‹ Vie de Jésus ou Examen critique de son histoireChapitre 9 sur 110 · DU TRADUCTEUR. XIX · texte numérisé non relu

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aussi par celte croyance au surnaturel qui les pénèlre, mais différents et séparés par les éléments nouveaux qui à chaque fois se sont incorporés dans la religion générale. Ce qui résulte évidemment, c'est qu'il est impossible d'appliquer dos procédés d'interprétation dissemblables àdeschoses qui sont si semblables. Seule, l'hostilité qui règne entre les théologies exclusives a permis de condamner là ce qu'on approuvait ici.

Depuis longtemps on a signalé des ressemblances, elles sont en effet trop frappantes pour ne pas ôlre remarquées. Mais on les a ex|)liquées en sens inverses, suivant l'opinion exclusive d'oii l'on partait : tantôt, voulant ne voir dans le polythéisme qu'une dégénération du cuite primitif, on a prétendu que les polythéistes étaient allés chercher leurs mythes analogues dans l'antiquité judaïque; tantôt, au contraire, voulant discréditer les Juifs atin d'atteindre le christianisme, on a accusé 1rs livres sacrés des Hébreux d'avoir puisé à la sourceimmense des mythes polythéistiques. La conciliation est autre part; elle est dans le progrès simultané de toutes les civilisations religieuses, croissant sur un même fond et se pénétrant de tous les côtés. Ainsi, qui méconnaît l'analogie entre le mythe d'Eve exclue du paradis terrestre pour avoir touché au fruit défendu, et celui de Proser|)ine, qui, pour avoir goûté de la grenade, est empêchée de reprendre sa place dans le séjour céleste? Mais qui oserait dire en quel sens s'est faite la communication, et même s'il y a eu communication? car il se pourrait fort bien que ces légendes fussent, iion pas tilles, mais sœurs l'une de l'autre, et qu'elles provinssent d'une source antérieure et commune? Quiconque aussi prendra en considération le mythe singulier de Promélhée, ce Titan secourable à l'hum^unilc naissante, son enchaînement sur le

Caucase et son long supplice, auquel met enfin un ternie le fils de Jupiter, verra que là se trouvent des idées d'homme et de délivrance qui ne sont pas sans analogie avec celles que la nation juive se faisait de sou Messie.

Il n'y aurait qu'une philosophie superficielle qui traiterait avec dédain les essais les plus rudiinenlaires de l'esprit de religion, même dans le fétichisme; il n'y aurait qu'une philosophie sectaire qui traiterait avec horreur ces premiers essais. Ils ne méritent ni dédain ni horreur ; loin de là, ils excitent une véritable admiration, comme l'excite tout ce qui arrive à sa fia par des voies spontanées, lue eau courante trouve naturellement sa pente vers les mers les plus lointaines, de même l'homme, dans les époques primitives de dénùment intellectuel et matériel , trouva sa pente vers la civilisation.

La signification interne de ces créations religieuses, qui ne fut jamais nulle ni stérile, ne s'est non plus jamais perdue; et la critique la plus rigoureusement conduite, si elle est conduite dans le sens véritablement historique et non dans un sens révolutionnaire ou rétrograde, ne manque pas de la mettre en lumière. En effet cette signification est profondément historique, notant l'ascendant graduel de l'humanité sur l'homme individuel. Trois moments jusqu'à présent (car un quatrième commence avec la, conception religieuse du développement humain), trois moments se partagent le vaste espace des âges écoulés : ce sont le fétichisme, le polythéisme et le monothéisme. Deux termes sont toujours le fondement de ces conceptions : l'homme et ce qui n'est pas lui, ce qui l'a enfanté, ce qui le domine. Un de ces termes , le monde , est immobile, se présenîanl tosîjours le mêmC; l'autre,

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l'esprit humain , esl mobile, susceptible de variations successives. Eh bien, clans ces trois phases, ce qui se montre, ce qui en fait le sens intime et durable pour toutes les générations destinées à lire les vénérables pages de l'histoire, c'est la mutation progressive de l'esprit humain vers un état meilleur. Tl s'éclaire, il se règle, les choses suprêmes pénètrent en lui, et son idéal croît constamment en clarté, en beauté, en sainteté.

Ce n'est pas seulement dans le domaine religieux que le sentiment et l'inspiration, toujours, il est vrai, déterminés par les conditions antécédentes et présentes, ont prodigué les récits sacrés ; mais aussi, sur le terrain de l'histoire politique, le mythe ou la légende, comme on voudra l'appeler, s'est produite avec profusion. L'exemple que je veux citer, je n'irai pas le chercher dans les origines obscures des anciennes nations, origines qui sont toutes imprégnées de surnaturel et où les théologies jouent un rôle principal; mais je le prendrai à une époque pleinement historique. Le grand empereur de l'Occident , Charlemagne , ne fut pas plutôt disparu du milieu qu'il avait captivé par ses guerres, par ses victoires, par sa puissance, par ses luttes contre les infidèles, que l'esprit belliqueux et chrétien des âges qui suivirent, s'inquiétant peu des faits réels , broda une légende merveilleuse. Tout se transfigura sous cette élaboration populaire et poétique; comme les narrations positives des chroniques contemporaines avaient pou de cours dans les temps troublés qui virent disparaître la deuxième race et s'élever la Iroisième, la chronique fabuleuse prit place dans les récits sérieux ; et, si les documents vrais avaient été détruits par un accident quelconque, nous ne saurions rien de plus certain sur Charlemagne que

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