‹ Vie de Jésus ou Examen critique de son histoireChapitre 4 sur 110 · DU TRADUCTEUR. XI · texte numérisé non relu

DU TRADUCTEUR. XI

de ce temps, étaient enfermées sous le symbole de ces récils que notre inlellijjence actuelle repousse dans leur forme littérale. Mais, pour mettre ces vérités sous le symbole, il faut les avoir et par conséquent être placé à un niveau au-dessus de celui qu'occupent les hommes à qui Ton s'adresse. Or, dans l'histoire, rien no nous permet de faire une telle hypothèse, rien ne nous montre cette situation où quehjues classes, supérieures au reste, les instruisent par des emblèmes. Partout les classes instruites, et, en particulier, les classes sacerdotales font, aussi loin qu'on peut les suivre, partie intégrante du système oii elles fonctionnent, elles en partarjent les notions fondamentales, et elles n'ont pas sur la nature des choses une manière de voir qui les distingue radicalement. S'il est anti-historique de supposer que les castes dirigeantes allégorisent tandis que les masses populaires croient, on heurte non moins gravement la nature humaine en admettant que de pures allégories pourraient devenir vivantes et se transformer en institutions puissantes au sein des sociétés. Elles seraient aussi froides et aussi mortes dans l'ordre politique qu'elles le sont dans la poésie moderne; là , rien ne peut leur donner cette réalité qu'elles ont dans les œuvres où elles furent incorporées par l'esprit même du temps. Voyez d'ailleurs, si l'interprétation allégorique pouvait être la clef, voyez ce que deviendrait l'histoire; au lieu d'un développement obéissant à des lois déterminées et s'opérant régulièrement par l'influence réciproque des hommes supérieurs qui ne sont supérieurs qu'en un point, celui par où ils initient, et des masses vivantes qui, n'étant inférieures que par ce point , sont capables de s'assimiler le nouvel élément, on perdrait toute vue entre des philosophes et des politiques qui

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auraient pris leur savoir on ne sait où, et des masses qui seraient inhabiles à rien entretenir et féconder.

Il faut moins de mots pour réfuter cette explication qui eut tant de partisans parmi les théologiens allemands, et qui voulut sous chaque miracle trouver simplement un fait naturel. Si un malade est guéri instantanément par un attouchement ou une parole, c'est que la narration est incomplète; et de fait, il s'agit simplement d'un traitement médical qui a réussi. Si un mort revient à la vie, c'est que la narration a omis des circonstances permettant de reconnaître que la mort était seulement apparente. Jamais, on doit le dire, jamais érudition et labeur ne furent plus mal employés. Les récils miraculeux résistent invinciblement à une pareille transformation. De quelque façon qu'on les arrange, à quelque torture qu'on les mette, toujours le miracle en ressort. Et en effet, les narrateurs n'ont jamais eu l'intention de raconter un phénomène naturel; leur conviction, d'autant plus assurée que le miracle n'implique pas pour eux contradiction avec un ensemble de notions scientifiques , n'hésite pas en rapportant des guérisons qu'aucun art médical ne pouvait opérer, des résurrections qui triomphaient réellement de l'irréparable mort. Ainsi battue sur le terrain de l'exégèse, cette explication ne l'est pas moins sur le terrain de l'histoire. Car, en vérité, qu'importerait qu'il y eût eu de pareils faits naturels, des guérisons habiles , de sages conseils , des prévoyances éclairées? Si, au contraire, nous prenons les récits tels qu'ils nous sont donnés, nous voyons l'idéal que se faisaient les communautés religieuses au moment des forces créatrices; et c'est par cet idéal justement que la création agissait sur le sort entier de riiumanilé.

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