‹ Vie de Jésus ou Examen critique de son histoireChapitre 100 sur 110 · LXXXV · texte numérisé non relu

LXXXV

Visite de la mère et des frères de Jésus, et la femme qui vante le bonheur de la mère de Jésus.

Tous les synoptiques nous racontent une visite de la mère et des frères de Jésus, qui, à l'annonce de cette visite, montra ses disciples, et déclara que ceux qui suivaient sa parole étaient sa mère et ses frères (jMatlh., 12, liG seq.; Marc, 3, 31 seq.; Luc, 8, 19 seq.). ]M<itthieu elLuc ne disent rien du but de celle visite ; ils n'indiquent pas, non plus, si celle exj)ression, qui semble être une expression de refus, avait été déterminée par quelque chose de particulier. Là-dessus, Marc a une explication inattendue : il nous apprend (v. 21) que , tandis que Jésus enseignait au milieu d'un griiiid concours de peuple, qui même l'empêchait de se mettre à

(1) Veher lien Ijrsprting, S. 115.

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table, ses parcnls, s'imaiiiiiant qu'il était lou, sortirent pour s'emparer de lui et pour le jiiacer sous la garde de la famille (1). L'évangélistc rapporte cette circonstance en ces termes : les parents disaient quil était hors de lui, è'Xeyov oTi ilén-zr,, et ce sont ces termes qui semblent l'avoir conduit à se rappeler ce qu'il ajoute : les scribes dirent : Il est possédé de Beelzébuth, etc., oî ypay.jxaTeî'; e^syov, o-ri Bselî^eêo'jl £/£i y.. T. A. (comparez Joh., 10, 20). Il fait suivre ce reproche de la réponse de Jésus, mais sans la rattacher à une expulsion de démons; alors il revient aux parents de Jésus, qu'il cesse de désigner d'une manière aussi vague ; il nomme sa mère et ses frères ; il rapporte que leur arrivée est annoncée à Jésus, et il reproduit la réponse dont il a été question plus haut.

Ce renseignement de Marc est très bien venu auprès des commentateurs, pour expliquer et justifier, par la sotte intention de leur visite, la dureté qui paraît être dans la réponse de Jésus à l'annonce de l'arrivée de ses plus proches parents. Mais, sans rappeler que, avec l'histoire ordinaire de l'enfance de Jésus, il est difficile de s'expliquer comment, après les événements qui la signalèrent, sa mère aurait pu, plus tard, se tromper tellement sur son fils, il est fort incertain que nous puissions accepter ce renseignement de Marc. D'abord il est placé à côté de l'exagération évidente que Jésus et les siens ne pouvaient pas se mettre à table à cause de l'affluence du peuple; en second lieu, il tient trop peu à tout le reste pour ne pas paraître singulier. Si l'on rénéchit à ces difficultés, on ne pourra guère s'empêcher d'accéder au jugement de Schleiermacher, qui dit qu'il ne faut pas y chercher une explication sur les relations qui existaient alors entre Jésus et sa famille, et que ce renseignement appartient plutôt à ces exagérations que

(1) rritzsclic, Comm. in Marc, p. 97 toj sigulfie ses parents , xparvla-ac s'emscfj., (JonDC la preuve que oé -ncto ai- parer, et è^e'ijvn ttre hors de soi.

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More se complaît à placer aussi bien au début d'événements particuliers que dans sa narration générale (1). Marc voulut faire comprendre la réponse négative de Jésus à l'annonce de l'arrivée de ses parents ; il crut, par conséquent, devoir supposer à leur visite un objet désagréable, et, comme il sa\ait que les pharisiens l'avaient placé sous l'influence de Beelzébuth, il attribua à ses parents une semblable intention i^2).

Mettons donc de côté ce renseignement de ^ïarc. Si la comparaison des trois récits, qui sont extrêmement semblables entre eux, ne donne aucun résultat (oj, nous devons être frappés de la différence de connexion qui, dans les évangélistes, appartient à cet événement. Matthieu et Marc le placent après la justilicaiion contre le soupçon d'un appui infernal et avant la parabole du semeur; au contraire, Luc met la visite un assez long temps avant cette imputation et la parabole avant la visite. Mais ce qui est remarquable, c'est que Luc, au même endroit que celui où les deux autres placent la visite, c'cst-à-dir(i après la justification contre le reproche d'une ligue a>ec le diable, place un événement qui se termine par des paroles tout <à fait semblables à celles qui terminent l'annonce de l'arrivée des parents de Jésus. En effet, après que Jésus a réfuté le reproche à lui adressé, et donné une instruction sur le retour des démons, une femme de la foule est saisie d'admiration et bénit la

(1) Ueber den Lukas , S. 121.

(2) Comparez De Wette, sur ce passage.

(3) Qiiaud SclineckcDbiirger [Ueher den Ur.ffntng, S. 5i) trouve «n dramatique factice dans les cxi)ressions do Mattliien -.quelqu'un dit : ii-ni xl-, cl ayant élf^ndu les mains, exTEe'va; T'/jv J(£~pa, à côté des expressions de Marc : on lui dit , eTttov , et jetant les yeux sur ceux qui étaient assis autour de lui , 7T£oto/c- \{/âu.£vo; xvx/.fj , c'est une preuve de la .sagacité partiale qui j\>iie vn si grand rôle, ail désavantage de Mattliieu , dans

la plus récente critique do cet évangile; car qui ne voit pas que, si Mattliieu avait on lui dit , îTr-cv, ou y découvrirait aussitôt une trace que le dramatique s'efface entre ses mains? Quant aux mots rxTEi'va; t/;v ^fîToa, il est impossible de deviner en quoi cette expression a une em]ireinte plus factice que le mot ircpi- Ç/£j/a'L/.£vo;. Ou pourrait tout aussi bien attribuer cette expression a la prédilection avec laquelle Marc décrit le jeu des yeux , et y voir par conséquent une addition de son cru.

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mère de Jésus; sur quoi Jésus ré|)oniJ, comme plus haut à l'annonce de l'arrivée de sa mère : Heureux bien ^.lulôt ceux qui entendent et observent la parole de Dieu (i). Schleiermacher préfère ici aussi le récit de Luc. Il pense surtout que la petite action inlercurrenle avec la femme qui bénit indique un souvenir récent et vif qui doit en avoir placé la relation dans l'endroit véritable, tandis que Matthieu a confondu, avec la réponse de Jésus à l'exclamation de la femme, la réponse très analogue qu'il fit lors de l'annonce de l'arrivée de ses • arents, a placé celle-ci au lieu de celle-là, et a ainsi omis la scène avec la femme (2). Mais il est difficile de comprendre comment la femme a pu être conduite à une exclamation si |)leine d'enthousiasme par l'explication technique sur le retour des démons expulsés, ou même par le discours précédent plein de paroles vengeresses, et l'on serait en droit d'établir la conjecture opposée à celle de Schleiermacher, à savoir que, à la place de l'annonce de l'arrivée des parents, le rédacteur du troisième évangile a mis la scène de la femme qui bénit, scène qui se termine de la même manière. La tradition évangélique, comme nous le voyons par Matthieu et par Marc, avait, soit par une raison historique, soit par hasard, mis la visite des parents et le mot de Jésus sur la parenlé spirituelle, auprès des discours de Jésus relatifs aux reproches concernant Beoizébulh et le retour des démon?. Luc, arrivant à la hn de ces discours, se rap])ela celte scèiie et le mot qui s'y rattachait, sur le mérite de la parenté spirituelle. Or il avait déjà raconté la visite (o) ; il saisit donc

(1) R-éponse à l'anuonce ,8,21: Ma Pvéponsea la femme qui bénit, 11,28: inèieelnies frères sont ceux qui écoutent Mais plutiVt ^plutôt que ma mère), lieula parole de Dieu et qui la mettent en reux sont ceux qui écoutent la i)arole (ic pratique , [j:n~r,p u.ov xcà àtStltpoî u.o\) o'j- Dieu et qui la nietteot en pratique , ut- Toé Et Jtv oî Tov Xôyov Tov 0ÎOV àxovovîtg vojv/e p.axâoioi (se. ovj( vj ur,xoçj i/ov , xat TT^'.o jvT£5 auTiV. a/À) et àxovcvTî; tcv /.-,yoy toû 0£OV

xx't yv).aa'<joyT£5 avTc'y.

(2) L, f. , S. 177. (o) Ce qui décida l'évangéiiste à pla-

l'anecdote de la frmme, anecdote qui avait lu même finale. Mais, à cause de la grande ressemblance des deux anecdotes, on peut douter que deux événements différents en fassent le fond. L'immortelle jjarole' de Jésus, par laquelle il plaçait si s parents spirituels au-dessus de ses parents corporels, pourrait, dans la légende, avoir reçu deux formes ou deux cadres; les uns trouvant plus naturel que Jésus l'eût prononcée au moment oîi réellement il repoussait ses parents, tandis que d'autres auront pensé qu'il fut conduit à exalter ceux qui étaient voisins de lui spirituellement par des bénédictions prononcées sur ceux qui lui étaient le plus voisins par le sang. De ces deux, soit histoires, soit variations de la même histoire, Matthieu et Marc ne donnent que 1» première ; mais Luc, qui en avait déjà fait usage dans *une occasion précédente, se trouva, lorsqu'il vint à l'endroit oîi la tradition évangélique ordinaire la plaçait, amené dès lors à la reproduire sous la seconde forme,

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