‹ Vie de Jésus ou Examen critique de son histoireChapitre 60 sur 110 · XLIV · texte numérisé non relu

XLIV

Début et dessein de Jean-Baptiste. Ses relations personnelles a»ec Jésus.

Jean, Nasiréen, c'est-à-dire voué à Dieu, comme nos sources l'indiquent (Matlh., 3, k. 9, ifi. 11, 18; Luc, 1,

(1) Cludius , I. c.

15), tenant aussi, comme plusieurs théologiens l'ont conjecturé (1), aux Esséniens, fut, d'après le dire de Luc (3, 2), appelé à paraître en public par une voix de Dieu, pr.aa 0£O'j, qui se fit entendre à lui dans le désert. îN'ayant plus ici sous les yeux la propre déclaration de Jean-Baptiste, nous n'acceptons pas comme complet le dilemme tel que Paulus le pose, en disant que l'on ne peut savoir si Jean a interprété un fait interne ou externe comme un appel de Dieu, ou si c'est la voix d'un autre homme qu'il a entendue; et il faut ajouter, comme troisième possibilité, que ce sont peut-être ses adhérents qui ont placé la vocation de leur maître sous le sceau de cette expression qui rappelle les anciens prophètes.

Tandis que, d'après le récit de Luc, il semble que, si Jean-Baptiste a entendu la voix divine dans le désert seulement, èv TTi £pvf[xa>, il s'est rendu, pour enseigner et baptiser, dans \Gsenvirons du Jourdain, 77cc{yiopo; toO iop'^avou (v. 3) ; Matthieu (3, 1 seq.) fait, du désert même de la Judée, le théâtre de la prédication et du baptême de Jean, comme si le Jourdain, dans lequel il baptisait, traversait ce désert. A la vérité, d'après Josèphe, ce Qeuve coule, avant son embouchure dans la mer IMorte, à travers un grand désert, m/lr.^j i^r^uÂy.^ (2), mais ce n'est pas, à proprement parler, le désert de Judée, situé beaucoup plus au sud. En conséquence, on a voulu trouver ici une erreur du premier évangéliste qui, séduit par l'analogie de la prophétie, voix de celui qui crie dans le désert, 90077, ,6ocovto; èv t-?, £p-/i[^.w, place dans le désert de Judée, é'pr.ao; ta; io-jf^a-'a; , d'où Jean provenait, le ministère de prédication et de baptême dont réellement la florissante vallée du Jourdain avait été le théâtre (3). Cependant, si l'on porte plus loin les yeux dans l'évangile de

(1) Staûdlin, Geschichte der Sitten- (2) Dell.jud. 3, 10, 7.

lehre Jesu, 1, S. 580. Paulus, Exeg. (3) Schneckenbiirger , tJier (/f ?î Ur-

Handb. , 1, a , S. 13G. Comparez aussi sprung u, s. f. S. 38 f. Creiizer, Symbolik , 4, S. ilS lï-

PREMIEU CHAPITRE. § XLIV. 365

Luc, l'apparence qui laissait croire que, d'après cet évangile, Jean quitta le désert après l'audition de l'appel, disparaît ; car, lorsque Jean-Baptiste envoie ses disciples auprès de Jésus, celui-ci, suivant Luc, leur demande : Qu'étes-vous allés voir dans le désert? xi iiilr,16(}>xzt sic ty.v â'f/ipv ÔsacacOai (7, 24)? Or, la vallée du Jourdain, dans le voisinage de la mer Morte, où il faut placer l'exercice des fonctions de Jean-Baptiste, était réellement, à part une lisière étroite, une plaine aride (1). Par conséquent, il ne resterait plus peut-ôlre qu'une erreur propre à Matthieu, qui désigne cette plaine aride comme le désert de Judée, éV/iao; t-^; iou(^aia(;j à moins qu'on ne veuille admettre que Jean, en passant de la prédication de pénitence au baptême, quitta le désert de Judée pour les bords du Jourdain (2), ou que la plage aride attenant aux rives du Jourdain, étant une continuation du désert de Judée, avait été appelée du même nom (3).

Le baptême de Jean ne peut guère être regardé comme dérivant du bai)têmc juif des prosélytes, baptême qui, sans doute, est postérieur aux commencements du christianisme [[i\ 11 a plutôt de l'analogie avec les lustrations religieuses telles qu'elles existaient aussi parmi les Juifs, et surtout parmi les Esséniens. Il était principalement fondé, ce semble, sur les expressions figurées de plusieurs prophètes qui, dans la suite, furent prises an propre. D'après ces expressions. Dieu exige du peuj)le d'Israël, s'il veut rentrer en grùce, un bain et des ablutions qui enlèvent ses souillures, et il promet même de le purifier par l'eau (Is., 1, 16; Ézech., 36, 25; comparez Jérém., 2, 22). Ajoutons l'opinion qu'avaient les Juifs que le Messie et son

(4) Voye/. , outre le i).is sat;e cité de (."5) l'.nihis, l. r., S. 301.

Josèplie, Wiucr, />;/'/. Heahvorterhucli, (i) Voyez récrit de Sclincckenbur-

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