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Rapport (lu surnaturel, lors du baptême de Jésus, avec le surnature), lors de sa conception.
Au début de ce chapitre, nous avons recherché le motif subjectif, c'est-à-dire personnel, que Jésus put avoir pour accepter le baptême de Jean ; maintenant, pour clore cette discussion, nous rechercherons à quel but objectif, c'est-àdire à quelle action sur les autres, était destiné le merveilleux du baptême de Jésus.
La réponse ordinaire est : Jésus devait par là être introduit dans sa fonction publique, et déclaré Messie (1), c'est-à-dire que cet acte devait, non pas lui donner quelque chose qu'il n'eut pas encore, mais seulement manifester
(1) Hesse, Geiehicht* Jesu, 1, S. 120.
aux yeux des autres ce qu'il était déjà. Une telle abstraction est-elle conforme à l'intention de nos récits? Une consécration donnée sous l'influence de la coopération divine fut toujours considérée par l'antiquité comme étant une communication de forces divines accordées pour l'accomplissement delà fonction; de là vient que, dans l'Ancien Testament, les rois, aussitôt après l'onction, sont remplis de l'esprit de Dieu (1 Sam., 10, 6. 10. 16, 13); et dans le Nouveau Testament aussi, les Apôtres, avant le commencement de leur vocation, sont pourvus de forces supérieures (Act. Ap., 2). En conséquence, on peut conjecturer d'avance que, dans le sens primitif des évangiles, la consécration de Jésus par le baptême emportait en même temps ridée d'une force divine qui lui était conférée; et le premier aspect de nos récits confirme cette manière de voir : car les synoptiques remarquent tous qu'après le baptême, VEsprit, TTvsuiy-a, conduisit Jésus dans le désert. Évidemment ils veulent caractériser par cette retraite le premier effet du principe supérieur reçu lors du baptême, ivlais dans le quatrième évangile, l'expression rester sur lui, {/ivsiv iiz' aÙTov, dont l'auteur se sert pour représenter l'Esprit descendu sur Jésus (1, 33), paraît indiquer qu'à partir du moment du baptême, il s'établit entre VEsprit saint, izvtu^j.x àyiûv, et Jésus , une relation qui n'existait pas auparavant. Cette interprétation du merveilleux qui signale le baptême de Jésus semble être en contradiction avec les récits de sa conception. Si, comme le disent Matthieu et Luc, Jésus avait été conçu par le Saint-Esprit, ou si, comme le dit Jean, le Verbe divin, Xo'yoi;, s'était fait chair en lui dès le commencement, à quoi servait-il qu'au moment de son baptême, il reçût encore une influence particulière de VEsprit saint , 7:v£0[7,a àytov ? Plusieurs interprètes modernes ont senti la difficulté, et essayé de la résoudre. L'explication de Olshausen (1) là-
(1) BiU. Comm,, 1, S. 171 f.
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dessus se réduit à la distinction de ce qui est en puissance et de ce qui est en acte ; or cela se réfute de soi-même. Si le caractère du Christ, Xoicto?, qui, par le baptême, se manifesta en acte dans Jésus au moment où il atteignit l'âge viril, était déjà en 'puissance dans Jésus enfant et jeune homme , une force d'évolution avait été simultanément déposée, en vertu de laquelle la disposition messianique se sera développée successivement de dedans en dehors, et qui exclut l'éveil soudain de cette disposition par VEsprit, TrvsOjy.a, venant du dehors. Cependant cela ne veut pas dire que le divin , mis, dès le moment de la naissance, en Jésus conçu surnaturellement , n'ait \)as eu, en même temps, besoin d'une excitation extérieure en raison de la forme humaine de son développement; et Liicke est parti, avec plus de justesse, de l'opposition entre l'évolution interne et l'excitation extérieure (1). Le féerie, existant en Jésus depuis sa naissance, dit ce théologien, a eu besoin , quelque puissant que fût le mobile intérieur, d'excitation et de vivitication du dehors pour arriver à la plénitude d'efficacité et de manifestation dans le monde ; or, ce qui vivifie et dirige les germes divins de vie dans le monde, c'est justement, d'après les idées apostoliques, VEspril saint, TTvs'jii-a ayiov. Accordons cela à Liicke ; mais la disposition interne et la force nécessaire de l'excitation extérieure n'en sont pas moins dans un rapport inverse, c'est-à-dire que, plus forte est l'excitation exigée , plus faible est la disposition interne. Avec une disposition interne dont la grandeur est absolue, telle qu'on doit la supposer en Jésus, engendré par V Esprit, '^vsuy.a, ou animé par le Verbe, Viyo;, l'excitation extérieure doit être un minimum ; de telle sorte que toute circonstance, même la plus ordinaire, suffira pour mettre en jeu le puissant mobile intérieur ; or, lors du baptême de Jésus, nous voyons un maximum d'excitation extérieure dans la descente visible de
(1) Comm. zum £.■, Joli., 1, S. 378 f.
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l'Esprit divin ; et, bien que, dans tous les cas, nous devions prendre en considération le caractère unique de la tâche messianique , pour l'accomplissement de laquelle il devait être qualifié (1) , il n'en reste pas moins impossible de supposer existant en lui, dès le moment de sa naissance, ce maximum de la disposition intérieure requise pour le rôle de Fils de Dieu; conséquence à laquelle Liicke n'échappe qu'en mettant sur le second plan la scène du baptême de Jésus, et en la transformant en une simple inauguration. Mais, en cela, il contredit, d'après ce qui a été dit plus haut, les documents évangéliques.
Il faut donc répéter ici ce que nous avons dit pour les listes généalogiques : dans le cercle de la communauté chrétienne primitive, où se forma le récit de la descente de l'Esprit, 7Tvsij[jt,a, sur Jésus lors de son baptême, l'idée d'une conception de Jésus par ce même Esprit ne peut pas avoir été dominante. Mais, tandis qu'aujourd'hui l'on pense que la nature divine fut communiquée à Jésus dès le moment de sa conception , [ces anciens chrétiens ont nécessairement considéré le baptême comme le moment oii cette communication se fit pour la première fois ; or, le fait est que ces mêmes chrétiens des premiers temps, que nous avons trouvés plus haut ignorant ou repoussant l'idée d'une conception surnaturelle de Jésus , sont en même temps ceux qui croyaient que la communication des forces divines à Jésus ne s'opéra que lors de son baptême dans le Jourdain. JNulle autre doctrine n'a excité les Pères de l'Église orthodoxes à poursuivre avec plus décolère les anciens Ébionites (2), et
(1) Si l'on part du point de vue or- (2) Epipli. Ilœres., 30, 14 : Ils pré-
tliodoxe, on ne peut pas dire avec Hoff- tendent que Jésus a été réellement
niann (S. 301 f.) que, pour conserver liunime , mais que celui qui descendit
la conviction de sa messianité et sa vé- sous forme de colombe devint le Christ
ritable position au milieu de tant de teu- en lui, etc. Ettii^/) y)x.fj ,'3oj).îVTat tûv
talions et d'adversités , il ne lui aurait pèv I/iiovv ovrei»; âvQptoTrov £(vai , Xpi-
j)as suffi d'avoirime certitude intérieure, cttov <Σ l'v avrô) yE^tvyîaÔac tov tv li'de:
mais qu'une confirmation ex.térieure par wtpejTtpâiî xaxaStSnxoTa xt/. ua acte était nécessaire.
Ui!l DEUXIÈME SECTION.
leur coreligionnaire gnostique Cérinthe (1) , que celle où ils soutenaient que le Saint-Esprit, ou le Christ céleste, ne s'est uni à Jésus homme que lors dn baptême. On lisait dans l'Évangile des Ébionites que VEsprit, Trveuaa, n'était pas seulement descendu sur Jésus sous forme de colombe, mais qu'il avait pénétré en lui (2) j et, d'après Justin, l'attente commune parmi les Juifs était que ce serait au moment de l'onction par le précurseur Élie que des forces supérieures seraient communiquées au Messie (o).
11 semble que lé développement de ces idées a été le suivant : lorsque, parmi les Juifs, on commença à reconnaître la dignité messianique de Jésus, ce qui parut le plus convenable, ce fut de croire qu'il avait été muni des dons nécessaires à partir du moment où il avait pris une certaine célébrité : or ce moment était celui de la cérémonie du baptême ; il était donc le plus approprié à une pareille onction avec l'Esprit-Saint, telle que les Juifs l'attendaient pour le Messie j ce fut là le point de départ de notre légende sur le baptême. Mais à mesure que s'accrut le respect pour le Christ, et à mesure que la communauté chrétienne reçut des hommes familiers avec des idées du Messie plus élevées, cette messianité, produite tardivement, ne fut plus suffisante; le rapport de Jésus avec V Esprit-Saint, rvs'jaa ayiov, fut, pour ainsi dire, antidaté , et reporté au moment de la conception ; et de ce point de vue se forma la légende sur la conception surnaturelle de Jésus. Peut-être est-ce ici aussi que les paroles de la voix céleste , qui originairement peuvent avoir reproduit le passage du psaume 2 , 7, furent changées pour reproduire le passage d'Isaïe, /i2, 1 ; car les mots : J et' ai engendré aujounl' hui, (7-/;p.£fov yt^éyrrr/J. es, avaient, il est vrai , un sens convenable, quand on ad-
(1) Epipban. Bœres., 28, 1. lui, -Ktpiisrtpôi; xy.rt/.Qovan;, xaî ilaù-
(2) Epiplian. Hœres., 30 , 13 ; Une Siv^r,: il; avrc'v.
colombe étant descendue et entrée en (3) Voy. plus haut le ^lassage, p, kik.
Remarque 2.
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mettait que Jésus n'avait été faitFzV* de Dieu, uîo; Osoj, et doué des forces correspondantes à ce titre, que lors du baptême j mais ils ne convinrentplus, pour le baptême de Jésus, lorsque l'opinion se fut établie que l'origine de sa vie découlait d'une conception divine. Néanmoins la première idée ne fut pas expulsée par l'idée postérieure. Les légendes, et l'écrivain qui est dirigé par les mêmes impressions que les légendes, ont la main large; les deux narrations, l'une sur les miracles de son baptême, l'autre sur sa conception miraculeuse ou sur l'immanence du Verbe en lui depuis le commencement de sa vie, demeurèrent paisiblement à côté l'une de l'autre, bien qu'elles s'excluent réciproquement, et toutes deux aussi furent consignées par nos évangélistes, sans en excepter, cette fois , le quatrième. 11 en est exactement de ceci comme des généalogies; le récit de la communication de l'Esprit opérée lors du baptême ne pouvait plus naître du moment que fut développée complètement l'idée de l'engendrement de Jésus par V Esprit, 7:vt\ijj.o(.- mais il put toujours continuer à être rapporté, parce que la légende n'aime à perdre aucun des trésors qu'elle a une fois acquis.