‹ Vie de Jésus ou Examen critique de son histoireChapitre 81 sur 110 · desorum · texte numérisé non relu

desorum

QUATRIÈME CHAPITRE. § LXVMl. 551

appartiendrait à une période antérieure à celle où les apôtres, prêts à partir j)Our leur voyage de mission, reçurent l'injonction de ne pas entrer dans ce pays. En effet, ce fut de Galilée que les douze furent envoyés; mais le court intervalle de temps pendant lequel, d'après le quatrième évangile, Jésus séjourna en Galilée avant la première pèque (2, 1-13), ne laisse pas d'espace pour cette mission, qui, alors, aurait dû avoir lieu après cette pâque , et par conséquent après la visite en Samarie, puisque la visite en Samarie ne fut faite qu'au retour de la pâque. Or, si Jésus avait prêché déjà lui-même, et avec le plus beau succès , le règne du Messie en Samarie, comment aurait-il pu défendre 5 ses apôtres d'y aller? Si, au contraire, on j)lace la scène racontée par Jean après la défense rap- |)ortée par Matthieu, les apôtres se seraient étonnés, non pas que Jésus eût un entretien si intéressant avec une femme (Joh., /|., 27), mais qu'il l'eût avec une Samaritaine.

Avec des renseignements qui semblent aussi contradictoires, on demande si les uns et les autres ont une certitude historique. Il ne faut pas compter, du côté défavorable aux Samaritains, l'accueil inhospitalier que firent les habitants d'un village de la Samarie, et le zèle ardent que, à cette occasion, témoignèrent les fils de Zébédée; car un événement isolé de cette nature ne pouvait pas donner à Jésus de l'aversion pour les Samaritains, et l'hostilité de ces villageois ne devait pas nécessairement empêcher que Jésus n'exerçât son ministère de prédication dans la capitale samaritaine. Il s'agit uniquement de la défense de visiter les Samaritains, qui est contenue dans le discours d'instruction, et nous devons dire ici, comme plus haut pour les païens, et pour les mômes motifs : Si le premier évangélisle est le seul qui rapporte cette défense, nous expli()uerons plus facilement comment les autres ont pu être amenés à l'omettre, que nous

552 DEUXIÈME SliCTlO.^.

n'expliquerions comment Matthieu a été amené à l'ajouter sans fondement historique.

Examinons maintenant si des additions non historiques n'ont pas été faites du côté favorable aux Samaritains. Avant tout autre se présente le récit du quatrième évanj^ile (eh. /|) sur la rencontre de Jésus avec la femme samaritaine et tout ce qui s'y rapporte. Sans apercevoir ici les difficultés que l'auteur dos Prohahilia a cru pouvoir signaler dès l'abord dans la désignation du lieu et dans le début du dialogue avec cette femme (l), nous remarquerons qu'à partir du verset 16, il se rencontre, de l'aveu même de commentateurs impartiaux (2), bien des choses d'une solution malaisée. La femme avait, en dernier lieu, prié Jésus de lui donner, à elle aussi, de l'eau qui étanche pour jamais la soif; sur quoi, Jésus dit immédiatement ; Fa, appelle ton mari: YTcays, 9wvr,(Tov Tov av^pa goj. A quoi bon cela? Jésus, a-t-on dit, qui savait bien que cette femme n'avait pas de mari légitime, voulut par là lui faire honte et l'amener au repentir (3). Liicke repousse cette interprétation, parce qu'une pareille dissimulation ne plaît pas en Jésus, et il conjecture que Jésus, à cause du peu d'intelligence de la femme, voulut, en appelant son mari peut-être plus intelligent, se procurer l'occasion d'un entretien plus fructueux. Mais si Jésus, comme on le voit aussitôt, savait que la femme n'était pas légitimement mariée, il ne pouvait pas désirer sérieusement qu'elle appelât son mari ; et surtout, puisque, d'après l'aveu même de Liicke, il connaissait cette particularité par une voie surnaturelle, lui qui savait tout ce qui se passe au fond du cœur de l'homme, n'ignorait pas que cette femme serait peu disposée à obéir à son invitation. Or, s'il a su d'avance que ce qu'il désirait ne se ferait pas et môme ne pouvait pas

(1) Bretschneider, 1. c. , S. 47 (f., (2j Comparez Lùcke et De Wette sur

97 f. Cependant comparez De \Vette ce cliapitre.

iurle V. 11 et suiv, (3) C'est ce que dit ILoluck sur ce

paîî?ge.

ULAllUÈ.Mi: (.IIAI'IIUE. ^ LXVIK. 55o

se faire, son invitation n'était qu'une feinte, et elle avait pour objet, non la venue du mari, mais tout autre chose. Cet objet était-il le repentir de la femme? Le récit n'en dit rien, et le résultat final est pour la femme, non pas de la honte et du repentir, mais de la foi dans la vue prophétique de Jésus (v. 19). Sans doute, c'était là aussi ce que Jésus voulait, car le récit est de telle sorte que Jésus semble avoir réussi dans son entretien avec cette femme, c'est-à-dire avoir obtenu un résultat correspondant à son dessein. Cependant, ici, ce qui fait difficulté, ce n'est pas tant ce que Liicke nomme dissimulation, puisqu'une telle dissimulation appartient complètement à la catégorie des épreuves innocentes, TTstsocÇe'.v, dont il se trouve ailleurs des exemples, que l'espèce de violence avec laquelle Jésus fait naître lui-même l'occasion de se montrer avec sa faculté prophétique.

Par un changement d'idées non moins brusque et non moins violent, la relation évangélique amène la femme à s'entretenir sur un point qui peut manifester pleinement la messianité de Jésus. Dès qu'elle l'a reconnu pour un prophète, elle s'empresse de le consulter sur la controverse pendante entre les Juifs et les Samaritains au sujet du lieu de la véritable adoration de Dieu (v. 20). Un si vif intérêt pour une question religieuse et nationale n'est pas naturel chez une femme du reste si bornée; la plupart des commentateurs en conviennent aujourd'hui, quand ils admettent que, se sentant blessée par l'expression de Jésus sur sa situation conjugale, elle avait voulu, par cette tournure, écarter la conversation du point qui lui était sensible (1), C'est une raison ; mais, si la femme ne s'inquiétait pas sérieusement du vrai lieu de l'adoration de Dieu , et si sa question n'était suggérée que par une fausse honte qui voulait échapper à l'aveu et à la pénitence, ces interprètes devraient se souvenir (ce qu'ailleurs ils répètent à satiété) que

(1) C'eît ce que disent Lnckc et ILciink sat ce f asragc, Hase-, L, J,, §67.

55/l DEUXIÈME SECTION.

Jésus (chez Jeanj ne faiî [ as dans ses réponses autant attention au sens exprès des questions qu"à l'intention qui les dicte. Suivant cette méthode, il ne devrait pas répondre avec le sérieux le plus solennel à une réj)onse qui n'avait pas une intention sérieuse j mais, la détournant, il devrait aller directement au point sensible qu'il avait déjà touché dans la conscience de la femme, et qu'elle voulait' maintenant cacher, et l'amener, s'il était possible, à sentir pleinement et à avouer franchement sa faute. La vérité est que le but du narrateur est de faire connaître ici Jésus, non seulement comme prophète, mais précisément comme le Messie; et il a cru y réussir le mieux en dirigeant la conversation sur la question relative au vrai lieu de l'adoration de Dieu, question dont la solution était attendue du .Messie (v. 25) (1). Cependant nous ne pouvons pas savoir si ce qu'il y a de forcé dans ces transitions ne provient pas de ce que l'évangéliste a omis des intermédiaires. Ainsi de ce qui précède il n'y a encore aucune conclusion à tirer contre le caractère historique de la narration.

Jésus (v. 17 et seq.) montre qu'il coimaissait parfaitement quelle était la position de cette femme. Les commentateurs rationalistes, voulant expliquer cette connaissance par une voie naturelle, ont supposé que, tandis que Jésus était assis auprès de la fontaine, et que la femme était en chemin pour y venir de la petite ville, un passant insinua à Jésus de ne pas entrer en conversation avec elle, parce que c'était une femme qui, en ce moment, courait après un sixième mari (2). Mais, outre qu'il est invraisemblable qu'un passant n'eût eu rien de plus intéressant à dire à Jésus que (le lui parler de la position équivoque d'une femme insignifiante, aujourd'hui les partisans, comme les adversaires du quatrième évangile, s'accordent pour reconnaître que toute

(1) Comparez Schœttgen, Horœ , 1, (2) Paulns , Lei^/t J^su , 1 , a , 187 ;

p. 970 seq ; Wetstein , S. 863. Comment. 4, sur ce passage.

(jlAiHitMi: (HAl'ITUii. ^ LXVIII. 555

explication iiatiirelle de la connaissaiico qu'eut Jésus de la position de la Samaritaine va uirecteinent conlre l'intention de révangéliyte (1). En effet, en raison des déclarations de Jésus sur la situation de celliï femme, le quatrième évangile raconte que non seulement la femme elle-même (v. 19), mais encore plusieurs liabitants de la ville (v. 39) crurent en Jésus; donc, suivant lui, ces gei)s ne se sont ni trop hâtés, ni lromj)és, non pas seulement en croyant que Jésus était un proj)h(Jte, mais en concluant qu'il l'était justement à cause de la preuve qu'il venait de donner de ses connaissances prophétiques. Ainsi il faut dire que révangélislc a regardé comme une émanation de la nature supérieure de Jésus la divination de l'état où se trouvait la Samaritaine. Qu'en vertu de cette nature même, Jésus ait prévu prophétiquement sa destinée messianique et les grandes phases de son règne, que môme il ait pénétré l'intérieur de ceux avec lesquels il avait directement affaire, c'est ce qu'on peut juger vraisemblable, en envisageant, d'une certaine manière, sa personne, et dans tous les cas c'est une opinion qui n'ôte rien à la dignité de son caractère; mais supposer que, toujours et partout, il ait connu, dans le plus petit détail, les affaires de toutes les autres personnes, ce sera une supposition d'autant plus messéante qu'on se fera une idée plus relevée de sa dignité prophétique, Ur^e telle connaissance empirique n'est pas de l'omniscicnce, et elle abolit, en tout cas, la conscience humaine que la doctrine orthodoxe veut cependant poser en Jésus (2;. La facnlté de lire pour quelques moments dans l'intérieur de personnes présentes, et d'obtenir, par cet intermédiaire, des renseignements sur des personnes absentes avec lesquelles les j-remièrcs sont ou ont été en relation; cette faculté, disons-nous, a été incontestablement observée chez des somnambules (3) ; et c'est

(1) Comparez. Olsliauseu sur ce jjas- (3) Voyez, entre mitres, Wirlli,

sage, et Hretsiliueider, Probah., S. 50. Théorie des Somnaml/ulismus , S. 216 f, ('i) Comp. Bretschneider, I. c. , S. i9 f.

55(3 DElJXiÈAiE SLCllON.

ici un cas où le critique est pris en délit d'apologétique, quand il hésite à attribuer à Jésus une faculté qui ne se montre ordinairement que dans certains états morbides. Cependant, en y regardant de près, on comprendra que ce n'est pas sans fondement historique que la critique hésite 5 l'attribuer à Jésus, car il n'y a aucune trace de tension morbide dans sa manière d'être et dans sa vie. Bien que cette faculté soit la compagne ordinaire de maladies corporelles et mentales, néanmoins il reste toujours possible qu'un homme sain de corps et d'esprit en ait été doué; et, pour avoir été attribuée à Jésus, elle ne forme pas un argument contre la valeur historique du récit. Pieraarquons en même temps qu'une pareille faculté ne prouve rien, non plus, en faveur de la nature supérieure de Jésus, et même, si noiis n'étions pas sûrs d'ailleurs de sa santé spirituelle et morale, cette faculté devrait être considérée comme quelque chose de morbide.

Plus loin, Jésus (v. 2o seq.) exprime, devant cette femme, ce que Hase appelle le principe suprême de sa religion, c'est-à-dire l'adoration spirituelle de Dieu par une vie pieuse, et l'abolition de toute pratique du culte; et il s'avoue ouvertement le fondateur d'une semblable adoration de Dieu, en d'autres termes le Messie. On est autorisé à demander ici : A quel titre cette femme était-elle digne d'une communication aussi relevée, et telle qu'il n'en a jamais été fait de pareille en termes aussi clairs aux apôtres? Quel motif pouvait décider Jésus à promener, dans l'avenir lointain de l'histoire religieuse, le regard d'une personne pour qui il aurait mieux valu être ramenée dans son propre intérieur, et obligée de méditer sur la corruption de son cœur? 11 n'en eut pas d'autre, ce semble, que de vouloir obtenir, à tout prix, de cette femme, sans considération pour son amendement, la reconnaissance non seulement des dons prophétiques dont il était doué, mais encore du caractère messianique dont il était

OIATRIlîME CHAPITRE. § LXVIIF. T),")?

revèlu; et pour cela, il parut nécessaire que le dialogue prît la tournure qu'on y remarque. Cependant, non seulement il ne faut pas oublier, même pour Jésus, la puissance que le moment, l'occasion, la disposition, ont poui ouvrir et fermer le cœur et l'entendement; mais encore on découvre des motifs pour lesquels il hésita moins à se reconnaître comme le Messie devant des Samaritains. Le peuple samaritain, rameau détaché du tronc de la nation, avait un sentiment national moins fort ; et, quoique l'idée qu'il se faisait du Messie eût aussi une couleur politique, cependant on pouvait espérer qu'elle prendrait plus facilement une direction spirituelle chez lui que chez le peuple juif, et même que parmi les apôtres du vivant de Jésus. Or, si Jésus pensa trouver, en qualité de Messie, accès chez les Samaritains par l'intermédiaire de cette femme, il n'est pas étonnant que, dans sa conversation, il ait tendu principalement vers ce grand but, et laissé l'amendement moral de cette femme, but plus étroit , aux influences que la conversion de ses compatriotes exercerait sur elle.

Continuons l'examen de la narration. Les disciples de Jésus (v. 27) arrivèrent de la ville avec des vivres, et s'étonnèrent que, contre le principe rabbinique (1), il s'entretînt avec une femme. Tandis que la femme, animée par la dernière révélation de Jésus, retourne en hâte à la ville pour inviter ses concitoyens à ne pas négliger l'étranger qui semble le Messie, les disciples engagent Jésus à prendre quelque chose des aliments qu'ils ont apportés; il leur répond : J'ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas : Èyw Ppw'îiv â'/w oaysv/, y,v ûasî; où/. oïSy.rz (v. 32). Ses disciples, se méprenant sur le sens de ces paroles, pensent que peut-être quelqu'un lui avait apporté à manger pendant leur absence. C'est là une de ces conceptions matérielles des propositions que Jésus entend spirituellement: méprises qui

(1) r>aii<tT,is;Iirfoof, ]>. 1002.

sont [lerpétuelles dans le f|iiatrième évangil.', et par cela même suspectes, mais qui néanmoins, pouvant être considérées comme une addition de pure forme chez le narrateur, peuvent être retranchées sans que le fond du récit en souffre. Plus loin, se trouve un discours sur semer et moissonner (v, 85 seq.), qui, si l'on y compare le verset 37 et suivant, ne peut signifier que ceci : Jésus a semé, les apôtres moissonneront (1). Sans doute, ce discours se prête à recevoir un sens tout à fuit général, à savoir, que les germes du rèfjne de Dieu, '^y.GÛ.zix toO ©soO, qui ont porté des fleurs et des fruits par la culture des apôtres, a\aient été déposés dans le monde par les mains de Jésus; mais il n'en est pas moins vrai qu'il est impossible d'en écarter une application plus spéciale, à savoir, que Jésus, voyant d'avance que la femme, qui est retournée en hâte à la ville, lui donnera l'occasion de disséminer en Samarie la semence de l'Evangile, promet aux disciples qu'ils jouiront un jour du fruit de ses efforts actuels. Cela fait songer nécessairement à la propagation subséquente du christianisme en Samarie par les soins de Philippe et de quelques apôtres (Act. Ap., 8) (2), et par conséquent il serait possible d'y voir une prédiction après l'événement. Cependant, en retranchant, de la personne de Jésus, toute idée surnaturelle, on ne pourra pas, d'une part, contester absolument qu'il ait été en état de prévoir ce progrès de sa cause en Samarie, d'après la connaissance qu'il avait des habitants; et d'autre part, il se pourrait que la précision plus grande de la prédiction fût due à Tévangélisle, qui, ayant, dans sa mémoire, le discours prononcé alors par Jésus, le modifia quelque peu d'après l'événement, sans qu'au fond son récit ait cessé d'être digne de foi.

Un fait raconté dans les Actes des Apôtres vient appuyer le quatrième évangile. Avant que Pierre, déterminé par un

(1) Lùcke, 1, S. 5^2. (2) Lùcke et De Vielle sur ce pas-

sade; Bretschneider, S. 52.

avis céleste, eût reçu le premier païen dans le nouveau royaume du ^lessie, le diacre Philippe, après qu'Etienne eut été lapidé, se rendit dans une ville de Samarie, tiç ttoIiv Say.apeia;, oij il annonça le Christ, et décida, par des miracles de toute espèce, plusieurs Samaritains à croire, et à recevoir le baptême (Act. Ap,, 8, 5 seq.). Ce récit forme un contraste complet avec le récit, examiné plus haut, de l'admission des premiers païens. A l'égard des païens, il faut les préparations les plus extraordinaires, une vision, une suggestion particulière de ïesprit, Tï-'sOij.a, pour décider Pierre; à l'égard des Samaritains, Philippe se met aussitôt à l'œuvre, et môme sans avoir le précédent relatif à Pierre et aux païens. Et que l'on ne dise pas que peut-être le diacre avait des sentiments plus libéraux que l'apôtre; car, immédiatement après, Pierre va en Samarie avec Jean; et, nouveau trait d'opposition, tandis que l'admission des premiers païens produit une impression très défavorable sur les membres de la première église de Jérusalem, mère de toutes les autres, la nouvelle du succès de la parole de Dieu en Samarie, on. <ii<^iy.-zy.\ ■/, ^iyjj.y.zv.y. tov Xo'yov toO QioZ, est reçue avec approbation, et les deux apôtres les plus distingués y sont envoyés pour constater et compléter l'œuvre de Philippe. Ces faits sont en accord complet avec le précédent que présente la vie de Jésus; et, dans cet état, on demande comment concilier la défense que rapporte Matthieu, et qui a aussi des garanties historiques.

Ici, nous ne devons pas nous dissimuler que la conciliation est encore plus difficile que pour la défense qui concerne les païens. On comprend que Jésus n'ait pas voulu que l'on commençAt pendant sa vie ce qu'il recommandait pour le temps qui devait suivre sa mort; mais on comprend moins qu'il ait défendu à ses apôtres de faire ce qu'il fit peu après, ou même ce qu'il avait fait auparavant. Le motif de la défense concernant les païens était double : d'abord, c'était le

5G0 DEL'XlÈMr SECTION.

scandale cxlrt'ine que l'admission des païens causerait parini la nation juive, et qui devait être évité jusqu'à ce que son œuvre eût jeté en Judée des racines durables; en second lieu, l'incapacité où ses disciples, non encore instruits par sa mort, étaient de traiter convenablement avec les païens, et le danger de leur apporter des erreurs nouvelles pour eux, sans même ôter aux Juifs leurs fausses idées sur le Messie; ce furent là les deux difficultés qui le décidèrent à prononcer la défense relative aux païens. Il aurait pu sans doute, en s'adressant personnellement aux païi-ns sans l'intermédiaire des apôtres, éviter la seconde de ces difficultés; mais la première n'en aurait subsisté qu'avec plus de force. H faut donc conclure qu'à l'égard des Samaritains, Jésus, comme plus tard les apôtre?, redouta moins le scandale des Juifs; mais que, comme alors ses disciples étaient peu propres à traiter avec les Samaritains, ainsi qu'on le voit dans la narration mentionnée plus baut (Luc, 9, 52 seq.), il crut devoir éviter l'intermédiaire de ses disciples, et s'adresser de sa personne aux Samaritains (1).

(1) Comparez >'eander, L. J. Clir. , S. /iG2 f.

ClNQUlÈMl!: CHAPITRE.

Page 1