‹ Vie de Jésus: ou examen critique de son histoire (volume 3)Chapitre 32 sur 35 · PREMIÈRE VISITE DU, TEMPLE ET ÉDUCATION DE JÉSUS · texte numérisé non relu

PREMIÈRE VISITE DU, TEMPLE ET ÉDUCATION DE JÉSUS

S xxxix.

Jésus, âgé de douze ans, dans le Temple.

I/évangile de Matthieu garde le silence sur tout l'intervalle écoulé depuis le retour d'Egypte des parents de Jésus , jusqu'à son baptême par Jean-Baptiste ; et Luc lui-même ne rapporte qu'une seule aventure dans le long espace compris entre sa première enfance et son âge viril : c'est la manière dont , à douze ans, il se comporta dans le Temple de Jérusalem (2, fa -5%). Ce récit des commencements de la jeunesse de Jésus se distingue , d'après la juste remarque de Hesse ( 1 ) , des récits relatifs à son enfance qui ont été examinés jusqu'ici ; et il s'en distingue en ceci : c'est que Jésus n'y joue plus un rôle simplement passif , mais qu'il y donne une preuve de sa haute destination. Et de tout temps on a attaché un prix particulier à cette preuve, qui nous montre le moment où Jésus prit conscience de tout ce qu'il était (2).

A l'âge de douze ans où, d'après la coutume juive, l'enfant prenait part lui-même aux rites sacrés , Jésus , conformément à ce récit , fut amené à Jérusalem par ses parents, qui , ce semble , le conduisirent alors pour la première fois à la fête de Pâques. Le temps de la fête s'étant écoulé , les parents se mirenten route pour retourner chez eux. D'abord ils ne s'inquiétèrent pas de ne point voir leur fils avec eux f

. (1) Gescliiclite Jcsti, i,S. no. (a) Olshauscu, bibl, Comm. 1 , S.

CINQUIÈME CHAPITRE. § XXXIX. 3l3

pensant qu'il était quelque part ailleurs dans la compagnie des voyageurs ; ce ne fut qu'après avoir fait une journée de marche, et l'avoir vainement cherché auprès de leurs parents et connaissances, qu'ils retournèrent à Jérusalem pour avoir de ses nouvelles. Cette conduite des parents de Jésus peut surprendre ; on croit devoir leur supposer une surveillance attentive sur l'enfant céleste qui leur avait été confié , et l'on ne comprend pas qu'ils l'aient perdu si long-temps de vue. Aussi , leur a-t-on , de différents côtés , reproché de la négligence et l'oubli de leurs devoirs (1). Mais on trouvera naturel et juste que des parents n'aient pas tenu continuellement sous leurs yeux , avec une attention inquiète , un garçon de douze ans, ce qui, dans l'Orient, est autant que chez nous un garçon de quinze , et aussi formé de caractère que Jésus avait déjà dû se montrer (2). Si, au moment du départ , il n'était pas auprès d'eux , il aurait été inutile de le chercher dans le tumulte de la capitale encombrée d'une multitude d'étrangers , et de laisser partir, pendant ce temps, leurs compatriotes. Le meilleur parti était celui que prirent les parents de Jésus : c'était de suivre , après avoir attendu quelque temps, la caravane galiléenne, au milieu de laquelle Us avaient toute raison de supposer leur fils , puisqu'ilsy avaient des parents et amis , (yuyyevetç xal yvaxiTouç (3). Revenus à Jérusalem, ils trouvent; le troisième jour, leur fils dans le Temple , sans doute dans une des salles extérieures, et au milieu d'une assemblée de docteurs. Il était occupé à converser avec eux , et il excitait l'admiration générale (V. 45, seq. ). D'après quelques indices, il semblerait qu'ici Jésus occupe, vis-à-vis des docteurs, une position supérieure à celle qui pouvait convenir à un enfant de douze ans. Déjà, le mot assis } xaôe£o(/.svov (V. 46), a excité des

(1) Olshauscn, 1. c. S. 146. S. io3; Tholuck, Glaub wurdigkeit , S.

(2) Hase, Lebcn Jcsu, § 07; Heyden- 216 f.

reich, ùber die Unzulaessiçkeit u. s. î. 1, (5) Voyez l'explication de Tholuck, 1.

c. S.2i4ff.

3l4 PREMIERS SECTION.

scrupules ; car, d'après ce que les Juifs nous ont appris, ce ne fut qu'après la mort du rabbin Gamaliel, mort arrivée long-temps après, que les élèves des rabbins prirent l'habitude de s'asseoir; jusque là, ils avaient été astreints à se tenir debout ( 1 ) ; mais cette tradition juive est douteuse (a). On a encore trouvé surprenant que Jésus ne fût pas seulement auditeur, okoucov , mais qu'il prit aussi la parole pour interroger , irapuTûv , et qu'il par ût se comporter à l'égard des docteurs comme leur maître; A la vérité , c'est ce rôle que lui attribuent les évangiles apocryphes , d'après lesquels Jésus , dès avant l'âge de douze ans, embarrassait tous les docteurs par ses questions , et découvrit à celui qui lui apprenait l'alphabet , la signification mystique des lettres ; selon ces mêmes apocryphes, dans la visite du Temple, il met en discussion des questions controversées , telles que celle sur le Messie, a la fois fils et seigneur de David (Matthieu, Q2 , 4*5 seq. )> et aussitôt il résout toutes les difficultés (3). Sans doute, si les mots interroger et répondre y ep&rav , àrcoxpiveaôai , devaient s'entendre comme si Jésus jouait, dans cette scène, le rôle de docteur* il nous faudrait, à cause d'une particularité si peu naturelle (4) 9 suspecter le récit évangélique. Mais rien ne nous oblige à comprendre ainsi ces expressions ; car, d'après la coutume juive, l'enseignement rabbinique était de telle sorte que non seulement les maîtres interrogeaient les élèves , mais encore les élèves interrogeaient les maîtres quand ils avaient besoin d'explications sur quelques points (5). Ici donc , nous pouvons admettre, avec d'autant plus de vraisemblance , des questions convenables à un enfant, que notre texte, non sans inten-

(i) Mègillab , f. 21 , dans Lightfdot, fant. ardb. c; 48 *6ty * p. t*3 seq. ddas

sur ce passage. Thilo.

(3) Voyex dans Kuinoél, in Lnc. p. (4) Olshauseu regarde aussi cette pà>*

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