LXVI
Rapport (le Jésus avec la loi de Moïse.
En fait, la constitution religieuse de Moïse a trouvé sa ruine dans l'église fondée par Jésus. On demande : La destruction du mosaïsmc a-t-elle été dans l'intention du fondateur?
Il ne manque pas de déclarations et d'actions de Jésus qui semblent indiquer cette intention d'une manière irrécusable (2). Partout où il détaille les conditions de la participation au royaume des deux, fjy.r,ùAy. twv oOpavcôv, par exemple dans le discours de la montagne, son soin est de relever, non l'observation des prescriptions particulières de Ja loi mosaïque, mais l'esprit intérieur de religion et de mo-
(1) Comparez sur ce sujet De Wette, (2) Comparez Reiuliardt , Plan Jesti,
Ex,'g. Ilandb. , 1 , 1 , S. 163 f. 3, S, S. li lï. 210; Kern, Haiiptthalsachen , S. 91 (L; NeanJer.L, J. Chr. S. 102 ff.
QUATKIÈME CHAPITRE. ^ LXVl. Dt^è
raie; au jeune , à la prière, à l'aumône, il n'attribue du mérite qu'autant que ces actions sont réunies à une direction morale correspondante (Matth., 6, 1 — 18). En prononçant que ce qui sort de la bouche, mais non ce qui y entre, souille l'homme (Matth., 15, 11), il prononce implicitement la nullité des défenses mosaïques sur les aliments. Les deux points principaux du culte mosaïque sont le service des sacrifices et la célébration des fêtes et du sabbat; or non seulement il ne les recommande nulle part expressément, mais encore il place fort en arrière les sacrifices lorsqu'il loue un scribe, ypaa^y-aTsù;, d'avoir déclaré l'amour sincère de Dieu et du prochain comme plus précieux que tous les holocaustes et toits les sacrifices, -asiov iwavrcov twv ÔAo/.aoTto;7,aTOJv xal OuGicov, et il le signale comme un homme qui n'est pas éloigné du royaume de Dieu, où [j,a-/-fàv «tto T-?,; (iaGilsiV.; toîï ©soO (Marc, 12, 33 seq.) (1). Lui-même, à chaque occasion (Matth., 9, 13; 12, 7), avait à la bouche le mot d'Osée, 6, 6 : Je veux miséricorde et non sacrifice, eXeov Wkioy.où où Ouciiav (comparez, 1 Sam., 15, 22). Contre la fête du sabbat alors observée, Jésus a fait plus d'une fois des protestations tant par ses actions que par ses déclarations expresses (Matth., 12, 1 — 13; Marc, 2, 23—28; 3, 1—5; Luc, 6, 1—10; 13, 10 seq.; 1/t, 1 seq. ; Joh., 5, 5 seq.; 7, 22 seq.; 9, 1 seq.); et, en qualité de Fils de r homme, uto;Tou àvOpoWju, il s'est attribué la puissance sur le sabbat. Les Juifs aussi paraissent avoir entendu du Messie une révision de la loi mosaïque (2). On peut trouver un sens analogue dans la déclaration que le quatrième évangile (2, 19) attribue à Jésus lui-même, déclaration que le premier évangile (2G, 61) et le second (1/t, 35) lui fonl imputer par de faux témoins. Cette déclaration est : Je puis
(1) Voyez une cxagiratiou de l'ii- (2) Bcrtholdt , Chiislolog. Juif. ,
vniiL^ile des F.l)ionitcs , daus Kp'niliauc, § 31. JJxres., 30, 1(5.
534 DEUXIÈME SLCTION.
détruire (Jean : détruisez) le temple de Dieu (Marc : fait de main dliomme), et en trois jours je puis le 60 /ir (Marc : j'en bâtirai un autre qui ne sera pas fait de mai?! d'homme), S6vc(.^.y.>. y,y-yX\iaaL\. (Joli, y/j^y-z) tov vaov toO ©eoO (Marc : Tov yaipoTTor/iTOv), "/.al èià Tpicov r,a£pcov ot/.o6o[j.-?;Gai aÙTOv (Marc : alAov, à/s',po770''r,Tov o''-/,o^o|r/f'7to) j l'auteur des Actes (les apôtres (6, l/l) donne quelque chose do semblable comme chef d'accusation contre Etienne. La chose sera encore confirmée, si l'on accepte comme déclaration authentique ce que les Actes des apôtres (/. c.) ont au lieu de la seconde moitié de cette déclaration : et il changera (à savoir, Jésus, d'après l'assertion attribuée à Etienne) les coutumes que Moïse nous a transmises, xal â}.).a;ct Ta eO-/i, a 7Tap£(î(t)/'.£v r,y.h Mo-Jc;?;;. En somme, on peut dire : Celui qui, comme Jésus, eut une fois reconnu la valeur absolue de l'intérieur par rapport à l'extérieur, de l'ensemble de la disposition morale par rapport à un acte isolé, détaché de cet ensemble, de telle sorte qu'ifdéclare l'amour de Dieu et du prochain comme l'essentiel de la loi (Matth., 22, 36 seq.), celui-là, disons-nous, ne peut ignorer que ce qui, dans la loi, ne se rapporte pas à ces deux points, est, par cela même, caractérisé comme non essentiel. Mais ce qui semble, d'une manière toute décisive, indiquer les desseins qu'avait Jésus de détruire le culte mosaïque, ce sont les déclarations où il exprime que le Temple de Jérusalem, centre de ce culte, sera renversé (Matth., 24, 2 et passages parallèles), et que l'adoration de Dieu, n'étant plus attachée à un lieu particulier, deviendra purement spirituelle (Joh., Il, 21 seq.).
Mais tout cela ne forme qu'un côté de la position que Jésus prit à l'égard de la loi de ]\îoïse, puisqu'il se trouve également des données qui semblent prouver qu'il ne songea pas à un renversement de l'ancienne constitution religieuse de son peuple. Ce côté, par des motifs aisés à con-
QUATRIÈME CliAPJ-iiE. § LXVI. 535
cevoir, a été, à une époque précédente, mis de préférence en lumière par des adversaires du christianisme (1) en sa forme d'église; mais ce n'est que dans ces derniers temps que, l'horizon théologique s'ctant agrandi, de? interprètes ecclésiastiques sans prévention l'ont apprécié comme il convenait qu'il le fut (2). Pendant sa vie d'abord, Jésus, comme Paul le témoigne, Ga!., Z|, II, reste fidèle à la loi paternelle; il visite, le jour du sabbat, la synagogue; il se rend à Jérusalem pour le temps de la fête, et à Pâques il mange avec ses disciples l'agneau pascal. S'il opère des guérisons le jour du sabbat, ou s'il fait glaner des épis à ses disciples (Malth., 12, 1 seq.); si dans sa compagnie il n'introduit ni jeûnes ni ablutions avant le repas (Matth., 9, l/[; 15, 2), cela n'était pas contraire à la loi de Moïse, qui ne recommandait de s'abstenir que de travaux orrfî'natm, n3K^o(2 Mos., 20, 8seq., 31,12seq. ; 5 Mos., 5, 12 seq.), au nombre desquels était nommément le labourage, la moisson (2 Mos., 3/|, 21), l'opération de ramasser du bois [k Mos. , 15, 32 seq.), et autres semblables ; ce n'est que plus tard, par un esprit do minutie, que l'on y compta les actions de guérir les malades et de glaner quelques épis (3). De même, l'ablution des mains avant le repas n'était qu'une conclusion extrêmement forcée que les rabbins avaient tirée de 3 Mos., 15, 11 {k}. Pour le jeune, la loi n'en prescrivait qu'un général annuel (3 Mos., 16, 29 seq.; 23, 27 seq.), et elle ne prescrivait rien au sujet déjeunes particuliers (5). Dans le même discours de la montagne, Jésus élève, bien au-dessus de toutes les pratiques du culte, la religiosité spirituelle; et ce qu'il dit de la continuation provisoire des
(1) C'est encore raiiteur des Fraf^- (3) Voyez Winer, Bihl.Reah'uiterh.,
ments de WoKenhiittcl ({ui a raisonné 1"' Aiifl., S. 585.
dans ce sens avec le plus de consé- f/j) Comparez Paulus, £'x<?g, //a/uM.,
quence. Voj'e?. le fragment : l'oeil deni 2, S. 273. Zweck II. s.J. S. 66 IT. (5) Wincr. Bibl. healw. , 2^^ Aufl. ,
(2) l'articulièreoient Friizsclie , m 1, S. i2G, Matth., p. 214.
53(3 DEUXIÈMIi SECTION,
sacrifices (Matth., 5, 23 seq.), n'étant qu'occasionnel, est sans conséquence. Mais i! y déclare aussi qu'il est venu accomplir et non détruire la loi et les prophètes (Matth., 5, 17); après quoi il promet aussitôt une durée éternelle à la plus petite lettre de la loi, et celui qui en représenterait le moindre commandement comme n'étant pas obligatoire est menacé de perdre son rang dans le royaume céleste (1). Aussi les ap(jtres observèrent-ils rigoureusement la loi judaïque, même après la première Pentecôte. A l'heure de la prière, ilsailaient au Temple(Act. Ap., 3, 1); ils se rendaient dans les synagogues; ils observaient les défenses mosaïques concernant les aliments (10, l/t) ; et, quand le parti judaïsant se plaignit de la conduite de Barnabas et de Paul, qui baptisaient des païens sans leur imposer le fardeau de la loi mosaïque, ils ne surent opposer à ces plaintes aucune déclaration expresse de Jésus (Act. Ap., 15).
Dans un intérêt apologétique, on a essayé de concilier cette contradiction apparente entre la conduite et le langage de Jésus, en disant que non seulement l'observation de la loi, mais encore les déclarations en faveur de la loi ont eu, de la part de Jésus, pour but de s'accommoder aux opinions de ses contemporains, qui lui auraient aussitôt retiré leur confiance s'il s'était annoncé comme le destructeur de la loi réputée sainte (2). Ce serait expliquer l'observation de la loi de la part de Jésus de la même façon que la soumission de l'apôtre Paul aux prescriptions légales, soumission qui, d'après la propre déclaration de l'apôtre, n'était qu'un accommodement aux opinions des Juifs parmi lesquels il vivait (1 Cor., 9, 20; comparez Act. Ap., 16, 3). Mais les fortes assurances sur l'immuable durée de la loi et sur la culpabilité de celui qui serait assez hardi pour en enfreindre le
(1 ) Comparez Fritzscbe, p. 21i seq. Gcschiclile des Christcnthuins in der Pe- (2) Rcioliard, 1. c. , S. 15 serj. Plank, riode selner Einfùhrang , 1, S. 175 ff-
OUATKIÈiME CIIAPITKE. § LXVI. 537
plus petit commandement, ne peuvent pas se déduire d'un simj)Ie accommodement ; car déclarer indispensable un ordre de choses que l'on regarde comme superflu et que l'on désire faire tomber peu à peu en désuétude, noi: seulement ce serait de la déloyauté, mais encore ce ne serait pas de la prudence.
En conséquence, d'autres ont fait valoir la distinction entre la partie morale et le rituel; et le passageoù Jésus déclare qu'il ne veut pas abolir la loi, ils ne l'ont rapporté qu'à la partie morale qu'il s'efforçait (\eco7ipléter, 7:l-/icôj'7at,, en la dégageant des simples pratiques et en la purifiant ainsi (1). Mois le passage en question du discours de la montagne ne renferme pas une pareille distinction; loin de là : d'une part, les expressions la loi et les prophètes^ vo|v.oç, TTooo-^Tai, désignent toute la constitution religieuse de l'Ancien Testament dans sa plus grande étendue; d'autre part, les commandements les plus insignifiants, les lettres les plus petites de la loi, qui ne doivent pas non plus être abrogées, ne peuvent pas être entendues autrement que du rituel et des pratiques du culte (2).
Ceux qui ont distingué entre les prescriptions réellement mosaïques et les additions traditionnelles ont été plus heureux (3). Il est vrai de dire que les guérisons opérées par Jésus pendant le sabbat, son mépris des ablutions pédantesques avant le repas, etc., portent, non pas contre Moïse, mais seulement contre des prescriptions postérieures faites j)ar les rabbins, et plusieurs discours de Jésus conduisent même à cette distinction. Jésus (Matth., 15, 3seq.) oppose la tradition des anciens, 'rzuoy.SoGiq tcov Tzozaèuzé^oiv, à la prescription de Dieu, èvToV/i toO ©sou, et il déclare (Matth., 23, 23) que, là où elles s'accordent ensemble, on peut ob-
(1) De ^Vctte, nifj/. dogm., % 210. Uuiidh. , 1, 1, S. 56; Is'caudcr, L, J.
(2) W)vez l'auteur des l"rat;mrnts, Clir.,S.J2/i.
V„!i dent Zwecli. u. s. ir., S. G!); Irilz- (.T) IMnliis, Exc^. llundb., 1, 1), S.
schc, p. 21Zi, De Wetlc , Exe--<^t. GOO f. /-fi'c-rt /oh, 1 , a, S. 2'J(5 , ol2.
538 DEUXIÈME SECTFON.
server l'une et ne pas abandonner Vautre, Ta-jra T:o</7,r:y.i , /.à/ceiva [rh y.o'Avy.r, en conséquence de quoi il exhorte, dans le verset 3, le peuple à faire tout ce que les docteurs de la loi et les pharisiens lui prescrivent; (jue si, au contraire, on ne peut ou ne veut suivre que l'une ou l'autre, il romarque (Matth., 15, o seq.) qu'il vaut mieux, pour obéir aux commandements divins (donnés par Moïse), transgresser la tradition, raoaêaiveiv t-/;v Trapa^oGiv, que, par une règle contraire de conduite, transgresser les commandements de Dieu pour obéira la tradition, Trapa^^aivsiv Ty,v £vto)//;v to-j 030'j f^tà r/;v -aoaf^oGiv. En somme, il trouve dans la masse des commandements traditionnels un fardeau difficile à porter, oootiov (^'jaêaT-ax.Tov (23, 4), et il songe à en délivrer le peuple durement pressé, et à lui imposer en place son fardeau léger, (pooTÎov éXy/^pov, son joug utile, 'Çuyb; ycrjCToç (11, 29 seq.). En conséquence, malgré tous les ménagements qu'il était disposé à avoir pour la religion établie eu tant qu'elle n'agissait pas d'une manière directen^.ent pernicieuse, son avis allait à ceci, c'est que tous ces arrangements humains, i^-ak\j.y.-ïoL àvOpwTrwv, périraient comme une plantation que le Père céleste n'avait pas plantée, o'jtciV. 7;v où/. £0'J72uG£v ô 77aTr,o ô O'jpàvio; (15, 9. 13). La plupart de ces prescriptions jtharisiennes étaient dirigées vers des pratiques extérieures au milieu desquelles se perdait le noyau de belle moralité que renfermait la loi mosaïque; on y voyait comment, par des présents au Temple, on se dégageait de l'obligation de soutenir des parents dans le besoin (15, 5); comment, en payant la dime de la menthe, de l'aneth et du cumin, on oubliait l'amour du prochain (23, 23). La distinction entre la loi et la tradition concorde jusqu'à un certain point avec la distinction entre la partie morale et la partie ritnellc; car les prescriptions rabbiniques avaient une tendance aniquem.ent tournée vers les pratiques, tendance que Jésus repoussait, taudis que la lui mosaïque con-
tenait un fond niora! et religieux pour lequel il la tenait en haute estime.
Jésus, du moment qu'il eut reconnu comme uniquement essentiel dans la religion ce qui se rapportait à la moralité et à l'adoration spirituelle de Dieu, aurait du, pour être conséquent, rejeter tout ce qui, étant purement d;i rite et de forme, avait reçu, par abus, une signification religieuse; et, dans la loi de Moïse même, il se trouvait beaucoup de choses de cette espèce. Mais, d'un autre côté, l'on sait avec quelle lenteur de pareilles consèque.ices sont tirées, quand elles viennent se heurter contre des usages consacrés. Déjà Samuel, dans le livre qui lui est attribué (1 Sam., 15, 22), a reconnu que l'obéissance vaut mieux que le sacrifice, et Assaph, que l'offrande d'une reconnaissance sentie jilaît mieux à Dieu que l'offrande de victimes égorgées (Ps. 50). Et cependant combien de temps les sacrifices ne furent-ils pas conservés à côté et en place de la véritable obéissance! Jésus en était encore plus vivement convaincu que ces anciens ; la vraie prescriplion de Dieu, èvTOA-/; toO Gcoù, dans la loi mosaïque, n'était pour lui, à proprement parler, que les commandements : honore ton père, tvlo. tÔv raTÉpa ; tu ne tueras pas , ryj <pov£iJc7£i,;, etc.; mais surtout tu aimeras le Seigneur Dieu et leprochain, àya~-/)a£i<; Kuoiov tov 0£ov y.vX TOV 'Kk'Dfjim. On pourra toujours penser que Jésus, attaché uniquement à ce côté, ne voulut pas entrer dans un examen trop minutieux de l'autre côté, c'est-à-dire des pratiques du culte; qu'en raison du respect profondément enraciné pour le saint livre de sa nation, il honora, par égard pour ce qu'il renfermait d'essentiel, ce qu'il renfermait même d'inutile; et cela lui fut d'autant plus facile, qu'à côté du pédantismc des additions traditionnelle?, pédiintisme exagéré jusqu'à l'absurde, le rituel du Pcntateuque devait paraître extrêmement simple (i).
(1) Comparez Pseander, L, J, Clir., S. 118; Ncandcr cilc rcscinple ilc l'iiilon ,
5/l0 DEUXIÈME SECTION.
Mais il eut aussi l'opinion que la loi n'était pas destinée à avoir une durée éternelle. En effet, il annonce que le Temple de Jérusalem sera détruit lors de son prochain retour (Matlh. , 2[i et passages parallèles), et même que l'adoration de Dieu cessera d'être attachée à une localité particulière (Joh., /i, 2o, seq.) ; ce qui entraînait la chute de toute la forme du culte mosaïque. Si, d'après Matthieu (5, 18), il a déclaré que la loi durerait autant que le ciel et la terre, cela ne forme pas contradiction, du moment que l'on se souvient, d'après Matthieu (24) , que le Juif établissait dans son esprit une étroite connexion entre la destruction de son état et de son sanctuaire, et la fin du monde (ancien) ; par conséquent, dire que la loi subsistera aussi longtemps que le Temple sera debout, revient à dire qu'elle subsistera aussi longtemps que durera le monde (1). A la vérité, Luc dit : la loi et les prophètes jusqiCà Jean, ô vo'y.o; xal o[ Tzzryjr-y.i eco; icoàvvou (16, 16), et par là il semble que , dès l'arrivée de Jean-Baptiste, la loi cessa d'être en vigueur: mais il faut comparer un passage parallèle de Matthieu, 11, 13, où il est dit : tous les prophètes et la loi ont prophétisé jus-
qiCàJean, -ttxvtc; oï — coor-ai x.al ôvO[J.oç â'toç icoavvo'j r.z'-jZ'Wr TS'jcrav, et ce rapprochement ôte au passage de Luc son sens défavorable. D'un autre côté, quand il est dit, dans Luc (16, 17), qu'il est plus aisé que le ciel et la terre passent qu'il ne l'est qu'un seul point de la loi soit sans effet ( ce qui ne fixe pas un terme précis avant lequel la loi ne sera pas abolie, et ce qui indique seulement une chose plus possible que la destruction de cette loi), ce nouveau rapprochement semble ôterson sens favorable au passage de Matthieu (5, 18) 011 la fin du monde pourrait s'entendre de la destruction du Temple. Dans cette difficulté, on se demande seulement
«j'iij tout eu iiiîp.rjirétant spirituelle- (1) Comparez Paulus, £'j:eg'. fia" '/^.i
meut la loi mosaïq-ie, insista pour qu'on 1 . b. S. 598 f. l'observât cxtérieurenient.
QUATRÎÊMii; CflAPITHE, § LXVI. 5^1
s'il ne faut pas donner la préférence au sens que présentent les deux passages du premier évangéiiste, sens duquel il résulte que la loi n'était pas destinée à une durée éternelle. Ce sens s'accorderait aussi avec ce qui a été dit sur le Temple, qui devait être renversé, puis rebâti, car c'était là une promesse de spiritualiser la religion et même, d'après l'interprétation qui est attribuée à Etienne, l'annonce de l'abolition de la loi mosaïque • promesse et annonce qui, si elles ont été rattachées par Jésus à l'ouverture du siècle futur du Messie, aiwv iJ.iX/Mv, concéderaient avec ce sens qu'on trouve dans le premier évangéiiste. En conséquence, Jésus et l'apôtre Paul, qui tous deux observèrent la loi mosaïque, ne différeraient qu'en ceci : le premier se représentait cette loi comme devant être abrogée sur la terre , qui serait renouvelée lors de son arrivée ou de son retour plein de gloire, et le second, en raison de la première arrivée du Messie, croyait pouvoir abolir cette loi, même sur l'ancienne terre, sur la terre non encore renouvelée (1).
Dans le dialogue avec la Samaritaine, Jésus représente la cessation du culte exclusif du Temple, non pas seulement comme quelque ciiosc de futur, mais comme quelque chose qui commence et qui est déjà présent (^l'heure vient^ et elle est déjà présente , â'p/sTai wpa, xal vuv ecrTtv). Semblableinent, dans un autre lieu, en sa qualité de Messie présent, il se place non seulement au-dessus des additions traditionnelles faites à la loi, mais encore au-dessus de la loi même. Ijors du fait de glaner quelques épis le jour du sabbat, ce dont il a déjà été question plus haut, il ne refuse pas seulement de reconnaître la prescription qui défend cette action isolée, prescription qui , du reste, n'appartient qu'à la tradilion, mais encore il dit d'une façon tout à fait générale que le Fils de l'homme est maître du sabbat, jcjcio; tûv
(1) Comparez Hase , L. J. § 8/i. des idées rabbinique» sur l'abolitiun de Vovcz, dans Sclia;tt{;en, 2, p. (ill seq. , la loi.
caê^aTou ; que, dans son travail messianique, il y a une œuvre plus grande encore que le Temple, dans le service duquel les prêtres sont dispensés des lois du sabbat (Matth., 12, 5 seq.). Ainsi ce dernier passage exprime que Jcaus est placé au-dessus de la loi, même dans les portions qui sont mosaïques; et le premier passage, rapproché des paraboles du levain, du grain de moutarde, etc., signifie que son royaume se développera peu à peu, et que le culte du Temple perdra du terrain à fur et mesure. La conclusion la plus vraisemblable qui ressort est donc que Jésus, comme Paul, observait, il est vrai, la loi pourlui-même, afin de ne pas se séparer de sa nation ; que surtout il n'en méditait pas l'abolition violente; qu'il n'attendait pas davantage la cessation du règne de la loi au premier moment où cesserait l'ordre actuel du monde; mais qu'il espérait que, en raison de la croissance et de la maturité progressive de ses idées, tomberaient les enveloppes qui les couvraient encore, et qui , détachées inopportunément, auraient, comme il le savait bien , laissé exposé à tous les accidents le fruit non encore mûr.
Avec une telle position, nous ne devons plus nous étonner que Jésus ait été retenu dans ses discours sur ce point, satisfait qu'il était d'avoir donné à ses disciples les prémisses d'où plus tôt ou plus tard sortiraient les conséquences désirées (comparez Joh., 16, 12 seq.). Les déclarations mêmes du discours de la montagne, qui peuvent paraître une assurance positive de la durée de la loi, prennent par là une couleur différente. On n'admettra pas, il est vrai, en raison des motifs allégués plus haut, que, par accommodement, il distingua entre la loi morale et le rituel ; mais il y a toujours à distinguer entre la lettre et l'esprit, si Jésus promet, même à la moindre lettre de la loi, une durée éternelle, cela ne peut vouloir diro, d'après ce qui précède comme d'après le contexte du discours de la montagne, que
ceci : c'est qu'il ne sera rien perdu des éléments réellement moraux et religieux que renferment les commandements les plus extérieurs en apparence. Paul lui-même, qui refusait tout mérite aux œuvres de la loi, et qui dispensait les chrétiens de l'obs rver, dit cepondaiit de sa ])ropre doctrine qu'elle accomplit la loi, loin de la renverser (i'j-coacv , Rom., 3, 31 ; comparez 8, k), c'est-à-dire qu'elle en conserve l'esprit et l'essence sans les prescriptions extérieures. Ainsi l'idée, [)leine de conséquences importantes , que Pau! se fait de la loi, c'est qu'elle est seulement une école préparatoire (vop.o; TTai^aycoyoç, Gai., 3, 24 ) qui , ayant lempli sa destination au moment où l'élève entre dans l'âge mûr, sera dorénavant superflue et tombera. Cette idée de Paul n'est que la reprise de ce que Jéî^us avait déjà reconnu et indiqué formellement en disant qne Moïse avait permis aux Juifs, à cause de leur dureté de cœur, Tirpoç tyiv (7xA-/)poy.ac- 8iccy a'jTcôv, bien des choses qui ne pouvaient plus se souffrir à cause des progrès du développement moral (Matlh., 19, 8) (1).