XL
'Jésus, flgé de douze ans, dans le Temple.
L'évangile de Matthieu garde le silence sur tout l'intervalle écoulé depui.s le retour d'Egypte des parents de Jésus, jusqu'à son baptême par Jean-Baptiste ; et Luc lui-même ne rapporte qu'une seule aventure dans le long espace compris entre sa première enfance et son âge viril : c'est la manière dont, à douze ans, il se comporta dans le Temple de Jérusalem (2, 41-52). Ce récit des commencements de la jeunesse de Jésus se distingue, d'après la juste remarque de Hesse (1), des récils relatifs à son enfance qui ont été examinés jusqu'ici; et il s'en distingue en ceci : c'est que Jésus n'y joue plus un rôle simplement passif, mais qu'il y donne une preuve de sa haute destination. Et de tout temps on a attaché un prix particulier à cette preuve, qui nous montre le moment où Jésus prit conscience de tout ce qu'il était (2).
A l'ège de douze ans, où, d'après la coutume juive, l'enfant prenait part lui-même aux rites sacrés, Jésus, conformément à ce récit, fut amené à Jérusalem par ses parents, qui, ce semble, le conduisirent a'ors pour la première fois à la fête de Pâques. Le temps de la fête s'élant écoulé, les parents semirent en route pour retourner chez eux. D'abord ils ne s'inquiétèrent pas de ne point voir leur fils avec eux, pensant qu'il était quelque part ailleurs dans la compagnie
(1) GeschUhte Jesti , 1. S. 110. (2) Olsliaiiscn , Bihl. Comtn., 1, S.
l'iô f.
CINQUIÈME ClIAI'liRE. ^ XL. 325
des voyageurs j ce ne fut qu'après avoir fait une journée de marche, et l'avoir vainement cherché auprès de leurs parents et connaissances, qu'ils retournèrent à Jérusalem pour avoir de ses nouvelles. Cette conduite des parents de Jésus peut surprendre; on croit devoir leur supposer une surveillance attentive sur l'enfant céleste qui leur avait été confié, et l'on ne comprend pas qu'ils l'aient perdu si longtemps de vue : aussi leur a-t-on, de différents côtés, reproché de la négligence et l'oubli de leurs devoirs (1). Mais on trouvera naturel et juste que des parents n'aient pas tenu continuellement sous leurs yeux, avec une attention inquiète, un garçon de douze ans, ce qui , dans l'Orient, est autant que chez nous un garçon de quinze , et aussi formé de caractère que Jésus avait déjà dû se montrer (2). Si, au moment du départ, il n'était pas auprès d'eux, il aurait été inutile de le chercher dans le tumulte de la capitale encombrée d'une multitude d'étrangers, et de laisser partir, pendant ce temps, leurs compatriotes. Le meilleur parti était celui que prirent les parents de Jésus : c'était de suivre, après avoir attendu quelque temps, la caravane galiléenne, au milieu de laquelle ils avaient toute raison de supposer leur fils, puisqu'ils y avaient des parents et amis, cruyYeveiç xal yvto(7TOuç (3).
Revenus à Jérusalem, ils trouvent, le troisième jour, leur fils dans le Temple , sans doute dans une des salles extérieures, et au milieu d'une assemblée de docteurs. Il était occupé à converser avec eux, et il excitait l'admiration générale (v. /i5, seq.). D'après quelques indices , il semblerait qu'ici Jésus occupe, vis-à-vis des docteurs, une position supérieure à celle qui pouvait convenir à un enfant de douze ans. Déjà, le mot assis, -/.aOe'Coiv.svov (v. 46), a excité des
(1) Olsliausen . 1, c, S. 146. S. 103 ; Tliolu.k, Glauf/wurdig/yeU , S.
(2) Hase, Lehen Jesu, § 37 ; Hcyden- 216 f.
reich, Uber die Unzulœisi'gkeit , u. s. f. 1, (3) Voyez, rexi)licatiou de Tboluck ,
l. c, S. 214 ff.
326 l'RE.MlÈUE SECTION.
scrupules; car, claprès ce que les Juifs nous ofit appris, ce ne fut qu'après la mort du rabbin Gamaliel , mort arrivée longtemps après, que les élèves des rabbins prirent l'habitude de s'asseoir; jusque-là, ils avaient été astreints à se tenir debout (1) : mais cette tradition juive est douteuse (2). On a encore trouvé surprenant que Jésus ne fût pas seulement auditeur, à/.o-Jcov, mais qu'il prît aussi la pnrole pour interroger, i-toonCov, et qu'il parût se comporter à l'égard des docteurs comme leur maître. A la vérité, c'est ce rôle que lui attribuent les évangiles apocryphes, d'après lesquels Jésus, dès avant l'âge de douze ans, embarrasse tous les docteurs par ses questions , et découvre à celui qui lui apprenait l'alphabet, la signihcation mystique des lettres; selon ces mêmes apocryphes, dans la \isilc du Temple, il m.et en discussion des questions controversées, telles que celle sur le Messie à la fois fils et seigneur de David (Matthieu, 22, lii, seq.), et aussitôt il résout toutes les difficultés (3). Sans doute, si les mots interroger et répondre, epœrav, à7:o/-ptv£(7Ôai, devaient s'entendre comme si Jésus jouait dans cette scène le rôle de docteur, il nous faudrait, à cause d'une particularité si peu naturelle (d) , suspecter le récit évangélique. Mais rien ne nous oblige à comprendre ainsi ces expressions; car, d'ajirès la coutume juive, l'enseignement rabbinique était de telle sorte que non seulement les maîtres interrogeaient les élèves, mais encore les élèves interrogeaient les maîtres quand ils avaient besoin d'explication sur quelques points '5). Ici donc, nous pouvons admettre avec d'autant plus de vraisemblance des questions convenables à un enfant, que notre texte , non sans inten-
(1) Megillali , f. 21 , Jans Lightfoot , /unt. arah., c. 48 seq., p. 123 seq. , dans sur ce passage. TIjiIo.
(2) Voyez, dans Kuinœl, in Luc, (4) Okliausen regarde aussi cette parp. 353. ticularité comme peu naturelle.
(3) Evangel. Thomœ , c. 6, seq ; (5) Voyez les ])rcin'es (p. ex. /fjero.r. dans Tbilo , p. 288 seq.; et Evang, in- Taanith, 67, U) dans W^etstein et Lightfoot, •>ur rc passage.
tion, ce semble, fait tomber l'admiration des docteurs, non pas sur les demandes, mais sur les réponses de Jésus, àr.ox.f'csiç. C'était là, en effet, que Jésus pouvait le mieux se montrer élève intelligent; cependant Tholuck remarque avec raison, au sujet des demandes mêmes, que ce ne serait pas l'unique exemple oii un élève d'un esprit indépendant, qui était âgé de douze ans , mais dont le développement égalait celui d'un enfant de quinze, aurait donné à songer à son maître. Et avec l'étroitesse et la superstition de plusieurs idées rabbiniques, on comprend facilement, ainsi que Hess le fait observer, que le sens droit de l'enfant ait, par de libres questions, mis les docteurs dans un embarras mêlé d'éton nement. Ce qui pourrait paraître plus difficile à admettre c'est que le jeune Jésus ait été assis au milieu des maîtres sv [j.intù Twv ^i^ac/.alcov ; car ce qui convenait à un élève J'apôtre Paul nous l'apprend (A. Ap. 22,3), c'était de s'instruire aux pieds des rabbins, TïapàTûù; Tvotîaç. Ceux-ci étaient placés sur des sièges, les élèves étaient assis par terre (1), mais ils ne prenaient pas place au milieu des maîtres. A la vérité, on croit pouvoir expliquer l'expression au milieu^ èv p^rw, tantôt en disant qu'elle signifie seulement , être assis entre les maîtres, qui étaient placés dans leurs chaires , et au milieu desquels Jésus était assis par terre avec d'autres élèves(2), tantôt en disant qu'elle sif^nifie en compagnie des maîtres^ c'est-à-dire dans la synagogue (3). Mais, d'après le sens des mots, être assis au milieu de gens , /.aOéCscrOai èv [jAgm tivcôv', paraît désigner sinon , comme Schœttgen le croit in majorem Jesu gloriam{li), une place d'honneur, au moins une situation égale à celle qu'occupent les autres (5). Or, que l'on trouve vraisemblable ou non, avec Tholuck, que les docteurs juifs
(1) Lightfoot, //or« , p. 7A2. (i) /fora:, 2, p. 886.
(2) Paulii», Exeg. Jlaiidb., 1, a, S. (5) De Wette, Exeg. IJandb., 1, 2,
(3)Kuinœl,l. c, p. 353.
aient fait asseoir auprès d'eux l'enfant remarquable, on aurait ici, au plus, une expression exagérée, employée par le narrateur, laquelle ne prouverait rien contre la vérité intrinsèque de son récit.
Ici le narrateur place le reproche que la mère de Jésus adresse à son fils retrouvé, en lui demandant pourquoi il n'a pas épargné à ses parents les mortelles inquiétudes de cette recfierche; à quoi il répond ( et cette réponse est , à vrai dire, le but de toute l'histoire ) qu'ils auraient pu savoir qu'il ne fallait le chercher nulle part ailleurs que dans la maison de son };ère, dans le Temple (v. /i8, seq.). Cette désignation de Dieu comme père, toj 777.700;, pourrait être prise d'une manière indéterminée, et signifier que Dieu est le père de tous les hommes, et par conséquent le sien. Mais on ne peut l'entendre ainsi, car le mot de moi, aoj, empêche cette interprétation, puisque en ce sens on devrait attendre (Je nous, r,'jMv, comme dans Matthieu, 6, 9 ; et ce qui l'empêche surtout , c'est que les parents de Jésus ne comprennent pas ce discours (v. 50); circonstance qui indique positivement que cette expression doit avoir un sens particulier. Or, ce sens ne peut être ici que le mystère de la mt ssianité de Jésus, qui, en qualité de Messie, était fils de Dieu, 'jiocQeo^, dans une acception spéciale. Mais Jésus a-t-il commencé à avoir, dès sa douzième année, la conscience de sa qualité messianique? Cela pourrait paraître douteux de notre point de vue, à nous qui, ayant démontré le caractère purement mythique des récits de la naissance et de l'enfance, avons retranché toutes les causes externes, tant naturelles que surnaturelles , capables d'éveiller cette conscience dans l'enfant Jésus. Dira-t-on qu'une vocation particulière, comme, par exemple, celle d'un poëte ou d'un artiste, dépendant uniquement de dispositions internes qui se font sentir de bonne heure, peut se manifester très précocement? Mais une vocation qui s'applique aux affaires du monde, et dans laquelle
CINyL'JÈME CIlAl'lTKJi. § XL. 329
la réalité actuelle joue le rôle essentiel, telle qu'est, par exemple, la vocation de l'homme d'État, du général, du réformateur religieux, et par conséquent aussi du Messie, peut difficilement s'être jamais fait sentir d'aussi bonne heure chez l'homme même le plus heureusement né • car elle exige la connaissance des circonstances contemporaines, connaissance qu'une observation proloniiée et une expérience mûrie sont seules en état de donner. Cependant il faut ici faire une distinction : autre est la conscience de la vocation, conscience qui en embrasse, dans une claire réflexion, toutes les conditions, et qui ne peut être, en effet, que le fruit d'un âge plus avancé; autre est le simple pressentiment immédiat qui dévoile, par des signes caractéristiques, quelquefois de très bonne heure, le germe essentiel de la vocation future et la force qui un jour le développera. Or, ce que l'enfant Jésus nous fait entendre ici n'est pas autre chose que ce simple prélude de l'âme j encore loin de tout rapport plus précis avec la religion mosaïque, avec les prophètes, avec la hiérarchie, avec les sectes, avec les païens, etc., le sentiment intime qu'il a Dieu pour père, et qu'il est avec lui dans une communication intérieure d'esprit et de cœur, est le germe le plus naturel d'où, plus tard et avec plus de développement, devait sortir en Jésus la conscience de sa position messianique (1).
II est dit, immédiatement après (v. 50), des parents de Jésus, qu'ils ne comprirent pas cette expression. Dans toute autre manière que la nôtre de concevoir l'histoire des premières années de Jésus, cela doit paraître fort surprenant, car l'ange annonciateur avait appris à Marie (Luc, 1 , 32, 35) que son fils serait appelé, au sens propre, fils de Dieu, uîoç 0£O'j ; et cette annoncialion d'une part, de l'autre l'accueil brillant que l'enfant avait reçu lors de sa première présentation dans le Temple, pouvaient leur indiquer qu'il aurait
(1) Comparez Ncander, L. J. Ch. , S. 37 f.
3o0 PREMIÈRE SECTIO^.
quelque relation spéciale avec ce lieu sacré. Les parents de Jésus, ou du moins Marie, de laquelle il est dit, à diverses reprises, qu'elle avait conservé soigneusementdanssoncœur les communications surnaturelles relatives à son Bis, ne devaient pas être embarrassés un seul moment par le langage qu'il tenait alors. Mais aussi, dès la première présentation dans le Temple, l'évangéliste rapporte, v. 33, que les parents de Jésus avaient été surpris du discours de Siméon, par conséquent qu'ils ne l'avaient pas bien compris. Et quand l'évangéliste consigne le témoignage de cette surprise, ce n'est pas à propos du passage du discours de Siméon, où il est dit que leur enfant sera une cause non seulement d'e7évation, eï; âvacr-aGiv, mais encore de chute^ a-!; -izzSiGiy, et qu'un glaive, poj^.oata, percera le cœur de la mère ; rien ne leur ayant encore été révélé sur cette partie de la vocation et de la destinée de Jésus, il aurait été naturel qu'ils s'en étonnassent; mais c'est à propos des expressions de la joie du vieillard apercevant le Sauveur, qui servira à la glorification d'Israël et à l'illumination des gentils, â'Ov/;, Siméon ne faisant ses dernières révélations qu'après la surprise témoignée par les parents. Et, de nouveau, remarquons que leur surprise ne porte pas non plus sur les relations que Siméon annonce entre Jésus et les païens; en effet, elle aurait été mal placée, car les relations du Messie avec les païens se trouvent déjà dans l'Ancien Testament. Il ne reste donc plus, comme cause de leur surprise, que la révélation faite par Siméon du caractère messianique de l'enfant; or, cette qualité de Messie leur avait été annoncée depuis longtemps par des anges, et elle avait été reconnue par Marie dans son cantique. Donc, s'il est incompréhensible plus haut que le langage de Siméon les ait élonnés, il ne l'est pas moins dans ce passage, les récits antécédents étant supposés historiques, que les paroles de Jésus ne leur soient pas intelligibles, et nous de^ons dire : s'il s'était passé précédemment des évé-
nemenls aussi extraordinaires qun ceux qui sont rapportés par Luc lui-même, les parents de Jésus auraient compris les paroles de leur Gis; or, ils ne les ont pas comprises, donc ces événements n'ont pas eu lieu. De notre point de vue, on conçoit sans peine que les parents n'aient pas entendu le sens de l'expression employée par leur fils, puisque la réponse qu'il leur fit était la première manifestation précise de sa nature supérieure. Mais on ne doit pas moins se demander si le témoignage de la surprise des parents est un trait véritablement historique, ou s'il n'a été ajouté par le narrateur évangélique que dans l'intérêt de son récit merveilleux ; car c'est le propre de pareils récits d'en laisser les personnages dans une continuelle disposition à l'étonnement, de telle sorte qu'ils expriment leur surprise et déclarent ne pas comprendre non seulement à la première apparition de la merveille, mais encore à la seconde, à la troisième, à la dixième, tandis qu'ils devraient y être familiarisés depuis longtemps; et naturellement cette impossibilité prolongée de comprendre a pour but de donner d'autant plus de grandeur à la communication divine. Nous avons encore à faire une observation semblable : sans doute on croira facilement que la mère de Jésus ait gravé dans son esprit la scène du Temple, et que, le corps de l'enfant croissant heureusement, la croissance de son esprit n'ait été pas moins prospère; c'est, en effet, ce que portent deux remarques finales de l'évangélisle : l'une où il est dit que la mère de Jésus renferma dans son cœur toutes ces paroles (v. 51), et l'autre où il est dit que l'enfant continua à croître en âge et en sagesse (v. 52). Toutefois, malgré l'apparence naturelle de ces remar(jues, on peut se demander si elles sont, chez l'évangéliste, le résultat de renseignements et de retentissements historiques , ou plutôt si elles n'ont pas été formées sur le type de la légende héroi({ue des Hébreux , type auquel ces formules de conclusion et (W transition
3o'2 PREMiÈKE SECTION ..
appartenaient , comme nous l'avons vu plus haut (1).
Ainsi, d'après ce qui précède, le récit de la première apparition de Jésus dans le Temple ne contient aucun trait historiquement invraisemblable; au plus présente-t-il quelques coups de pinceau que le narrateur y a ajoutés de son chef. Il n'est pas non plus, comme quelques uns des récits précédents, dans un rapport d'exclusion réciproque avec une autre narration. Si donc il n'est pas en contradiction avec un renseignement positivement historique dont il sera question plus tard, et dont nous ne pouvons encore nous occuper ici, il ne porte aucun signe qui le frappe d'un caractère non historique, excepté peut-être la circonstance de ne se trouver que dans un seul évangile, et de se trouver dans un chapitre où l'introduction d'éléments non historiques a été facile, et dont les portions considérées jusqu'ici sont en réalité purement mythiques. Mais cela est trop peu précis pour compromettre le caractère de notre récit. Exempt d'indices négatifs qui y trahissent un caractère non historique, il ne peut être ébranlé, quand même on signalerait un puissant intérêt dogmatique et poétique qui aurait été capable d'inspirer l'invention d'une pareille scène.
On sait en effet que, pour de grands hommes qui se sont distingués dans l'ége mùr par leur supériorité, on s'est complu à recueillir les premiers mouvements, les premiers préludes de leur intelligence, et là oii l'histoire n'apprenait rien, on a imaginé des détails d'après la vraisemblance (2), On trouve en particulier beaucoup de preuves de cette tendance dans l'histoire et dans la légende hébraïques. Ainsi il est dit de Samuel, dans l'Ancien Testament, que dès son en-
(1) Voyezplushaut, p. 152 etp. 323. acoty. xoà -/l'ixdx , xxc X°'P''^' Trapà Ôeû'
Comparez encore particulièrement : 1 y.y.\ àv6po>7rotç.
Sam.. 2, 26 (i.xx) : Kat to 77ai!Îap:&y Comparez encore ce que Josèplie,
iiau.ovôÀ ETTopjutTO jJiEya/vvo/Jiïvov, xat ^întiq., 2,9, G, dit dcld gnîce enfantine
à/aOèv xaî pîTa Kupiou xaî usto. àvÔpto- de Moïse , x-*?'' •'^*-°"'''î'
TTuv. ' ' (2) Comparez Tholuck, S. 209,
Luc, 2, 52 : Kat l/jjovr -rpoty.oizxs
riNouiÈME cn.vpiïiiE. ;^ xi,. ôôS
fance il avait eu une révélation divine et le don de la prophétie (1 Sam., 3). Quant à Moïse, sur l'enfance duquel se tait l'Ancien Testament, la tradition postérieure, que suivent Josèphe et Philon, savait raconter des témoignages frappants de son développement précoce. Si dans le récit évangélique l'enfant Jésus montre uneintelli[>ence au-dessus de son âge, Josèphe, d'après la légende, en rapporte autant de Moïse (1). Si Jésus s'écarte du vain tumulte de la ville mise en mouvement par la fête, et s'il trouve dans le Temple, auprès des docteurs, l'entretien qui lui convient le mieux, de même l'enfant Moïse était attiré, non par les jeux de l'enfance, mais seulement par des occupations sérieuses, et de bonne heure il fallut lui donner des maîtres auxquels il se montra bientôt supérieur, comme Jésus âgé de douze ans (2).
D'après la constitution spéciale des hommes dans l'Orient et d'après la coutume juive, la douzième année formait un point du développement auquel on aimait à rattacher des manifestations particulières du génie qui s'éveille. Dès cet âge en effet, comme chez nous dès l'âge de quatorze ans environ, le jeune garçon était considéré comme sorti de la période de l'enfance (3). En conséquence, la tradition admit, au sujet de Moïse, qu'à l'âge de douze ans il avait quitté la maison paternelle pour devenir un organe indépendant des révélations divines (4). Samuel, pour lequel l'Ancien Tes-
(1) Josèplic, Antiq., 2, 9, 6 : 11 avait Oi^ '-'''-' ''■'>^'-^^i v^îretoç -/i'^îcTa T&)9aa;/oÎ5 une intelligence au-dessus de son âge : xa! yù.wii. xoti -Ttaigca";... à)./, aîocï xaJ Suvcai; è\ ov xarà t/jv ^),ixc'av ètpûtxo crEf/vÔT-ziTa Trapa^paiv&jv , c<xova-p.a!j[ xott otvT'îi , X. T. L Oiscrj.acjiv, aTr,v J/v;(-))V £a£/)£v MyEi-/j»£cv,
(2) l'bilo, De l'ita Mos,, Opp. éd. irpoisr^t. AïoâuxaJ.oi (Î'e-jGj; à)),a;^ôG£v
Mangey, vol. 2, p. 86 seq. : Il ne se à'À),oî, «apTio-av wv iv où ij.axpS
complaisait pas comme un autre enfant ;^povo) Ta; ouvauice; V7r£pc'Sx).£v, svaotplx
aux jeux , aux ris et aux bouffonneries ; yji^'jj; tpOxvuv -a; v'frr/nTti:;.
mais, faisant preuve de pudeur et de (3) Cliagiga, dans Wetstein, sur ce
gravité, 11 s'appliquait à écouter et à voir passage : A xn an no filius censé tiir ma-
ce qui devait (•tre utile à son âme. Des turus. De même Joma f. 82, 1. Eera-
maîtres de différents lieux vinrent au- cliotli f, 24 , 1 ; au contraire lîercschitli
lires de lui; mais en pou de temps il sur- Rabba, G3 (dans Wetstein) indique la
passa leur science, devançant l'enseigne- treizième année comme l'année décisive,
ment par le fait (le sou jieurcuse nntnre : (i) Sclicnioth V<. dans Wetstein:
2>'à!i PREiMIÈRE SECTION.
tament ne précise pas à quel âge le don de prophétie lui lut communiqué, avait, suivant la tradition postérieure, prophétisé dès sa douzième année (1). La tradition voulut encore que les sages jugements rendus par Salomon et par Daniel (1 Pieg, 3, 23 seq.j Suzan., /i5 seq. ) l'eussent été dès la douzième année de ces personnages (2). Il serait bien possible que dans la première communauté chrétienne on eût fait le raisonnement suivant : Si , dans ces grands hommes de l'Ancien Testament, l'esprit qui les animait a donné des pï-euves d'activité dès la douzième année, il ne peut pas être demeuré caché plus longtemps dans Jésus; et si, dès cet âge, Samuel, Daniel et Salomon se sont montrés , les deux premiers , prophètes inspirés de Dieu , et le dernier, roi sage, ce qu'ils furent plus tard, Jésus doit également s'être manifesté dès lors dans le rôle de fils de Dieu et d'instructeur de l'humanité , rôle qui lui appartint dans ia suite. En effet, Luc, cela est visible, n'omet aucune phase des premiers temps de la vie de Jésus sans la parer d'un éclat divin et de signes caractéristiques qui annonçaient l'avenir : c'est dans ce style qu'il traite la naissance ; c'est d'une manière au moins significative qu'il nomme la circoncision j mais c'est surtout au sujet de la présentation dans le Temple qu'il se donne carrière; et l'on pourrait dire qu'il a voulu entourer aussi d'ornements convenables la dernière phase de développement que lui présentait
Dixit R. Chama : Moses duodenarius d'une femme et portaient en vain des
avulsus est a domo patris sni, etc. cheveux blancs : SoÀofAfùv ot... SiaSf/.at-
(1) Josèplie, AiU'.q., 5,10, i : Samuel, -rv); ^Aai\vjaa.z , T/jv tfoScpkv èxttvr,v xal ayant atteint douze ans , projiliélisa : (JuffEp'j.vjvêVTov Iti\ raT; -/-jvai^i xpitjiv 2aM.ov/)).o; Si TTETT/.yîpûJxù; É'to; r'àn tvExa TÙv Ttaidicuv CTzotri'Jot.ro... Aavf/j/. êby^ixarov, ■KpnttfnTtMi, o aocpo; oto^ExaET/); yzyoyi xâTo;(oç zS
(2) Ignat. Ep. (intcrpol.) ad Magnes. Gî:'o> TTVEvp.y.T! , xxi Toù; uA-r,-/ t/)v ttoc. 3 : Mais Salomon... étant sur le trône )tav cpEoovTa; ■jrpEtrôu-a; luxotpavTxç x-A à l'Age de douze ans, fit ce redoutable £7:t9uLi.viTà; à).),0Tpicv xz/./ou; à.Tzr,'iy'S,i. et difficile jugement entre les femmes au Ce détail se trouve, à la vérité, dans un sujet des enfants... Daniel, le sage, âgé écrit clirétien ; mais, en le comparant de douze ans, fut saisi de l'esprit divin, avec les données précédentes, on peut et il convainquit ces vieillards syco- croire qu'il a été puisé dans une légende pliantes qui convoitaient la beauté juive p!us ancienne.
encore la jeunesse de Jésus d'après la coutume juive (1). D'un autre côté cependant , bien que la légende ou la poésie ait souvent orné la jeunesse des grands hommes de semblables preuves d'un esprit précoce, il n'en est pas moins vrai qu'en certains cas ces preuves ont été réellement données; car natur^dlement un homme de génie se développe plus tôt qu'un homme ordinaire. Les exemples pris dans l'histoire de la jeunesse de nos grands esprits, poètes, généraux, savants, sont connus (2). Et presque dans le même temps et dans le même lieu, on trouve un exemple de cette précocité, qui est très semblable au récit évangélique, et qui appartenant à la vie de Josèphe, homme d'un talent assez subalterne (3), sert, à l'égard de Jésus, d'argument a minori ad majus. La constitution morale et la position intellectuelle de Jésus ont été telles dans son âge viril, que l'on peut soutenir avec raison qu'elles furent les résultats, non d'une explosion tardive et soudaiîie, mais d'un développement successif et constant; or, dans le cours d'une pareille vie, notre récit s'encadre si convenablement, que la critique n'a pas le droit d'en contester la valeur historique.