‹ Vie de Jésus ou Examen critique de son histoireChapitre 63 sur 110 · XLVI · texte numérisé non relu

XLVI

Jugement des évangélistes et de Jésus sur Jean-Baptiste, avec le jugement que ce dernier prononça sur lui-même. Ptésultat des recherches sur les rapports entre ces deux liommes.

Les évangiles appliquent plusieurs passages de l'Ancien Testament à Jean en tant que préparateur du royaume messianique fondé par Jésus.

Le séjour du prédicateur de pénitence dans le désert, son ministère qui consistait à faciliter les voies au Messie, durent rappeler le passage d'îsaïc : Voix qui crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur, etc.^ omi fiotovroç sv £prj[X(o" ÈTO'.aacars 7v;v ôr^ov Ivjpuo (/lO, 3. LXX). Ce passage, f dans le contexte original, se rapportait, non au Messie et à l son précurseur, mais à Jéhovah, à qui il faut frayer la route vers la Judée pour qu'à travers le désert il revienne de l'exil avec son peuple. Les trois premiers évangélistcs s'en sont emparés, et ils le citent comme une prophétie accomplie par l'apparition de Jean-Baptiste (Matth., o, 3j îMarc, 1, 3; Luc, 3, /i seq.).On pourrait penser que cette application a été postérieure et du fait des chrétiens; cependant rien n'cmpôche de croire, conformément au quatrième évangile (1,23), que Jean-Baptiste lui-même désigna sa vocation par ces paroles prophétiques.

Tandis que les synoptiques ont emprunté à Jean-Baptiste cette citation, Marc a emprunté à Jésus une autre citation des prophètes relative à Jean-Baptiste : Jésus (Matth,, 11, iO; Luc, 7, 27) avait dit : Celui-ci est, duquel il est écrit:

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Foici que j'envoie devant ta face mon ange qui préparera ta route devant toi: o-jto; yap iczi -sploj Y^ypaiw-ai* làou àroaTéX/vCt) TGV œ^p^ù/tv {J!,0'j7:po Ttiocco-oj co'j, o; /.y.TaGX.cuàcs'. Tr,v Ô'^jV wj â'axpo'^OÉv cou. Au début de son évangile, Marc applique au précurseur Jean, en même temps que le passage cité plus haut d'Isaïe, ce passage de Malachia, 3, 1, que, par erreur, il attribue aussi à Isaie.Le passage dans le prophète Malachia est, en eiïet, relatif au Messie ; seulement ce n'est pas devant le Messie que Jéhovah parle d'envoyer un ange ou un messager, mais c'est devant lui-même. Dans l'application que le Nouveau Testament en fait à Jean, la seconde personne (wj) est mise au lieu de la première '33^, et ce changement se trouve uniformément dans les trois évangélistes.

Le même prophète a encore le passage suivant : Et voici que je vous enverrai Élie le Thesbite^ avant que ne vienne le jour du Seigneur, etc. : Xal lSo\> syco a-rrocTSAô) ûaîv H/^av Tov OacSi— r.v tt^Iv ùJiih t/;v rj[j.£fav Kupio'j , •/.. T. 1. (3, 23. LXX. /i, û). D'après ce passage, les évangiles ont donné à Jean-Baptiste un rapport avec Élie. Suivant Luc, 1, 17, il avait été prédit, dès avant la naissance de Jean, que ce dernier, tiu vaillant, dans l'esprit et dans la force d'Elie^ iv TTvsJay.Ti -/.al fî'jvaiy-ci idAio-j, à l'amélioration du peuple, précéderait le Seigneur visitant son peuple au temps messianique. Dans le quatrième évangile (1, !21j Jean- Baptiste, sur la demande des députés du Sanhédrin s'il est Élie, décline cette dignité. Sans doute il ne la décline qu'en un sens, à savoir, qu'il n'est pas , conformément à la grossière imagination du peuple, l'ancien prophète revenu corporellement , mais, sans doute aussi, il aurait avoué luimême qu'il était ce que les synoptiques disent de lui , un homme selon l'esprit d'Élie. De la même façon, Jésus, désignant Jean comme l'Élie promis (îMatth., 11, l/i), ajoute, pour empêcher, ce semble, qu'on n'attache à ses paroles

PREMIER CHAPITRE. § XLVI. â99

la signification matérielle dont il a été parlé plus haut : Si vous voulez Vadmetire, zl UXixz ^é^acOat (1).

La scène particulière au quatrième évangile où Jean refuse le titre d'Élie avec plusieurs autres titres, demande un exarr.cn plus minutieux. Il faut la comparera un récit de Luc (3, 15), avec lequel elle a une ressemblance frappante. Dans Luc, la foule, rassemblée autour de Jean-Baptiste, vient ù se demander ; N e serait-il 'pas le Christ? M-/]7wot2 aÙToç sivi ô XpiGTo;; de même, dans Jean l'évangéh'ste, des députés du Sanhédrin lui adressent celle qucstion(2) : Toi, qui es-tu'f ^l> Ti; ai ; ce qui, à en juger par la réponse de Jean-Baptiste, doit signifier : Qui prétends-tu être? c'est-à-dire prétendstu être le Messie, comme ton baptême relatif au royaume messianique le fait supposer, et comme plusieurs le croient de toi (o) ? D'après Luc , Jean répond : Moi, je vous baptise par Veau; mais vient un plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de dénouer le cordon de ses chaussures: Èyco j7.£v oàaTt paTCTiCw ûitaç* eoyzrv.1 hh 6 iGyupoTSoo; [j,Ou, où o'jx, ziijX tx,avo; VjGai tov îy.avra tôjv u7Toà-/iaaTOJv aÙToD. D'après le quatrième évangile, il réplique également: Moi, je baptise par l'eau ; mais au milieu de vous est un homme que vous ne connaissez pas... et moi je ne suis pas digne de dénouer le cordon de sa chaussure ^ Èyà) PaTTTt'Cw £V u^aTi' [jJgoç Sï ùijmv é'cr/ixsv , ov ûf^.sîç oùîc

oioaTS ou syw ou/, eitxi xc^ioi; via A.it(JOi auTO'j tov laavra

TO'j O-of^/fp-axoç. Dans le quatrième évangéliste , les propositions qui lui sont particulières sur la préexistence ou nature supérieure de Jésus sont, encore ici , jointes à ces déclarations, en place desquelles Luc fait mention du baptême spirituel messianique; ce n'est que plus tard, dans une occasion subséquente , que le quatrième évangéliste re\ientsur

(1) De Wette, Exâg. Ifandh., 1, 3, sens de oc lov^y.îcic Jans notre passage. S. 23. (3) Voyez Lucke et Ue Wcttc^ sur ce

(2) Toraparex les interprètes, sur oc passage.

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ce baptême spirituel ; v. où). Toute cette scène a, dans Luc, pour but et pour signification d'établir la messianité de Jésus par le refus de Jean-Baptiste , qui décline ce caractère , et qui le transporte sur un autre qui doit venir après lui; elle a dans le quatrième évangéliste la même signification , seulement avec plus de poids encore. Il est difficile, avec deux récits aussi voisins l'un de l'autre, d'admettre que cène soit pas un seul événement qui en fasse lefondement(l). On demandera donc quel est celui des deux évangélistes qui le reproduit avec le plus de fidélité. Remarquons d'abord que le récit de Luc ne présente aucune invraisemblance intrinsèque ; on comprend facilement comment la foule, rassemblée autour de Jean-Baptiste , put, dans des moments d'enthousiasme , considérer comme le Messie lui-même l'homme qui annonçait l'approche du royaume messianique, et qui baptisait au nom de ce royaume. Mais, d'un autre côté , il ne convient pas moins au droit de surveillance que le Sanhédrin exerçait sur les docteurs publics, et qu'il fit aussi valoir à l'égard de Jésus (Matth.,21, 23), que cette corporation ait, ainsi que le raconte le quatrième évangéliste, fait interroger Jean-Baptiste au sujet de sa vocation. Cette scène précède d'après Luc, suit d'après le quatrième évangéliste, le baptême de Jésus; mais il n'y a là aucun motif de nous décider pour l'un ou l'autre récit : car, d'une part, Jean-Baptiste, même avant de baptiser Jésus, a dû désigner le Messie comme un personnage qui était encore attendu, et qui était supérieur à lui, Jean, et Luc ne dit rien de plus; d'autre part, le quatrième évangile, d'après lequel la scène du baptême est, à ce moment, supposée avoir déjà eu lieu, en signalant d'une manière plus

(1) Bleek, 1. c, S. i26; De Wette, sa faveur; que liii-méme (p, .'îiS) se dé-

1. c, S. 26 f. Liicke (p. 339 de son clare pout la distinction de ces deux

Commentaire) avoue aussi que l'opinion récits , mais que son seul motiT^ en cela,

quiconsidère les deux narrations comme est le désir avoué de conserver leur va-

identiques, a beaucoup d'apparence en leur aux deux récits évangéliques.

précise le Messie, qui est déjà au milieu des interrogateurs, ne dit rien qui ne soit dans l'ordre. Entin, si l'on se demande laquelle des deux narrations a pu le plus facilement naître par une voie non historique, on trouvera que la balance reste encore en équilibre; le récit de Luc peut être considéré comme l'écho indécis de ce que le quatrième évangéliste sait raconter d'une manière plus précise- et réciproquement, il ne serait pas impossible d'expliquer le récit du quatrième évangéliste par le besoin de donner au témoignage de Jean-Baptiste sur Jésus plus de poids, en le transformant en un témoignage officiel rendu, non pas seulement devant une masse populaire, mais devant une autorité politique. Et en effet, Jésus (Joli., 5, 33) invoque ce témoignage avec bien plus de confiance qu'il ne l'aurait pu faire d'après le récit de Luc. Le dilemme ne peut donc être décidé que par l'opinion générale que l'on se formera sur le plus ou le moins de créance historique que le quatrième évangileméritecomparativementavec les synoptiques. Le jugement que Jésus prononça, de son côté, sur Jean- Baptiste se trouve dans les synoptiques, en deux endroits. Jésus, après le départ des messagers de Jean-Baptiste, a l'occasion de faire une déclaration sur ce dernier (Matth. 11, 7 seq. et passages parallèles); et après l'apparition d'Elie, lors de la transfiguration, une question des disciples sur Jean -Baptiste l'engage à en parler (Matth., 17, 12 seq. et passages |tarallèles). Dans le quatrième évangile, Jésus, en présence des Juifs, iou^aioiç, aj)rès s'être appuyé, comme il a été remarqué, sur le message qu'ils avaient envoyé à Jean-Baptiste, prononce un jugement honorable sur ce dernier (5, 35). Dans le passage du quatrième évangéliste, il nomme Jean-Baptiste une lumière éclatante aux rayons de laquelle le peuple a pu se complaire quelque temps, au lieu d'en recevoir des impressions profondes et durables. Dans le second passage des synoptiques (dès le premier dans Bîat- I- 2G

thieu, verset 1/i), il assure que Jean est l'EIie promis comme le précurseur du Messie. Dans le premier passage des synoptiques, trois points sont à distinguer : le premier concerne la nature et le rôle de Jean; sa fermeté, sa rigueur, son caractère élevé, sont vantés, vertus qu'il porte plus loin même que les prophètes, en tant qu'il est le précurseur messianique que Malachia a prédit, et qui doit ouvrir de vive force le royaume céleste (v. 1-ik). Le second point établit le rapport de Jésus et des citoyens du royaume des cieux, ^jy.m\ti% rcov o'jpavwv, avec Jean-Baptiste 3 qui est reculé au second rang; car, bien que placé au-dessus de tous les membres de l'économie de l'Ancien Testament, il ne vient cependant qu'après le plus petit de ceux qui ont part à la vie de la nouvelle alliance (v. 11). Le troisième point concerne la situation de Jean, comme de Jésus, visà-vis les contemporains 3 des plaintes sont élevées (v. 16 seq.) sur leur indifférence pour l'un aussi bien que pour l'antre ; cependant il est remarqué (v. 12) que, depuis l'apparition de Jean-Baptiste, un zèle puissant s'est fait sentir pour le règne du Messie, et que plusieurs violents, piacTal, cherchent à s'en frayer le chemin (1).

Le second point est le plus important des trois, et il faut dire avec Neander : Si Jean-Baptiste ne s'était pas formé du Messie et de son règne une idée plus claire et plus spirituelle que les prophètes, s'il n'avait pas signalé le Messie d'une façon plus immédiate qu'eux, Jésus ne l'aurait pas dit plus grand que tous les prophètes (2). Mais, d'un autre côté, on pourra dire avec non moins de droit : Si Jean-Baptiste avait reconnu Jésus lui-même comme le Messie, avec fermeté, décision, et tout à fait dans le sens du Nouveau Testament, Jésus ne l'aurait pas exclu de son royaume, ne l'aurait pas placé après le dernier des citoyens

(l)Une explication différente se lit dans (2) Neander, L. J. Chr., S. 91. Sclmeckenburyer , Beitrcrge , 8. 48 ff.

PREMIER CnAPITRE. § XLVI. 403

de ce royaume. Neander lui-même en convient en partie; car, expliquant comment Jean-Baptiste resta en arrière du point de vue chrétien, il dit que Jean-Baptiste n'avait pas compris clairement que le Messie devait fonder son règne dans l'humanité, non par une puissance surnaturelle victorieuse de toute résistance, mais par la souffrance, et que ce règne ne se présenterait pas d'abord comme un règne extérieur, mais qu'il se développerait du dedans au dehors comme une manifestation spirituelle. Or, d'après le quatrième évangile, Jean-Baptiste avait reconnu avec précision et déclaré à diverses reprises que Jésus était le Messie souffrant, et il ne reste plus à Neander qu'à accuser Jean l'évangéliste d'avoir confondu son propre point de vue avec celui du précurseur, et d'avoir introduit dans les paroles de Jean-Baptiste un sens plus précis et plus élevé que celui qu'elles comportaient (1); alors nous ne pouvons plus savoir quelle portion des discours de Jean-Baptiste, relatée dans le quatrième évangile, conserve une garantie plus historique que le reste. Il est encore un autre point au sujet duquel Jésus met Jean-Bapliste après les membres du royaume messianique : c'est, ccnimc on le voit en comparant le verset 18 avec Matthieu 9, 10 seq. , son ascétisme, son esprit de pratiques extérieures, son attachement au jeune et aux autres œuvres que Jésus désigne comme de vieilles outres, de vieux vêtements qui ne conviennent plus à la nouvelle alliance.

Finalement, il faut donner une revue des gradations par lesquelles des additions traditionnelles se sont de plus en plus jointes aux simples traits primordiaux du rapport historique qui a existé entre Jean-Baptiste et Jésus. Il est historique que Jésus, rempli, comme il l'était, de l'idée particulière qu'il avait du Messie, fut attiré par la renommée du baptême préparatoire de Jean-Baptiste, et qu'il s'y soumit,

kOll DEUXIÈME SECTION.

mais que, bientôt après, il se présenta, de son chef, parmi ses compatriotes comme le Messie, Jean-Baptiste paraît, du fond de sa prison, avoir donné attention à cette œuvre entreprise par Jésus, mais sans se rendre à lui-même un compte exact ni savoir s'il devait considérer, comme le Messie annoncé par lui, celui qui procédait avec tant de lenteur et qui était tellement livré à la souffrance; c'est cette incertitude qui s'exprime dans la question que, de sa prison, il adresse à Jésus par l'intermédiaire des deux disciples.

Or, dans la première communauté chrétienne, on ne pouvait penser qu'une chose, c'est que le précurseur avait reconnu décidément Jésus comme le Messie; et, de la sorte, le demi-témoignage, et encore tardif, que renfermait ce message envoyé de la prison, ne suffisait plus.

C'était au plus un demi-témoignage; car la question impliquait l'incertitude, et l'expression celui qui doit venir, ô £p-/oacvo; , contenait une indécision. Aussi le quatrième évangile n'a-t-il plus de question sur la messianité de Jésus, et, en place, il offre l'attestation la plus sainte de cette messianité; de là encore les déclarations les plus précises sur la nature éternelle et divine de Jésus, et sur son caractère comme Messie souffrant.

C'était un témoignage tardif; car auparavant restait toujours le baptême que Jésus avait reçu de Jean-Baptiste, et par lequel il semblait s'être subordonné à lui ; en conséquence, il fallut donner au baptême de Jésus la tournure opposée, ce dont il sera question plus loin ; et de là proviennent les scènes que raconte Luc, et par lesquelles Jean- Baptiste, dès avant sa naissance, est mis, à l'égard de Jésus, dans un rapport de subordination et de service.

Dans une narration qui tendait à l'unité, ce message dubitatif n'était certainement pas en accord avec de telles déclarations : aussi n'en est-il pas question dans ]fi quatrième évangile j mais les autres évnngélisles, dont la composilion

esl moins sévère, reçurent à côté de la glorification postérieure, le récit primitif, accordant moins d'importance à la question de Jean-Baptiste qu'au discours de Jésus sur ce personnage, discours qu'ils y rattachèrent (1).

(1) Qu'il me soit permis de parler ici, sous la forme d'ime note, des moyens termes qu'ont introduits, dans la considération des rapports de Jean-Baptiste avec Jésus, ceux-là mêmes qui ont commencé à entrevoir l'impossibilité de soutenir l'opiniou ordinaire. Parmi ces tiiéologiens, il ne faut pas même compter Planck, Geschichte des Cliristenthuins in der Période seiner Einjulirung, i y Kap. 7 ; lui, admet, comme absolument historiques, les récits sur ces rapl)orts, et cependant il ne peut pas s'emlièchcr de soutenir de la manière la plus formelle qu'il avait existé entre ces deux hommes un plan concerté.

Mais le mémoire d'un anonyme, dans Uenhe'sneuem Magazin, 6, 3, S. 373 ff.

intitulé Jean et Jésus, part de la conviction que l'opinion orthodoxe qui considère Jean comme le simple précurseur de Jésus, et comme ayant sa destination et son but, non en lui-même, mais uniquement en celui qui vint après lui, est insoutenable. Cet auteur reconnaît en même temps qu'il n'y a aucun motif à donner en faveur de l'explication naturelle, qui soupçonne un concert préalable entre ces deux hommes. Avec une grande indépendance d'esprit, il écarte l'opinion qui admet que Jean-Baptiste a signalé avec précision Jésus comme le Messie, et de ce côté il va même trop loin lorsqu'il conjecture sans fondement que peut-être Jean-Baptiste s'était cru d'abord appelé lui-même a remplir le rôle de Messie, et avait voulu se créer nn parti par son l)aptême. Quant aux hypothèses de l'explication naturelle, il s'en faut de beaucoup qu'il les combatte suffisamment; non seulement il accorde la parenté , l'âge à peu près égal et la liaison précoce des deux hommes, mais encore il se complaît à décrire , d'une

façon romanesque , les plans de réformation universelle que les jeunes gens projetaient ensemble , le noble débat qui s'éleva entre eux, chacun d'eux jugeant l'autre plus digne de représenter le Messie, jusqu'à cequ'enfin Jean, ayant la conscience de son insuffisance , se retira, et Jésus fut fortifié par un événement naturel, lors de son baptême, dans la conviction qu'il était le ftlessie.

Winer , à l'article Jean, dans son Bihl. Realwurlerhuch , 1, S. 690 ff., . comprend, il est vrai , nettement la différence inconciliable qui existe entre le récit des synoptiques et celui du quatrième évangile concernant Jean-Baptiste; il reconnaît aussi que ce dernier récit porte la couleur de la gnose de Jean l'évangéliste , mais il ne signale nulle part le caractère en partie légendaire qu'ont aussi les récits des synoptiques; il suppose, avec Luc, la parenté et l'âge égal , avec Mattliieu la liaison précoce entre Jésus et Jean-Baptiste, et, nonobstant de pareils rapports, il croit pouvoir comprendre les doutes subséquents qui se manifestent dans le message envoyé par Jean-Baptiste du fond de sa prison, et il les explique à l'aide des images de l'Ancien Testament qui formaient, dans l'esprit de Jean- Baptiste , l'idée du Messie.

Hase aussi, §§ 52, 66, de sa Vie de Jésus , trouve vraisemblable que Jean- Baptiste ait été un parent de Jésus et qu'il ait vécu avec lui dans une amitié fondée sur la plus haute estime, sans cependant connaître la destination messianique de Jésus avant son baptême; dès qu'il l'eut connue , dit Hase , il se suliordonna à Jésus avec une abnégation magnanime.

Il a été dans le texte suffisamment question de l'opinion de Neander.

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