nouveau Testament comme de véritables prophéties relatives à Jésus en qualité de Messie, parce que la raison était , chez ces hommes , modifiée par la manière de penser de leur peuple; ce que le rationalisme et l'ancienne foi méconnaissent également (1).

(1) Tonte l'explication rationaliste de itère repose sur un paralogisme palpable par lequel eHe se défend , et avec lequel elle tombe. Vptci en quoi U consiste :

lies écrivains du Nouveau Testament ne doivent pas être expliqués cornue s'ils disaient quelque chose de déraison»

nable (il faudrait dire: rien quicontie* d t f ff le développement de fourra bon).

Or, leurs paroles, interprétées d'nne certaine façon , seraient contraires à la raison (c'est-à-dire contraires au développement de notre raison).

En conséquence 9 ils ne peuvent pas avoir en un* telle opinion , et il faut le* expliquer autrement*

Qui ne voit ici l'inconséquence mortelle où tomba le rationalisme en se plaçant sur le même terrain que le surnaturalisme ? Tandis que , dans tout' autre cas , on examine d'abord si ee qui est dit ou écrit est juste ou vrai, le rationalisme , contrairement à son principe , ajoooedftt eoataui le sncnsituralisane ; tmx hommes du Nouveau Testament, la prérogative d'être toujours dans le vrai*

En conséquence, nous n'hésiterons pas, louchant la prophétie dont il est ici question , à accorder que les évangélistesen ont forcé le sens en l'appliquant à Jésus. Mainte^ nant , ont-ils fait cette application parce que Jésus naquit réellement d'une vierge? ou hien cette prophétie, appliquée avant eux au Messie, est-elle ce qui les a conduits à admettre que Jésus était né de cette façon miraculeuse? Cette alternative ne peut se décider que par la discussion suivante.

§ xxv.

Jésus engendré par le Saint-Esprit. Critique de l'opinion orthodoxe.

Ce que les deux évangélistes , Matthieu et Luc , racontent du mode de la conception de Jésus, a été, de tout temps, interprété par les commentateurs ecclésiastiques ainsi qu'il; suit : Jésus a été engendré en Marie par une opération divine qui a remplacé lé concours d'un homme. Et véritablement cette explication a , pour elle , la première apparence des textes ; en effet , les paroles de Matthieu , ayant qu'ils eussent de rapport ensemble, irplv ri <njve>Mv aùroùc, 1, 18, et celle de Luc, puisque je ne connais pas d'homme, emi av£pa où yivcoraco, ces deux passages, dis-je, excluent la participation de Joseph et même de tout homme à l'engendrement de l'enfant dont il* est ici question. A la vérité, esprit-saint, rcveû>(x,a aytov, et 'vertu du Très-Haut, $uva(uç tyiarou, ne signifient pas le Saint-Esprit, dans le sens de l'Église, comme troisième personne de la Trinité ; mais d'après l'usage que fait l'Ancien Testament de la location DVtSfet nn spiritus Dei, ils signifient Dieu , en tant qu'il agit sur le monde. Enfin les expressions de Matthieu, étant enceinte par la vertu de V Esprit- Saint, tv yaarpl jouera ex icveufjiaToç àytou , et celle de Luc, ombrager, Irapxecôai , eiuwxtàÇetv , mettent assez clairement la vertu divine à la place de l'action fécondante de Thomme.

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Telle paraît donc être l'idée que les paragraphes évangéliques ici mentionnés veulent donner de l'origine de la vie de Jésus; néanmoins de graves difficultés ne permettent guère de la suivre jusqu'au bout. Nous pouvons distinguer les difficultés que nous appellerons physico-théologiques , de celles qui naissent de l'exégèse historique.

Toutes les difficultés physiologiques concourent à ce point : qu'une pareille naissance serait la plus extraordinaire déviation de toute loi naturelle. Il y aura toujours k faire valoir ici la phrase de Plutarque : Jamais femme ri est dite avoir eu un enfant sans le concours dun homme (1) , et à appliquer Y impossible de Cerinthe (2) ; car il est physiologiquement certain que le concours de deux corps humains de sexe différent est nécessaire pour que le germe d'une nouvelle vie humaine soit fécondé et se développe (3).

Ce n'est que dans les espèces les plus inférieures du règne animal que l'on connaît une propagation sans intervention sexuelle , et jamais on n'aurait dû invoquer une pareille analogie pour la conception de Jésus (4). La chose étant considérée uniquement au point de vue physiologique, on pourrait dire d'un homme né sans le concours des sexes , ce que Origène a dit dans le sens du plus haut surnaturalisme (5), que les mots du psaume 22 , 7 : Je suis un ver et non un homme, sont une prophétie de la naissance de Jésus , en tant qu'engendré , comme ces êtres inférieurs, sans un concours sexuel. Mais à la considération purement physiologique, l'ange, dans Luc, ajoute déjà la considération théologique, à savoir (1,37) que rien n'est impossible à la puissance divine. Xa toute-puissance divine, ne faisant

( 1) U«t Jt'cv ov&ptoc ttotc yvvvj Itytxoa . natum, impossibile enimboe ci risum est. irotvfrat Jix a xotvwvtaç àv£poç. Conju- (3) Comparez Paulus, l. c M S. 1 5 1.

gial» Prœcept. opp. ed Hatten y vol. 7, p. (4) C'est pourtant ce qui a été fait

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