‹ Vie de Jésus: ou examen critique de son histoire (volume 3)Chapitre 20 sur 35 · dans Henké's neuem Mmgazin , 3, 3, S · texte numérisé non relu

dans Henké's neuem Mmgazin , 3, 3, S

(a) Irenœus adv, Hœr., 1, 26: Ce- 36g. Anmerk, rinlbus Jesum subjecit non tx virgine (5) ffomiU i* Lucam, i4*

qu'un avec la sagesse divine, n'agit jamais sans motifs suffisants ; il faudrait donc pouvoir montrer ici un motif semblable. Or, pour suspendre une loi naturelle établie par luimême, Dieu n'aurait de motif suffisant qu'autant que cette suspension serait indispensable à l'obtention de résultats dignes de lui. A cette objection Ton répond : Le but de 1* rédemption exigeait la pureté de Jésus ; or, pour être pur du péché , Jésus, par l'exclusion de la participation d'un père pécheur et par l'influence divine de sa conception, devait être soustrait k la tache du péché originel (1). Mais on a déjà remarqué (s), et tout récemment Schleiermacher a fait voir d'une manière qui décide de ce côté la question (3), que l'exclusion seule de la participation paternelle ne suffisait pas, et qu'il fallait aussi exclure la participation maternelle , non moins entachée du péché originel , à moins que l'on admît avec les hérétiques valentiniens que Jésus n'avait fait que traverser le corps de Marie. Or, si la participation maternelle demeure , comme c'est évident d'après les récits évangéliques , il faut , pour obtenir la pureté qu'on suppose nécessaire , admettre une opération divine qui sanctifie , lors de la conception de Jésus , la participation de la mère humaine et pécheresse. Mais si Dieu purifiait de la sorte la participation maternelle , il était plus simple d'en faire autant pour la participation paternelle , que d'intervertir , en excluant cette dernière , aussi énormément la loi de la nature , et dès lors on ne peut plus soutenir qu'il était nécessaire que Jésus fût conçu sans père pour être pur du péché.

Celui-là même qui croit pouvoir se dérober aux difficultés jusqu'ici exposées, en s'enveloppant dans un surnaturalisme inacessible aux arguments de la raison et aux lois de

(i) Voyez Olshansen, 1. c, S* igf, (3) Glanbenslehre . a Thl„ § 97, S.

(a) Par exemple Eichhorn, Einlei- ?3 f. der zweiten Anflage. lung in dut AT. T.> 1 Bd., S. 407.

lt)ô PREMIERE SECTION.

la nature, doit cependant se préoccuper des difficultés d'exégèse et d'histoire que lui offre son propre terrain , difficultés qui pressent également l'idée d'une conception surnaturelle de Jésus. Nulle part dans le Nouveau Testament , si ce n'est dans les deux récits de l'enfance chez Matthieu et Luc , il n'est parlé d'une telle origine de Jésus , nulle part il n'y est fait d'allusion directe (1). Non seulement Marc laisse de coté l'histoire de la conception , mais encore l'auteur supposé du quatrième évangile, Jean, n'en parle pas davantage , lui que l'on assure avoir été commensal de Marie après la mort de Jésus, et qui , à ce titre, aurait dû être le plus exactement informé sur ces événements. On répond : Il a voulu plutôt raconter l'origine céleste que l'origine terrestre de Jésus. Mais l'opinion qu'il exprime dans son Prologue d'une hypostase divine qui devint réellement chair en Jésus et qui lui demeura inhérente , est-elle conciliahle avec l'opinion qui est exprimée dans les passages en question , c'est-à-dire avec l'opinion d'une simple opération divine déterminant la conception de Jésus ? et en conséquence Jean a-t-il pu supposer l'histoire de la con-r ception telle qu'elle est donnée par Matthieu et par Lnc ? Cette objection perd sa force, si nos recherches ultérieures ne confirment pas que le quatrième évangile ait Jean pour auteur ; mais ce qui doit surtout être pris en considération, c'est que, ni dans le cours des évangiles de Marc et de Jean, ni dans le reste des évangiles même de Matthieu et de Luc , il ne se trouve aucune allusion rétrospective k ce mode de conception. Non seulement Marie désigne Joseph comme le père de Jésus sans autre explication (Luc, 2, 48), et l'évan-

(1) Ce point a été surtout relevé dans neuem Magazin, 3, 3, 365 ff.; dans

V Esquisse du dogme de la naissance sur- Kaiser' s bibl. Theel., i, S. a3i f . ; De

naturelle de Jésus ; dans Schmidt's Bi- Wette's , Bibl. Dogmatik t § 281;

bliothek, 1, 3, S. 400 fî.\ dans les Re- Sckleiermacl^r's, Glaubenslehre, a Thl.,

marques sur le point de foi : Le Christ a § 97. été conçu du Saint-Esprit, dans Henke's

TROISIÈME CBAPITnE. § XXV. 1$t

géliste parle de Marie et de Joseph comrpe de ses parents , Yoveiç (Luc, 2, 40 ; mais encore tous ses contemporains, an dire de nos évangiles , le regardaient comme fils de Joseph, et plusieurs fins cette naissance lui a été reprochée en sa présence avec des termes de mépris (Matth. , 1 3, 55 ; Luc, 4, 22 ; Joh. , 6, 4*) ; de tels reproches lui auraient donné une occasion décisive pour invoquer sa conception miraculeuse; et cependant il n'en dit pas un mot. Si Ton objecté qu'il ne voulait pas persuader de la divinité de sa personne par ce moyen tout extérieur, et qu'il ne pouvait s'en promettre aucun effet auprès de ceux dont les dispositions intérieures lui étaient contraires, il faut observer que, d'après le quatrième évangile, ses propres disciples, tout en lui donnant la qualité de fils de Dieu , le regardaient cependant comme le véritable fils de Joseph ; car Philippe le présente à Nathanael comme Jésus fils de Joseph, ivicoiïv tov mov ioxnfy (Joh., î, 46), évidemment dans le même sens de paternité propre que celui que les Juifs attachaient à cette désignation; et nulle part on ne lit que ce fût là une opinion ou erronée ou incomplète dont les apôtres durent se défaire plus tard ; loin de là, le contexte de la narration (il n'est pas possible de le méconnaître) signifie que les apôtres possèdent la vraie croyance. Les autres écrits du Nouveau Testament , pas plus que les évangiles , ne contiennent rien qui confirme l'opinion de la conception surnaturelle de Jésus. Car, lorsque l'apôtre Paul dit que Jésus est né de lajemme , yevo^evo; àt yuvccucoç (Gai. 4? 4)> on ne voudra pas voir , dans cette expression , une négation de la participation masculine ; car en ajoutant : né sous la foi, yevof/.£vov ùro vo;/.ov , il montre qu'il n'a entendu , comme cela se voit si souvent dans l'Ancien Testament , par exemple Job, i4, i , que désigner par ces termes la faiblesse et la bassesse de la nature humaine. Plus loin (Rom. i , 3 seq. , comparez 9,5), Paul fait descendre le Christ de David et des patriarches, selon la chair, xenrà

îgâ PREMIERE SECTION.

crapaa , mais il l'appelle le fils de Dieu , selon l'esprit de sainteté, xaTo:7uv8iï[x.a àyudduvyjç. Personne ici, sans doute, n'identifiera l'opposition entre la chair et V esprit avec l'opposition entre la participation maternelle à la conception dessus, et une force divine qui remplaça la participation paternelle. Enfin, si dans la Lettre aux Hébreux (7,3) Melchisedec est comparé , Comme étant sans père , obràTwp , avec le fils de Dieu, 610; tou ©eou, cette expression ne doit pas être rapportée à l'apparition de Jésus sur la terre; car Paul ajoute les mots sans mère, âf/.YÎTcop,ce qui conviendrait à Jésus aussi peu que l'expression que l'on trouve plus loin, sans généalogie , âyeveaXoyYjToç.

S xxvi.

Retour sur les généalogies.

De toutes les preuves de l'exégèse contre la réalité d'une conception surnaturelle de Jésus , la plus décisive et aussi la plus directe, se trouve dans les deux généalogies que nous avqns discutées précédemment. Déjà le manichéen Faustus avait soutenu que celui qui, comme nos deux généalogistes, fait descendre Jésus de David par Joseph, ne peut supposer, sans contradiction , que Joseph n'a pas été le père de Jésus (1), et Augustin ne fut pas heureux dans sa réponse ,, quand il fit observer, qu'en raison de la prérogative du sexe masculin, la généalogie de Jésus avait dû être rattachée k Joseph, qui était époux de Marie (et père de Jésus), sinon par un lien corporel, du moins par un lien spirituel (2). Dans ces derniers temps , plusieurs théologiens ont soutenu que la nature des arbres généalogiques , dans Matthieu et dans Luc , montraient que les rédacteurs avaient considéré Jésus comme le véritable fils de Joseph (3). En effet, les gé-

(1) Augustinus contra Fau.Uum Muni' (2) L. c, n. 8.

chtvwn, h, a3, 3,4. ( 3 ) Emisse do dogme, etc., dan*

TROISIÈME CHAPITRE. § xxvr. i g3

néalogies doivent prouver que Jésus desceftd par Joseph de la race de David; mais que prouvent-elles, si Joseph n'a pas été le père de Jésus? Dans Matthieu (i, 1) la première assertion (et c'est la tendance de toute la généalogie) est que Jésus est fils de David , ûto; Aaul& ; mais cette assertion est ensuite détruite par le passage postérieur où est nié l'engendrement de Jésus par Joseph , fils de David. Il n'est donc nullement vraisemblable que la généalogie et l'histoire de l'enfance proviennent du même auteur; et il faudra admettre, avec les théologiens susdits, que les généalogies ont été prises ailleurs. On ne remédierait k rien en observant que, Joseph ayant, sans aucun doute, adopté Jésus, la généalogie du premier est devenue celle du second ; car l'adoption peut bien suffire pour transférer au fils adoptif certains droits extérieurs, tels que le droit d'hériter, etc.; mais elle ne pourrait conférer des titres k la dignité de Messie, laquelle était attachée au véritable sang de David. Celui qui aurait regardé Joseph simplement comme le père adoptif de Jésus , ne se serait guère donné la peine de montrer qu'il descendait de David; et si, après avoir établi que Jésus était fils de Dieu , on avait conservé encore un intérêt k le représenter comme fils de David , on aurait plutôt, dans cette vue, pris la généalogie de Marie; car, dans le cas où il n'existait aucun père mortel, il fallait recourir, quoique ce fut contre l'usage , k l'arbre généalogique de la mère. Enfin , si , du temps de la rédaction de ces généalogies, on n'avait pas admis un rapport plus étroit qu'une simple adoption entre Joseph et Jésus, plusieurs auteurs ne se seraient pas occupés k dresser un arbre généalogique où Joseph eût sa place, et il ne nous en resterait pas encore deux échantillons différents.

Il n'est donc guère possible de contester a ces savants

Sclimidt's, BibL, 1. c.,S. 4<>3 f.; K. Cb. L. cher, Glaubenshhre,*, § 97, S. 7 1 . Com- Schmidt, id. 9 3, x , S. 1 3a f.; Schleienna? parez Wegscheider, Instit. , § 1 a3, n. d.

içy4 rnBMiÈRE section.

que ces généalogies ont été rédigées dans l'opinion que Jésus a été le véritable fils de Marie et de Joseph. Les auteurs ou compilateurs de nos évangiles, bien que convaincus, pour leur part , de l'origine supérieure de Jésus, les ont reçues dans leur collection. Seulement Matthieu trouvant dans son original : Joseph engendra Jésus de Marie , Iwdviç Si gyevvviss tov Îtigouv £* ttîç Maptaç (comparez V. 3. 5-6) , et ayant une autre opinion , changea ces mots en : Joseph, époux de Marie , de laquelle naquit Jésus, tov icoGvïcp tov av&pa Mapiaç, s£ fç sysvvr$7) Îtîgouç (l , 16). Par la môme raison , Luc , de son côté , au lieu de mettre simplement : Jésus fils de Joseph , iyicou; ûioç ia>(ri)<p, mit: Jésus, /ils, comme on croyait, de Joseph, ôv, w; èvop.t£eTo, uw; icoerîç. Nous avons remarqué plus haut que nos généalogies ne peuvent pas avoir été composées avec l'opinion que Joseph n'était pas le père de Jésus; et il ne faut pas s'appuyer sur cette remarque , pour objecter qu'alors il ne peut y avoir eu aucun intérêt a les incorporer dans les évangiles. Car la composition primitive d'une généalogie de Jésus, à supposer même que, dans notre cas, il se fut agi seulement de rapporter k Jésus des arbres généalogiques déjà existants, était demandée par un puissant intérêt ; et cet intérêt était , clans l'hypothèse de la descendance corporelle de 3ésus par Joseph , de donner un appui capital k la croyance en lui comme Messie. Dans l'autre hypothèse, un intérêt différent, mais plus faible, engageait k adopter les généalogies déjk faites ; car, bien qu'il n'y eût pas de filiation naturelle entre Joseph et Jésus , ces généalogies ne paraissaient pas inutiles pour rattacher Jésus k David, De la même façon, les deux histoires de là naissance, dans Matthieu et Luc, qui excluent décidément Joseph de la conception de Jésus, attachent néanmoins de l'importance k la descendance davidique de , Joseph, (Matth. 1, 20; Luc, 1, 27; 2, 4). Remarquons ^toutefois que , même après que le point de vue était changé,

on conserva ce qui pourtant n'avait de l'importance que dans la première opinion.

Ainsi l'origine de nos généalogies se trouve reportée dans Un temps et dans un cercle de la primitive Eglise où Jésus passait encore pour un homme né naturellement. Nous sommes donc ramenés aux Ebionites. L'histoire de ces premiers temps nous apprend que les Ebionites, en tant qu'ils se distinguaient encore des Nazaréens , avaient adopté cette opinion de fa personne du Christ ( 1 ) ; et nous soutenons que les généalogies dans Matthieu et dans Luc ont dû être rédigées par des chrétiens primitifs , imbus des doctrines ebionites. Nous devrions donc nous attendre à retrouver ces anciens arbres généalogiques dans les anciens évangiles ebionites , sur lesquels il nous reste encore des renseignements ; mais nous ne serons pas peu surpris d'apprendre que justement ces évangiles judéo-chrétiens étaient sans les généalogies (2). A la vérité, l'évangile des Ebionites ne commençant, d'après Epiphane, qu'après l'apparition de Jean- Baptiste, on pourrait entendre, par les généalogies, yevso&oyiatç , qu'ils auraient supprimées , l'histoire de la naissance et de l'enfance, contenue dans les deux premiers chapitres de notre Matthieu ; car, rejetant la conception de Jésus sans père, ils n'ont pas dû adopter ces deux chapitres, au moins dans la forme qu'ils ont aujourd'hui ; et il serait possible de croire qu'il ne manquait à leur évangile que ces deux -chapitres contraires à leur manière de voir , et que les arbres généalogiques conformes à leurs dogmes avaient été insérés quelque part ailleurs. Mais cette explication n'est pas admissible ; car Epiphane, parlant des Nazaréens, et disant qu'il ne sait pas si les généalogies leur ont manqué oui ou non, caractérise ces pièces en rapportant qu'elles allaient d 'A-

(1) S. Justin. Mart, Dial. cum Try* ment, i* Motth.> t. 16, éd. de la Une, phone, 48 ; Tkeodoret, Fabr. hmr., 0, 4 ; yoI. 3 f p. 733. Origescs eontm Celtum, h. 5, 61; Corn» (a) ffœres., 3o, g 14.

braham jusqu'au Christ , tocç âiro À.êpaàf/. ewç Xptcrou (1); par conséquent, lorsqu'il dit que les généalogies manquaient a quelques hérétiques, il entend évidemment les arbres généalogiques , bien que , en appliquant cette expression aux Ébionites , il y comprenne aussi l'histoire de la naissance. Comment donc se fait-il que l'on ne trouve pas les généalogies, justement chez la secte chrétienne où nous pensions devoir en chercher l'origine? et comment nous expliquer ce fait singulier? Un érudit a récemment émis la conjecture que les judéo-chrétiens ont supprimé, par prudence , les arbres généalogiques pour ne pas faciliter et augmenter les persécutions qui menaçaient, sous Domitien, et peut-être auparavant, la famille de David (2), Mais des explications prises en dehors du sujet et dans des circonstances accidentelles qui sont même soumises au doute de la critique historique, ne devraient être invoquées que lorsqu'il est tout-à-fait impossible de trouver une explication dans la chose même. Or , cette impossibilité n'existe pas dans le système ébionite, surtout elle n'existe pas pour le savant dont j'ai parlé, et qui, par ses estimables recherches sur les Ébionites , a réuni tous les éléments d'une solution satisfaisante de la présente difficulté (3). Épiphane , à qui nous devons la notice de l'absence des généalogies dans l'Evangile des Ebionites, dépeint, *non les Ébionites primitifs et purs, mais les Ébionites postérieurs imbus des opinions d'un certain Elxai , c'està-dire, comme Credner et Baur l'interprètent (4), des doctrines çsséno-gnostiques. Épiphane , nous l'avons vu ,

(1) Epiphan., Hœres. , 99. 9.

(») Credner , in den Beitncgen zur Einleitung in dos N. T., 1, S. 443. Anm.

(3) Sur les Esséniens, les Ébionites et tin rapport partiel entre eux, dans "Winer's Zeitschrift fur wissenschaftliche Tlieçlogie, 1 Bd., a«" und 3««* Heft.

(4) Credner, 1. c, S. 317; Baur, dans son Programme , De Evionitarum

origine et doctrina ab Essenis ntpetenda.

Comparez christl. Gnosis , S. 4o3. An reste, Storr, Sur le but de l'histoire èvangèlique et les lettres de Jean (p/a86, 363) , conjeeture qu'Epiphane pourrait avoir confondu l'évangile des Elxesaïtes avec celui des Ebionites , et cette conjecture n'est pas sans fondement.

n'ose pas décider si les Nazaréens , voisins par leurs doctrines des Ebionites primitifs , ont eu ou n'ont pas eu les généalogies. Nous ne tirerons de ce fait' aucun argument, attendu que les Nazaréens sont représentés comme admettant la conception surnaturelle de Jésus. Mais le même Épiphane nous apprend de Cérinthe et dé Carpocrate, ces anciens Ebionites imbus de la Gnose , qu'ils se servaient du' même évangile que les Ebionites , mais qu'ils argumentaient des généalogies pour prouver rengendrement naturel de Jésus par Joseph ; ils lisaient Jonc les généalogies dans l'évangile des Ebionites (1). Les Mémoires, aTCopy)pveu[/.aTa, cités par Justin et qui proviennent du domaine judéo-chrétien , semblent aussi avoir eu une généalogie semblable k celle de notre Matthieu ; car Justin , comme Matthieu , parle, au sujet de Jésus, d'une race de David et d y Jbraham , yevoç tou Aaë!& xal Àêpaàf/.,d 'une semence venue de Jacob par Juda, Phares ', Jessé et David, crcrspaa è£ iaxwë,

(1) Hœres,, 3o, 14: Ô jùv yàco KvjptvGoç xaî Kapiroxpàç tw owtS xpupivoc Wap' ovtoTç (toîç E&avat'ocç) tvccyyùtoi, &rch t9Jç àpx^Ç tov xarà MarGctîov «v«yycXt'ov £cà Tv)$ ytvtoàoyiaç j3ovXovrat irapevr$v ** wr/p^aroç iaxrhy x<x\ Maptaç fTvae rbv Xptcrrov. Oa ue . comprend pas trop comment Credner {Beitrœge , 1. c.) en vient à entendre,, dans ce passage , par généalogie, non l'arbre généalogique, mais l'histoire de la naissance. De quelle manière l'histoire de la naissance suivant Matthieu aurait-elle pu servir de preuve pour- l'origine purement humaine de Jésus? Credner invoquera sans doute l'absence des listes généalogiques dans l'évangile ébionite employé par Cérinthe et Carpocrate , et prétendra que ces deux hérétiques n'ont pu argumenter de cette partie qui manquait justement à leur évangile; mais ne serait-on pas en droit de demander aussitôt s'il ne faut pas retourner la proposition, et si l'évangile ébionite manquait , non de la généalogie , mais de l'histoire de la naissance ; de

sorte que Cérinthe et Carpocrate ont toujours pu y puiser des arguments? Epiphane dit que les généalogies , ytvtcàoyiou, étaient supprimées dans l'évangile ébionite , et que les deux hérétiques susdits s'appuyaient smr la généalogie ; dans les deux cas , il se sert du même mot. Sans doute ce mot signifie , dans les deux cas, la même partie de l'évangile de Matthieu , et cette partie est , ainsi qu'il a été expliqué plus haut , la liste généalogique. Cette liste pouvait très bien se trouver dans l'évangile de Cérinthe , conforme, pour le reste, avec l'évangile ébionite ; car Epiphane parait opposer, à cet égard , ces deux hérétiques et les Ebionites; et, après avoir dit que Cérinthe et Carpocrate avaient employé les généalogies, il passe aux Ebionites par cette transition : « Ceux-ci ont quelques autres opinions; car supprimant les généalogies de Matthieu, etc. , ovtoc Si aXXx T»va &avoovvTcu* irotpocxoif»avTeç yoep t«ç wapoc tw MoctGouw ymoùoyictç xxi.

$vx io'jâa xal<I>ap£ç xal iecaal xal Aaélî xaTfip^ojxevov (i) ; seulement , au temps et dans le siècle de Justin , l'opinion de la conception surnaturelle de Jésus avait engagé à rattacher sa généalogie , non à Joseph , mais k Marie.

Si les Ebionites postérieurs d'Épiphane, modifiés par des éléments étrangers, n'ont pas eu les généalogies, cela doit peu nous surprendre ; car nous sommes en état, de montrer avec vraisemblance que les motifs de leur aversion contre les généalogies furent dans les modifications ultérieures du système ébionite. Un de ces motifs était évidemment l'opinion défavorable que les Ébioiiites d'Épiphane et des Ho- . niélies Clémentines , d'après les recherches de Credner sur ' un ouvrage de ces Ebionites postérieurs (a) , avaient de David , dont la généalogie de notre premier évangile fait descendre Jésus. Ils distinguaient, on lésait, dans l'Ancien Testament, une double prophétie , Tune mâle , l'autre femelle ; l'une pure, l'autre impure ; la première n'annonçant que des choses divines et vraies , la seconde , des choses terrestres et fausses ; la première venant d'Adam et d'Abel, la seconde, d'Eve et de Gain , et toutes deux se suivant dans toutel'histoirede la révélation (3). Us ne reconnaissaient pour vraisprophètesdansl' Ancien Testament queleshommespieux depuis Adam jusqu'à Josué ; non seulement ils ne reconnaissaient pas pour tels , mais encore ils détestaient les prophètes et les hommes de Dieu postérieurs, parmi lesquels David et Salomon sont nommés (4). Nous trouvons même des indications positives que David a été l'objet de leur abomination particulière. Plusieurs raisons leur rendaient odieux David (et aussi Salomon) : David avait été un guerrier sanguinaire ; et l'effusion du sang était , d'après les Ebionites, un des prin-

(1) DUl. c. Tryph., 100. 120. Ici (a) Mémoire cité,

encore je sais en désaccord avec Cred- (3) Bomil.,5, a3-37.

11er, qui prétend qne Justin n'a pas parlé (4) Epiph. 9 Hœret, , 3o, 18 ; coxnpa-

cipaux péchés. On connaît un adultère de David ( et , de Salomon, ses voluptés ) ; or les Ébionîtes abhorraient l'adultère plus encore que le meurtre. David était un joueur d'instruments à cordes; or, la musique des instruments à cordes, invention des Caïnites (1, Mos., 4» 21 )> éta it un signe de la fausse prophétie ; enfin les prophéties venues de David, et celles qui se rapportaient k lui et à Salomon, allaient à un royaume terrestre dont les Éhionites ne voulaient pas entendre parler (i). Ce rejet de David et des hommes de Dieu postérieurs , cette position toute critique et éclectique à l'égard de l'Ancien Testament, appartiennent, non au vieil ébionitisme , né sur le fonds du judaïsme ordinaire , mais à l'ébionitisme plus récent, altéré par les doctrines esséniennes ou par toute autre opinion. C'est encore ce qui fit que, tandis que les premiers et purs Ébionites repoussaient, pour Jésus, la dénomination de fils de Dieu (2), et le reconnaissaient, sans aucun doute , coitime fils de David , les Ébionites des Clémentines et d'Épiphane, au contraire, le disaient fils de Dieu , et rejetaient la dénomination de fils de David comme appartenant à l'opinion vulgaire des Juifs (3). Les renseignements ne sont pas suffisamment clairs et concordants sur un second point, à savoir si les hbioûites postérieurs avaient été conduits à rejeter la généalogie par un changement de l'ancienne doctrine ébionite sur la personne

(1) Voyez, les passages dans Credner . (Mémoire cité). Un endroit des Homélies Clémentines , bien qu'il n'y ait pas désignation de nom, montre clairement que ce sont ces traits qui déplaisaient dans David à cette secte chrétienne. On lit , ffômiL, 3, a5 : En pqv xoà ot àwo tTJç tovtou (rtv Katv ) itetiox^Ç wpotAvjXu-

OoTtÇ. «pWTOI fJLOC^ol fyeVOVTO , XOlî $><x\-

Trç'ptoc, xat xiQxpeu, xat j^a/baiç oirXotv nokîfUxSv cy/vovTO. Ai* 3 xal vi t»v cyyovwv irpoyvjTei'a, potx&v xat ipaXTYjptwv y/fxouaa , XavOavovTaç &ôe xSv $$uwa-

0UWV W$ TOVÇ KoXcfAOV£ C/CtOCC.

(a) Tertullian., De prœscript. hœr. t ùù, (3) Clément., Homil., 18, i3. Ils rap-.

portaient les paroles de Matthieu, 11, 27 : Personne ne connaît le père si ce n*est lejils, etc., ovSetç tyva tov Trotr/pa, et jxv) Otoç xtX. , a ceux qui prenaient David pour le père du Christ , et qui ne connaissaient pas le Jils de Dieu , tovç frar/pot vopÇovrocç Xptaxou tov Aa(Ti<î « xotji avrov êe tov Xptorov wiov oVra, xal viov ©sou pwj iyvwxoraç, et ils se plaignaient que tous disaient David au lieu de Dieu , àvrt tov 0cov tov Aa£2£ «cav- «ç Heyov.

âOO PKEMItiïlE SECTION.

du Christ. D'après Epiphane , ils distinguaient, tout-à-fait à la façon des Gnostiques, Jésus, fils de Joseph et de Marie, du Christ descendu en lui ( i ) ; et la seule raison qui put les empêcher de rapporter la généalogie à Jésus, fut leur aversion pour David. Au contraire , l'opinion fondamentale qui règne dans les Clémentines, et un passage de ces Homélies, ont autorisé récemment la critique à conclure , non sans apparence de raison, que l'auteur de cet ouvrage avait aussi abandonné' la doctrine de la conception naturelle et même de la naissance naturelle de Jésus (2).

En résumé, et c'est une conjecture suggérée par la nature même des choses, les généalogies de Jésus dans Matthieu et Luc ont été produites sur le sol du plus ancien judéo-christianisme ; si ces généalogies ne se trouvent pas dans les Ebionites d'Epiphane, il n'y faut pas voir un argument contraire ; car ces Ehionites ne sont plus Jps Ebiotiites primitifs et purs ; d'après plusieurs indices, les anciens Ebionitesônt eu les généalogies ; les Ehionites postérieurs furent obligés de les rejeter par des motifs qui provenaieirt du remaniement postérieur de leur système.

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