‹ Vie de Jésus ou Examen critique de son histoireChapitre 58 sur 110 · XLII · texte numérisé non relu

XLII

Développement intellectuel de Jésus.

Les renseignements, qui étaient excessivement incomplets sur l'existence extérieure de Jésus pendant sa jeunesse, manquent presque absolument sur son développement intellectuel. Luc place, dans l'histoire de l'enfance, une phrase indécise et qui se répète sur ses progrès intellectuels et sa croissance en sagesse, mais elle ne nous apprend rien que nous n'eussions pu supposer. Quant aux espérances que ses parents avaient eues de lui dès avant sa naissance, quant aux sentiments que sa mère en particulier avait exprimés à cette occasion, il n'y a aucune conclusion à en tirer, car ces

(1) Voyez Hase , Leben Jesu, § 70 ; (3) C'est ce que font les deux théolo- Winer, Biùl. Realw. 1, S. 665. gicns nommés, I, c.

(2) Winer, 1. c.

CINQUIÈME CHAPllKE. § XLM. 34 1

espérances et expressions prétendues sont dépourvues du caractère historique. Nous avons examiné tout à l'heure le récit qui représente l'apparition de Jésus dans le Temple à l'âge de douze ans; mais ce récit nous donne plutôt un résultat, c'est-à-dire le développement précoce et spécial de son sentiment religieux, qu'il ne nous révèle les causes et les conditions qui favorisèrent ce développement. Du moins Luc nous apprend, 2, ki (ce qui va sans dire de tout pieux Israélite), que les parents de Jésus avaient l'habitude d'aller chaque année à Jérusalem pour la fête de Pâques. On peut donc croire que Jésus, depuis l'âge de douze ans, les y accompagna, et qu'il profita de l'excellente occasion de se former l'esprit au milieu du concours de Juifs et de judaisants de tout pays et de toute opinion, d'apprendre à connaître l'état de son peuple et les faux principes des guides pharisiens, et d'étendre son regard au delà des bornes étroites de la Palestine (1).

Jésus reçut-il une instruction de rabbin , et , dans le cas de l'affirmative , jusqu'où cette instruction s'étendit-elle? Nos évangiles canoniques ne nous apprennent, non plus, rien là-dessus. De passages comme celui deMatthieu, 7,29, où il est dit que Jésus avait enseigné, non comme les scribes, oùy ôj; rj[ Ypaa[7.aTsi;, il faut conclure simplement qu'il ne s'appropria pas la méthode des docteurs de la loi , mais il ne faut pas conclure qu'il n'avait pas reçu l'instruction d'un scribe, y^ay.u.ocTVjç. D'un autre côté, Jésus est appelé paêêl et paêêo'jvl, mon maître, non seulement par ses disciples (Math., 26, 25, 49; Marc, 9, 5. 11, 21. 14,45; Joh.,4, 31. 9, 2. 11, 8. 20, 16; comparez 1, 38, 40, 50) et par ceux qui implorent son secours (Marc, 10, 51) , mais encore le c/ie/' pharisien, apj^wv, Nicodème (Joh. 3, 2) ne lui refusa pas ce titre. Cependant ce n'est pas une raison pour

(1) l'aiilus , Exeg. Handbuch, 1, a, S. 273 ff.

3/l2 PREMIÈRE SECTION.

croire qu'il eût reçu l'instruction scolastique d'un rabbin (1), car la salutation de pa^éi, mon ^naître, et le droit de faire leçon dans la synagogue (Luc, 4, 16seq.), circonstance de laquelle on s'est aussi appuyé, n'étaient pas seulement le privilège des rabbins gradués, mais a|»partenaient à tout maître qui avait fait ses preuves (2). Les ennemis de Jésus, et il no les contredit pas (Joli., 7, 15), lui reprochèrent de n'avoir pas été instruit dans les lettres, y^y.u.ij.y-y. u/h \i.wj.- Ô'/i/.w;; à en juger par l'étonnement qu'expriment les jXazaréens (Matth., 13, 54 seq.) en trouvant en lui une telle sagesse, il n'était pas à leur connaissance qu'il eut fait quelque étude. A ces raisons on ne peut guère opposer ce que Jésus dit de lui-même en se représentant comme le modèle d'un docteur de l'Ecriture^ -^'oyjjjj.y.z'chç, formé pour le royaume de Dieu (Matth., 13, 52 (3) ; car cette expression signifie un docteur de l'écriture en général et non un docteur formée par l'école. Enfin Jésus montre, il est vrai , dans le discours de la montagne (Matth., 5 seq.) et dans le discours contre les Pharisiens (Matth., 23) une connaissance exacte des traditions doctrinales des rabbins et de leur abus(/i.), mais il put l'acquérir par les fréquents discours des Pharisiens au peuple, sans suivre un cours de leçons auprès d'eux. Ainsi des données puisées dans les Évangiles et réunies ensemble, il résulte, en dernière analyse, que Jésus n'avait pas traversé formellement les degrés d'une école rabbinique. Pourtant il faut considérer qu'il a été dans rintérôt de la légende chrétienne de représenter Jésus comme indépendant de docteurs terrestres : ces données du Nouveau Testament sont donc, à leur tour, sujettes à des doutes, et l'on peut se laisser aller à la supposition que Jésus n'avait peut-être pas été aussi complètement étranger

(1) Paulus, 1. c, S. 275 ff., s'appuie (3) Paulus, 1. c.

sur ces circonstances. (i) Scljœttgen invoque ces passages:

(2) Comparez Hase, Lehen Jesu , Christus rabljinoriim summus . dans § 38 i >'eauder L. J. Clir., S. hâ f. Hora: , '2 , p. 890 scq.

ClISgUIÈlWK CUAPITRE. ^ XLII. 343

qu'on l'a prétenda à l'éducation littéraire de son peuple; mais, en l'absence de renseignements authentiques, la question doit rester indécise.

Différentes hypothèses, plus ou moins indépendantes des renseignements fournis par le Nouveau Testament, ont été faites, dans les temps anciens comme dans les temps modernes, sur le développement intellectuel de Jésus ; elles se partagent en deux classes principales et opposées , suivant qu'elles appartiennent à l'opinion naturelle ou à l'opinion surnaturelle. En effet , l'opinion surnaturelle touchant la personne de Jésus a besoin de le représenter comme complètement unique dans son espèce, comme indépendant de toutes les influences extérieures et humaines, comme son seul précepteur ou plutôt comme enseigné de Dieu. Ainsi toute supposition qui tendait à faire croire qu'il avait emprunté et appris quelque chose dut être repoussée positivement, et par conséquent il fallut mettre dans !e jour le plus éclatant les difficultés qui s'opposèrent au développement naturel de Jésus (1); et, pour exclure plus sûrement toute réceptivité, on fut enclin à signaler aussitôt que possible, dans Jésus, une spontanéité telle que nous la trouvons chez lui dans l'âge mûr. Cette activité spontanée est double : théorique et pratique. Quant au côté théorique, c'est-àdire sagesse et connaissance , la tendance à mettre aussitôt que possible en lumière l'intelligence active de Jésus se manifeste dans les passages apocryphes qui ont été en partie cités plus haut et qui dépeignent Jésus dépassant ses maîtres longtemps avant sa douzième année : car , d'aj)rès un de ces livres, il avait parlé dès le berceau et s'était déclaré fils de Dieu (2); mais aussi le côté pratique, c'est-à-dire cette activité d'un ordre supérieur qui fut attribuée à Jésus dans les

(1) C'est ce que fait, i)ar exemple, scq. dans Tliilo, et 1rs passages de ce ReiiiLiard , dans son livre intitulé Plan mime évangile et de VÉt'angile de Thode Jésus. mas ) (jui ont été cités § xl.

(2) Evangel, infant, arab.^ c. 1, p. 60

S[\li l'UE.MlÈUE SECTION.

années subséquentes et qui consiste dans l'accomplissement (les miracles, est placé par les évangiles apocryphes dans sa première enfance et dans sa jeunesse. Ii'Evangile fie Thomas ouvre, dès la cinquième année de Jésus, le récit de ses miracles (1), et V Évangile arabe de l'enfance remplit le voyage d'Egypte d'une foule de miracles, que la mère de Jésus opère à l'aide des couches de son enfant ou de l'eau quia servi h le laver (2). Les miracles que, d'après ces apocryphes, fait Jésus enfant et jeune garçon, sont, les uns analogues à ceux du Nouveau Testament , guérisons de malades et résurrections de morts; les autres sont complètement différents du lype qui règne dans les évangiles canoniques, car ce sont des punitions extrêmement révoltantes qui frappent de paralysie ou même de mort quiconque contrarie en quoi que ce soit l'enfant Jésus (3), ou des imaginations complètement extravagantes, par exemple la vie donnée à des moineaux formés avec du limon [II).

L'opinion naturelle a eu un intérêt opposé qui s'est manifesté de bonne heure parmi les adversaires juifs et païens du christianisme , et qui a été d'expliquer, conformément aux lois.de la causalité, l'apparition de Jésus, c'est-à-dire de l'expliquer d'après des apparitions semblables plus anciennes et contemporaines, et , par conséquent , de faire ressortir tout ce dont il dépendit et tout ce qu'il reçut. Dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, le sol spirituel était encore , parmi les païens comme parmi les Juifs , un sol surnaturel. A cette époque, quand on reprochait à Jésus de devoir sa connaissance et ses facultés d'apparence miraculeuse, non pas à lui-même et à Dieu, mais à une communication extérieure, on ne prétendait pas qu'il eût reçu d'autres hommes, parla voie ordinaire de l'instruction,

(1) Cap. 2, p. 278. Tliilo. mas, c. 3-5. VÉvangile arabe de l'en-

(2) Cap. 10 seq, fance, c. A6 seq.

(3} Par exemple , \ Evangile de Tho- (4) Evang. Thomœ , c. 2. Evangel.

in/, aiab., c, 36.

CINQUIÈME CHAPITRE. § XLH. 3^5

une habileté et une sagesse tout humaine; ce n'était pas la forme que l'imputation devait prendre alors, et dans ce temps et sur ce sujet il ne pouvait être question de l'in- (luence naturelle que les hommes exercent les uns sur les autres; mais à une influence divine et surnaturelle on opposa une influence monstrueuse et démoniaque , et l'on reprocha à Jésus d'avoir appris la magie dans sa jeunesse pour opérer ses miracles. De très bonne heure, on rattacha cette inculpation au voyage de ses parents en Egypte, cette ancienne patrie de la magie et des sciences occultes, et on la trouve, en effet, sous cette forme, aussi bien dans Celse que dans le Talmud. Celse fait dire entre autres choses à un Juif que Jésus s'était mis au service pour un salaire dans l'Egypte, qu'il avait su y apprendre quelques artifices de sorcellerie, et qu'à son retour il s'était orgueilleusement donné pour un dieu(l). Le Talmud en fait l'élève d'un membre du Sanhédrin juif, et suppose qu'il voyagea en Egypte avec cet homme, et qu'il en rapporta, en Palestine, des formules de magie (2).

L'explication purement naturelle du développement intellectuel de Jésus ne pouvait être conçue que dans les temps modernes. Maintenant, Jésus s'est-il formé exclusivement sur l'un des éléments que fournissait son époque , ou est-il le produit de l'action simultanée de tous ces éléments? Tient-on, en face de ces actions extérieures, compte des dispositions intérieures et de la vocation spontanée de

(l)Orig., C. Cels.,i, 28: K«i (\tyt'.) anaclironisme considérable; car ce Josna

OTt o-jTo; (o lr,o-o\j;) oià t.v/ivj ù- Ben Peraclija a vécu uu siècle aiipara-

AtyvTTTov fittjOapv-^CTaç , xàxsT (îwai/euv vaut. Voyez Josf, Geschichte der Isr.,2,

Ttvmv irttpiOtQîîç , lif' ai; Ae'-/-J7tTcot cte- S. 80 ff. u. Ii2 der AnIi.Tenge. Scbab-

fxvvvovTaci , firov^Àôtv, £v Taf; (Juvoéatuc batli, f. 104 , 2 : Traditio est, R. Eliese-

fxt'jia ypovtùv , xaî Si avrà; (jùf/ avTov rem dixisse ad viros doctos : Annon f,

âvyjyoptuat. Satda? (id est Jésus) magiam ex AEgypto

(2) Sanbedr. f. 107, 2 : — /{. Jnsua adduxit per incisionem ia carne sua fac-

J', Perachja et VC<' [Jésus] Alexandriam tam ? Voyez Scbœttgcn , Uorœ, 2, p. 697

^gypti projecti siinl... T^JJ» [Jésus) ex scq.; Eisenmenger, Entedechtes Juden-

illo lempore magiam exercuit , et Israeli- l/tum, 1 , S. 149 f. tas ad pessima queevis perduxit. C'est nn

3/l6 PREMIÈRE SECTION.

Jésus, ou bien laisse-t-on trop dans l'ombre ces ronditions? Tels sont les points sur lesquels se partage principalement l'explication naturelle.

Dans tous les cas, la base du développement intellectuel de Jésus a été dans les écritures sacrées de son peuple. Les discours qui ont été conservés dans les é\angiles portent témoignage qu'il les avait étudiées avec zèle, et qu'il y. avait pénétré profondément. La source de ses sentiments comme Messie paraît être dans Isai(3 et dans Daniel. C'étaient surtout les écritures des prophètes ainsi que les Psc.umes, qui portaient l'esprit vers une religion spirituelle, et qui ['élevaient au-dessus du particularisme du commun des Juifs.

Parmi les éléments d'instruction qui se trouvaient alors dans la patrie de Jésus, il faut compter les trois sectes qui se partageaient la vie spirituelle de ses contemporains. Les Pharisiens, combattus plus tard avec tant de force par Jésus, paraissent ne pouvoir être considérés que comme ayant agi sur lui négativement; cependant, à côté de leur attachement aux traditions, de leur pédanlisme légal, de leur bigotisme et de leur hypocrisie qui inspiraient à Jésus de la répulsion, ils avaient la croyance aux anges et à l'immortalité; ils admettaient uniformément un développement continu de la religion juive après Moïse; et c'étaient là autant de points auxquels Jésus se rattachait. Mais ces opinions n'étaient propres aux Pharisiens que dans leur opposition contre les Saducéens, et du reste elles leur étaient communes avec tous les Juifs orthodoxes : ainsi il faudra s'en tenir à penser que l'influence de la secte pharisieniie sur le développement de Jésus a été essentiellement négative.

Dans ses discours il manifeste moins d'opposition contre le saducéisrae, avec lequel il est même d'accord pour rejeter la tradition et l'hypocrisie des Pharisiens : aussi quelques savants ont-ils voulu trouver, pour lui, une école dans cette

CINQUIÈME CHAPITRE. § XLII. Sii?

secte (1). Mais cet accord contre les aberrations des Pharisiens est j)iirement nép;atif, et il part, chez Jésus, d'un tout autre principe que chez les Saducéens. Il est d'ailleurs mis complètement dans l'ombre par le contraste que la disposition de Jésus et sa manière d'envisager le monde forment avec leur froideur religieuse et leur incrédulité à l'immortalité de l'âme et à l'existence des esprits. Il est vrai qu'une polémique contre les Saducéens ne se manifeste pas dans les évangiles, mais il est facile de s'en rendre raison : cette secte exerçait peu d'influences sur les cercles avec lesquels Jésus était immédiatement en contact; elle avait ses partisans dans les rangs élevés de la société (2).

Une seule des sectes juives alors existantes peut faire naître sérieusement la question de savoir s'il ne faut pas lui attribuer une inlluence décisive sur le développement de Jésus et sur son apparition : c'est la secte des Esséniens (3). Dans le siècle dernier, on aimait beaucoup à dériver le christianisme de l'essénisme; non seulement des déistes anglais, et, parmi les Allemands, Bahrdt et Venturini , mais encore des théologiens comme Stseudlin, partagèrent cette opinion (/i). A l'époque de la franc-maçonnerie et des ordres secrets, on se complaisait à ranger aussi dans cette catégorie le plus ancien christianisme. En même temps, rien ne semblait plus propre que le mystère d'une loge essénienne pour expliquer la disparition soudaine de Jésus après les scènes brillantes de son enfance et de sa jeunesse, et, plus tard , après sa résurrection. De môme encore, outre le jirécurseur Jean-Baptiste , on considéra comme des membres de la confrérie essénienne les deux hommes qui parurent

(4) Par exemple , Des Côtes, Schulz- (!i) Cette opinion est dé vclop])ée avec

schrift fur Jésus von Nazaret , S. rt^flexion dans Strciidlin, Gescinchte der

128 ff. Sittenlehre Jesu, 1, S. 570 if., et

(2) Neander, L. J. Cli., S. 39 ff. d'une inanitre romanesque dans l'His-

(3) Voyez Josèphe, B. j. 2,8, 2-13. taire du grand prophète de Nazareth, Anùq. 18, 1, 5. Comparez Pliilon : Qund l"' volume.

omnis probus liber, et son livre De vita contemplatii'a.

o/lS rUEMIÈRE SECTION.

sur la montagne de la transBguration, et les anges habillés de blanc qui se montrèrent sur son tombeau et qui apparurent sur la montagne de l'ascension, et Ton expliqua aussi plusieurs cures de Jésus et des apôtres par les traditions médicales des Esséniens. Indépendamment de ces idées favorites d'un temps passé, il y a véritablement quelques traits essentiels qui paraissent indiquer une relation plus étroite entre l'essénisme et le christianisme. Au premier rang, il faut placer la défense de prêter un serment et la communauté des biens. A la défense de prêter serment se rattachaient essentiellement la fidélité, l'esprit de paix et l'obéissance pour toute autorité j à la communauté des biens, le mépris des richesses et la coutume de voyager sans aucunes provisions. Ces traits et d'autres, tels que les repas sacrés faits en commun, le rejet des sacrifices sanglants et de l'esclavage, ont tant de ressemblance avec le christianisme, que déjà Eusèbe considérait comme des chrétiens les Thérapeutes égyptiens, analogues aux Esséniens (1). Mais, à côté, il y a des différences très essentielles qu'il ne faut pas négliger : nous n'y compterons pas, si l'on veut, le mépris du mariage, ûrspo-iia yaao'j, attendu que Josèphe ne l'attribue qu a une partie des Esséniens; mais leur ascétisme, la rigueur avec laquelle ils célébraient la fête du sabbat, les purifications et d'autres usages superstitieux, leur attachement au nom des anges, et surtout le mystère qu'ils affectaient, leur esprit monacal, rétréci et exclusif, tout cela était étranger et même opposé aux tendances de Jésus. En outre, il n'est nulle part question des Esséniens dans le Nouveau Testament. La contribution de cette secte au développement de Jésus doit donc être bornée à l'influence incertaine qu'ont dû exercer sur lui les relations qu'il a pu avoir çà et là avec des Esséniens (2).

(1) H. E., 2, 16, seq. iiber den Versuch , das Christenthum

(2) Comparez Bengel , Bemerkungen ans dcm Essenismns ahzuleitfii , dan^

(INQLIÈME CHAPITRi;. ;^ XIII. 3/l9

Des éléments non judaïques, ou du moins extra-palestins, ont-ils agi aussi sur Jésus? Des païens établis dans la Galilée des gentils, rcdikoLioç tô>v èOvûv, il y avait difficilement quelque chose à apprendre, si ce n'est de la patience, lorsqu'on avait des rapports fréquents avec eux. Mais, dans les fêtes de Jérusalem, on rencontrait non seulement des Juifs étrangers qui, comme les Alexandrins et les Cyrénaïques par exemple, y avaient des synagogues (A. Ap., 6, 9), mais encore des païens remplis de piété (Joh., 12, 20), et la fréquentation de ces derniers a contribué à agrandir l'horizon de Jésus et à spiritualiser ses idées. Cela est conforme, comme je l'ai déjà remarqué plus haut, à toute la vraisemblance historique (1).

Mais pourquoi, en l'absence de renseignements positifs, chercher péniblement des traces incertaines d'une influence que les éléments de culture existants au temps de Jésus ont pu exercer sur lui, et pourquoi surtout écarte-t-on, d'un autre côté, ces recherches avec tant d'anxiété? Il faut toujours que le génie fasse tomber une étincelle pour allumer la flamme qui jettera la statue dans le moule ; et, quelle que fût la masse de matériaux spirituels préparés d'avance, l'intervention de Jésus ne sera ni d'une explication plus facile ni d'un mérite moins grand. Jésus aurait-il épuisé toutes les sources d'instruction de son temps, il n'en est pas moins vrai que, chez les grands hommes, une faculté compréhensive de recevoir n'est que le revers de leur puissante faculté d'agir. Qu'il doive à l'essénisme, à l'alexandrinisme, à toutes écoles et tendances que l'on voudra, bien plus que ce que nous pouvons indiquer (et encore avec combien d'incertitude!), aucun de ces éléments ne suffisait, même de loin, pour faire une révolution dans le monde; et le ferment né-

Flatt's Magazin, 7,5. 126 ff.; Neander, Balirdt, Briefe lïber die Bibel, zweiles L. J. Ch., S. il ff. Bdchn. , 18"'% 20*"'' Brief und ff. 4»"

(1) Cette donnée est exagérée dans Bdclia,, iO*'*'' Brief.

cessaire à une si grande œuvre, il n'a pu le puiser que dans les profondeurs de son âme (1).

Mais il n'a pas encore été question de l'apparition d'un homme qui, d'après nos évangiles, a inOué de la manière la plus décisive sur le développement du rôle de Jésus, je \cux parler de Jean-Baptiste. Il n'est fait mention, dans les évangiles, de l'action de cet homme qu'au moment du baptême et de l'apparition de Jésus sur la scène publique. En conséquence, ce qui le regarde, lui et ses rapports avec Jésus, étant étranger à cette première section, formera le début de la seconde.

(1) Comparez Paulus , 1 . c, 1 , a, Z)og'm., § 212 ; Hase, L. J., § 38 ; Wi-

273 ff.; Planck, Geschichte des Christen- Der, Bibl. Realw., S. 677 f.; :<can(ler,

thuins in der Période seiner ersten F.in- L, J. Cli., S. 38 ff. fuhning, 1, S. 84; De Wette, Bibl,

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