‹ Vie de Jésus ou Examen critique de son histoireChapitre 59 sur 110 · RELATIONS DE JESUS AVEC JEAN-BAPTISTE · texte numérisé non relu

RELATIONS DE JESUS AVEC JEAN-BAPTISTE

§ XUII.

Rapport chronologique entre Jean-Baptiste et Jésus.

Tous les évangiles parlent (lu rôle joué par Jean-Baptiste Le second et le quatrième n'en fixent pas l'époque. Le premier donne une date qui n'est pas précise; le troisième, une date qui le semble beaucoup.

D'après Matthieu, 3, 1, Jean-Baptiste se montre en qualité de prédicateur de pénitence en ces jours, èv ■vv.'iq-fiaizcf.i.q èxeivai;, c'est-à-dire, si l'on voulait rattacher rigoureusement cette désignation à ce qui a été rapporté immédiatement auparavant (2, 23), vers le temps où les parents de Jésus se fixèrent à Nazareth et où Jésus était encore un enfant. Nous apprenons par ce qui suit que Jésus vint auprès de Jean- Baptiste pour se faire baptiser; par conséquent, entre cette première apparition de Jean-Baptiste, qui coïnciderait avec l'enfance de Jésus, et l'époque où il baptisa Jésus, il faudrait intercaler une série d'années pendant lesquelles Jésus serait devenu assez mûr pour prendre part au baptême de Jean. Mais la description de la personne et du rôle de Jean-Baptiste est si brève dans IMatlhieu, on lui attribue une position si jieu indépendante, son action a si évidemment pour terme Jésus, qu'il n'a certainement pas été dans l'intention de l'évangéliste de supposer que, pendant une longue série d'années, Jean-Baj)tistc avait prêché la réforme religieuse. Incontestablement, Matthieu entend que Jean- Baptiste trouva promptement le but et le terme de sa mis- I. 23

sion dans le baptême donné à Jésus. Ainsi, entre l'apparition de Jean-Baptisle et le baptême de Jésus, c'est-à-dire entre le verset 12 et le verset 13 du 3* chapitre de Matthieu, il ne nous est pas permis de supposer le long intervalle dont, dans tous les cas, nous aurions ici besoin. Il ne nous reste donc plus qu'à placer ce laps de lemps entre la (in du second chapitre et le commencement du troisième, c'est-à-dire entre l'établissement des parents de Jésus à JNazarelh et l'apparition de Jean-Bapti>te. On peut supposer avec Paulus que Matthieu a intercalé ici un Iragment d'un morceau sur Jean-Baptiste, où il était question des circonstances de sa vie qui précédèrent immédiatement son rôle public, et où l'on continuait, avec toute raison, par les mois en ces jours, sv rai; r,[;.ipai: èx.stvai;, formule de transition que Matthieu conserva tout en suj)j)rimant ce à quoi elle se rapportait (Ij j ou bien, on peut entendre, avec Sùskind, ces mots comme indiquant, non l'époque de l'établissement des parents de Jésus à Aazareth, mais la continuation de leur séjour en ce lieu (!2) ; ou bien, entin, on peut expliquer avec vraisemblance l'expression en ces jours, comme l'expression hébraïque correspondante, onn D'D'3 par exemple, 12 Mos., 2, 11, et la ra[iporter à l'époque de l'établissement à Nazareth, de telle sorte qu'en prtnanl les mots en ces jours dans un sens large, on puisse les entendre de choses arrivées quelques trente ans après (3j. Toujours est-il, quelle que soit celle de ces explications qu'on adopte, que Matthieu ne nous tipprend, sur l'époque de l'apparition de Jean-Baptiste, rien de plus que ce renseignement tout à fait indécis, à savoir qu'elle est placée dans rinler\alle compris entre l'enfance et l'âge adulte de Jésus.

Luc donne des sjnchronismes divers pour l'époque de

(1) £xe(jet Handb., 2, a, S. 46. Son (2) VermiicLte Aiifsaelze, S. 76 îi.

avis est partaj^é par ScLneikenburger, Coin|)arez Sc-bneckeiiburj^er. 1. c.

iiber den Lisprung des ersten kanon. (3j l)e W ette u, Fritzsclie z. d. St. Evang., S. 30.

l'apparition de Jean-Baptiste, la plaçant au temps de l'adminislralion de Pilate en Judée, au temps du gouvernement d'Hérode Antipas, de Philippe et de Lysanias, dans les autres parties de la Palestine, au temps de la grande-prétrise d'Anne et de Caiphe, mais il la met d'une manière précise dans la quinzième année du règne de Tibère, ce qui, en comptant depuis la mort d'Auguste, répond à la vingthuitième et à la vingt-neuvième année de notre ère (3, 1, 2) (1). Cette dernière fixation de date, qui est très précise, s'accorde avec les autres dates données précédemment, et qui le sont moins. Elle s'accorde même avec celle oii, à côté de Caiplie, Anne est nommé comme grand-prêtre; car, d'après Jean, 18, 13, et les Actes des Apôtres, li, 6, cet ancien grand-prêtre conserva, même après sa déposition, une inlluence toute spéciale, surtout lorsque son gendre Caiphe fut entré en fonctions. Une seule exception est à faire, c'est au sujet de Lysanias, placé comme tétrarque de l'Abilène du temps d'Hérode Antipas et de Philippe. A la vérité, Josèphe parle d'une Àhila de Lysanias Àèila. -h Aucaviou, et il cite un certain Lysanias comme maître de Chalcis au [ied du Liban ; le territoire d'Abila étant dans le voisinage, ce L}sanias en fut sans doute au;»ii le maîtrej mais, trente-quatre ans avant la naissance de Jésus Christ, il avait été mis à mort par les instigations de Cléopâtre; et ni Josèphe ni aucun auteur qui a écrit sur cette époque, ne parlent d'un autre Lysanias (2). Ainsi, le règne de ce Lysanias, non seulement tomberait plus de soixante ans avant la quinzième année de Tibère, mais encore il dépasserait de beaucoup les autres périodes mises par Luc dans un rap-

(1) Vnyp7.Pai.lus, 1. c, s. 336 d 0, 1-3. B. j. 1, 20 . i ( Dion Cassius,

(2) Je réiiuis ii-i tons les passages de 5/i, 9). — Antiq. 17, 11,4. B. j. 2. 6 Josèplie relatifs a Lysanias et à sou fer- 3. — Anliij 18, 6, dO. B. j. 2, 9, 6 (Diou riloire avi-c les j)assages parallèles de Cassius, 59, 8J. — Antiq, 19, 5, 1. g^ Dion Cassius : Antiq. iS, 16, 3. 14, 3, j. 2, 11, b.— Anliq. 20, 5, 2. 7, 1. B. 2. 7, S.— Antiq. 15, 4, 1. B. j. 1, 13, j. 2, 12, 8.

i (Dion Cassius , 49, 32). — Antiq. 15,

port synchroiiique avec cette quiiizièrr.e année. On a donc supposé que Luc parlait ici d'un descendant de cet ancien Lysanias, d'un Lysanias postérieur qui avait possédé le territoire de l'Abilène sous Tibère, mais dont Josèphe n'avait point fait mention à cause de sa moindre renommée (1). A la vérité, on ne peut pas prouver ce que Siiskind demande pour que celte explication soit réfutée, à savoir, que Josèphe aurait nécessairement parlé de ce Lysanias postérieur si un tel personnage avait existé; pourtant il faut dire que cet historien a eu plus d'une occasion de le faire, et c'est ce que Paulus [a montré d'une manière satisfaisante. Par exemple, lorsque Josèphe, venant aux temps du premier et du second Agrippa, désigne Abila comme VÀbila de Lysanias^ r, Au'Tavio'j, il aurait dû au moins se souvenir, à ce propos, qu'il n'avait parlé que du premier Lysanias et qu'il n'avait encore rien dit du second dont l'Abilène tenait le surnom qu'elle portait, attendu que ce prince la possédait alors (2). Si donc le second Lysanias n'est pas autre chose qu'une (iction historique, ce qu'on a proposé en place (3) n'est pas non plus autre chose qu'une fiction philologique.

il est dit, en effet, d'abord : Philippe étant télrarque

de ri tarée, «IhXi-ttvj TeTpao/oOvTo; r?,; I-roupaiy.; y., t. >..;

puis il est dit ensuite : et Lysanias étant tétrarque de l'A-

(1) Suskind, Vermischte Aujsdtze , position différente, ce n'est pas une

S, 15 If., 93 ff. conjecture, c'est un fait clairement bis-

(2j Tholuck pense avoir trouvé dans torique , qu'il y a eu eu effet deux per-

Tacile uu excim)!e tout a fait corres- sonnages. Il eu est tout autrement du

pondant. Cet historien (Ann. 2 , k'2) cas de Lysanias. Deux écrivains diffé-

rapporte la mort d'un rui des Cappado- reuts nomment chacun uu Lysanias, et

cicns, Archelaus[an de Jésus-Christ 17), le mettent a deux époques distinctes.

et cependant (Ann. 6, il) il parle de C'est donc une conjecture que d'admet-

nouveau d"uu .Vrchélaus, Cappadocien, tre qu'il y a eu deux Lysanias; conjcc-

commc souveraiu des Clitcs (an de Je- ture d'autant moins historique , qu'il est

sus-Christ iiC). Il faudrait donc ici , dit plus manifestement invraisemblable que

Thuhick, faire la même coujccture his- l'un des deux écrivains eût gardé le

torique , à savoir : qu'il y a eu deux silence sur le second Lysanias, si dans

Archtlaus Cappadociens (S. 203 f.). le fait il y en avait eu un. Mais, quand le même historien , après (3) Michaelis. l'aulus . sur ce pas-

avoir consigné la mort d'un homme, sa<^e ; Schneckenhurger, dans Llbnan'a

parle plus tard d'un autre qui porte le und Lmhieu's Sluclien , 1833, à Heft.

même nom, et lui donne même une S, lOôG f/ ; Tholuck, S. 201 ff.

bilène , v.al AuGavwj x-Zç k^Ckr,'^-nç TsrpapyoOvTOç. Or, il est impossible d'entendre ce passage comme si ce Pliilippe avait régné aussi sur l'Abilène; car, dans ce cas, le mot étant tétrarque, TSTpapyouvTo;, n'aurait pas été répété (1), et l'article t7]ç aurait dû être placé devant AuTavîou, si l'auteur n'avait pas voulu être mal compris. 11 ne reste donc rien autre chose que de croire que l'auteur lui-même s'est trompé. Comme l'Abilène était encore, dans un temps postérieur, dénommée VAhilène de Lysanias , -h Aufraviou, d'après le nom du dernier roi de la dynastie précédente, il en aura conclu qu'il y avait encore un prince de ce nom, tandis que, dans le fait, l'Abilène, ou appartenait à Philippe, ou était soumise à la domination immédiate des Piomains (2). Le renseignement chronologique que donne le passage de notre évangélisle ne concerne immédiatement que Jean-Baptiste. Quand plus tard (v. 21 seq.) Luc vient à parler de Jésus, on ne trouve plus une date semblable; il est dit seulement de Jésus, qu'au moment de son entrée dans la vie publique, ficpyop.svo;, il était âgé d'environ trente ans, ôjcel stûv rpia- >covTa. L'évangéliste garde le silence sur la date, de même que, par une omission inverse, l'âge de Jean-Baptiste, à ce moment, n'est pas indiqué. Quand bien même Jean aurait commencé à prêcher dans la quinzième année du règne de Tibère, nous n'en pourrions, ce semble, rien conclure pour l'époque du commencement de Jésus ; car nulle part il n'est dit depuis combien de temps Jean-Baptiste baptisait à l'époque où Jésus vint le trouver sur les bords du Jourdain ; et réciproquement, bien que nous apprenions que Jésus, lors de son baptême, comptait environ trente ans, nous ne savons pas pour cela quel âge avait Jean à l'époque où il

(1) Car, sur l'autorité d'un seul ma- (2) Comparez avec cette explication,

iiuscrit , effacer, avec Schncckenhurger Allgem. Lit. Ztg. , 1803, n" 3i4, S,

et d'autres, le second TtTpap^^oûvro;, 532; De Wettc , Exeg, Handh., i. d.

c'est se permettre une violence trop évi- St. dente contre le texte.

commnnça à baptiser. Cependant, en nous reportant à Luc, 1, 26, où il est dit que Jean-B;ipliste avait six mois de plus que Jésus, et en appelant à notre aide cette circonstance que la coutume juive n'aurait guère parmis un rôle public avant la trentième année, il se pourrait que Jean- Baptiste n'eut paru sur les bords du Jourdain que six mois avant l'arrivée de Jésus, époque où il avait seulement atteint l'âge nécessaire pour un tel rôle. Mais ce n'était pas une loi positive qui avait fixé ce terme, et l'on a demandé avec raison (1) si à l'action plus libre d'un prophète s'appliquait la disposition qui déterminait, pour les prêtres et les lévites, la trentième année comme le commencement du service régulier ( k Mos. , k, 3. kl ; comparez au reste, 2 Paralip., 31, 17, où la vingtième année est désignée). Donc, en supposant qu'il y eût, entre Jean-Baptiste et Jésus, le rapport déjà indiqué, cela n'empêcherait pas que le premier n'eût commencé son rôle public assez longtemps avant le second. Mais telle n'est pas, sans doute, l'intention de l'évangéliste, car préciser avec un tel excès de soin le début du précurseur pour laisser indéterminé le début du Messie même, ce serait une trop grande maladresse (2), et nous ne pouvons guère nous empêcher de lui supposer le dessein de fixer le temps du début de Jésus en fixant celui du début de Jean-Baptiste ; or, cela ne s'accorde qu'autant qu'il aura admis que, très peu de temps après le début de Jean, Jésus sera venu le trouver sur les bords du Jourdain et aura aussitôt commencé à enseigner lui-même (3). On a prétendu que cette date fixe appartenait au commencement d'un morceau sur Jean -Baptiste, intercalé par Luc dans son évangile ; mais cela est peu vraisemblable, parce qu'une telle exactitude chronologique semble plutôt ai)partenir à celui

(1) Voyez Paiihis , S. 294. (3) Cette opinion est aussi celle de

(2) Voyez Scbleierraacher, iiber cUn Bengel, Ordo lemporum , p. 204 seq, Lukas, S. 62. éd. 2.

qui a suivi toutes choses dès le commencement, Trapr^îto- >.oi»0r,/COTi, à'vwOev Tràcriv â-/.pi€coç, et qui a essayé aus«i fie fixer (l'une manière semblable l'époque de la naissance de Jésus.

On a dernièrement trouvé invraisemblable que l'action de Jean-Baptiste eût duré si peu de temps; car il eut un nombre considérable de disciples (Joh., h, 1), et non seulement ceux qui s'étaient fait baptiser par lui, mais encore des disciples qu'il avait formés spécialement (LiUC, 11, 1), et il laissa après lui un parti (Act. Ap., 18, 25. 19, 3), ce qui ne peut guère avoir été l'œuvre de quelques mois. Un certain laps de temps dut s'écouler, ajoute-t-on, jusqu'à ce que Jean-Baptiste fût assez connu pour qu'on vînt le chercher dans ie fond du désert ; il fallut du temps pour que sa doctrine fiU comprise, du temps pour que, tout en choquant les idées courantes parmi les Juifs, elle fît impression et pût s'établir; et surtout, la haute et durable considération que Jean s'était acquise parmi ses compatriotes, d'après Josèphe(l) commed'après les évarigiles(Matth., 14,2. 21,26), n'avait pas pu être W. fruit d'un intervalle aussi court (2).

Nous ne décidons pas pour le moment si l'on a tort ou raison d'exiger un laps de temps considérable pour Jean- Baptiste, et nous examinerons d'abord si nos évangiles ne satisfont pas à cette exigence en ajoutant postérieurement ce qui manque antérieurement et en prolongeant d'autant-plus, après le début de Jésus, la prédication de Jean-Baptiste. Une prolongation du rôle de Jean-Baptiste de ce côté ne se trouve pas, du moins dans les deux premiers évangiles; car non seulement ils ne rapportent plus rien de Jean après le baptême de Jésus , si ce n'est l'envoi de deux disciples (Matth., 11), envoi que Jean-Baptiste fait du fond de sa prison ; et même d'après Matthieu, /i, 12 et Marc, 1, Ml, il semble que c'est pendant ou peu après le séjour de qua-

(1) Antiq. 18, 5, 2. die Zeit und Lebensdauer Johannis und

(2) C'est re que pense C'iixlius . uher Jesti, HaDS Henke's Muséum,^, 3, 502 ff.

ranlG jours de Jésus clans le désert, que Jean-Baptiste fut arrêté, et qu'à la suite de cette arrestation Jésus se rendit en Galilée pour y commencer sa prédication publique. Luc (/l, 4/i) ne parle pas de l'arrestation de Jean-Baptiste comme avant été l'occasion de la prédication de Jésus en Galilée, et il paraît se représenter l'envoi des deux disciples de Jean comme si cette mission s'était accomplie pendant que le précurseur était encore libre (7, 18 seq.). Le quatrième évangile se prononce d'une manière encore plus |)récise contre la supposition de l'emprisonnement de Jean immédiatement après le baptême de Jésus, car il remarque expressément (3 , 24) que Jean exerçait encore librement son ministère après la première fête de Pfiques, visitée par Jésus pendant sa vie publique. Mais, d'un côté, cette prolongation de l'action de Jean-Baptiste ne peut pas avoir duré très longtemps après le commencement des prédications de Jésus, puisqu'il paraît avoir été exécuté assez longtemps avant ce dernier (Luc, 9, 9; Matth., ili, 1 seq.; Marc, 14, 16), et, d'un autre côté, si l'on croit ne pouvoir expliquer l'influence de Jean-Baptiste et la durée de son école que par la prolongation de son ministère public, on gagnera peu de chose en plaçant cette prolongation après le début de Jésus, par qui Jean fut totalement éclipsé (Job. , 3, 26 seq. Il, 1).

11 ne resterait donc plus d'autre issue que de faire une distinction entre le baptême de Jésus et son début public, et de dire : Jésus, dès les premiers six mois du ministère public de Jean, a été, il est vrai, tellement attiré par sa réputation, qu'il s'est soumis à être baptisé par lui; mais, à dater de ce moment, ou bien il est resté quelque temps encore cà la suite de Jean-Baptiste, ou bien il s'est tenu chez soi dans la retraite; et ce n'est qu'assez longtemps après qu'il a pris lui-même un rôle indéj/enduiil. De cette façon, d'un côté nous gagnerions un intervalle plus considérable

pendnnt lequel .Jean-Baptiste aurait exercé sou ministère avant le début de Jésus et sans être éclipsé par lui, et d'un autre côté, cependant, nos évangiles auraient raison, en paraissant placer si près l'un de l'autre le début de Jean- Baptiste et le baptême de Jésus. Mais la supposition d'un pareil intervalle entre le baptême de Jésus et le commencement de son rôle public est absolument étrangère aux écrivains du Nouveau Testament 3 car, ainsi qu'il résulte de la descente de l'Esprit et de la voi\ céleste, ils regardent le baptême de Jésus comme sa consécration à la vocation messianique; le seul intervalle qu'ils admettent encore après le baptême est le jeûne de six semaines dans le désert; mais, après ce jeûne, Jésus commença à prêcher en Galilée, d'après Luc [h, 14) immédiatement, d'après Matthieu et Marc après l'arrestation de Jean-Baptiste, faite, au reste, probablement dans l'intervalle. Luc, 3, 23, désigne, d'après l'explication la plus vraisemblable, le baptême de Jésus comme un commencement^ y.zyza^y.'. , comme son entrée en fonction; et(Act. Ap., 1, 22) il met Jésus, depuis le baptême donné par Jean , ^y.Tzziaay. îwavvyj , en relations constantes avec des disciples. Évidemment donc il s'est représenté le baptême de Jésus par Jean et le commencement (le son rôle public comme un seul et même acte, et il n'a supposé, entre l'un et l'autre, aucun intervalle, excepté les six semaines déjeune.

La narration des évangiles s'oppose décidément à admettre, ou que Jésus est allé })his (ard se luire baptiser ou qu'il a encore relardé, pendunt quelque temps après son baptême, le commencement de son ministère public, hypothèses auxquelles nous devons être enclins, afin de gagner du temps pour la prédication induenle de .ican-Baptisle. Mais, d'un autre côté, on comprend facilement comment les écrivains du Nouveau Testament ont pu, même sans renseignements histori(|ues, être conduits à représenter ,'iinsi les choses. Une

fois qu'on fut décidé, comme cela arriva dans la première communauté chrétienne (Act. Ap. 19, A), à considérer le rôle de Jean-Baptiste, non plus comme un rôle indépendant, mais comme une préparation au Christ, l'imagination ne s'arrêta pas longtemps à la seule action du précurseur, mais elle se hâta d'arriver à l'apparition de celui à qui il devait ouvrir les voies. L'intérêt que la tradition chrétienne primitive devait avoir, même sans motif historique, à supprimer tout intervalle entre le baptême de Jésus et le commencement de son ministère public, est encore plus manifeste; car admettre que, par son baptême, Jésus s'était attaché à Jean et avait , pendant quelque temps , vécu avec lui dans le rapport de disciple à maître, c'était aller contre l'intérêt religieux de la nouvelle communauté, intérêt qui exigeait un fondateur instruit, non par les hommes, mais par Dieu lui-même. Ainsi, quand bien même Jésus aurait été véritablement le disciple de Jean, néanmoins on aurait de bonne heure arrangé les choses comme si le baptême de Jésus par Jean avait signalé, non l'accession du premier à la société qui se formait autour du second, mais sa consécration à un ministère indépendant.

Nous ne sommes forcés de choisir une de ces issues qu'autant qu'il est vrai que l'importance considérable acquise par Jean-Baptiste parmi ses contemporains et dans la postérité est inexplicable si l'on borne la durée de son ministère public à six mois. Mais cette impossibilité ne peut se prouver : l'esprit, dans ses effets, n'est pos toujours limité par la mesure du temps; et, particulièrement, là où le développement entier d'un peuple et de sa situation a accumulé une masse de matières inflammables, une étincelle qui tombe peut rapidement allumer un vaste incendie (1). Il reste donc toujours possible que Jean ait opéré, même dans le terme le plus court, ce qu'il a opéré véritablement; mais, d'un autre

(1) Comparez Hoffmann, S. 284; Neander, S. 88. Anna.

PUtMIEU CllAPllUli:. § XLIV. 36.^

coté, la narration évangélique ne suffit pas pour élever cette possibilité jusqu'à la certitude liistorique, car on montre que cette narration même peut avoir une source non historique, et la critique ne doit se décider ni pour l'un ni ))0ur l'autre côté, satisfaite d'avoir fait sentir l'incerliludc de ce point.

Il n'en est pas autrement d'un second point dont il faut que nous parlions ici, à savoir, le rapport d*Age entre Jean et Jésus. Ceux qui ont fait la snpj)osition mentionnée plus haut, que Jean-Baptiste commença son rôle public plusieurs années avant Jésus , ont trouvé invraisemblable qu'il n'ait été plus âgé que de six mois; car alors, si Jésus a commencé à prêcher dès sa trentième année, Jean a dû commencer dès sa vingtième. Mais, indépendamment de ce qui a été remarqué plus haut contre la certitude de cette supposition, on ne prouvera pas qu'un prédicateur de pénitence aussi jeune n'ait pu faire impression ni passer pour un prophète de l'ancien temps, pour un Élie (1), et il n'y a, non plus, aucune raison pour croire qu'entre deux hommes , celui qui est arrivé le premier à un ministère public a sur l'autre une avance d'âge correspondante, car souvent il est le plus jeune. Il faut faire encore ici le même raisonnement que plus haut ; le dire de Luc (1, 26), qui fait Jean-Baptiste plus âgé que Jésus de six mois, a été trouvé purement mythique; et, s'il est possible qu'il y ait réellement cette différence d'âge, il est également possible que Jean ait été plus âgé ou plus jeune.

Page 1