‹ Vie de Jésus ou Examen critique de son histoireChapitre 101 sur 110 · LXXXVI · texte numérisé non relu

LXXXVI

Récits dos disputes de préémiiience parmi les apôtres, et sur l'amour de Jésus pour les enfants.

Les trois jiremiers évangiles nous racontent plusieurs disputes de prééminence qui a\aiLnt éclaté parmi les apôtres, et la manière dont Jésus les accorda. Le débal qui s'éleva après la transfiguration de Jésus et la prcmièrv) annonce de la passion leur est commun à tous les trois (Matlh., 18, 1 seq. ; Marc, 9, 33 scq. ; Luc, 9, /i6 seq.) ; il se trouve, il la \érité, des différences dans la narration, mais l'identité

<er la visite après la )iarabole n'a ])a.s vie [>ar leur patience , oZto'i ùtjiv o" riv:;...

nécessairenuntjCoinine le pense Sciileier- âxciiiayTEç tov Xcyov xaT£;(0UTt, xat

luaclier, une véritable liaison clironolo- %(xpTio<popo~jaiv Iv vttouovv;, lui ait r.ip-

{{iqiie. An contraire , nous Iroiivcrous ])elé rapuplillie^iric scnili.'ahle de Jésus

qu'il est tout a fait dans sa manière qne lors de la visite, Ce sont ceux qui ecmi-

1.1 fin de l'explication de la parabole: lent la parole de Dieu et qui la niellent

Ce sont ceux qui... ayant entendu la pa- en pratique , ciroi' cloiv oc tov /.o/ov tov

rôle, la retiennent, et portent du fruit ©tov àxowovTt; xaî TrotovvTtç «vtov.

en est garantie parce fuit, que cliez tous les trois il est question d'un enl'ant que Jésus mit au milieu des apôtres, scène qui, comme le marque Sclileiermaclier (1), ne peut guère se renouveler. Matthieu et Marc ont en commun une dispute de prééminence qui fut excitée par les deux (ils de Zcbédée; ils demandèrent, d'.iprès Marc, ou leur mère demanda pour eux, d'après Matthieu, les deux premières places à côté de Jésus dans le royaume messianique (Alatth. , 20, 20 seq. ; Marc, 10, 35 seq.) (2). Le troisième évangile n'a rien sur une semblable prière des fils de Zébédée; mais il a une autre dispute de prééminence dans laquelle se trouvent des discours semblables à ceux que les deux premiers évangélistes ont rattachés à cette prière. En effet, dans le dernier repas que Jésus prit avec ses disciples avant sa passion, Luc rapporte qu'il s'éleva entre eux une rivalité^ oiAovsix.ia, pour savoir qui d'entre eux était le plus grand, rivalité que Jésus chercha aussitôt à faire taire par les mêmes motifs et en partie par les mêmes paroles qu'on lit dans Matthieu et dans Marc au sujet de VimUfjnation, y.-^y.-rj.y-f.n'.z, soulevée parmi les apôtres par la demande des fils de Zébédée. Il relate, à cette occasion, une sentence de Jésus que Luc lui-même et Marc ont rapportée presque dans les mêmes termes lors de la scène de l'enfant, et que ]Matthieu place non seulement lors de la prière de Salomé, mais encore dans le grand discours contre les pharisiens (comparez Luc, 22, 2(3; Marc, 9, 35; Luc, 9, /|8; Matth.,20,

(2) Scliulz [l'eber d. Abendm., S.

320) parle tout à fait dans le ton de la crilique récente sur Matthieu , lorsqu'il dit relativement a la différence observée entre les deux premiers évani^'élistcs , c[n'il ne doute pas un seul instant qu'un lecteur attentif n'adopte sans hésitation le récit de Marc, qui, sans parler de la mère , met toute la discussion entre Jésus et les deux apôtres. Mais, s'il s'agit de vraisemblaucc historique , je

voudrais savoir pourquoi une femme qui figurait dans la compagnie de Jésus (Matth., 27, 56j n'aurait pas hasardé une pareille ))riére. S'il s'agit de la vraisemblance psychologique, le .sentiment de l'Éjjlise , qui a choisi pour le jour de Jacques le passade en question , a décidé en faveur du récit de Matthieu ; car une prière ai:ssi solennelle faite de but en blanc est fout à fait dans le caractère d'une femme et d'une mère qui s'emjiloie pour ses fils.

IIL'ITIKME ClIAlMTIiE. g LXXXVI. 737

26 sc([. ; 2o, 11). Quoiqu'il soit croyal)le qu'avoc leurs espérances temporelles sur le iMessie, les disciples aient eu souvent des disjiutes de rang qu'il fallut dompter, cependant il n'est nullement vraisemblable que, par exemple, la sentence : Celui qui, parmi vous, veut être le plus grand, doit être le serviteur de tous, ait été prononcée 1° lors de la scène de l'enfant^ 2" lors de la prière des fils de Zébédée; o" dans le discours contre les pharisiens, et [l° lors du dernier repas. Évidemment il existe ici une confusion qui est du fait de la tradition, soit que, ainsi que Sieffert l'admet volontiers dans des cas pareils, plusieurs événements primitivement dissemblables aient été assimilés dans la légende, c'est-à-dire ici que les mêmes discours aient été répétés par erreur dans des circonstances différentes, soit que d'un seul événement la légende en ait fait plusieurs, c'est-à-dire, ici, qu'elle ait imaginé des circonstances différentes pour un même discours. Afin de décider entre ces deux possibilités, il faut examiner si les différents faits auxquels se rattachent les discours analogues sur l'humilité ont l'apparence de n'avoir point d'existence par eux-mêmes, et d'être de simples cadres pour le discours, ou s'ils ont l'air d'être des événements qui portent en eux-mêmes leur vérité et leur signification.

Ici d'abord on ne pourra j)as contester que la prière des fils de Zébédée ait en soi quelque chose de précis et de remarquable, et qu'elle ne semble pas n'avoir été imaginée que comme un cadre pour les discours suivants. On portera le môme jugement sur la scène de l'enfant. De la sorte, nous aurions, avant toutes choses, deux cas de dispute de prééminence subsistant par eux-mêmes. Si nous voulons attribuer 5 chacun de ces deux cas les discours qui y appartiennent, les sentences que Matthieu place lors de scène de l'enfant : Si vous ne devenez pas de nouveau comme des enfants, etc., et Celui qui ne s'humilie pas comme cet I. hl

enfant, clc, appartiennent incontestablement à cette occasion. D'un autre côté, les sentences sur dominer et servir dans ce monde et dans le royaume de Jésus, paraissent convenir parfaitement à la demande des deuX disciples, qui réclamaient les sièges de maîtres dans le royaume messianique, et c'est aussi là que Matthieu les place j tandis que le mot sur le premier et le dernier, sur le plus grand et le plus petit, que Marc et Luc ont dès la scène de renfance, paraît avoir été réservé, avec raison, par Matthieu, pour la scène avec les fils de Zébédée. Il en est tout autrement de la rivalité dont parle Luc (22, 2^ seq.). dette rivalité ne se rattache pas à une occasion particulière, ni ne se termine pas par une scène caractérisée, à moins que nous ne voulions y ramener l'ablution des pieds dont parle Jean, qui, du reste, ne rapporte aucun débat de prééminence, ablution dont il ne peut être question que dans l'histoire de la passion. Le récit de Luc n'est amené que par les mots : or, vne rivalité s'éleva parmi eux, iyé^t-^j ^t /.al où.o-my.iy, iw auToîcj ce sont presque les mêmes termes que ceux que Luc avait déjà employés pour amener le premier débat de prééminence (9, 46), et ici ces termes servent d'introduction à des discours de Jésus, qui, ainsi qu'il a été déjà dit, appartiennent, chez Matthieu et chez Marc, aux |tremiers débats dé prééminence ; de sorte que cet endroit de Luc ne conserve rien en |)ropre, si ce n'est d'être placé lors du dernier repos. Or, cette position est loin d'être assurée; car, s'il est difficile de croire qu'après les discours sur le traître, si humiliants pour les disciples, l'orgueil leur soit revenu sitôt, il est, au contraire, très facile de découvrir, en comparant les versels23 et 2/1, comment le rédacteur put se laisser aller, sans motif historique, à placer ici un débat de prééminence. Il venait de dire : et ils commencèrent à chercher entre eux qui était celui qui devait faire cela (la trahison), y.%'. aùrol yip!;avTO cuÇviTetv Trpoç sauTou;, to, tiç apa ivh te, a'jTtov o to'jto

HUITIÈME CHAPITRE. § LXXXVF. 739

^j.éXkiùv TrpacTGEiv. Evidemment celte phrase lui rappela la pliraso analogue : or, il s'éleva une rivalité entre eux pour savoir qui pouvait être le plus (jrand, èysveTo 8i y,cd c^Ckovii'/J.y. £v y.ùxfAç to, xiç aÙTcov cVj/.si eivai p-£Î(^cov ; c'està-dire que ce furent les débats sur le traître qui lui remirent en mémoire les débr.ts sur la prééminence. Il avait déjà, il est vrai, relaté un pareil débat; mais, à part une sentence, il n'y avait rattaché que les discours auxquels l'enfant amena Jésus ; il lui restait encore à rapporter les autres que Matthieu et Marc jilacetit à l'occasion de la demande des fils de Zébédée, occasion qui ne paraît pas avoir été présente au narrateur dans l'évangile de Luc; en conséquence il les joignit à l'indication indécise d'un débat de prééminence. Ce- |)en(ianl ce n'est pas seulement la position chronologique de cette dernière dispute, c'est encore la position des deux disputes citées en premier lieu qui mérite une remarque; elles sont placées, toutes deux après une annonce de la passion, annonce qui, de même que la j)rédiction de la trahison, paraîtraitavoir du abattre les pensées terrestres de l'orgueil. Il en résulte donc bien peu de vraisemblance pour cet ordre chronologique (1) : aussi doit-on accueillir volontiers un indice qui, dans la narration évangélique, nous montre comment les rédacteurs ont pu arriver par une voie non historique à un pareil arrangement. Dans le i^econd débat, c'està-dire celui qui est relatif aux fils de Zébédée, ce que la réponse de Jésus à la demande de Salomé contenait de plus saillant, c'était l'annonce de la souffrance qui l'attendait, lui et ses disciples ; de cette façon, la plus naturelle association d'idées rattacha à l'annonce de la passion le récit de l'ambition des deux disciples, ambition que Jésus rabattit par la prédiction des prochaines soulfrances. Quant au premier débat, c'est-a- dire celui qui suit la transfiguration, l'annonce antécédente de la passion se termine, d'après les deux évan-

(1) (!oinj)aic7. Si lilciorniaclicr, I. r.,S. 283.

lliO DEUXIÈME SECTION.

gélistes intermédiaires, par la remarque qce les disciples ne comprirent pas le discours de Jésus, et que cependant ils n'osèrent pas l'interroger là-dessus, ce qui veut dire sans aucun doute qu'ils parlèrent entre eux du sens du discours et qu'ils le débattirent; l'assûciation des idées intervint, et tout naturellement amena le débat de prééminence, débat qui avait eu lieu aussi en arrière de Jésus. Cette explication ne s'aj)plique pas également au récit de Matthieu; car, chez lui, entre l'annonce de la passion et la rivalité se trouve intercalée l'anecdote sur la pièce d'or que Ion pêche (1).

A ces débats sur la prééminence tient, par l'intermédiaire de l'enfant qui joue un rôle dans un de ces débats, une autre anecdote relative à des enfants qu'on amène à Jésus pour qu'il les bénisse; les disciples voulant s'y opposer, Jésus prononça ces paroles bienveillantes : laissez venir les enfants, etc., açsTs -kr.y-ièiy. y,, t. X.; et il remarque que le royaume céleste n'appartient qu'aux enfants et à ceux qui leur ressemblent (IMatth., 19, \o seq.; Marc, 10, \2> seq.; Luc, 18, 15 seq.). Cette anecdote a beaucoup de ressemblance avec celle de l'enfant placé au milieu des disciples : 1" dans les deux cas Jésus propose les enfants comme modèles, et déclare qu'il n'y a que les gens semblables aux enfants qui peuvent entrer dans le royaume de Dieu ; 2" dans les deux cas, les disciples figurent dans une opposition avec les enfants; 3° enfin, Marc dit, dans les deux cas, que Jésus jirit les enfants dans ses bras, ivy.'.'y,y.l<.Gy.[j.cvo:. Si l'on voulait soupçonner qu'un seul événement fait le fond des deux anecdotes, il faudrait, en tout cas, s'arrêter au dernier récit comme au plus voisin de la vérité; car les paroles de Jésus, laissez les enfants, etc., aosTs Ta -ai^ia /,. t. 1., portant l'empreinte non méconnaissable d'une originalité

(1) Comparez à ce sujet les remarques de De Wette , Exe^, Ilandb., 1,2, S. 107.

HUniÈMK CHAPITRE. § LXXXVII. 741

qui reste la même dans tous les récits, n'ont ^uère pu ôtre prononcées dans l'autre occasion ; tandis que les sentences sur les enfants, modèles d'humilité, sentences que l'on rapporte au débat sur le rang, pourraient avoir été prononcées dans la circonstance que nous considérons ici, par allusion rétrospective à d'anciennes rivalités sur le rang. Ce serait donc plutôt le cas ici d'admettre une assimilation d'événements primitivement différents; du moins il est évident que Marc n'a placé, dans l'un et l'autre, le mot ayant embrassé^ iw(x.j-/.akiG7jj.c\%, qu'à cause de la re£3emblance des deux scènes.

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