‹ Vie de Jésus ou Examen critique de son histoireChapitre 52 sur 110 · XXXVI · texte numérisé non relu

XXXVI

Explicalion purement mythique du récit concernant les mages, et de ce qui en dépend.

Plusieurs Pères de l'Église ont indiqué naïvement la vraie clef du récit concernant les mages et leur étoile, quand, pour expliquer d'où ces astrologues païens avaient pu tirer la connaissance d'une étoile du Messie, ils ont émis la conjecture que c'était sans doute dans les prophéties du prophète païen Balaam, dont on trouve, en effet, dans Moïse la prédiction sur l'étoile sortant de Jacob (1). C'est donc avec raison que K. Ch. L. Schmidt a reproché à l'explication dePaulus de ne tenir aucun compte de cette étoile, laquelle, d'après l'attente des Juifs, devait se montrer au moment de l'apparition du Messie; et cependant, ajoute-t-il, là est le seul moyen de donner une explication de ce récit évangélique (2). En effet, la prédiction de Balaam sur une étoile qui devait sortir de Jacob, Il Mos., 2/|, 17, n'a pas été cause, comme le crurent lesPèresde l'Église, que réellement des mages aient reconnu une étoile pour celle du Messie et se soient rendus, en conséquence, à Jérusalem, mais elle a été

(1) Orig. c. Cels, 1, 60 ; Auclor op. Pseiidepigr. T. T. p. 807 seq. imper/, in Matth. clans Fabric. Cod. (2) Sclimidt's Bibliothek, 3, J,S. i30.

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cause que la légende a supposé, au moment de la naissance de Jésus, l'apparition d'une étoile, reconnue pour celle du Messie par des astrologues. La prophétie mise dans la bouche de Balaam se rapportait, dans l'origine , à un roi d'Israël puissant et victorieux, mais elle paraît avoir reçu de bonne heure une application au Messie. S'il est vrai que la traduction du Targum Onkelos : Surget rex ex Jacobo, et Messias (unctus) ungetur in Israele, ne prouve rien, attendu qu'ici unctus, mis en regard de rex, pourrait signifier un roi ordinaire ; néanmoins plusieurs rabbins, d'après le témoignage d'Aben-Esra (1) et d'après les passages cités par Wetstein et Schœttgen, ont rapporté la prophétie au Messie. Le nom de Bar Cochba, que |)rit le célèbre pseudo-messie sous Adrien , avait été choisi conformément à la prophétie de Balaam, interprétée messianiquement.

La prophétie dont il s'agit, prise dans son sens primitif, ne parle pas d'une véritable étoile, mais elle compare avec une étoile le prince espéré, et c'est ainsi qu'elle est expliquée par le Targum. Mais bientôt la foi à l'astrologie qui croissait, et qui croyait trouver dans des mutations sidérales l'indice de tous les événements remarquables, fit que l'on entendit le passage de Balaam, non plus au figuré, mais au propre, et qu'on y vit une étoile qui, à l'époque du Messie, devait se montrer au ciel. Je viens de dire qu'au temps de Jésus la croyance à l'astrologie était répandue, en voici des exemples : On s'imagina que la grandeur future de Mithridate avait été annoncée par une comète qui était apparue vers le moment de sa naissance et de son accession au trône (2), et une comète observée peu de temps après la mort de Jules- César fut rattachée d'une façon précise à cet événement (3).

(i) In loc. Num, (dans Schœttgen, (2) Justin, Hist.37,2.

Horœ, 2, p. 152) : Multi iuterprclati (3) Siicton, Jti!. Cas. 88. siiut \\xc de Messia.

Ces idées avaient de l'influence sur les Juifs mêmes ; on en trouve du moins la trace dans des écrits juifs postérieurs, où il est dit qu'une étoile remarquable se montra au temps de la naissance d'Abraham (1) . Avec de telles idées, il était facile de s'imaginer que la naissance du Messie avait aussi été annoncée par une étoile, d'autant plus qu'une étoile se trouvait déjà signalée dans la prophétie de Balaam interprétée raessianiquement, Véritablement les Juifs firent cette combinaison , car ce sont des rabbins qui ont imaginé qu'au temps de la naissance du Messie une étoile apparaîtrait à l'est et serait longtemps visible (2). Si le récit de Matthieu est voisin de cette idée simple des Juifs, qui supposaient qu'au temps du Messie une étoile se montrerait, les descriptions apocryphes de l'étoile qui devait signaler la naissance de Jésus (3) se rapportent aux descriptions exagérées de l'étoile qui, suivant des livres juifs, avait présidé à la naissance d'Abraham. Ainsi, évidemment, K. Ch. L. Schmidt (/i), auquel Fritzsche et de Wette ont donné récemment leur assentiment, a saisi la vraie signification de l'étoile qui, d'après Matthieu, est apparue à l'époque de Jésus. Comme des étoiles ont toujours précédé de grands événements, il faut, telle était la pensée des Juifs au temps de Jésus, d'après li Mos., 2[if 17, que la naissance du Messie soit annoncée

(1) Jalkut Piubeni, f. 32, 3 (dans Messiae , et in oriente versabitar dies Wftstein : Qua liora natns est Abralia- quindecim. Comparez Sohar Gènes f. mus pater noster, super quem sit pas, 7i , dans Schœttgen, 2, 524, et quelstetit quoddam sidus in oriente, et de- ques autres passages que Ideler indique glutivit quatuor astra quœ erant in qua- dans Handbuch der Chronologie , 2 Bd. tuor cœli plajjis. D'après un écrit arabe S. 409 , Anm. 1, et Bertholdt , Cltristo' intitulé Maallem, cette étoile qui an- logia Judworum , §14.

nonce la naissance d'Abraham est vue (3) Comparez avec les passa<;es cités

en songe par Kemrod. Fabric. Cod. dans la note précédente le Protévangile

pseudepigraph. V. T. 1, p. 345. de Jacques, cli. 21 : 'EXS-j-j-v/ ôts-vepa.

(2) Testamentum XII patriarcliarura, ■ita.yuz-;iBr, , ).âa>j'av-a iv toc"; àirpoc; lest. Levi , 18. (Fabric. Cod. pseuJepi- Toûrot; xai àu.Ç/.ûvovTy. avToj; toO tpa:'grapli. V. T., p. 584 et suivantes): xai v£cv. L'exagération est encore plus grande àvaTs^tras-Tpov a-JToO (de I'ieoev; xaivo; dans Ignace, Ep. ad Ephes, 19. Voyez messianique) Iv ovpav&i... cpcoTiÇov (pôi; la collection des passages a ce relatifs, •/voîcrto); x. T. À. Pesikta Sotarla f. 48, 1 dans Tliilo, Cod. apocr. j , p. 390 seq. (dans Scliœltgen, 2 , p. 531) : Et pro- (4) Exeg. Beitrœge, 1, S. 159 ff. dil.it Stella ab oiieulc, qu^e est Stella

d'avance par une étoile. Les nouveaux chrétiens d'entre les Juifs ne pouvaient justifier à leurs propres yeux et aux yeux des autres leur croyance en Jésus comme Messie qu'en s'efforçant de montrer en lui la réalisation de tous les attributs que les idées juives de cette époque prêtaient au Messieréalisation qui fut d'autant plus dégagée de toute mauvaise intention et d'autant moins contestée qu'on s'éloigna davantage du temps de Jésus, et que l'histoire de son enfance en particulier fut entourée de plus d'obscurité. En conséquence, on ne douta bientôt plus que l'étoile attendue n'eût présidé réellement à la naissance de Jésus (1). Si l'on supposa que des mages orientaux l'aperçurent, c'est que cette particularité s'offrait d'elle-même du moment qu'on croyait à l'apparition de l'étoile; car, d'un côté, personne ne pouvait mieux comprendre que des astrologues la signification de ce phénomène, et l'Orient passait pour la patrie des connaissances astrologiques; d'un autre côté, il devait sembler convenable de faire voir par les yeux à des mages l'étoile messianique que l'ancien mage Balaam avait vue en esprit. Cependant cette particularité , ainsi que le voyage des mages en Judée et les dons précieux qu'ils offrirent à l'enfant messianique, tient encore à d'autres passages de l'Ancien Testament. Dans la description du meilleur avenir donnée par Isaie , chap. 60, le prophète déclare expressément qu'alors les peuples et les rois les plus éloignés viendront à Jérusalem adorer Jéhovah, et ajjporteront de l'or, de l'encens et toutes sortes de présents agréables (2), Si dans ce passage il n'est question que du temps du Messie, et si le IMessie lui-même y manque, le psaume 72 parle d'un roi que l'on redoutera aussi longtemps que dureront la lune et

(1) Fritzsclie , daus la suscriptlon du des mages : npiouïivEyxav avTÔ)...-)^p'j<3ov chapitre H : Etiani Stella, quam judaica xaî yliÇavov, il est dit dans Isaïe , 60, 6 disciplina sub Messia; natales visum iri (LXX) : Il^ouai, tptpovrt; jçpvxjcov, xat dicit , (jiio Jésus nascebatur tempore h'Sovov oTaouot. Le troisième présent, exurta est, qui dans Matthieu consiste en ofivpvac ,

(2) Si dans Mattliien , 2,11, il est dit est dans Isaïe J.i'Qci; Tiu'oç.

le soleil, qui fera fleurir la justice, et en l'honneur de qui toutes les nations entonneront des louanges ; ce roi peut donc s'entendre facilement du Messie; et le psaume en dit précisément, v. 10, d5, ce que dit Isaïe, chapitre 60, que les rois étrangers lui apporteront de l'or et d'autres présents. Ajoutons que, dans le passage d'Isaie, la mention du pèlerinage de peuples étrangers vers Jérusalem est unie à la mention d'une lumière brillant au-dessus de cette ville (1), lumière qui pouvait facilement rappeler l'étoile de Balaam. En conséquence, puisqu'on avait, d'un côté, l'étoile messianique de Balaam sortie de Jacob, pour l'observation de laquelle des mages astrologues étaient les plus propres, et d'un autre côté une lumière brillant au-dessus de Jérusalem, vers laquelle des peuples lointains devaient venir apportant des présents, qu'y avait-il de plus naturel que de combiner ces deux données et de dire : A cause de l'étoile levée au-dessus de Jérusalem, des astrologues sont venus de loin avec des présents pour le Messie annoncé par rétoile? Du moment que l'on eut l'étoile et les voyageurs qu'elle amène de contrées lointaines , on préféra faire complètement de cette étoile le guide immédiat de leur voyage et le fanal qui les précéda continuellement dans leur marche. Cette idée était très commune dans l'antiquité : d'après Virgile , une étoile, Stella facem ducens ^ traça aux yeux d'Énée le symbole de son voyage des bords de Troie jusque dans l'Occident (2); des feux célestes conduisirent Thrasibule et Timoléon, et l'on prétendait qu'une étoile avait montré à Abraham lui-même le chemin de Moria (3\ En outre, dans le passage d'Isaïc, la lumière céleste semblait guider , dans leur pèlerinage vers Jérusalem , ceux qui devaient apporter les présents; au moins l'expression figu-

(1) V. 1 et 3 : SHrpe, illumiuare Je- (2) .€neid. 2, 693 seq.

ru5,alera : quia veiiit liinien tuum , et (3; Cela a été indiqué par Wetstein

t;loiia noinini iiiper lu orta est. sur ce passage.

rée : des peuples et des rois marcheront dans la lumière levée sur Jérusalem, a \m aisément, plus tard, être entendue au sens propre selon l'esprit des rabbins. L'étoile ne conduit pas directement les mages à Bethléem, où Jésus se trouvait, mais elle les dirige d'abord sur Jérusalem : la cause en est peut-être dans le passage d'Isaie, qui rattache à Jérusalem la lumière qui se lève et les voyageurs qui apportent les présents j mais le principal motif, c'est qu'on trouvait Hérode à Jérusalem ; or, qu'y avait-il de plus propre à déterminer l'ordre sanguinaire de ce prince que la nouvelle saisissante apportée par les mages qui avaient vu l'étoile du grand roi des Juifs?

Faire rendre un arrêt de mort par Hérode contre Jésus était dans l'intérêt de la légende chrétienne primitive. De tout temps, la légende a glorifié l'enfance des grands hommes par des tentatives de meurtre et de persécution. Plus était grand le danger suspendu sur leur tête, plus leur prix semblait s'accroître 5 jjIus leur conservation était inattendue, plus se montrait visiblement toute l'importance que le ciel attachait à leur personne : aussi trouvons-nous cette particularité dans les récits de l'enfance de Cyrus par Hérodote, de Piomulus par Tite-Live (1), et même encore plus tard dans le récit de l'enfance d'Auguste par Suétone (2). La légende hébraïque n'y a pas non plus manqué pour Moïse ; ce dernier récit, 2 Mos., 1, 2 (3), est très voisin des récits évangéliques en ceci, que des deux côtés l'arrêt de mort a été prononcé, non pas nominativement contre Moïse et Jésus,

(1) Hérod., 1,108 seq. ; Tite-Live, natus-consnltomad .erarium deferretur. 1,4. (3) Déjà Bauer (Sur le mythique dans

(2) Octav., 94 '■ Antc paucos qiiani la première période de la ntie de Moïse, nasceretur menses , prodigium Romae dans n. theol. Journal 13, 3) avait comfactiira publiée , quo denuntiabatur re- paré, avec la conservation merveilleuse gcm populi romani naturam parturirc ; de Moïse, la conservation de Cyrus et de seiiattim exterrittim censuisse ne quis Roraulns. La comparaison du massacre illo auno genitus educaretur ; eos qui des innocents à Betiiléem fut ajoutée par Rravidas iixores liaberent, quod ad se De VVette, Kritik der mos, Geschiekte , qiiisque speo) tralieret , curasse ne se- S. 170.

mais d'une façon générale contre une classe d'enfants, dans le cas de Moïse contre tous les enfants mules nouveau-nés; dans le cas de Jésus contre tous les enfants de deux, ans et au-dessous. A la vérité, d'après l'Exode, l'arrêt de mort prononcé ne s'adresse pas directement à Moïse , dont le Pharaon ne soupçonne pas la naissance, et qui ne se trouve qu'accidentellement mis en danger par cet ordre ; mais la tradition qui se forma au sein du peuple hébreu ne jugea pas que l'intention fut assez marquée, et en conséquence elle reçut, dès le temps de l'historien Josèphe , une tournure qui la rendit beaucoup plus semblable aux légendes de Cyrus et d'Auguste, et par conséquent au récit de Matthieu. Il y est dit, en effet, que le Pharaon fut déterminé à ordonner la mort de tous les enfants mâles par une communication de ses hiérogrammates (1), qui lui annoncèrent la naissance d'un enfant destiné à humilier les Égyptiens et à élever les Israélites. Les hiérogrammates jouent ici le même rôle que les interprètes des songes dans Hérodote, et les astrologues dans Matthieu. La légende ne tarda pas à imaginer que le père de la nation avait été, dès les premiers moments de sa naissance, mis , comme son législateur, en péril par les projets meurtriers d'un tyran soupçonneux. Pharaon avait joué à l'égard de Moïse le rôle d'ennemi et d'oppresseur; on attribua à JNemrod un pareil rôle à l'égard d'Abraham; les sages chaldéens, dont l'attention fut éveillée par une étoile remarquable, déclarèrent au prince babylonien qu'il était né de Tharé un fils d'où devait sortir un peuple puissant; et, sur cette déclaration, JNemrod prononce un arrêt de mort auquel Abraham échappe heureusement (2). Qu'y

(1) Joseph., Antiq,, 2, 9, 2 : Toïv ce- Tai. AtiVa; oè h |5iX!Tt).£v; , xarà yvufxy.v

poypocfiîJLaT/ûJV Tt;...â7/c).)E( rôï |5aac)£~, tv^ e'xe'vov xE^ûec iràv to /ew-Z/Gev «ouev

T£;(6r)<J£aGat Tiva xït' e'xecvov Tov xatpov VTto TÙv I (Tpayi).iTÛv £Îç Tov TroTafxov

ToTç I<rpa-/)XtTJit:, o; TairEivûdEc fiÈv tyiv piTtïovvTai; ^-.atpGîipEiv. AtyvTTTiuv Yjytuovlav, av^viafc (ÎÈ Toù; (2) Jalkiit Rubeni (continuation du

Î5pay))tTa; rpoccptij , àotx7, ôt navra; passage cité page 290, n. 1) : Dixerunt

ÛTt£pÇa"/£r, xài îîc?y.v àerAV/i'Tov XT»)7£- sipienles Nemrodi : ^'atU5 est Tharse

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a-t-il doue d'étonnant que le restaurateur de la nation, le Messie, trouve, comme le père et le législateur du peuple hébreu, un autre Nemrod , un autre Pharaon dans la personne d'Hérode ; que sa naissance soit annoncée par des sages au prince juif; que ses jours soient menacés, dès le moment de sa naissance , par le tyran , et qu'il échappe heureusement à ses embûches ? La légende apocryphe n'a-telle pas eu de semblables raisons pour arranger à sa façon et introduire ce récit dans l'histoire de Jean-Baptiste? Lui aussi est mis en danger par l'ordre sanguinaire d'Hérode; il y échappe par un miracle qui entr'ouvre une montagne pour lui et pour sa mère, tandis que son père , qui ne veut pas révéler la retraite de l'enfant, est mis à mort (1).

La manière dont Jésus échappe aux poursuites d'Hérode est différente de celle dont Moïse, d'après l'histoire mosaïque, et Abraham, d'après la légende juive, échap[)ent aux ordres lancés contre eux; c'est en sortant du pays et en se réfugiant en Egypte qu'il échappe à la mort. On trouve aussi, dans la vie de Moïse, une fuite hors du pays; mais ce n'est pas dans l'histoire de son enfance, c'est lorsque, devenu homme, il a tué l'Egyptien : poursuivi par Pharaon en raison de ce meurtre, il se retire dans la terre de Midian (2 Mos. 2, 15). La fuite du premier Goel ou libérateur a servi de type à la fuite du second; notre texte même le montre expressément en mettant dans la bouche de l'ange qui invite Joseph à quitter l'Egypte et à retourner en Palestine, les mêmes paroles que celles qui motivent le retour de Moïse de Midian en Egypte (2). D'un autre côté, le choix

filius liac ipsa liora , ex quo egressiirus a7re),9£ lî; Aiyxjmov Ttôvyiy.yji yap

est populiis qui lia»rcditabit pr;esens et TtavTE; ot ÇyitoOvt/; aou ty)v «I/uyvîv. futunim seculum ; si tibi placiierit , de- Mattli., 2 , 20 : V!ytpOtU... Trooevo-J

tur patri ipsiiis domiis argento auroque tt; -/TIv IdpayJ).' TEGvyjxaiji yoco oc Çyjrovv-

plena, et occidat Ipsum. Compare/, aussi te; tviv ij/v^'ôv toû irai^iou. Il faut re-

ïe passa<5e du livre arabe , dans Fabri- marquer ici que ce n'est que par le pas-

cius, Cod. pseudepigr., 1, c. sage de l'Ancien Testament que l'on

(1) Protev. Jacobi , c. 22 seq. s'explique comment il se trouve, dans le

(2) 2 Mos., h , 19, Lxx : Bx<îtÇ«, passage de l'évangéliste, un pluriel, qui

de rÉgypte pour le lieu de refuge de Jésus s'explique de la façon la plus simple ; le jeune Messie ne pouvait pas s'enfuir comme IMoïse de l'Egypte. Pour ne pas perdre l'importance attachée à l'Egypte, antique retraite des partriarches. on renversa le rapport, et on le fit se réfugier en Egypte, pays qui, d'ailleurs, offrait, à cause du voisinage, l'asile le plus convenable pour quelqu'un qui s'enfuyait de Judée. On peut moins se servir, pour expliquer cette particularité, de la prophétie d'Osée, 11,1, que cite notre évangéliste : J'ai appelé d'Egypte mon fils , il Aîyu-Tou i/AXz'jy. Tov uîov [AO'j, car il n'est pas sûr que les Juifs aient rapporté ce passage au Messie, et là-dessus les preuves immédiates sont très incertaines (1) ; cependant, en comparant des passages comme ceux du psaume 2, 8, où les mots nnx >33, tu filius meus, ont été rapportés au Messie, on ne trouve pas incroyable qu'on ait donné une signification messianique aux mots d'Osée , >J3S , uiov u.vj , 7non fils.

Contre cette source mythique du récit , on a , dans ces derniers temps, élevé deux principales difficultés : d'abord, a-t-on dit, si c'est la prophétie de Balaam d'où est née l'histoire de l'étoile, pourquoi Matthieu, qui se plaît tant à montrer, dans la vie de Jésus, l'accomplissement de prophéties de l'Ancien Testament, ne dit-il pas un mot de l'accomplissement de celle-ci (2) ? Par la raison que ce n'est pas lui qui a composé cette histoire à l'aide des passages de l'Ancien Testament; il l'a reçue, toute composée, d'autres qui ne lui indiquèrent pas en même temps où en était la source. Aussi, justement parceque plusieurs récits lui ont été transmis sans l'explication qui en donnait la clef, a-t-il lui-môme essayé parfois de fausses interprétations; et, pour la narration même du massacre des enfants, on en voit un exemple

ne convient pas ici. Voyez VVincr, N. T. (1) Voy., par ex., Schœttç^en, Horœ,

Gramm., S. 149. Uc plus, comparez. 2 2, j). 209.

Mos. , 1. c, V. 20, avec Maltb. . v. 14 (2J Tlieile, ziir Biograpliie Jesu, §15.

et 21. Anm. 9; Hoffman, S. 269.

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dans le passage relatif aux pleurs de Pvachel qu'il a mal compris (1). L'autre difficulté est celle-ci : Comment la communauté des judéo-chrétiens, parmi lesquels le mythe prétendu a dii se former, aurait-elle pu accorder aux j)aïens autant d'importance qu'il leur en est accordé dans lu personne des mages (2)? Comme si les prophètes, dans les passages cités , n'avaient pas déjà accordé cette importance aux païens; d'autant plus qu'en réalité cette importance est un hommage qu'ils rendent au Messie, une soumission qu'ils lui témoignent, toutes choses qui étaient conformes aux sentiments des judéo-chrétiens, sans parler même des circonstances particulières de l'entrée de ces païens dans le royaume du Messie.

Ainsi , le récit évangélique étant conçu d'une manière mythique, on n'y apprend, et c'est à cela que nous devons nous arrêter, aucun détail de la vie de Jésus : seulement nous y voyons une nouvelle preuve de la croyance précise à sa qualité de Messie, que Jésus laissa derrière lui, puisque la forme messianique fut donnée même à l'histoire de son enfance (3).

Reportons-nous maintenant encore une fois au récit de Luc, chap. 2, dans les points où ce récit est parallèle à celui de Matthieu. Nous avons déjà vu que le récit de Matthieu ne suppose pas que ce qui est raconté par Luc soit arrivé précédemment ; encore m.oins peut-on soutenir la proposition inverse, et dire que les mages étaient venus avant les bergers. On se demande alors si, peut-être, les deux récits n'entendent pas raconter le même fait, tout en le présentant de deux manières différentes. Dans l'ancienne explication orthodoxe, qui était disposée à prendre l'étoile

(1) Comparez mes Streitschriften , 1, de prendre en considération les passages 1, S. û2 f.; George, S. 39. de l'Ancien Testament et autres qui sont

(2) Neander, L. J. C'i., S. 27. relatifs à ce récit, mais il en est puni ;

(3) Schleiermaciier, uher dcn Lukas, car, pour l'explication du récit, tantôt il s. 47, regarde comme symbolique le reste dans les généralités, tantôt il s'enrérit des mages, etc., tout en dédaignant gage dans la fausse route.

de Matthieu pour un ange, il était facile de réunir cette étoile avec l'ange dont Luc parle, de telle sorte que l'ange apparu aux bergers de Bethléem dans la nuit de la naissance de Jésus aurait été pris dans le lointain, par les mages, pour une étoile placée au-dessus de la Judée (1) ; ainsi les deux récits seraient vrais sur le point essentiel. Dans ces derniers temps, on a supposé qu'un seul des deux récits était véritable, et que c'était celui de Lucj on a représenté celui de Matthieu comme une refonte de l'autre , ornée et embellie. On prétend que l'ange avec la splendeur céleste dont Luc parle est devenu une étoile dans la tradition transformée recueillie par ^latthieu, attendu que les idées d'anges et d'étoiles se confondaient dans la haute théologie des Juifs j la même tradition a changé les berorers en sages de sang royal, attendu que, dans l'antiquité, les rois s'appelaient les pasteurs des peuples (2). Cette dérivation serait, en ellemême , invraisemblable à cause de son caractère artificiel , quand bien même il serait vrai, ce qui est ici supposé, que les récits de Luc portent le cachet de la vérité historique j mais nous pensons avoir démontié le contraire, par conséquent nous avons sous les yeux deux récits qui ne sont pas plus historiques l'un que l'autre. Ainsi tout motif manque de faire sortir, par une interprétation forcée , le récit de Matthieu de celui de Luc, et de préférer cette interprétation à celle qui tire le premier, avec tant de simplicité, des passages de l'Ancien Testament et des opinions juives. Donc, ces deux descriptions de la première introduction de Jésus sont deux modiGcations du même thème , mais qui n'ont exercé Tune sur l'autre aucune influence immédiate.

(1) Lightfoot, Horœ , p. 202. sprung dis ersten kanonischen Evange-

(2) Sclmeckenburgcr , iiber den Ur-- liums , S. 69 ff.

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