‹ Vie de Jésus: ou examen critique de son histoire (volume 3)Chapitre 8 sur 35 · DE LA SECONDE EDITION. D · texte numérisé non relu

DE LA SECONDE EDITION. D

ce qtï*on peut voir, par exemple, dans l'article de l'écrivain qui a rendu compte de mon livre dans les Annales de Berlin. En un ouvrage comme celui de De Wette, les dissidences et les contradictions devaient exciter ma plus vive attention ; et, autant que la chose était encore Faisable et que mon assentiment s'y prêtait, j'ai corrigé mon travail dans quelques parties d'après ses indications.

Le court espace de temps qui s'est écoulé , et ma position actuelle, peu favorable à des études suivies, ne permettent pas que cette seconde édition soit , à proprement parler, une refonte de la première ; cependant j'ai soumis tout l'ouvrage à une révision répétée et attentive , et en tout point je me suis efforcé d'utiliser, pour l'améliorer, ce que m'avaient appris les objections de mes adversaires , les communications de mes amis , et mes propres recherches ; remplissant les la* canes qui étaient devenues visibles , rétractant ce que j'avais reconnu n'être pas soutenable , et insistant avec plus de force sur ce qui m'avait paru établi et constant. J'espère que l'on ne méconnaîtra pas complètement cette bonne volonté,

Ludwisburg , le 27 septembre i836.

L'AUTEUR

PRÉFACE

If a paru à Fauteur de l'ouvrage dont la première partie est ici mise sous les yeux du public , qu'il était temps de substituer une nouvelle manière de considérer l'histoire de Jésus à l'idée vieillie d'une intervention surnaturelle ou d'une explication naturelle. Je dis idée vieillie , et personne ne me contredira aujourd'hui ni pour la première ni pour la seconde manière de voir; car, tandis que l'intérêt eicité par les explications des miracles et par les réalités naturelles des rationalistes s'est refroidie depuis longtemps, les commentaires les plus lus sur les évangiles sont actuellement ceux qui savent accommoder au goût moderne la conception surnaturelle de l'Histoire Sainte. Cependant il est vrai de dire que la manière orthodoxe de considérer cette histoire s'est survécu à elle-même plus vite que la manière rationnelle; car celle-ci ne s'est développée que parce que la première ne suffisait plus aux progrès d'une civilisation croissante; et les tentatives récentes pour se replacer, à l'aide d'une philosophie mystique, dans le point de vue surnaturel de nos ancêtres, montrent par l'exagération même où elles se tiennent, que ce sont des entreprises désespérées pour rendre présent ce qui est passé, et acceptable à la pensée ce qu'elle ne peut plus admettre.

Il faut donc abandonner l'ancien terrain, et le nouveau doit être celui de la mythologie. Ce n'est pas dans ce livre

PRÉFACE DK LA PRËM1ÈRK EDITION. *]

que pour la première fois l'idée d'un mythe aborde l'histoire des évangiles ; depuis long-temps on l'a appliquée à des parties isolées , et maintenant il ne faut plus que l'étendre à l'ensemble de cette histoire. Gela veut dire, non que toute l'histoire de Jésus doive être considérée comme mythologique, mais que chaque partie en doit être soumise à l'examen de la critique, afin que l'on sache si elle ne renferme rien de mythologique. L'ancienne interprétation de l'Eglise partait de deux suppositions, la première que les évangiles renferment de l'histoire ; la seconde, que cette histoire est une histoire surnaturelle; le rationalisme, rejetant la seconde de ces suppositions, ne s'en attachait que plus fortement à la première , savoir, qu'il se trouve dans ces livres une histoire, mais une histoire naturelle. La science ne peut ainsi rester à mi-chemin ; il faut encore laisser tomber l'autre supposition; il faut rechercher si et jusqu'à quel point nous sommes , dans les évangiles , sur un terrain historique ; c'est là la marche naturelle des choses ; et, de ce côté, l'apparition d'un ouvrage comme celui-ci est non seulement justifiée, mais encore nécessaire.

Il n'en résulte pas, à la vérité, que Fauteur ait qualité pour prendre une pareille position , et il sent vivement que beaucoup d'autres auraient été capables d'exécuter l'œuvre qu'il a entreprise , bien plus savamment que lui ; mais, d'un autre côté, il croit posséder au moins une qualité qui l'a rendu plus capable que d'autres de se charger de ce travail. De notre temps, les théologiens les plus instruits et les plus ingénieux manquent généralement d'une condition fondamentale, sans laquelle, malgré toute la science , rien ne peut être exécuté sur le terrain de la critique . à savoir, un cœur

8 PRÉFACE

et un esprit affranchis de certaines suppositions religieuse» et dogmatiques , et de bonne heure Fauteur a acquis cet affranchissement par des étudeft#g>hilosophiques. Les théologiens trouveront sans doute que l'absence de ces suppositions dans son livre est peu chrétienne; lui, trouve que la < présence de ces suppositions dans les leurs est peu scientifique. Sans doute , à cet égard , le ton du livre qui est soumis ici au jugement du public contraste grandement avec le ton de dévotion édifiante ou d'inspiration mystique qui règne dans des livres modernes sur des objets semblables; mais nulle part on n'y verra la frivolité se substituer au sérieux de la science. En retour, c'est une juste exigence que de demander que les jugements qui en seront portés se tiennent dans le domaine scientifique , et que le fanatisme et le zèle des bigots n'y interviennent pas.

1 /auteur sait que l'essence interne de la croyance chrétienne est complètement indépendante de ses recherches critiques. La naissance surnaturelle du Christ , ses miracles , sa résurrection et son ascension au ciel , demeurent d'éternelles vérités , à quelque doute que soit soumise la réalité de ces choses en tant que faits historiques. Cette certitude seule peut donner à notre critique repos et dignité, et la distinguer dçs explications naturelles des siècles précédents; explicatiiorhs qui, songeant à renverser aussi la vérité religieuse avec le fait historique; étaient nécessairement frappées d'un caractère de frivolité. Un chapitre , à la fin de l'ouvrage , montrera que le sens dogmatique de la vie de Jésus n'a souffert aucun dommage. Dans l'intervalle, qu'on veuille bien expliquer le calme et le sang-froid avec lequel la critique, dans le courant du livre, entreprend des opérations en apparence périlleu-

ses , par la ferme conviction que tout cela ne blesse pas la croyance chrétienne. Cependant quelques uns pourraient se sentir atteints dans leur foi ppr des recherches de cette nature. S'il' en était ainsi pour des théologiens, ils auraient, dans leur science, un remède à de pareilles atteintes, qui ne peuvent leur être épargnées du moment qu'ils ne veulent pas rester en arrière du développement de notre époque. Quant aux laïques , il est vrai que la chose n'est pas convenablement préparée pour eux. Aussi le présent écrit a-t-il été disposé de manière à faire du moins remarquer plus d'une fois aux laïques peu instruits qu'il ne leur a pas été destiné ; et , si , par une curiosité imprudente ou par trop de zèle anti-hcrctique, ils se laissent aller à le lire, ils en porteront , comme le dit Schleiermacher dans une semblable circonstance , la peine dans leur conscience ; car ils ne peuvent échapper à la conviction qu'ils ne comprennent pas ce dont ils voudraient bien parler.

11 importe à une doctrine qui prétend remplacer l'ancienne , de régler complètement ses comptes avec cette dernière. Aussi, pour chaque point particulier, l'auteur ne s'est-il frayé la voie vers la considération mythologique de la vie de Jésus qu'à travers les explications des surnaturalistes et des rationalistes , et par les réfutations qu'il a données des unes et des autres; de telle sorte cependant que, comme il convient a une réfutation véritable, le vrai qu'elles conûenncnt soit reconnu , extrait et incorporé à la nouvelle doctrine. De là est résulté en même temps un avantage extrinsèque , c'est que le présent livre peut servir de répertoire des principales opinions et des principaux traités sur toutes les parties de l'histoire évangélique. Néanmoins . l'auteur

¥»Jf

10 f RÉFACE DÉ LA. PREMIÈRE EDITION.

n'a pas visé fedoûner une bibliographie complète ; et là où la chose a é$ passible , il s'en est tenu aux œuvres capitales dans les différentes opinions. Pour l'opinion des rationalistes, les écrits de Paulus restent classiques, et aussi ontils été consultés de préférence; pour l'opinion orthodoxe, le Commentaire d'Olshausen a une importance particulière, comme étant la tentative la plus récente* et la mieux acoqjyjlie pour donner un caractère philosophique et moderne à l'explication qui admet les miracles. Quant à un examen critique de la vie de Jésus , les Commentaires de Fritzsche sont le meilleur travail préparatoire ; car, outre une extraordinaire érudition philologique, ils sont empreints de cette liberté d'esprit , de* cette indifférence scientifique pour les résultats et les conséquences, qualités qui sont la première condition d'un progrès sur ce terrain.

Le second volume , qui s'ouvre par une étude détaillée des miracles de Jésus, et qui complétera tout l'ouvrage, est déjà terminé, et on le met sous presse au moment où le premier paraît.

Tubingen, le 2/» niai 18 15.

L'AUTEUR

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