‹ Vie de Jésus: ou examen critique de son histoire (volume 3)Chapitre 21 sur 35 · XXVII · texte numérisé non relu

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Explication naturelle de l'histoire de la conception.

D'après ce qui vient d'être dit , l'explication surnaturelle de la conception est sujette à d'extrêmes difficultés tirées aussi bien de la philosophie que de l'exégèse. C'est donc la peine d'examiner si une autre explication ne réussirait pas à lever ces difficultés. Aussi a-t-on essayé d'expliquer naturellement tantôt l'un ou l'autre récit évangélique, tantôt tous les deux. D'abord le récit de Matthieu parut se prêter à une

(1) Epiphan., Hœres., 3o, 1/,, i6, 34. GnosU, S. 760 ff. Comparez Credner, 1. ^ * (2) Sclmeckenburger , XJcbcr das c , S. a 55 f. V:£pa7*jr. derAïgvpfer, S. 7; Baur, chtistl.

telle interprétation : on prouva, à l'aide de nombreux passages rahbiniques, que, suivant les idées juives, le fils de parents pieux t est engendré avec la coopération de l'Esprit- Saint, et en est dit le fils, sans que Ton ait songé a exclure, par ces expressions, la participation d'un père k la conception. En conséquence, le chapitre de Matthieu, a-t-on dit, ne contient rien de plus que ce qui suit : L'ange a voulu dire à Joseph , non que Marie était devenue enceinte sans la coopération de l'homme, mais seulement que, malgré sa. grossesse , il fallait la considérer comme pure et exempte de souillure. C'est dans Luc d'abord, continue-t-on, que, l'idée primitive ayant été forcée , les mots : je ne connais pas d'homme , av£pa où yivcocxco, ont été pris comme excluant toute participation paternelle (i), 11 fut objecté avec raison parles adversaires, que, même dans Matthieu (1, 1$), les mots : avant leur union, 7cplv : h cuvg^Ôetv ocùtoùç, excluaient positivement le seul homme dont il fût question, k savoir Joseph. On crut trouver cette exclusion moins positive dans l'évangile de Luc, mais ce ne fut qu'en bouleversant le sens clair des mots, contrairement à l'exégèse, ou en frappant de suspicion, contrairement à la critique, unepartie de ce récit si bien enchaîné. Dans le premier système , c'est-à-dire l'altération du sens, la demande de Marie : Comment cela se peut-il, puisque je ne connais pas d'homme? tcûç ïg^ox touto, êral av£pa où ytvwGXû) (1 , 34), devait signifier : Comment, moi, déjà fiancée et mariée , puis-je enfanter le Messie , puisque je ne devrais, si j'étais sa mère , ri avoir point de mari? À quoi l'ange répond que Dieu, par sa vertu , peut faire quelque chose de spécial de son enfant, engendré avec Joseph (2),

(1) Br... Le récit d'après lequel Jésus deux premiers chapitres dans l'évangile

est représenté comme né par le Saint- , de Luc.

Esprit et d'une vierge, expliqué d'après (2) Remarques sur le point de foi:

les idées du temps, dans Schmidt's, Le Christ a été conçu du Saint-Esprit ,

Bibl., i, 1, S. loi ff.— Horst,dans dans Hcnke's neuem Magazin, 3, 3, 399! ffenhe's Muséum, 1, 4, [Igfff., «irles

Le second système n'est pas moins arbitraire ; on y explique la question intercurrente de Marie , citée plus haut , comme une interruption, peu naturelle, il est vrai, du discours de Tange, on n'en tient aucun compte , et dès lors on prétend que le passage ne renferme aucune allusion précise k la conception surnaturelle de Jésus ( 1 ).

Ainsi la difficulté d'une explication naturelle est égale pour les deux récits ; et il fallait ou y renoncer des deux côtés ou la brusquer des deux cotés ; des rationalistes conséquents , tels que Paulus t né* pouvaient prendre que ce dernier parti (2). Ce commentateur regarde comme exclue par Matthieu, 1, 18, la participation de Joseph, mais non celle de tout autre homme ; il ne peut pas davantage trouver une opération merveilleuse et divine dans les expressions de Luc (1, 35) esprit saint , ™vj\lol ayiov, et puissance du Très-Haut , Suvapuç ù^igtou. "L'esprit saint, irv£'j[/.a ayiov , n'est pour lui rien qui ait agi du dehors sur Marie ; ce n'est pas autre chose que sa pieuse imagination. La puissance du Très-Haut, àuvajjuç u^igtou, n'est pas pour lui la toute-puissance divine ; mais toute force naturelle , employée d'une façon qui plaît à Dieu , peut être ainsi appelée. En conséquence , d'après Paulus, le sens des paroles de l'ange est le suivant : Avant son mariage avec Joseph, Marie, sous l'influence d'un pur enthousiasme pour les choses saintes d'un côté, et d'autre côté par une coopération approuvée de la divinité (il est bien entendu que c'est la coopération d'un homme), déviendra mère d'un enfant qui . à cause de cette sainte origine , devra être nommé fils de Dieu (3).

Mais voyons de plus près comment le représentant de l'ex-

(l) Scbleiermacher, Ueber den Lu- tion scripturale que Joseph est le vrai

kas, S. a6f. père de Jésus, 1791.

(a) Eseeget, Handbuch, t, a, S. 99 ff., (3) Paulus considère cette explication

ni (T. Comparez (Walther) Démenstm- comme la seule qui soit conforme aux

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plication rationaliste se figure les particularités de la conception de Jésus. Il part d'Élizàbeth, qu'il appelle la patriote et prudente fille d'Àaron. Ayant conçu l'espérance d'enfanter un prophète de Dieu , elle devait souhaiter qu'il fût le prophète suprême,' le précurseur du M essie, et par conséquent que le Messie naquît bientôt. Elle avait dans sa parenté une personne qui convenait parfaitement pour être la mère du Messie : c'était Marie , la jeune vierge , descendante de David ; il ne s'agissait plus que d'exciter en elle des espérances particulières (1). On prévoit, d'après ces insinuations , un plan habilement concerté par Elizabeth au sujet de sa jeune parente, et l'on espère y êtreinitié; mais icr Paulus laisse tout-à-coup tomber le rideau et illfoi^observer' que la manière dont Marie a été convaincue qu'elle deviendrait la mère du Messie doit rester indécise historiquement; seulement il est sûr que , dans tout cela , Marie est demeurée pure ; car elle n'aurait pu paraître , comme elle le fit plus tard 9 avec une bonne conscience sous la croix de son fils , si elle s'était sentie digne de blâme pour l'origine des espérances qu'elle avait conçues de lui (2). On ne trouve, plus loin, que les indications suivantes sur l'opinion propre de Paulus : L'ange annonciateur est apparu a Marie peut-être le soir ou même la nuit; Luc (1, q8) a seulement: et venant auprès d'elle , il dit , *al sîceXôôv rcpoç a'jnïjv etra ; les mots l'ange, 6 ayye^oç , y manquent. Cette leçon, qui est la meilleure , dit Paulus, montre qu'il ne s'agit que de quelqu'un qui survient (comme si le participe venant n'aurait pas été, dans ce cas,

idées et au langage des Orientaux , et il paraphrase et si Ton dit : Animée d'an

OTertit de ne pas loi donner un traves- pur enthousiasme religieux, ta te livre»

tissement occidental ( p. 1 14). Ainsi on ras, en toute innocence» à une opération

la travestirait à la façon des Occiden- que Dieu approuve , c'est se servir, d*a-

taux, si Ton entendait les paroles de près le docteur Paulus , du langage des

l'ange comme suit : L'enfant sera conçu Orientaux I dans le sein de sa mère, sans un père (1) L. c,, S. 99 f.

mortel , par l'esprit saint de Dieu et par (a) L. C, S. 100, 114.

sa toute-puissance. Au contraire, ai l'on

:tù

accompagné nécessairement du pronom quelqiCw}^ tiç, ou ne doit pas être rapporté, en l'absence de ce pronom, au sujet : l'ange Gabriel \ à iyytkot TaêçiiÇk). Paulus ajoute que Marie , ayant entendu parler de la vision de Zacharie , compléta la sc^fne dans son esprit , en supposant que ce survenant avait été l'ange Gabriel.

Déjà Gabier, dans un examen du Commentaire de Paulus (1), a mis au grand jour, avec une crudité de termes qui n'est pas messéante , ce qui se cache sous cette explication du récit évangélique. Dans l'opinion de Paulus , dit-il, il ne reste plus qu'à penser que quelqu'un s'est donné à Marie pour l'ange Gabriel, et, à l'aide de cette imposture, a couché avec elle afin d'engendrer le Messie. Quoi ! demande Gabier, Marie, au temps où elle est fiapeée, deviendra grosse d'un autre, et on dira qu'elle l'est devenue sans péché , d'une manière approuvée» de Dieu , par une opération innocente et sainte! Marie se montrerait comme une pieuse mystique, et le prétendu messager du ciel serait ou un trompeur, ou, lui aussi, un grossier mystique. Ce théologien , du point de vue chrétien , trouve avec raison une pareille assertion révoltante ; et du point de vue de la critique , elle paraît en contradiction complète avec l'intention des récits évangéliques , lesquels supposent la pureté immaculée de toutes ces choses.

Mais ici , l'auteur de Y Histoire naturelle du grand prophète de Nazareth doit être considéré comme le plus digne interprète de Paulus. Bien que , lors de la rédaction de cette partie de son ouvrage , il ne pût pas encore profiter du Commentaire de ce théologien , il est tout-à-fait animé du môme esprit , et il développe sans crainte ce que celuici cache encore sous un voile. L'historien Josèphe a raconté (q) qu'un chevalier romain (cette aventure se passa à

(i) Dans Neuest, theol. Journal, 7 Hebr. Myth. p 1, S. 19J, <?| ff. ■ Bd., 4 Stùck,, 8,407 f. Compares Bauer, (a) Antiq., 18, 3, 4.

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l'époque même de Jésus) gagna k ses désirs la chaste épquse d'un noble romain, en la faisant inviter par un prêtre d'Isis dans le temple de la déesse , sous le prétexte que le dieu Ànubis demandait a l'embrasser* La femme, pleine d'innocence et de foi , y consentit , et plus tard elle aurait cru peut-être mettre au monde un enfant divin , si le misérable, par une amère moquerie , ne lui avait pas appris le véritable état des choses. Venturini s'empare de cette aventure, et # il pense que Marie , étant fiancée du vieux Joseph , fut trompée par un jeune homme mystique et amoureux (il en fait plus loin Joseph d'Arimathie ! ), et qu'elle a, à son tour, en toute innocence, trompé les autres (i). Paulus ayant cité également cette comparaison de Yenturini et y ayant appuyé avec une prédilection visible (2), on ne le voit pas sans étonnement ajouter : Celui qui a atteint un point plus élevé écoutera de telles conjectures avec le désir que le corps de Jésus n'en soit pas plus l'objet que son esprit. Quel est donc ce point plus élevé, que Paulus a atteint par comparaison avec l'auteur de Y Histoire naturelle du grand pro^ phète de Nazareth? et cndiffèrc-t-il en rien, si ce n'est qu'il se tait sur des conséquences qu'au reste chacun tire involontairement à part soi , du moment que les prémisses sont posées comme elles le sont dans Paulus? 11 vaut mieux dans tous les cas qu'elles soient exprimées ; l'opinion de l'auteur trompe moins et se juge plus vite ; exposée comme elle Test dans Y Histoire naturelle du grand prophète , il devient évident que cette explication n'est pas autre chose que le vieux blasphème juif, que nous trouvons dans Origène et dans le Talmud , à savoir que Jésus s'était dit faussement le fils d'une vierge pure , et qu'il était né de l'adultère de Marie avec un certain Panthère (3).

(l) Enter TlieiL, S. i£o ff. ' ihorplioïes où se retrouve toujours le

(1) L. c, S. 117 f. nom de Pantheras ou de Pandira. Voye*

(3) Cette légende a subi diverses meta- Origène, C. Cet*., i , 28, 3a ; Schattgen ,

Toute cette opinion , dont le point culminant est dans la calomnie des Juifs , ne peut pas être mieux jugée qu'elle ne Fa été jadis par Origène , lorsqu'il dit : Puisque les Juifs voulaient substituer quelque chose au récit de la naissance surnaturelle de Jésus , ils auraient dû faire une fiction plus vraisemblable, ne p?^ accorder , contre leur propre volonté, que Marie n'avait pas été touchée par Joseph , mais nier • cette circonstance même, et faire naître Jésus d'un mariage ordinaire entre Marie et Joseph ; au lieu que le mensonge de leur hypothèse frappe aussitôt les yeux à cause de ce qu'elle a de forcé et d'extravagant (1). Les paroles d' Origène ne reviennent-elles pas à ceci : du moment que l'on révoque en doute certains traits d'une histoire merveilleuse , il est inconséquent d'en respecter d'autres ; un tel récit doit être examiné dans toutes ses parties avec les yeux de la critique.

La véritable intelligence de la narration évangélique , dont il est ici question, se trouvait déjà, quoique indirectement , dans Origène. En effet , une fois , il compare la conception surnaturelle de Jésus avec le récit de la conception de Platon par Apollon, et dans cet endroit il est d'avis que des malintentionnés seuls peuvent douter de tels récits (2) ; une autre fois , il dit que le récit concernant Platon appartient aux mythes par lesquels on a voulu expliquer la sagesse et la capacité extraordinaires de certains grands hommes; mais cette seconde fois, il laisse de côté le récit de la conception de Jésus (3). Ainsi il avait reconnu la similitude des deux récits , et le caractère mythique de l'un d'eux ; or , ce sont là les deux prémisses qui donnaient comme conséquence le caractère mythique du récit de la conception de Jésus, conséquence qui , du reste , ne peut pas s'être présentée une seule fois à l'esprit d'Origène.

ffone, a, 693 et seq„ ex tract. Sanhe- (1) €, Cels., r, 32.

driu , etc.; Eisenœenger, Entdecktes Ju- (a) Tb„ 6, 8.

cUnthnntt i, S» io5 ff. t aus der Scbmapk- (3) /&, 1, 37. •chrtft, Toledoth Jcschu.

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