XXXIII
Circonstances parliculières de la naissance de Jésus , avec la circoncision.
Ayant établi une fois que Marie et Joseph s'étaient rendus à Bethléem en quolité d'étrangers, à cause du recensement, Luc expose en conséquence les circonstances ultérieures du récit. L'affluence des étrangers à Bethléem empêcha Joseph et Marie de trouver place dans la maison de leur hôte ; ils furent obligés de s'accommoder dans une étable, où Marie mit aussitôt au monde son premier-né. Mais l'enfant qui, sous des apparences aussi peu brillantes, venait à l'existence sur terre, était d'un grand prix dans hî ciel ; un messager céleste annonce à des bergers qui gardaient de nuit leurs troupeaux dans les champs, la naissance du Messie , et les adresse à l'enfant dans la crèche ; ils le cherchent et le trouvent après un hymne chanté par un chœur de l'armée divine (2, 6 — 20).
Les évangiles apocryphes et la tradition des Pères de l'Église ont orné encore davantage la naissance de Jésus. D'après le Protévangilc de Jacques (1) , Joseph conduit Marie sur un une à Bethléem pour le recensement j dans le
nèrent, de Nazareth à Bethléem, les Actes des apôtres, 5, .37, a bien connu
parents de Jésus. (Voyozd'un autre côté ce recensement, car ce passafje même
Kern, Sur l'Origine de l'évangile de des Actes, où Thcudas est mal placé
Malt/lieu, dans Tiibinger Zeilschrijlfur par rapport à Judas, montre que l'au-
Theologie, 1834, 2, S. 115). Il n'est pas teur n'était pas très l'ort sur la chrono-
nioins élonnaut que Winer (b. Rw. 2, logie de ce temps.
S. 350) défende Luc de s'être trompé (1) Cap. 17, seq.; comparez Histoiiu
sur la date du cens de Quirinus, en di- de Xativitate Mariœ et de Infantia Ser-
sant que cet évangélisle, d'après les vaioris , ç. \?t.
!2i)G PREMIÈRE SECTiOX.
voisinage de la \ille, elle donne des signes tantôt de tristesse, tantôt de joie; interrogée, elle répond qu'elle voit devant elle deux peuples, l'un pleurant, l'autre riant. C'est ainsi que jadis deux nations ennemies se heurtaient dans le sein de Rébecca, 1 Mos., 25, 23. D'après une des explications (1), les deux peuples signifiaient les deux parties d'Israël, à l'une desquelles l'apparition de Jésus sera une occasion de chute, zlç tttwciv (d'après Luc, 2, 34) , et à l'autre une occasion d'élévation, st; àva-^Ta^iv ; d'après la seconde explication (2), ils signifient le peuple des Juifs, qui plus tard rejeta Jésus, et le peuple des païens, qui l'accueillit. Bientôt après, Marie est prise des douleurs de l'enfantement, en dehors de Bethléem, comme il semble d'après le contexte et d'après plusieurs variantes. Joseph la conduit dans une caverne située près du chemin; et là, au milieu d'une pause solennelle de la nature entière, cachée par un nuage lumineux, elle met au monde son enfant. Des femmes appelées à son secours la trouvent vierge même après la délivrance.
La légende de la naissance de Jésus dans une caverne est connue déjà de Justin (3) et d'Origène (4). Pour l'accorder avec le récit de Luc, qui dit que Jésus naquit dans une crèche, oarvr,, ils supposent qu'il se trouvait une crèche dans la caverne. Plusieurs modernes admettent cette supposition (5), tandis que d'autres aiment mieux que la caverne soit ce que Luc appelle oarv/;, dans le sens de magasin à fourrage (6). Justin 7), pour la naissance dans la caverne, in\oque la prophétie d'Isaïe, 33, 16 : Le juste habitera dans la caverne élevée de la forte pierre, o-jtoç oix-/f(ï£i Iv û^}r/iXô cinriXaiw T^érpa; loyjzy.;. De môme VHist. de lanat. de Marie, racon-
(1) Fabricins dans Codex apocryphus (5) Hess, Geschichte Jesu, 1, S. 43. N. T. 1, p. 105, uot. y. ' Olsbausen, bibl. Coinm. 1, S. 132.
(2) Protev. Jac, c. 17. (6) Panhis, Exeget. Handbuch , S.
(3) Dial. c. Tryph. 78. 1 82.
(4) C. Cels. 1, 51. (7) niai. c. Tryph. 70 et 78.
tant que l'enfant Jésus, apporté le troisième jour de la caverne dans rétable, fut adoré par le bœuf et l'une, s'appuie sur 1 s., 1, 3 : Cognovit hos possessorem suum, et asinus prœsepe domini sui (1). Dans plusieurs des apocryphes cités, entre les femmes qui aident l'accouchement et les mages, les bergers sont omisj mais ils se trouvent dans l'Evangile arabe de l'enfance, où, étant venus à la caverne et ayant allumé un feu de joie, ils voient l'arméf' céleste leur apparaître (2).
Maintenant, si nous prenons les circonstances racontées par Luc dans le sens surnaturel, plusieurs difficultés se présentent. D'abord on peut demander avec raison : A quoi devait servir l'apparition des anges (3)? La réponse la plus naturelle est : Faire connaître la naissance de Jésus. Mais l'apparition angélique la fait si peu connaître, que les mages sont les premiers qui apportent dans Jérusalem, ville voisine, la nouvelle du roi des Juifs qui vient de naître ; el dans le courant de l'histoire il ne se trouve plus de trace de cet événement qui i-ignala la naissance de Jésus. Ainsi le but de cette apparition extraordinaire ne peut pas avoirété de faire savoir au loin que Jésus était né, car autrement Dieu aurait manqué son but. 11 faudrait donc admettre, avec Schleiermacher, qu'elle se bornait à agir immédiatement sur les bergers (II); alors il faudrait aussi supj)Oser avec lui que ces bergers étaient remplis, comme Siméon, d'espérances messianiques, et que Dieu voulut récompenser et confirmer leur pieuse croyance par cette apparition. Mais le récit évangéliquc ne dit pas un mot d'une telle disposition des bergers ; il ne dit pas non plus qu'une impression durable ait été produite sur eux. En définitive, rien dans la narration ne paraît signaler l'apparition comme se rappor-
(1) Cap. l/i. (4) L'eljer deii Lukas, S. 33. Com-
(2) Cap, h . dans Thilo , p. 69. pare/. Neauder, L. J. Clir. S 22.
(3) Voyez Gabier daus neitcst, ihcol.
Journal, 7, 4, -S. /ilO.
tant aux bergers; et ce miracle a uniquement pour but de glorifier et de faire connaître la naissance de Jésus comme Messie. Or, cette publicité, nous l'avons déjà remarqué, futmanquée; quant à la glorification prise en elle-même, elle n'est qu'une vaine décoration, et par conséquent ce n'est pas un but digne de Dieu. Ainsi cette circonstance prise en elle-même forme une difficulté, qui n'est pas sans gravité, contre l'explication surnaturelle de cette histoire. Qu'on y ajoute les objections élevées plus haut contre l'apparition et même l'existence des anges, et l'on comprendra sans peine que pour ce récit aussi l'on ait essayé la voie de l'explication naturelle.
Les premières tentatives de cette dernière ont été fort grossières. Ainsi, Eck considère l'ange comme un messager de Bethléem, porteur d'une lumière qui frappa les yeux des bergers, et l'hymne des armées célestes comme le cri de joie de gens qui accompagnaient ce messager (1). Paulus a disposé toute l'affaire avec plus de finesse et d'entente : Marie avait trouvé l'hospitalité dans une famille de bergers à Bethléem; toute pleine de l'idée de mettre au monde le Messie, elle en parla aussi aux membres àa cette famille, qui, en leur qualité d'habitants de la ville de David, pouvaient ne pas être insensibles à ce langage. Ces bergers, étant la nuit dans les champs, et ayant aperçu un météore lumineux, phénomène qui, au dire des voyageurs, n'est pas rare dans cette contrée, y virent un message céleste destiné à leur annoncer que la femme étrangère logée dans leur étable avait réellement mis au monde le Messie ; le météore s'étend et se meut çà et là : leur imagination se figure des armées d'anges qui célèbrent la naissance du Messie. Pieve-
[i.) Elans son Essai sur les histoires racles du récit évangélique, un aliment
des miracles du Nouveau Testament; suffisant à son besoin d'explication na-
comparez Gabier , neuestes theolog, turelle; il entreprend en outre de re-
Journal, 7, i, S. ill. Ici encore l'an- dresser, à sa façon, les fables des évau-
teur de l'Histoire naturelle du prophète giles apocryphes, de Nazareth ne trouve pas, dans les mi-
nus dans la caverne, ils trouvent leurs espérances confirmées par l'événement, et eux-mêmes, qui n'avaient d'abord vu dans ce phénomène qu'un signe de ce qui allait arriver, transforment, à la façon des Orientaux, ce signe en des paroles réelles qu'ils auraient entendues (1).
[| faut supposer (car tout dépend de là dans cette explication) que les bergers avaient su d'avance quelque chose des espérances que Marie avait d'enfanter le Messie; car autrement, comment auraient-ils pu en venir à considérer le météore justement comme un signe de la naissance du Messie dans leur étable? Mais cela même forme la contradiction la plus formelle avec le récit évangéiique. D'abord l'évangile ne suppose évidemment pas que l'étable leur ait appartenu; après avoir raconté la délivrance de Marie dans l'étable, il passe aux bergers en termes qui indiquent un sujet nouveau et sans relation avec l'étable, de cette façon : et des bergers étaient dans le même lieu, xal ttoi^.svsç 'nactv sv tvî ytopa T/i aÙT-^. Si cette explication était véritable il y aurait eu au moins les bergers, etc., o[ f^è t:ovjAvs,ç y.zk; le narrateur n'aurait pas non plus omis de parler des allées et venues des bergers dans l'étable pendant le jour, et de dire qu'ils n'étaient sortis pour garder leurs troupeaux qu'à l'approche de la nuit. Mais en supposant même ces circonstances, c'est une inconséquence de Paulus que de représenter Marie au commencement tellement silencieuse sur sa grossesse qu'elle ne la découvrit pas môme à Joseph, puis tout à coup tellement communicative, qu'à peine arrivée, elle raconte devant des étrangers toute l'histoire de ses espérances. Au reste , en admettant que les bergers ont été instruits par Marie dès avant l'accouchement, Paulus contredit aussi la suite du récit; car, d'après le texte, c'est par l'ange qui
(1) Exeg. Ilandhuch, 1, a, S. 180 f. pse der fier Evangelien, S. 3, admet Tandis que Paulus suppose iiu pliéno- une apparition angôlique intérieure, mène naturel extérieur, Mattli.»'i, Syno-
t260 PREMIÈRE SECTION.
apparaît que les bergers reçoivent la première nouvelle de la naissance du Sauveur, rro^r/ff j et en signe de la vérité de cette nouvelic, il leur apprend qu'ils trouveront dans la crèche l'enfant nouveau-né. S'ils avaient déjà su par Marie quelque chose de la prochaine naissance du Messie, c'est le météore lumineux qui, pour eux, aurait servi de confirmation aux dires de Marie, et ce n'est pas la présence de l'enfant dans la crèche qui leur aurait certilié la véracité de l'apparition. Enfin, au point où nos recherches sont parvenues, nous pouvons v accorder assez de confiance pour demander où Marie, puisqu'il n'y avait eu ni annonciation miraculeuse ni conception surnaturelle, aurait puisé la ferme espérance d'enfanter le ^lessie.
A côté de cette explication naturelle, sujette à tant de difficultés, Dauer prétendit en donner une rnvthique(l), mais sans faire un pas au delà de l'interprétation naturelle, et il répéta, trait pour trait, l'exposition de Paulus. Gabier objecta, avec raison, contre cette explication mytîiique mixte, qu'elle accumulait , comme l'explication naturelle, trop d'invraisemblances; que tout paraissait plus simple par l'adoption d'un mythe pur, dogmatique; que par là, une plus grande harmonie se répandait sur cette primitive histoire du christianisme, dont jusque-là tous les morceaux ont dû être expliqués comme des mythes purs (2). En conséquence. Gabier pense que le récit évangélique est le produit des idées du temps, qui exigeaient que les anges fussent occupés lors de la naissance du Messie. On savait, dit-il, que Marie avait accouché dans une maison de bergers; on en conclut que les anges avaient dû apporter aussitôt à ces bons bergers la nouvelle de la naissance du Messie dans leur étable, et que ces êtres divins, louant Dieu continuellement,
(1) Hebrœische Mythologie, 2 ThI. hraique de Baiier, dans Gabler's Jour- S. 223 ff. nal fur auseiissene theol. Literatur, 2, 1,
(2) Examen de la Mythologie hé- S. 58, f.
OLATUIÈME CHAPITRE. ^ XXXIII. 261
avaient ici aussi entonné un cantique. Un judéo-chrétien, (jiii avait déjà quelques données sur la naissance de Jésus, (lit en terntiinant Gabier, n'a pu se la figurer autrement qu'elle n'est représentée ici (1).
L'explication de Gabier montre d'une manière remarquable combien il est difficile de se délivrer complètement (!.' l'interprétation naturelle, et de s'élever tout à fait à l'inter- ]irétation mvthique; car, tandis que ce théologien croit être (Il plein sur le terrain mythique, il garde cependant encore un pied sur celui de l'explication naturelle. En effet, dans le récit de Luc, il accepte comme historique une particularité qui, par sa liaison avec les éléments non historiques et sa conformité avec l'esprit de l'antique légende chrétienne, apparaît comme purement mythique, à savoir, que Jésus est véritablement né dans une demeure de bergers; et il emprunte à l'explication naturelle une supposition que l'explication mythique n'a nul besoin d'imposer au texte, à savoir, que les bergers qui eurent la jirétendue apparition des anges étaient propriétaires de l'étable où Marie enfanta. La dernière de ces particularités tire toute sa valeur de la première; or, ce qui a été dit de la naissance de Jésus dans une étable appartient à toute cette combinaison par laquelle Luc fait arriver, à l'aide du recensement , les parents de Jésus , de Nazareth à Bethléem. Nous savons maintenant ce qu'il faut penser de ce recensement; il tombe sans ressource devant la critique, et en même temps tombe tout ce qui s'appuie là-dessus. Si les parents de Jésus n'étaient pas étrangers à Bethléem, s'ils n'y arrivèrent pas en même temps qu'une grande affluence appelée par la circonstance d'un recensement, il n'y a plus aucune raison pour croire que Marie ait été obligée de prendre une étable pour le lieu de son accouchement. D'un autre côté, rien ne concorde mieux avec l'esprit de l'ancienne lé-
(l'i IVeuest. tkenl. Journal, 7, i, S..'il2 f,
gende, que de faire naître Jésus dans une étable et de le faire saluer d'abord par des bergers , et l'on conçoit clairement comment la légende a pu être amenée à inventer, de toutes pièces, le récit entier. Déjà Tliéophylacte en avait indiqué le véritable caractère, en disant que l'ange est apparu, non, à Jérusalem, aux pharisiens et aux scribes, qui étaient remplis de toute malice, mais dans la campagne, aux bergers, à cause de leur simplicité, de leur innocence, et à cause aussi qu'ils étaient, par leur genre de vie , les successeurs des patriarches (1). C'est aussi dans la campagne et auprès des troupeaux que Moïse eut l'apparition céleste (2 ]Mos.,â, Iseq.); et Dieu, d'après Ps. 78, 70seq. (comparez 1 Sam., 16, 11), avait pris l'ancêtre du Messie, David, dans les huttes (près de Bethléem), pour être le pasteur de son peuple. En général, la mythologie de l'ancien monde attribue de préférence à des gens de la campagne (2) et à des bergers (o) les apparitions divines. Les bis des dieux et les grands hommes sont souvent élevés parmi les bergers (4). C'est encore en conformité à l'ancienne légende que des apocryphes ont feint que Jésus était né dans une caverne; ce qui rappelle la caverne de Jupiter et d'autres dieux (5); peut-être d'ailleurs le passage mal entendu d'Isaie, o3, 16, a pu être l'occasion immédiate de ce trait (6). De plus, la nuit, à moins que l'on ne veuille songer à des idées rabbiniques d'après lesquelles la délivrance par le Messie devait s'opérer, comme celle d'Egypte, pendant les ténèbres nocturnes (7), la nuit, disons-nous, dans laquelle la scène est placée, forme le fond obscur sur lequel la gloire du Seigneur, ^o;a Kupiou , se dessine avec d'autant plus d'éclat j apparition qui, ayant
(l)InLuc. 2; dans Suicer, 2,p. 789, (5) Voyez les passages dans Wet-
seq. stein, p. 660 seq.
(2^1 Servios ad Firg. Eclog. 10, 26. (6) C'est ropinion de Thilo, Codex
(31 LLlTan. Progym. p. 138, dans apocr^phus y. T. \, -p. Zd,Z, nol.
Wetstein, S. 662. (7)'Voyez Scbcellgen, 1. c, 2, p.
(i) Cyrus, d'après Hercd. 1, 110, 531. seq.; Roimilus, d'après Tite-Live, \,[\.
été présente à la naissance de Moïse (1), ne pouvait manquer à celle du Messie, image de Moïse supérieure à son modèle. L'explication mythique de ce chapitre a trouvé un adversaire en Schleiermacher (2). 11 juge invraisemblable que ce commencement du deuxième chapitre de Luc soit la continuation du précédent et du même auteur ; car plusieurs occasions se présentaient de se livrer à des effusions lyriques , par exemple lors du retour des bergers glorifiant et louant le Seigneur^ V. 20, et il n'est pas fait usage de ces occasions comme dans le chapitre premier. Peut-être Schleiermacher a-t-il raison d'admettre ici des auteurs différents ; mais, lorsqu'il conclut que, si ce récit portait une empreinte exclusivement poétique , les effusions lyriques y tiendraient plus de place, visiblement Schleiermacher n'a pas saisi l'esprit de la poésie mythique, de celle dont il s'agit ici. La poésie mythique ne cherche pas ses inspirations dans l'âme même du poëte ; elle se concentre tout entière dans la scène et le récit qu'elle crée : aussi peut-elle paraître sous la forme la plus simple, et sans aucune de ces effusions lyriques qui sont bien plutôt l'addition postérieure d'une poésie plus habile et plus maîtresse de ses moyens (3). En tout cas, nous avons, ce semble, les paragraphes qui se suivent ici, sous une forme plus voisine de la forme primitive de la légende, tandis que les récits du premier chapitre dans Luc portent davantage l'empreinte du travail poétique d'un individu; mais, pas plus d'un côlé que de l'autre, i! ne faut chercher de réalité historique : aussi ne doit- on voir qu'un exercice de sagacité dans la prétention que Schleiermacher a mise en avant de montrer la source d'oii ce récit est passé dans l'évangile de Luc. 11 ne veui pas que ce ré-
(1) Sota, 1, Zi8 : " Sapieutcs nostri jourd'liui Neander, L. J. Cli. S. 21 f., perliibcnt circa horain uativitatis Mosis se joint entre autres à Schleiermarlirr. totam (lomuin repletam fuisse luce. » (3) Comparez de Wette, Kritik dcr (Wctslein.) mosaischen Geschickle, S. 116; George,
(2) Ueber dtin Lukas, 6. 29. f. Au- Mythus undSage, 5. 33 f.
264 premiekî: section.
cit vienne de Marie, bien qu'on pût s'y croire autorisé par le verset 19, où il est dit qu'elle renferma tous ces discours dans son cœurj et il a d'autant plus raison que ce verset, dont Schleiermacher ne tient aucun compte, n'est qu'une phrase prise dans l'histoire de Jacob et de Joseph. La Genèse raconte de Jacob, en sa qualité de père de cet enfant merveilleux, qu'il renferma, tout pensif, dans son cœur les paroles de Joseph, qui venait de raconter ses rêves prophétiques, et à qui pour cela ses frères portaient envie ; de même, pendant les merveilles de la naissance de Jésus, le récit de Luc attribue ici et plus bus (2, 51) à Marie une attitude pleine de convenance- et, tandis que les autres expriment à iiaute voix leur étonnement, elle, silencieuse et méditative, renferme en elle-même ce qu'elle voit et ce qu'elle entend (1). C'est donc ailleurs que Schleiermacher cherche la source du récit de Luc; suivant lui, les bergers en sont les auteurs, et cela, parce que tout est raconté, non du point de vue de Marie, mais de leur point de vue. Il laut dire bien plutôt que tout est raconté du point de vue de la légende, car elle plane également sur Marie et sur les bergers. Schleiermacher trouve impossible que ce récit soit une bulle d'air formée de rien; ce n'est donc rien, suivant lui, que les idées des Juifs et des premiers chrétiens sur Bethléem, qu'ils croyaient devoir être nécessairement le lieu de la naissance du Messie; si;r l'état pastoral, qu'ils regardaient comme particulièrement honoré d'un commerce avec le ciel; sur les anges, dont ils faisaient les intermédiaires de ce commerce. Il nous est impossible d'estimer si peu cet ensemble d'opinions, et nous comprenons sans peine comment il a pu en naître quelque chose de semblable au récit de
(1) Que l'on coiapare ; 1 AIos. 37, 11 aavTî; £Oa\Ju.ajay — yj oi Mapcàii Trxvra
(lxx) : EÇ>)/e<)jav âe «ÛtÔv oî à^ùtaoi cvvîT-floEt cà pyj^ara -aZ-zx,
^'•^~°^' 0 oe -r.azri'j a\i~o\J oii-r,pea€ oVjjLÇy.À/.ovia cv T9;y.ap(îia auTÎ;;. 2, 51;
"0 p^f/.a. Voyez eu outre les Rab- Kat r, fi-/;Tr,p a'jToû <?c£T-/)p£ c Trav-ra rà
bius dans Scliœtlf;e.3. Noiœ, 1, 262. Pnu.a.-ca. rai-OL èv tT; xa|^î:a auTris.
Luc,2. 18, .'erj. : K>;^avTE:c;à)-.cv- ' ' ' ;
QUATRIÈME CHAPITRE. § XXXllI. 265
Luc. Enfin il ajoute qu'il n'y peut voir une fiction soit accidentelle, soit préméditée, parce qu'il aurait été trop facile aux chrétiens de cette localité de s'en enquérir auprès de Marie ou des apôtres; mais c'est trop parler dans le style des anciens apologistes, et c'est supposer que ces personnages, en vertu d'une ubiquité dont il a été question dans l'Introduction, auraient pu être présents dans tous les lieux où une tendance à la formation des légendes chrétiennes se faisait sentir.
La notice de la circoncision de Jésus, Luc, 2, 21, provient évidemment de quelqu'un qui, jans avoir de renseignement réel sur cette scène, regarda comme certain, conformément à la coutume juive, que cette cérémonie se (it ainsi que d'ordinaire, le huitième jour après la naissance, et qui voulut signaler, chez Jésus, ce moment de la vie d'un enfant israélite. Paul (Phil. 3, 5) (1), de la même fiifon, s'était vanté de sa circoncision au huitième jour, TrspiToav; 6-/.Ta-/;a£Goç. Tandis que cette cérémonie sert, dans la vie de Jean-Baptiste, de texte à une description étendue et ornée (1, 59 seq.), elle est traitée ici pour Jésus avec sécheresse et brièveté. Ce contraste frappant a fait dire à Schleiermacher, peut-être avec raison, que du moins ici l'auteur du chapitre premier n'est plus le rédacteur. Les choses étant ainsi, nous n'avons à apprendre, dans le récit de la circoncision, rien qui importée notre but, si ce n'est une observation sur la prétendue détermination du nom de Jésus dès avant sa naissance; nous pouvions déjà savoir, mais nous n'avions pas encore eu l'occasion de remarquer expressément, que cette détermination fait partie de l'enveloppe mythique de tout le récit. Il est dit dans notre verset que le nom de Jésus fut fixé par l'ange avant qu'il fût conçu dans le ventre de sa mère, /.Xr/Jèv O-o toO àyyÉXotj r:GÔ to-j aul-
(1) l'cut-être i)ar précaution, et pour prévenir les objections des Juif')? ^Amition, Fnrtbilditng, ], S, 217.)
Ay;<p()r,vai aÙTov £V ty, yjAkvj.\ or, l'importauce qu'on y attache montre que cette détermination a été dictée par un intérêt dogmatique; intérêt qui ne peut être autre que celui qui, dans l'Ancien et le iSouveau Testament, a lait dire des noms d'un Isaac, d'un Ismaël et d'un Jean, qu'ils avaient été révélés, avant la naissance, aux parents des enfants j intérêt en vue duquel aussi les rabbins attendaient une révélation divine pour le nom du Messie (1). Certainement ce furent bien plutôt des motifs tout à fait naturels qui décidèrent les parents de Jésus à lui donner ce nom très commun chez leurs compatriotes (yiïJ' abrégé de yc^in», c'està-dire ô x.'jpio; ctor.'.cîy. , le Seigneur est le salut). Ce nom concorda d'une manière significative avec la vocation qu'il se fit plus tard de Messie et de Sauveur; on crut ne pas pouvoir considérer cette coïncidence comme un eiïet du hasard; il parut aussi plus convenable de faire déterminer le nom du Messie par la volonté divine que par l'arbitraire humain ; et c'est ainsi que l'ange chargé d'annoncer la con ception fut aussi chargé de fixer ce nom.