XVII
Récit de Luc (1) , et conception immédiate ou surnaturelle de ce récit.
Tous nos évangélistes font précéder l'apparition publique de Jésus de celle de Jean-Baptiste ; Luc est le seul qui, avant la venue au monde du premier, expose la venue au monde du second. Ce récit ne peut être omis même dans un travail exclusivement consacré à la vie de Jésus , soit parce que, tout d'abord , la vie de Jésus est mise en une étroite liaison avec celle de Jean-Baptiste, soit parce que ce paragraphe sert grandement à caractériser les récits évangéliques. On a supposé que ce paragraphe, avec le reste des deux premiers chapitres de Luc , était une interpolation apocryphe et tardive; mais cette conjecture n'est pas autorisée par la critique, elle appartient à ceux qui , sentant que cette histoire de l'enfance exigeait une explication mythique, craignaient d'étendre à tout le reste de l'évangile ce point de vue encore nouveau (2).
Un pieux couple sacerdotal avait vieilli ^ans avoir d'enfants, lorsque tout à coup le prêtre, pendant qu'il encense le sanctuaire, voit apparaître devant lui l'ange Gabriel, qui leur annonce , pour leurs vieux jours, un fils qui vivra consacré à Dieu et sera le précurseur destiné à préparer les voies du Seigneur visitant son peuple au temps du Messie.
(4) Une fois pour foutes, je rappelle f;ile , etc., saus décider si ces livres pro-
qne, lorsque, dans le cours de ces re- viennent de ces hommes apostoliques ou
clierclies, je dirai, pour abréj^cr, Luc , d'inconnus qui Ic.ir furent postérieurs. Matthieu, etc., j'entendrai toujours l'au- (2) Voyez-en la liste dans Ruinul,
leur du troisième, du premier évan- Comm, in Luc, Prnleg., Y>. 2'u.
130 PRE.MIÈRK ^ECT10.^.
Zacharie doutant de la promesse à cause de sou âge et de celui de sa femme, l'ange, en signe et en punition, le frappe de mutisme jusqu'à l'accomplissement; et ce mutisme dure en effet jusqu'à l'époque de la circoncision du fils qui lui est né; à ce moment, le père, qui doit lui imposer le nom prescrit par l'ange, recouvre la parole, et sa joie s'exhale en un hymne (Luc, 1, 5-25 , 57-80).
L'évangéliste a voulu raconter, cela se comprend de soi, une série d'événements extérieurs et d'événements miraculeux : annonciation du précurseur messianique ordonnée par Dieu et procurée par l'apparition d'un des esprits les plus élevés; grossesse opérée non sans une bénédiction particulière du ciel; et mutisme infligé non moins que guéri d'une manière extraordinaire. Mais c'est une autre question de savoir si nous pouvons nous ranger de l'avis du narrateur, et nous convaincre que réellement la naissance de Jean- Baptiste a été précédée d'une pareille série d'événements miraculeux.
L'apparition de l'ange est, dans ce récit, le premier point qui choque les nouvelles lumières, et elle les choque tant comme apparition d'un être surnaturel que par le caractère particulier qu'elle présente. A oyons-en d'abord ce dernier côté. L'ange se fait connaître lui-même comme étant Gabriel , qui se tient en face de Dieu (raépivjA, 6 Traps- (7Tr,/.oj; èvtoTTiov toO 0coj, i, 19); or, on ne peut plus concevoir que la cour des esprits célestes soit justement ordonnée comme les Juifs, après l'exil, se la sont représentée, et que même les noms des anges soient donnés dans la langue du peuple hébreu (1). Le supranaturalisme même, quoiqu'il soit sur son terrain, éprouve ici quelque gêne. En effet, si les noms et les rangs des anges , tels qu'ils sont dans ce passage , étaient nés originairement sur le sol de la religion
(l; Paulns, Exeget. Handbuch, i,a, S. 78 f., 96; Baner, Hebr. Mythol., 2 Bd., S. 218 f.
hébraïque révélée, si Moïse ou un des anciens prophètes les avait établis, le supranaturaliste pourrait et devrait les accepter comme véritables. Mais ces déterminations précises de la doctrine des anges se trouvent pour la première fois dans le livre de Daniel (1), composé du temps des Macchabées , et dans le livre apocryphe de Tobie (2) ; elles ont été évidemment produites par l'influence de la religion de Zoroastre, et les Juiis eux-mêmes témoignent qu'ils ont apporté de Babylone les noms des anges (3). Il en résulte une série de questions extrêmement embarrassantes pour le supranaturaliste. Ces idées ont-elles été fausses tant qu'elles ne se sont trouvées que chez des peuples étrangers , et ne sontclles devenues vraies qu'en passant chez les Juifs ? Ou bien ont-elles été vraies de tout temps , et des peuples idolâtres ont-ils découvert une vérité d'un ordre aussi élevé plus tôt que le peuple de Dieu? Si ces idolâtres ont été exclus d'une révélation divine particulière, ils sont donc arrivés par les forces de leur seule raison à une telle découverte plus tôt que les Juifs avec leur révélation; de la sorte, la révélation paraît être superflue ou n'agir que négativement, c'esl-àdire pour empêcher la trop prompte connaissance d'une vérité. Si, pour échapper à cette conséquence, on aime mieux admettre une influence révélative de Dieu chez ces peuples étrangers à Israël , le point de vue des supranaturalistes est détruit, et il nous est permis d'exercer les droits de la critique et de faire un choix , puisque, dans les religions qui se combattent, tout cependant ne peut pas avoir été
(1) Là, Micliol est dési;;né comme (3) Uieros. roscli haschanali, f. 56. un des premiers princes, 10, 13. Gabriel, 4 ( dans Lij^litfoot, Horœ hebr. et tal- 8, 16; 9, 21. muiL, in II' evan^'g., p 723) : R. Si-
(2) La, Rapliaolest représenté comme mou heii Lacliiscli dccit: Noiniua aiigetXi £x TÙv titTot à/ia>v «-///Auv, oV... tly- lonim asceuderuut iu manu Israelis ex TCOûtjovTat EvwTtiov -yj; «Jô^vj ; Tû V 6iyio\> liahylone. Nam antea dictiim est : Ad- (12, 15), a peu près comme Gabriel vulavit ad me unns tùv Scrapliim ; Sedaus Luc, a part la désignatioti de noui- rapiiim stctcruut antc- eum, Jes.^ 6 ; at bre. Ce nombre est forme d'après celui post: Vir Gabriel, Dan., 9, 21; Micliael des Amschaspands persans. Comparez princeps vester. Dan., 10, 21.
De \^ ette , Biblische Dogmatik, %\.li b.
iâ'2 PREMIÈRE SECTIOX.
révélé. Or, nous ne trouverons pas conforme ù une idée épurée de Dieu, de nous le représenter comme un roi mortel, entouré d'une cour; et si Olsliausen invoque, en faveur de la réalité de ces anges , l'échelle des êtres, qu'on peut raisonnablement admettre (1) , il ne justifie pas par là l'opinion juive, mais il y substitue une opinion moderne. On serait ainsi poussé à admettre, par un faux-fuyant, une économie de la part de Dieu, c'est-à-dire qu'il aurait envoyé un des esprits supérieurs avec l'injonction de s'attribuer, conformément aux idées juives, pour obtenir croyance auprès du père de Jean-Baptiste , un rang et un titre qu'il n'avait réellement pas. INIais Zacharie, comme la suite le montre, ne crut pas l'ange, et il ne fut convaincu que par l'événement; par conséquent toute cette économie aurait été inutile , et elle ne peut donc avoir eu Dieu pour auteur. Venant, en particulier, au nom de Tange apparu, on a trouvé invraisemblable que les anges eussent justement des noms hébraïques. A la vérité, OIshausen fuit remarquer que le nom de Gabriel, pris appellativement dans le sens à'hojnme de Dieu ^ désignait avec une parfaite justesse la nature d'un tel être, et que , pouvant se rendre avec celte signification dans toutes les langues, il n'est nullement lié à la langue hébraïque (2); mais par là il n'évite pas la difficulté qu'il devait lever, car il prend comme simple appellatifun nom évidemment donné comme nom propre. Il faudrait donc admettre ici une autre économie, à savoir que l'ange, pour se désigner d'après son essence, s'est attribué un nom qu'il ne portait pas réellement; économie qui est jugée avec la précédente.
Ce ne sont pas seulement le nom et le rang supposé de l'ange , mais encore ce sont ses discours et sa conduite qui ont blessé la raison. A la vérité, quand Paulus dit qu'un
(1) DlhlUcher Commenta,; 1 Tli., S. (2) L. r,, S. 98 f, Hoffmann, S. 135,
95, 3"- ATiflagr.
PREMIER CIIAPITUE. § XVU. 133
lévite , et non un ange de Jéhovah , a pu trouver nécessaire que l'enfant vécût dans l'abstinence imposée aux hommes appelés par les Juifs Naziréens, c'est-à-dire consacrés à Dieu (1) , on répond que l'ange a dû aussi savoir que , sous cette forme , Jean agirait avec le plus d'efficacité sur les esprits de sa nation. Mais le second point, c'est-à-dire la conduite de l'ange, est plus embarrassant. En effet, lorsque Zacharie, qui conçoit un doute suggéré par la surprise et par une réflexion bien naturelle, demande un signe, l'ange lui en fait aussitôt un crime, et le punit en lui ôtant l'usage de la parole. S'il ne faut pas souteni", avec Paulus , qu'un ange véritable aurait plutôt loué cet esprit d'examen dans le prêtre, cependant on tombera d'accord avec lui, quand il remarque qu'une conduite aussi impérieuse convient moins à un véritable être céleste qu'aux idées que les Juifs d'alors se faisaient de ces êtres. De plus, on n'a pas, sur le sol du supranaturalisme , un autre exemple d'une aussi dure inlliction. Paulus a cité la conduite infiniment plus douce de Jéhovah à l'égard d'Abraham, qui adresse la même question sans encourir de blâme; et quand, pour échapper à l'objection de Paulus, Olshausen rappelle qu'Abraham ne répond ainsi , d'après le verset 6, que par un sentiment de foi , cette observation ne se rapporte qu'au passage 1 , Mos., 15, 8; car non seulement l'incrédulité bien plus marquée de Sara (chap. 18, 12) resta impunie , mais encore (chap. 17, 17) Abraham lui-même trouva la promesse divine incroyable jusqu'à en rire , et cela ne lui attire pas même un blâme. Marie (Luc, 1, 34) fait exactement la même question que Zacharie ; et cet exemple est encore plus voisin; de sorte qu'on doit toujours dire, avec Paulus, qu'une pareille inconséquence appartient , non pas à la conduite de Dieu ou d'un être supérieur, mais aux idées que les Juifs s'en faisaient.
Par cela même que les théologiens orthodoxes trouvaient une difficulté dans la manière dont était représenté le mutisme infligé à Zacharie . ils ont imaginé toutes sortes de motifs à cette punition. Hess a cru justifier la conduite de l'ange du reproche d'arbitraire en disant que cet être divin considéra le mutisme de Zacharie comme le seul moyen de garder secrète, même contre la volonté du prêtre, une chose dont la divulgation prématurée aurait pu avoir, pour l'enfant, des suites dangereuses, comme en eut pour l'enfant Jésus la divulgation de sa naissance par les Mages (1). Mais d'abord l'ange ne dit rien d'un pareil but; il ne lui inflige le mutisme que comme signe et punition (v. 20). Secondement, il faut que Zacharie, même pendant son mutisme, ait communiqué par écrit, au moins à sa femme , la partie essentielle de l'apparition ; car nous voyons plus loin (v. 60) qu'Elisabeth connaît le nom destiné à l'enfant avant qu'on interroge son mari. Troisièmement, enfin, à quoi servait-il de mettre en sûreté l'enfant non encore né, en rendant plus difficile la divulgation de son annonciation merveilleuse , puisqu'à peine né il devait être aussitôt exposé à tous les dangers ? car, la langue du père s'étant déliée , la scène qui eut lieu lors de la circoncision remplit tout le voisinage du bruit de ces événements (v. 65). La manière dont Olshausen envisage la chose serait plus admissible : lui considère tout le miracle, et nommément le mutisme, comme une correction morale qui dut apprendre à Zacharie à reconnaître et à surmonter son peu de foi (2). Mais, d'une part, il n'v a pas un mot de cela dans le texte; et, d'un autre côté, l'accomplissement inespéré d'une promesse tenue pour impossible aurait suffisamment fait honte à Zacharie de sa défiance. Dans le sentiment de l'insuffisance de ce motif moral pour l'indiction du mutisme, maints théologiens ne
(1) Geschichte der drei letzten Lehens- schichle, Tùbingen, 1779, 1 Bd., S. 12. jahre Jesu , sammt dessen Jugendge- (2) Bibl. Comm., 1 , S. 115.
rougissent pas aujourd'hui de compter l'excitation produite par cette punition parmi les causes qui mirent Zacharie en état de procréer un fils 5 singulière escapade du supranaturalisme sur le terrain du naturalisme.
D'ailleurs, quelque digne d'un être divin qu'eût été la conduite de l'ange qui se montre à Zacharie, une apparition angélique n'en aurait pas moins, de notre temps, paru, comme telle, incroyable à plusieurs. L'auteur de la Mythologie hébraïque a posé expressément le principe : que là où sont des apparitions angéliques est un mythe , aussi bien dans l'Ancien que dans le Nouveau T2stament(l). Supposé ' même qu'il y ait des anges, ils ne peuvent pas néanmoins, pense-t-on , se faire voir aux hommes; car ils appartiennent au monde des esprits , qui ne peut exercer d'action sur nos sens; de sorte qu'il est toujours judicieux de rapporter leurs prétendues apparitions à la simple imagination (2). Il n'est pas vraisemblable, ajoute-t-on, que Dieu les emploie comme on se le figure ordinairement; car on ne peut reconnaître aucun but raisonnable à leur mission; ils ne servent communément qu'à satisfaire la curiosité , et, de plus , leur intervention détournerait les hommes du soin de diriger leur vie par eux-mêmes (o). Il est singulier aussi que ces êtres se soient montrés agissants dans l'ancien monde pour les moindres occasions , tandis que , au milieu du monde moderne , ils restent oisifs , même dans les conjonctures les plus importantes (4).
Non sejulement leur apparition et leur intervention dans l'humanité, mais encore leur existence a été révoquée en doute , parce que le but principal de leur existence devrait se trouver dans ces fonctions mêmes (Ilcbr., 1, 14). A la vérité, dit Schleiermachcr (5), on ne peut pas prouver l'im-
(1) Hebr. ]\J\thol,, 2, S. 218. (il Bauer, Tfrln: TUycIml., 1, S. 120.
(2) Bauer, Ûeùr. Myihol., 1, S. 129 ; [b') Glaubtnsleiire , 1 Tlil., § 42 und Paiiliis , Exeget. Uandkuch, 1^ a, llx. 'i3. 2'"" Anfgabe.
(8) Paulus, Commentar, 1, S. 12.
possibilité de l'existence des anges; cependant toute cette conception est telle, qu'elle ne pourrait plus naîtra de notre temps ; elle appartient exclusivement à l'idée que l'antiquité se faisait du inonde. On peut penser que la croyance aux anses a une double source, l'une dans le désir, naturel à notre esprit, de supposer dans le monde plus de substance spirituelle qu'il n'y en a d'incorporée dans l'espèce humaine; or, ce désir, dit Schleiermacher, pour nous qui vivons maintenant , est satisfait quand nous nous représentons que d'autres globes célestes sont peuplés semblablement au nôtre; et par là se trouve tarie la première source de la croyance aux anges. La seconde source est dans l'idée qu'on se fait de Dieu comme d'un monarque entouré de sa cour; cette idée n'est plus la nôtre. Nous savons maintenant expliquer par des causes naturelles les changements dans le monde et dans l'humanité, que jadis on s'imaginait être l'œuvre de Dieu même agissant par le ministère des anges. Ainsi la croyance aux anges n'a pas un seul point par où elle puisse se fixer véritablement dans le sol des idées modernes, et elic n'existe plus que comme une tradition morte. Le résultat ne change pas , même si , avec un des plus récents auteurs sur la doctrine des anges, nous attribuons cette opinion au besoin qu'a l'hommo de distinguer les deux côtés de sa nature morale et de se les représenter sous la figure d'êtres placés hors de lui, d'anges et de démons ; car, même ainsi, l'origine des deux conceptions reste purement subjective , et les anges ne sont pas autre chose qu'un idéal de la perfection dans la créature; idéal qui, conçu h un degré inférieur de culture quand l'imagination créait, disparaît à en degré supérieur quand l'intelligence comprend. Contrairement à ce résultat des connaissances modernes, résultat qui est négatif de l'existence des anges, Olshausen cherche à tirer de ces mêmes connaissances, en les prenant par leur roté spéculatif, des raisons positives pour la réalité
de l'apparition racontée par Luc. Le récit évangclique, dit-il , ne contredit nullement une juste conception du monde, car Dieu est immanent au monde , qui est mû par son souffle (1). Mais justement, Dieu a le moins besoin de l'intervention des anges pour agir sur le monde, s'il y est immanent; ce n'est qu'autant qu'il siège sur un trône reculé dans la hauteur des cieux , qu'il lui faut envoyer des anges ici-bas pour faire exécuter ses volontés sur la terre. On devrait s'étonner qu'Olshausen puisse argumenter de cette façon, s'il ne résultait clairement de sa manière de traiter l'angélologie et la dém.onologie, qu'aux yeux de cet auteur les anges sont, non des êtres individuels existant par euxmêmes , mais seulement des forces divines , des émanations , des fulgurations passagères de la divinité. Ainsi l'idée qu'Olshausen se lait des anges , dans leur rapport avec Dieu, paraît répondre à l'idée que les Sabelliens avaient de la trinité. Mais ce n'est pas là l'idée de la Bible ; par conséquent, ce qui est invoqué en faveur de l'idée d'Olshausen ne prouve rien pour celle de la Bible , et il est inutile d'insister davantage sur ce point. Le même théologien ajoute qu'il ne faut pas juger, d'après la vulgarité de la vie quotidienne , les époques les plus fécondes de la vie de notre espèce, et qu'au temps où le \erbe éternel s'incarna , il survint, dans notre monde, des apparitions du monde spirituel qui n'auraient pas été un besoin dans des âges agités par un mouvement moins puissant (2). Mais ce n'est là qu'un malentendu; car la vulgarité de la vie quotidienne est interrompue dans de tels moments, par cela même que des esprits tels que Jean-Baptiste prennent place dans l'humanité ; il serait puéril de considérer les temps et les circonstances au milieu desquels un Jean naquit et se développa, comme vulgaires, parce qu'il y aurait manqué Tembellisscment des apparitions angéliques; et ce que le monde des
(1) Bthl. Cnmm., 1 ThI.. S. 115. (2) Bi''l. Corn.;:., S 89.
intelligences fait pour le nôtre , c'est justement de susciter des intelligences humaines extraordinaires, et non de faire monter et descendre des anges.
Si enfin , défendant la signification littérale des chapitres de Luc, on prétend que l'ange dut tracer d'avance le plan d'éducation pour l'enfant qui allait naître , afin que cet enfant fût un jour l'homme qu'il devait être (1) , ce serait, ou faire une trop forte supposition , à savoir, que tous les grands hommes, pour devenir tels par leur éducation , ont dû être introduits de cette façon dans le monde; ou s'engager à prouver pourquoi ce qui ne fut pas indispensable pour les plus grands hommes d'autres nations et d'autres siècles , a été nécessaire pour Jean-Baptiste. En outre , une pareille explication attribuerait trop à l'éducation, et trop peu au développement interne de l'esprit. Enfin on a fait valoir avec raison que, bien loin d'aider à concevoir le récit évangélique comme un miracle réel, plusieurs circonstances subséquentes de la vie de Jean-Bapliste demeurent tout à fait inexplicables, si l'on suppose que de pareilles merveilles ont véritablement précédé et accompagné sa naissance; car, s'il était vrai que, dès le début, Jean eût été marqué d'une façon si singulière, comme devant être le précurseur de Jésus, on ne comprend plus comment il ne l'a pas connu avant le baptême , et comment, plus tard encore , il a pu se tromper sur son caractère messianique (Joh., 1, 30; Matthieu, 11, 2) (2).
Ainsi il faudra donner raison à la critique et à la polémique des rationalistes, et tomber d'accord avec eux de ce résultat négatif, à savoir, qu'il ne peut être rien survenu d'aussi surnaturel avant et pendant la naissance de Jean- Baptiste. Maintenant on demande seulement quelle idée
(1) Hess, Geschichte der drei letzten (2) Horst, dans Henke' s Muséum, 1,
Lehensjahre Jesuu. s. "•., 1 Thl., S. 13, i, S. 733 f.; Gabier, dans son Neuest. 35. theol. Journal j 7, 1, S. 403.
PREMIER CHAPITRE. § XYIU. 139
positive il faut se faire de ce récit pour la mettre à la place de l'idée qui a été renversée.