VIII
Naissance du mode mythique de concevoir l'Histoire sainte , appliqué d'abord à l'Ancien Testament.
On ne pouvait pas s'en tenir à un procédé aussi peu historique d'une part, aussi peu philosophique de l'autre, d'autant moins que l'étude de la mythologie, devenant de plus en plus générale et féconde en résultats, exerçait aussi de l'influence sur l'opinion qu'on se faisait de la Bible. Déjà, il est vrai, Eichhorn avait demandé que l'on traitât d'une manière égale l'histoire primitive des Hébreux et celle des autres peuples; mais cette égalité s'effaçait de plus en plus, du moment que, tout en développant de jour en jour davantage l'explication mythique pour l'histoire primitive profane , on se renfermait, pour l'histoire hébraïque, dans l'explication naturelle. Et tous ne pouvaient suivre l'exemple de Paulus, qui rétablissait l'équilibre en se montrant dis-
42 INTRODLCTION. § VIU.
posé à expliquer iialurcllement, comme les légendes bibliques, les légendes grecques qui offraient des points de comparaison. Loin de là, on aima mieux peser sur l'autre plateau de la balance , et l'on commença à considérer comme dos mythes plusieurs narrations de la Bible. Après que Scmler eut parlé d'une espèce û^ mythologie judaïque , et aj)pelé des mythes l'histoire de Sumsonel d'Esther (1); après que Eichhorn eut procédé, comme il a été dit; Gabier (2), Schelling (3) et d'autres élablirent l'idée du mvthe comme une idée tout à fait générale, et valable pour l'histoire primitive, tant sîcrée qne profane, d'après le principe de lIcMie : A mythis omnis priscorum liomimim cum historia tum philosophia procedit (Zi); et Bauer osa même (en 18*20) l'aire paraître une IMylhologic hébraïqr.e Aq l'Ancien et du ?<ouvcau Testament. La pics ancienne iiisloire de lous les peuples, dit Bauer, est mythique : pourquoi l'histoire hébraïque ferait-elle seule exception , quand un siiuple coup d'oeil jeté sur les livres saints montre qu'ils contiennent aussi des portions mythiques? En effet, un récit, ainsi que Bauer l'explique d'après Gabhr et Schelling, est reconnaitsable comme mythe, quand il provient d'un temps où il n'y avait pas encore d'histoire écrite, mais oii les faits n'étaient transmis que par une tradition orale (5) ; quand des objets placés absolument ou relativement en dehors de toute expérience , par exemple des faits d'un ordre surnaturel, ou tels qu'en raison des circonstances personne n*a
(1) Aus/lihrlicfie Erklarung uh/;r no compte qu'un petit nombre fl'infer-
thecl. Cetisuren , Fonede. Fon freier i iifersuc'iiing des Kanon. 2, S. 282.
(2) Dans Einleitiing zii Eichhorn's L-,-gesch.,2, S. 481 ff.,17li2.
(3) Sur les mylie» , le-. If^gendcs liistoriques et les pensées ])lnloso])liiq"es <!u plus ancien moude ; dans Paiiiiis, Memorabi/ie„ , b Slùck, S. 1 ff., 1793,
[II) Aprllnd. Athen BibUnth.libritres etfragmenfa cuiis seeundis illustr Heyue,
p XVI.
(5) Comme une tradition orale qui
inédiaires offre pins de sûreté liisturiqi'e . Hoffinano inroqre , pour la crédiliilité de l'Iiistoire primiiire de I'Adcieii restanient, la jurande longévité des premiers iioimnes ; Adam avant eniore vécu 156 ans avec I.amecli , père de rioé , Noé encore 60 ans avec Abraham, et tes 300 ans entre Jacob et Moise étant remplis par trois on quatre générations seulement (S. 5i). On ne sait vraiment p.:s coniinenl on doit prendre nn pareil srgnmcnt.
pu en être témoin , servent de thème à une relation qui a la forme historique , ou quand enfin ces récits ont reçu une élaboration qui vise au merveilleux , ou sont conçus dans un langage symbolique. Or, de tels récits ne sont pas rares dans la Ilible; et si l'on ne veut pas y appliquer l'explication mythique, c'est qu'on se l'aie une fausse idée et de l'essence du mythe et du caractère des livres bibliques : de l'essence du mjlhe , car on le confond avec des fables, avec des impostures préméditées et dos fictions arbitraires , au lieu de savoir y reconnaître le milieu nécessaire où l'esprit humain a pu essayer ses premiers mouvements j du caractère des li\res bibliques, car, si, avec la croyance à une inspiration divine, il est invraisemblable que Dieu ait donné la représentation mythique de faits ou d'idées, au lieu d'en donner la représentation réelle , néanmoins l'examen attentif des écritiires bibliques montre que l'idée de leur inspiration, bien loin d'en empêcher la conception mythique, n'est elle-même pas autre chose qu'un mythe. (Bauer, liebr. Myth. Einleilung .)
La répugnance à reconnaître dans les plus vieux monuments des religions juive et chrétienne des mythes aussi bien que dans les religions païennes, est expliqué par Wegscheider, qui l'attribue soit à l'ignorance où sont tant de gens des progrès de l'histoire et de la philosophie , soit à une certaine inquiétude qui empêche de donner le même nom à des choses évidemment les mêmes. En môme temps il déclara impossible , si l'on ne reconnaissait pa^s des mythes dans l'Ecriture sainte, et si l'on ne distinguait pas son vrai sens de la forme non historique , de défendre avec succès le caractère di\in de la lîible contre les objections et les railleries de ses adversaires (1).
Ainsi les critiques ici nommés délinirent, d'une manière génénile, le mythe : l'exposition d'un fait ou d'une pensée
(1) Iiiitituncncs llieol, du: dogin,, § ^3,
kh INTIiODUCTION. § VIII.
SOUS une forme historique , il est vrai , mais sous une l'orme que déterminaient le génie et le langage symbolique et plein d'imagination de l'antiquité. En même temps on distingua différentes espèces de mythes (1). 11 y a des mythes historiques, c'cst-h-d'we le récit d'événements réels , coloré seulement par l'opinion antique qui mêle le divin avec l'humanité, le naturel avec le surnaturel; il y a aussi des m\\heii philosophiques , c'est-à-dire dans lesquels une simple pensée, une spéculation ou une idée contemporaine sont enveloppées. Au surplus, ces deux espèces peuvent ou bien se mélanger, ou bien devenir, par les embellissements delà poésie, des m\lhcs poétiques, où le fait primitif et l'idée primitive disparaissent presque complètement sous les ornements d'une riche imagination. Entre ces différentes espèces de mythes la distinction est difficile; car ceux mêmes qui sont purement symboliques sont revêtus de la même apparence historique que ceux qui renferment réellement de l'histoire. Cependant nos savants critiques tracent quelques règles pour cette distinction même. Avant tout , disent-ils , il faut voir si le récit a un but, et quel but. Le but pour lequel la légende aurait pu être inventée ne se laissc-t-il pas apercevoir, chacun y trouvera le mythe historique. IMais toutes les circonstances principales d'un récit correspondent-elles à la représentation symbolique d'une vérité déterminée, alors le récit a été inventé pour cette représentation, et le mythe est philosophique. On reconnaît le mélange du mythe historique et du mythe philosophique , quand on y découvre la tendance à dériver certains faits de leurs causes. On peut aussi quelquefois y démontrer une base historique par des renseignements venus d'ailleurs: tantôt certaines données d'un mythe ont d'étroits rapports
(1) Comparez encore, outre les au- Pott et Ruperti , Sylloge Coinm. theol.,
leurs nommés plus haut, Ammon, Proqr. n. 5 ; et Gabier, «. theol. Journal, 5 Bd,,
ejuo inquiritar in narrationum de l'Uie S, 83 und 397. Jesu Chrisll primordiis fontes , etc.; dans
avec une histoire que l'on sait être véritable , tantôt il porte en soi des traces irrécusables de vraisemblance ; de sorte que le critique peut rejeter, il est vrai, l'enveloppe, mais conserver le fond comme historique. Le plus diflicile à distinguer est ce qui a été appelé mythe poétique , et Bauer ne sait donner qu'un caractère négatif : c'est que, si l'événement raconté est assez merveilleux pour être impossible, et si en même temps on n'y reconnaît aucune intention de symboliser une idée déterminée, il faut conjecturer que tout le récit est dû n l'imagination d'un poëte. Quant à la généralité des mythes, Schelling, dans son Mémoire, appelle l'attention sur cette particularité, à savoir, que la naissance en est dénuée de toul artifice et de tout crdcul. Dans les mythes historiques, dit-il, ce qu'ils renferment de non historique n'est pas le produit artificiel de fictions nréméditées , mais s'y est glissé de soi-même par le cours du temps et de la tradition; et les mythes philosophiques n'ont pas été inventés seulement pour un peuple accessible uniquement aux idées sensibles , mais les anciens sages ont , pour eux-mêmes, cherché une enveloppe historique à leurs conceptions, afin d'éclairer, dans l'absence d'idées et d'expressions abstraites, l'obscurité de leurs expressions par une représentation figurative.
Des remarques précédentes il découle que l'explication naturelle de l'histoire de l'Ancien Testament surtout ne pouvait se soutenir qu'autant que ces documents passaient pour contemporains ou très voisins des événements euxmêmes : aussi les hommes qui ont renversé cette dernière opinion, Yateret DeWelte, sont en même temps ceux qui ont fondé solidement l'explication mythique de l'histoire de la Bible. D'après la remarque du premier (1), le caractère propre des récits du Pentateuque ne se peut compren-
(1) Voyez le Mémoire sur Moïse et troisième vol. du Com/ii. Hier den Pent., les rédacteurs du Pciitatpiiqiir , dans le S. GOO.
/l() INÎRODICTION. § Vlll.
dre c{U'3 si l'on admet qu'ils ne proviennent |i;is de témoins oculaires, mais qu'ils ont été transmis par la chaîne de In tradition. Alors on n'est plus surpris d'v trouver des traces évidentes d'une époque postérieure, des nombres exagérés, avec d'autres inexactitudes et des contradictions; on n'est plus surpris d'y trou\er la demi-obscurité qui est jetée sur plusieurs é\éncments, et de singulières idées, comme celles que les habits des Israélistes ne s'usèrent pas dans la traversée du désert. Vater soutient même qu'on ne peut retrancher du Pentateuque le merveilleux , sans faire violence à l'intention première des écrivains, qu'autant que l'on attribue à la tradition une grande part dans l'exposition de ces événements.
De Wette, d'une manière encore plus décidée que Valer, s'est déclaré contre l'explication naturelle et pour l'explication mythique de certaines parties de l'Ancien Testament. Pour déterminer la créance d'une relation, dit-il (1), il faut d'abord examiner la tendance du narrateur, ^'il ne veut pas raconter la pure histoire; s'il veut agir sur un autre mobile que la curiosité historique; s'il veut amuser, émouvoir, rendre palpable une vérité pliilosop!ii(iue ou religieuse, sa relation n'a aucune valeur historique. Même quand le narrateur a des intentions historiques, il peut néanmoins n'être pas placé au point de vue de l'histoire; il peut être un narrateur poétique, non pas mené, comme un poète, par une inspiration intérieure et subjective , mais plongé dans une poésie extérieure et objective dont il dépend. Cela est reconnaissable quand il raconte de bonne foi des choses qui sont absolument impossibles et inimaginables, et qui dépassent non seulement l'expérience habituelle, mais encore les lois de la nature. C'est la tradition qui donne naissance à des récits de ce genre. La tradition, dit De Welte^ n'a point de critique et est partiale ; sa tendance n'est pas
(1) Kritik der mosaischen Geschichic , S. 11 ff.
iNTllODljCTlON. § Vltl. tll
historique, mais elle est patriotique et poétique. Or, une curiosité patriotique se contente de tout ce qui flatte sa passion. Plus les récits sont bennx , honorables, merveilleux, mieux ils sont reçus , et là où la tradition a laissé des lacunes, l'imiigination accourt aussitôt avec ses suppléments pour les combler. Une bonne partie des livres historiques de l'Ancien Testament, continue De Wette, portant cette empreinte, on a toujours cru jusqu'ici (c'est-à-dire les auteurs des explications naturelles) pouvoir séparer du fond historique ces embellissements et ces transformations , et employer les récils qu'ils contiennent comme renseignements historiques. Ce se serait possible si , à côté de la relation merveilleuse , nous avions une relation autre et purement historique sur les mêmes événements. Mais il n'en est pas ainsi pour l'histoire de l'Ancien Testament ; nous n'avons absolument que ces documents, que nous ne pouvons accepter comme purement historiques, Or, nous n'y trouvons aucun critérium pour y distinguer le vrai du faux, l'un et l'autre y étant confusément mélangés et y jouissant du même honneur. D'après De Wette, une objection qui ruine, dans son principe général, toute l'explication naturelle , c'est qu'utse histoire ne peut être connue que par la relation qu'on en possède , et qu'il n'est [las possible d'aller au delà. Or, dans le cas actuel, la relation nous informe d'une marche surnaturelle des choses, marche que nous pouvons ou croire ou nier. Si nous la nions, reconnaissons que nous ne savons rien de cette marche elle-même, mais gardons-nous d'en imaginer une naturelle, dont la relation ne dit pas un mot. C'est donc une inconséquence et de l'arbitraire (1) que d'altribuer à la j)oésie l'enveloppe seule des événements de l'Ancien Testament, et de vouloir conserver les faits à l'histoire; l'ensemble, non moins que les détails, tombe dans le domaine de la poésie et du mythe. Soit, par exemple, l'al-
(1) Voyez la Préface, p. 3 et siiir.
/l8 INTRODUCTION. ^ VIII.
liance de Dieu avec Abraham (1) : les auteurs de l'explication naturelle abandonnent le fait sous cette forme, mais ils prétendent conserver un fondement historique à ce récit. Il n'y a pas eu, disent-ils, une communication réelle de Dieu avec Abraham; mais dans le cœur de ce j)alriarche il s'est élevé, soit pendant une vision , soit pendant la veille naturelle , des pensées que , conformément au génie de l'ancien monde, il a rapportées à Dieu. Aux interprètes qui procèdent ainsi , De Wette adresse cette question : D'oîi savez-vous qu'Abraham a eu de lui-même ces pensées? Notre relation , observe-t-il , les fait venir de Dieu ; du moment que nous ne l'admettons pas, nous ne savons plus rien sur de telles pensées d'Abraham , et par conséquent nous ne savons pas qu'elles lui soient venues naturellement. Certainement les espérances qui constituent le fond de l'alliance, à savoir qu'il serait la souche d'un peuple destiné à posséder la terre de Canaan , n'ont pu naître par une voie naturelle dans l'esprit d'Abraham ; ce qui est naturel , c'est que les Israélites , devenus un peuple et s'étant rendus maîtres du pays, aient imaginé cette alliance de leur ancêtre pour orner leur histoire. Ainsi l'explication naturelle, par la tournure forcée et peu naturelle qui lui est propre , ramène toujours à l'explication mythique.
Eichhorn même a vu que l'explication naturelle qu'il avait construite pour l'Ancien Testament n'était pas applicable à l'histoire évangélique. Ce qui, en ces récits, rcmarqne-t-il (2), a un reflet surnaturel , nous ne devons j)as vouloir le transformer en événement naturel, parce que cela n'est pas possible sans violence. Lorsque, par la fusion des idées populaires avec le fait , quelque chose est représenté comme surnaturel , on ne pourrait y démêler le fait naturel qu'autant qu'on posséderait sur le môme objet un autre récit exempt de cette fusion. Tel est, pour la fin
(d ) Voyez la Préface , p. 59 et siiiv. (2) Einleitung in das N. T. I, S. 408 i(.
INTRODUCTION. § VIH, /49
il'Hérode Agrippa , !e récit de Josèplie (1), à cûlé de celui des Actes des apôtres, 12, 23. Mais en l'absence d'un pareil contrôle sur l'histoire de Jésus , le commentateur ne formerait qu'un tissu d'hypothèses impossibles à prouver, si dans les narrations d'une teneur merveilleuse il voulait découvrir la cause naturelle là oii elle n'est pas clairement exposée dans le récit lui-même j observation qui, ainsi que le déclare Eichhorn , réduit à rien beaucoup de prétendues explications psychologiques des Evangiles.
C'est la même distinction entre l'explication naturelle et l'explication mythique que Krug , occupé surtout des miracles (2) , a voulu désigner quand il a dit que les miracles pouvaient s'expliquer ou d'une manière physique et matérielle , ou |)ar la manière même dont les récits de ces miracles se sont engendrés et formés. Dans la première manière, dit Krug , on se demande : comment cet événement merveilleux qui est ici raconté, a-t-il été possible, en toutes ses circonstances , par les forces et d'après les lois de la nature? Dans la seconde manière, au contraire, on se demande : comment le récit de cet événement merveilleux peut-il s'être formé peu à peu? La première explique la possibilité naturelle de la chose racontée : c'est la matière du récit; la seconde recherche l'origine de la relation : c'est la formation du récit. Krug regarde comme stériles les tentatives de la première manière, parce que les explications qu'elle propose sont encore plus merveilleuses que le fait à expliquer. L'autre voie récompense mieux la critique, car elle mène à des résultats qui jettent du jour sur tous les récits de miracles. Par là , en effet, l'interprète n'a besoin de faire aucune violence à son texte ; mais il peut tout expliquer littéralement et de la manière que l'ancien narra-
(1) Antiquit., 19, 8, 2. dans Henke's Musetiin, t, 3,8. 3!».'. iï.
(2) Essai sur l'explication de la ma- d803, nière dont les miraclci se sont formes •
50 IMKODLCllON. ;i5i Mil.
leur a conçu la chose , qiiaiu! bien inèinc le lail laconlé serait impossible. Au contraire, celui qui poursuit l'explication matérielle ou physique est amené à des tours (Je force qui, lui faisant :;er(lre de vue le sens primitif des narrateurs, Y substituent tout autre chose que ce qu'ils ont pu ou voulu dire.
De la même façon, Gabier (1) recommande le point de vue mNthique comme le meilleur mo\en d'échapper aux explications prétendues naturelles et si forcées, qui étaient devenues une mode pour l'histoire biblique (2). L'auteur d'explications naturelles, observe-t-il , veut ordinairement rendre naturelle toute l'explication, et, comme cela n'est possible que rarement, il se permet les opérations les plus violentes, qui ont décrié la nouvelle exégèse même parmi les laïques. Mais au point de vue mythique on n'a besoin d'aucun tour de force, car la plus grande partie d'un récit appartient souvent au mythe, et le fait qui lui sert de noyau reste quelquefois très petit, quand on en a enlevé les enveloppes merveilleuses qui y ont été tardivement ajoutées.
Horst ne put pas non plus donner son assentiment à un procédé atomistique qui , dans les récits miraculeux de la Bible , extrayait des particularités isolées comme non historiques, et les remplaçait par des particularités naturelles, au lien de reconnaître, dans l'ensemble de ces récits, un mvthe religieux et moral où une idée quelconque est représentée (3).
M) Dans un mémoire sur cette qnes- voie ont été imposés aux exégètes par tion : Est-il permis d'admettre des my- la nécessité et l'embarras. Qu'est-ce donc tlies dans la Bible et même dans le !Vou- que le mouvement progressif dans la veau Testament? Ce mémoire fut com- vie comme dans la science, sinon la néposé a l'occasion d'un examen de la cessité, l'embarras, la contradiction , si Mytlioiogieliébraïque deBauer ; il parut bien qu'il n'y a j)as à s'arrêter sur le dins Journal /lir auserlesene thenl. Lite- dernier degré de l'échelle et qu'il faut ratur, 2 Band , l"* Heft , S. US ff. monter à un échelon supérieur ?
(2) Hoffmann (S 51 f. 58, est ridi- (3J Sur les deux premiers chapitres
culc quand il essaie de déshonorer l'ori- de Luc. dans Henke's Muséum ^ i, Ut
gine du point de vue mythique en ob- S. 695 f(. servant que les premiers pas dans cette
l?«TR0DLiCT10N. ^ IX. 51,
Lin anonyme, dans le Journal critique de Berlholdt, s'est particulièrement prononcé contre l'explication naturelle de l'Histoire sainte et pour l'explication n:jthique. Il reproche à l'explication naturelle, telle que le Commentaire de Paulus la montra à son plus haut développement, des défauts essentiels : c'est qu'elle procède d'une façon tout ;i fait antihistorique en se permettant de compléter des documents par des conjectures, et de prendre pour texte écrit ses propres hypothèses; c'est de faire des efforts très pénibles et toujours stériles pour représenter comme naturel ce que le document prétend donner comme surnaturel ; enfin c'est de dépouiller l'histoire biblique de tout caractère sacré et divin , et de la rabaisser à une vaine lecture qui même ne mérite pas le nom d'histoire. D'après l'auieur, ces défauts conduisent, quand on ne peut pas se reposer dans l'explication surnaturelle , au point de vue mythique. Là le matériel du récit ne subit aucune atteinte , là on ne hasarde pas des arguties interprétatives sur des détails; là on accepte l'ensemble , non pour une histoire véritable, mais pour une légende sacrée. Cette conception est recommandée par l'analogie avec toute l'antiquité politique et religieuse, puisque tant de récits de l'Ancien et du Nouveau Testament ont la ressemblance la plus exacte avec les mythes de l'antiquité profane. Mais ce qui parle surtout en sa faveur, c'est que par elle les innombrables et à jamais insolubles difficultés que soulèvent la concordance des Évangiles et la chronologie , disparaissent d'un seul coup (1).