‹ Vie de Jésus ou Examen critique de son histoireChapitre 57 sur 110 · XLI · texte numérisé non relu

XLI

Sur rexislence extérieure de Jésus jusqu'au moment où commence sa vie publique.

Dans quelles conditions extérieures Jésus a-t-il vécu depuis le temps de la scène dont il vient d'être question, jusqu'au moment où son rôle public commença ? Là-dessus il

(1) C'est ainsi que s'exprime Kaiser, de la ville venaient incessamment pour BiLl. Tlie.ol. , 1, 234. Gabier laisse siih- prendre auprès de mci des connaissansister plus d'histoire , dans n. T'neol. ces plus exactes de la loi : M,-: è' âSa Journal , 3, 1, S. 39. iz'xïi ôiv Ttîcî TSTuapîdxae'JîxaTov £Toç

(2) l'itisieurs exemples en sont indi- o:a to ^i)o'/pa'ii.f/.3iTov vn'o TravTuv ctt/)qués par Tlioluck, S. 221 1. 227 f. voufxr,ï, ctuviovtmv àii tùv aa^fiEpiaiv xaî

(3) Vita , 2 : Etant eueore enfant, Ttov tÇ;; Ttô/Eu; ttooItcov vttÈo toO Trap' vers l'Age de quatorze ans, j'étais loue iaov Tripe tuv vo'A-j-tiiV àxoiot'cTEiîv ti de tous à cause de mon amour pour l'é- -/vùva!.

;ude; les grand^-prètres et les premiers

bbo PRE51IÈRE SECTJON.

se trouve à peine un indice dans nos évangiles canoniques.

Voyons d'abord quelle était sa résidence. Une seule chose, à ce sujet, est dite expressément, c'est qu'il résida à îNazareth au comniencement comme à la fin de cette période obscure. D'après Luc, 2, 51 , Jésus , âgé de douze ans, y revint avec ses parents, et, d'après Matthieu, 3, lo, Marc,l, 9, Jésus, âgé de trente ans (comparez Luc, 3, 23), en partit pour aller se faire baptiser par Jean. Ils semblent donc supposer que Jésus, dans l'intervalle, s'est tenu en Galilée, et, plus précisément, à Nazareth. Bien entendu, cela n'exclut pas des voyages, par exemple lors des fêtes de Jérusalem.

L'occupation de Jésus, dans les années de son enfance et de sa jeunesse, paraît, d'après une indication de nos évangiles, avoir été déterminée par le métier de son père, qu'ils désignent comme tôV-tojv (Matthieu, 13, 55). Ce mot grec, employé pour exprimer l'état de Joseph, est ordinairement pris dans la signification de faber lignarius , charpeniier (1); quelques uns seulement, par des motifs mystiques, y ont trouvé un serrurier, faber ferrariuSy un ouvrier en or, aurarius, et même un maçon, cementarius (2). Les ouvrages en bois qu'on rapporte qu'il exécutait sont de différentes grandeurs suivant les différents auteurs : d'après Justin et VEvajigile de Thomas (3), c'étaient des charrues et des jougs, y.zo-zy.y.yX Z'jyy. , par conséquent des ouvrages en charronneriej d'après V Evangile arabe de l'enfance, c'étaient des portes, des vaisseaux pour la laiterie, des cribles et des coffres (4)5 une fois il fait même un trône pour le roi : ce sont par conséquent des ouvrages, soit de

(1) De là vient le titre d'un apocry- exécuter ces ouvrages à Jésus , sans plie arabe (d'après la traduction latine doute sous la direction de Joseph. Dans dans Tliilo, 1, p. 3) : Historia Josephi, V Evangile de Thomas, c. 13, c'est Jo-

J'abri lignarii. seph qui les exécute.

(2) Voyez Thilo , Cod. Apocr. N. T. (4) Cap. 38 seq., p. 112 seq., dans p. 368 et seq., net. Thilo.

(3) Justio., Dial. c. Ti-yph., 88; il fait

menuisier , soit de layetier. Au contraire , le Protévangile de Jacques le suppose travaillant dans les bâtiments^ oi/to- ^ofjLaî; , et en fait par conséquent un charpentier (1). Or, Jésus, d'après une expression de Marc, paraît avoir pris part à cette occupation de son père; car, lorsque les Nazaréens demandent quel est ce Jésus, Marc ne met pas dans leur bouche la question suivante, comme Matthieu dans le passage parallèle : W est-ce pas le fils du charpentier? 00/ oûTo; ÈGTiv 6 TO'j TEXTovûç uîoç ; mais il y met celle-ci : N'est-ce pas le charpentier? Où/ outoç âcT-.v ô tsV.tojv (6, 3). A la vérité, Celse, soutenant par raillerie que le docteur des chrétiens avait été charpentier de son métier^ téxtcov y,v tviv -i/yr,'^^ Origène répondit que sans doute Celse avait oublié que, dans aucun des évangiles reçus par les églises, Jésus lui-même n'est appelé charpentier, on o'j^apO tcôv sv TaT; èxxXyiffiatç çspojxsvwv eùayy£}.iwv tsxtwv aùxoç 6 IrjCO'jç àvayeypa-rcTai (2). Le passage de Marc, cité plus haut, a, en effet, pour variante, le fils du charpentier, ô to-j ts/.tovoç uloç ; et c'est ainsi qu'Origène a dû lire, si toutefois ce passage ne lui a pas complètement échappé. Cette leçon est préférée par quelques critiques modernes (3) ; mais déjà Bèze a dit avec raison à ce sujet : Portasse mutavit aliquis, existimans hanc artem Chris ti majestati parum convenir e; tandis que personne n'a pu avoir d'intérêt à faire le changement contraire (/i). Des Pères de l'Église et des apocryphes ont supposé, d'après cette indication de Marc, que Jésus avait aidé son père dans son métier. Justin met une importance particulière à ce que Jésus ait fabriqué des charrues, des jougs ou des plateaux de balance comme symboles de la vie active et de la justice (5). D'après VEuan-

(1)C. 9 et 13. S. 665, Anm. ; Neander, L. J, Cli.,

(2) C. Cels,, 6 , 36, S. i6 f. Anm.

(3) Fritzsche , in Marc, p. 200. (5) L, C. : Étant parmi les hommes,

(4) Voyez Wetstein et Paulus sur ce il fit, en ouvrages de menuiserie, des passage ,■ VViner , Realworterhucli , 1 , «'liarnies et des balances, montrant ainsi

gile arabe de V enfance, Jésus va avec Joseph dans les lieux où ce dernier avait de l'ouvrage, et il l'aide, c'est-à-dire que, lorsque Joseph fait quelque chose de trop long ou de trop court, Jésus, par un attouchement ou en étendant seulement la main, donne à l'objet la juste longueur, genre de coopération qui était utile au père nourricier de Jésus; car, suivant la remarque naïve de l'apocryphe, il n'était pas fort habile ouvrier ^ nec admodum peritus erat artis fabrilis (1), comme si, pour lui aussi, ce métier eut été trop vulgaire.

Indépendamment de ces descriptions apocryphes, beaucoup de raisons portent à croire que telle fut en effet l'occupation de la jeunesse de Jésus. Cela concorde aussi avec la coutume juive, qui voulait qu'un homme destiné à une carrière scientifique, ou, en général, à une occupation intellectuelle, apprît en même temps un métier. C'est ainsi que l'apôtre Paul , l'élève des rabbins , était simultanément un fabricant de tentes, cx.r,vo-o'-o; ~},v -.i-p/r,-» (A. Ap., 18, 3). Au point où nous ont conduit nos recherches, nous n'avons aucune connaissance historique des espérances et des projets extraordinaires que les parents de Jésus auraient pu avoir au sujet de leur fils. Piien donc n'est plus naturel que d'admettre que Jésus fut employé de bonne heure au métier de son père. En outre, les chrétiens avaient plutôt intérêt à repousser qu'à inventer cette opinion sur la première occupation de leur JMessie, car elle leur attira plus d'une fois les railleries de leurs adversaires. C'est ainsi que Celse, comme nous l'avons vu plus haut, ne peut s'abstenir de faire une observation à ce sujet : aussi Origène prétend-il que nulle part le Nouveau Testament n'a qualifié Jésus de charpentier, ts/.twv, et l'on sait quelle fut la question mo-

ts symboles de la jnstlce et de la vie ■^y/ot, <ît« Toutojv xat rà x7,; ôixonovi-i-nç otive : Taûra /ap Ta TtxTov'.xk £pyx aJjiÇo/a O'.Sx-jxtjiv, xal ivtp'/7, jîioy, ^^^ ip/x^ni lit âvQpojTrciî ûv , aporpa xaî (1 J Cap. .38.

queuse de Liùaiiius au sujet du fils du charjientier, question à laquelle l'événement seul a donné une réponse tellement accablante (l). A'ia vérité, une objection est possible, c'est que, pour admettre que Jésus fit œuvres de charpentier, T£/.Tovi,/>à â'pya, on semble n'avoir qu'une simple conclusion du métier du père au métier du fils, lequel avait fort bien pu apprendre un autre état; peut-être même tout ce qui a été dit sur le métier de Jésus et de Joseph provient-il de cette signification symbolique que Justin a attachée à l'ouvrage de leurs mains. Cependant la qualification de charpentier donnée à Joseph dans nos évangiles est sèche et brève ; nulle part elle n'est employée, dans le Nouveau Testament, d'une façon allégorique; elle n'y est non plus l'objet d'aucun détail plus précis. On ne peut donc pas contester que Joseph n'ait été charpentier; quant à Jésus, on restera indécis sur la question de savoir s'il a ou n'a pas été de ce métier.

Dans quel état de fortune Jésus et ses parents se sont-ils trouvés? Beaucoup de dissertations ont été consacrées à cet objet. Des théologiens orthodoxes ont soutenu que Jésus avait vécu dans une pauvreté profonde, et ils l'ont soutenu par des motifs dogmatiques et esthétiques : d'une part, on voulait avoir, même en ce point, le status exinanitionis , et d'autre part on voulait rendre tout à fait frappant le contraste entre la forme de Dieu, ppcpr; ©eoG, et la forme d'esclave^ ppfpv; 5ou"Xo'j. L'opposition qu'exprime l'apôtre Paul (Phil. 2, 6 seq.), et le terme dont il se sert en disant que le Christ fut mendiant, sTrTcoysucs (2 Cor. 8,9), caractérisent seulement la vie obscure et pénible à laquelle il se soumit après sa préexistence céleste et au lieu de prendre le rôle de roi attribué au Messie par l'imagination des Juifs; c'est un point qu'on peut encore regarder comme

(1) Tlieodoret. H. E. 3, 23.

3/l0 PREMIER!: SECTION.

accordé (1). Jésus a dit de lui-même (Malth., 8, 20), qu'il n'avait pas où reposer sa tête, tto'j t7,v /.eoyl-h /Aivr,, et ce langage ne signifie peut-être que le sacrifice volontaire qu'il fit de la jouissance tranquille des biens, pour se livrer à sa vie errante de Messie. Il ne reste donc plus qu'un renseignement (Luc, 2, 2/i), c'est que Marie offrit des colombes pour sa purification; or, ce sacrifice est, d'après 3 Mos., 12, 8, le sacrifice des pauvres, et cela prouve du moins que l'auteur de ce chapitre ne s'est pas représenté les parents de Jésus dans une brillante position (2). Mais qui nous garantit que cet auteur n'a pas été, lui aussi, déterminé par des motifs non historiques à les supposer dans la pauvreté? D'un autre côté, la proposition inverse, à savoir que Jésus ait été dans l'aisance, ne repose pas davantage sur des indices qui se puissent soutenir; du moins nous n'invoquerons pas l'habit non cousu (3) dont parle Jean, 19, 23, avant d'avoir examiné de plus près ce qu'il en est de cet habit.

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