LXXVIII
Mélanges d'enseignement et de polémique de Jésus.
Les discours dans Matthieu (15, 1. — 20) ayant été examinés plus haut, il faut passer maintenant à Matthieu (18, l seq.), Marc (9, 33 seq), Luc (9, 46 seq.). Une dispute sur la prééminence du rang s'étant élevée parmi les apôtres, un enfant fut placé au milieu d'eux, et plusieurs discours furent prononcés. Dans Matthieu, rien de plus naturel, l'enfant ayant été ainsi placé, que le conseil donné aux apôtres de devenir enfants de nouveau et d'être humbles comme cet enfant (v. 3 et h)- Mais on ne voit pas aussi bien comment s'y rattache la [)ronosition suivante, où Jésus dit que quiconque reçoit un enfant tel que celui-ci en son nom, le reçoit lui-même; car l'enfant avait été j)iacé pour montrer aux disciples ce qu'ils devaient imiter en lui, et non com-
(1) Je vois par ï Addition aux Bei- n° 88) a soupçonné ici la fn.'.ion de deux trœge de Sclineckenburger qu'un criti- paraboles origiaaireioeut différcutes. que (dans Tlieol. Literaturblatt , 1831,
ment ils devaient agir envers lui; et c'est déjà une difficulté que de concevoir comment Jésus put perdre soudainement son idée de vue. Cette incohérence est bien plus marquée dans Marc et Luc; car, aussitôt après que l'enfant est placé, ils amènent la proposition : quiconque reçoit tm enfant tel que celui-ci, etc. De sorte que Jésus, même pendant qu'il plaçait l'enfant, aurait oublié pourquoi il le plaçait, c'est-à-dire qu'il le plaçait pour le représenter à ses ambitieux apôtres comme digne d'imitation, mais non comme ayant besoin d'être recueilli (1). Jésus avait coutume de dire de ses disciples, que celui qui les accueille l'accueille luimême, et en lui celui qui l'a envoyé (Matlh., 10, /lO seq.; Luc, 10, 16; Joh., 13, 20). Des enfants, il disait seulement que celui qui ne reçoit pas comme un enfant le royaume céleste n'y arrivera pas (Marc, 10, 15; Luc, 18, 17). Cette dernière proposition conviendrait ici parfaitement, et l'on pourrait presque hasarder la conjecture que la phrase primitive était : celui qui ne reçoit pas comme un enfant le royaume des deux , ô; èàv y-r, Siir-y.i t^ 'py.GCkiiy.-^ Twv o'joavcôv w; -ai^iov, et qu'elle a été confondue avec la phrase analogue : celui qui recevra cet enfant en mon nom, o; èàv <ii\r^-y.\ Tcau^iov toioOtov £v l~\ Toi ovoaaTi p.ou.
Après le dernier mot de Jésus et comme dans l'enchaînement le plus immédiat, puisque la phrase reprend par répondant^ âTro/.ciÔeî; , on trouve, dans Marc (9, 38 seq.) et Luc (9, /|-9 seq,), un renseignement que Jean est censé donner à Jésus, à savoir, que les disciples ont défendu à un homme qui chassait les démons au nom de Jésus, de le faire sans se réunir à eux. Schleiermacher entend la connexion ainsi qu'il suit : Jésus venant de recommander d'accueillir les enfants en son nom, i-l tû ovoay-i fv.ou, Jean lui avoue que jusqu'alors ils avaient peu tenu pour essentiel que quelqu'un fît quelque chose en son nom (de Jésus), à tel point
(1) Compare/ De ^^ elle, 1 . 1 , S. 152.
SIXIÈME CHAPITRE. § LXXVIil. 057
qu'ils avaieiil (Jéfendu d'agir en son nom à un homme qui ne s'était pas joint à eux (1). Pour admettre cette explication, il faut que Jean, saisissant les mots en mon nom, i-l -co ovoaaTi p.oij, dont rien ne faisait ressortir la signification dans le discours, et dont la vue de l'enfant mis au milieu des disciples détournait encore particulièrement l'attention, en ait dans l'instant tiré une conclusion générale et se soit dit : Ainsi, agir au nom de Jésus est, dans toute chose, le point essentiel. 11 faut encore que, rédéchissant avec non moins de promptitude sur une circonstance tout à fait éloignée, il ait ajouté : La défense que nous avons faite à cet exorciste est en contradiction avec celte règle. Tout cela suppose l'habileté de Schleiermacher à combiner des idées, mais non une faiblesse telle que celle qui était alors propre aux apôtres. Cependant il est certain que Schleiermacher a mis le doigt sur la vérité, quand il a reconnu, dans l'expression en monnom, la liaison entre le discours précédent de Jésus et cette réponse de Jean; mais celte liaison est non interne et primitive, mais externe et secondaire. En effet, fixer leur attention sur ces paroles de Jésus ; en mon nom, et les rattacher, sur-le-champ et par un travail intérieur de leur pensée, à la défense qu'ils avaient faite à l'esorcisle, c'étaient pour les apôtres deux idées trop éloignées pour qu'ils les rapprochassent; au contraire, c'étaient, d'après les observations que nous avons faites jusqu'à présent, deux idées très voisines pour le rédacteur du troisième évangile, qui écrivait d'après des réminiscences de la tradition évangéiiste, et à qui le second paraît ici avoir emprunté son récit. Le mot saillant : en mon nom, dans le discours de Jésus qu'il venait de rapporter, lui remit en mémoire une anecdote où ce même mot jouait un rôle, et celte liaison extérieure lui suffit pour réunir sans hésitation les dt'uv choses ('2).
f4) Hclier il,-n f,ul,,fi , S. iM f. '"2) Comp. Hc Wclte, ■iiir rc pass. Je l,uc.
Matthieu (v. G seq.) joint à la recommandation do recueillir de tels enfants l'avertissement de ne pas scandaliser un de ces petits, (Txav^aXi^eiv é'va tûv jji,i/.pcov toutwv; les enfants sont évidemment ici ce que les disciples de Jésus sont dans le chapitre 10, v. /t!2 (1). INIarc, malgré l'interruption décrite plus haut, continue (v. ii2) de la même façon que Matthieu, sans doute parce que, quittant Luc, qui s'interrompt ici et met beaucoup plus bas (17, 1 seq.), sans liaison aucune, les discours des scandales^ il a passé à Matthieu (2). Plus loin, nous trouvons, dans Matthieu (v. 8 seq.) et dans Marc (v. /i3 seq.), un passage qui seul aurait sufli pour ouvrir les yeux des commentateurs sur lu manière suivant laquelle les synoptiques rangent les propositions de Jésus. A l'avertissement de Jésus de ne pas 5ran- (/a//ser les petits, et à la malédiction sur celui par qui le scandale arrive, to <r/.av'^aAov âV/aTai, il rattache les apophihegmes où il est dit de ne pas scandaliser la main, l'œil, etc. Jésus ne pouvait pas procéder ainsi; car l'apophthegme : Ne séduisez pas les petits, et l'apophlliegme : Ne vous laissez pas séduire par votre sensualité, n'ont rien de commun que le mot séduire. De la sorte, nous avons dans la main la clef de ces liaisons (o). Le mot frappant scandaliser, Gx.av- ^a'XiCeiv, rappela au rédacteur du premier évangile tout ce qu'il savait de discours de Jésus à ce relatifs; et, bien qu'il eût déjà reproduit en un meilleur enchaînement, dans le discours de la montagne, les sentences sur la séduction par les membres, cependant il ne put pas résister à la tentation de les consigner ici aussi, guidé seulement par le mot scandaliser, ct.x^^xkCU^^ ; néanmoins il reprend (v. 10) la liaison avec ce qui avait été dit (v. 6 et v. 1 j, et il ajoute un nouveau discours concernant \cs petits. Puis, d'après Matthieu,
(1) Voyez Frlt/.srlic et De Wetle, '.Tir (3) Comparez De "Wetfe , sur ce pasce passage, sage de Matthieu.
(2) Saunier, Uelier die Quellen des Maihis, s. m.
SIXIÈME CHAPITRE. § LXXVIir, 659
Jésus confirme la valeur des petits, en disant que le fils de l'homme est venu pour chercher ce qui est perdu, et en proposant la parabole de la brebis égarée (v. lï-ili). Sans doute on ne saurait contester que Jésus n'ait pu justement rattacher les petits h ce qui a été perdu; cependant cet apophthegme paraît être mieux placé dans Luc (19, 10), lors de la vocation de Zacchée; et la parabole est aussi mieux placée, dans Luc (15, 3 seq.), comme réponse au blâme que les pharisiens jetaient sur son amitié avec les péagers. Matthieu n'aura mis ici l'un et l'autre que parce que les discours de Jésus sur les petits lui auront rappelé les discours sur ceux qui sont perdus, double preuve de sa douceur et de son humilité.
Entre la morale de la jîarabole désignée (v. Id) et les règles suivantes pour la conduite des chrétiens lorsqu'ils sont offensés par d'autres (v. 15 seq.) se trouve de nouveau une liaison qui est purement verbale, et qui est le résultat des mots périsse, à.-û.r-y.i, et tu as gagné, iyJc- ^•/ica; ; car la proposition, que Dieu ne veut pas qu'un seul de ces petits périsse, put rappeler l'autre proposition, à savoir, que l'on doit chercher à gagner ses frères par la facilité à se réconcilier. Comme il est dit (v. 17) d'amener en certains cas l'offenseur devant Véglisc, iy,ySkr,aiy., ce passage est ordinairement cité parmi les preuves qui font voir que Jésus a voulu fonder une église; mais, Jésus parlant ici de V église comme d'une institution déjà existante, il fiiudrait ou y voir la synagogue juive, supposition en faveur de laquelle l'analogie de ces prescriptions avec les préceptes juifs paraîtrait parler; ou si, d'après la signification du mot et l'enchaînement, l'église doit être entendue de la société chrétienne qui n'existait pas alors, on trouve ici, dans l'expression au moins, une anticipation sur un état de choses postérieur (1). Le rédacteur songeait certainement à la
(1) Voyez De Wette, Exe{;. ITamU,., 1 , 1 , S. 155.
660 DEUXIÈMIi: SECTION.
nouvelle société qui allait se former, puisqu'il rapporte immédiatement le discours où Jésus accorde à tous les disciples le plein pouvoir, donné précédemment à Pierre, délier et de délier, c'est-à-dire d'établir une nouvelle constitution religieuse, d'après le plan du IMessie- à quoi se rattachent, par conséquent, les déclarations sur la prière unanime qui est exaucée et sur la présence de Jésus parmi deux ou trois qui sont rassemblés en son nom (1).
Le discours que nous rencontrons immédiatement après (Matth., 19, 3-12; Marc, 10, 2-12;, bien que placé par les évangélistes pendant le dernier voyage de Jésus à la fête de Pâques, est cependant de môme nature que ces discussions qu'ils jîlacent en très grande partie pendant le dernier séjour de Jésus à Jérusalem. Des pharisiens lui proposent la question, très agitée alors dans les écoles juives, de savoir si l'on peut se séparer de sa femme légitime pour toute cause arbitraire (2). Afin de ne pas mettre Jésus en contradiction avec la pratique moderne, on prétend qu'il a désapprouvé \i\ seule espèce de divorce qu'il connaissait, et qui consistait dans le renvoi arbitraire de la femme, mais non le divorce légal tel qu'il est établi maintenant (3). Cependant il faut avouer que Jésus a rejeté, d'une manière générale, tout ce qu'il connaissait en fait de divorces ; par conséquent, on peut encore se demander si la nouvelle manière de dissoudre le mariage le déterminerait à limiter cette réprobation générale. La proposition suivante, qui est une réponse à une question des disciples (/i), porte qu'on peut se soumettre au célibat pour obtenir le royaume céleste (v. 11 seq.); Jésus lui-même ajoute que ses paroles sont comprises, non par tous, mais par ceux à qui il est donné de les comprendre.
(1) Voyez des cUoses analogues prises (3) Par exemple Paiilus , L. J., 1, aux e.rits juifs daas Wetsteia , Liglit- b, S. iG.
foot, Sclicettgen, sur ce passage. (i) Voyez des doutes possibles sur la
(2) Bemidhur ti. ad yum,, 5,30, véritable positiou de ce discours de Jésus, (Un, VV,-?tstem, p. 30 j. dans Neander. L. J. Clir , S. 525, Anw.
SIXIÈMK CHAPITRE. § LXXVIII. G61
oïç SerîoTai. Afin de ne faire dire à Jésus rien de contradictoire aux idées actuelles, on s'est hâté d'ajouter à sa pensée que ce ne fut que par considération des circonstances qui allaient survenir , ou pour que ses apôtres ne fussent pas embarrassés dans leur ministère apostolique, que Jésus leur vanta le célibat, autant du moins qu'ils pourraient s'y astreindre (1). Or , le fait est que, dans le contexte, celte explication a encore moins d'appui que dans le passage analogue de la première Lettre aux Corinthiens (7,25 seq.) (2). C'est encore là un de ces passages où des motifs ascétiques, tels qu'ils prévalaient alors, chez les Esséniens particulièrement (3), se font voir même dans Jésus, d'après la relation des synoptiques.
Les discours polémiques qui, après l'entrée de Jésus à Jérusalem, sont rapportés par Matthieu en concordance presque complète avec les deux autres synoptiques (21, 23 — 27 ; 22, 15 — /l6) (4) sont des morceaux particulièrement authentiques, car ils sont tout à fait dans l'esprit et dans le ton de la dialectique des rabbins d'alors. Le troisième et le cinquième sont surtout remarquables parce qu'ils montrent Jésus en qualité d'interprète de l'Écriture. Dans le premier cas, Jésus, arguant de ce que Moïse appelle Dieu le dieu d' Abraham , d'Isaac et de Jacob, Oeo; Àêpaàjy, -/.al laoioix YM iaxwê, et rappelant que Dieu est, non le Dieu des morts i 6£o; v£>cûcov, mais le Dieu des vivants, "Ccovtwv , cherche à prouver contre les saducéens que les morts ressuscitent, o-i sysipovTai v£/.poi (Matth., 22, 31 — 33 et passages parallèles). Paulus accorde que Jésus argumente ici
(1) l'aiiliis, ihid,, S. 50; et Ejceg: yan-naoïq rot. ro^ xojpou , molif tjui <lc- Tlandh., 2, S. 599. vrait être valable eu faveur du célLl>at
(2) Uaus ce passaj^e , le célibaf. est dans toutes les circonstaDCcs , et qui d'abord recommandé, a cause de la permet de pénétrer dans le fond ascénécessité présente , §\k t/jv £V£aTwt7av tique des opinions de Paul. Comparez àviyxriv ; mais l'apôtre n'eu reste pas la, Mack, Comin. iiber die P astovalbriefc , et il ajoute (v. 32 seq.J : Le céUhalaiiv S. 309.
songe aux affaires duSeigneur... Flininme (3) Voyez Gfrœrer, Philo, 2, S. 310 f.
mané songe aux affaires du monde, ô (4) Hase eu donne une explicatiou
dtyofioç fiiptfiivà Ta toO Kupi'ov... ô St substantielle, L. J.,§129.
sublilement, tout en jjrétendant que les jDrémisses renferment réellement la conclusion. Mais l'expression Dm3K"'nSK, le dieu d'Abraham, etc., expression devenue une formule, ne contient rien autre chose, si ce n'est que Jéhovali, ajant été le dieu protecteur de ces hommes, sera à jamais le protecteur de leurs descendants. Il n'est pas question ailleurs, dans le Pentateuque , d'un rapport individuel , persistant après la mort, entre Jéhovah et ces personnages; et cette expression ne pouvait recevoir une telle explication que par l'interprétation rabbinique, dans un temps oii l'on voulait trouver, à tout prix, dans la loi, l'idée de l'imm.ortalité, idée qui avait surgi dans l'intervalle, c'est-à-dire la trouver là où elle n'était pas. Le rapport de Dieu avec Abraham, Isaac et Jacob, se rencontre aussi ailleurs, venant à l'appui de l'immortalité, dans les argumentations rabbiiiiques, qui, sans doute, n'ont pas été toutes modelées sur l'argumentation de Jésus (1). Si l'on examine les commentaires les plus modernes, on r.e voit nulle part un aveu sans détour sur le caractère de cette argumentation de Jésus. Olshausen s'émerveille sur la profonde vérité de cette argumentation, d'où il croit pouvoir tirer, en outre, par la voie la plus courte: 1° l'authenticité du Pentateuque, 2" sa divinité. Paulus voit , entre les lignes du texte , la force de la preuve j Fritzsche se tait. Pourquoi ces réticences? pourquoi laisser à l'auteur des Fragments de Wolfenbiittel le mérite d'avoir vu clair et parlé ouvertement en cette matière (2)? Quels vains spectres, quels êtres doubles fait-on d'un Moïse, d'un Jésus, si l'on suppose qu'ils ont parcouru la vie sans tenir, d'une manière vivante, aux opinions et aux faiblesses, comme aux joies et aux souffrances de leurs contemporains ; si l'on suppose que, séparés deleur époque etde leur peuple, ne se
(1) Voyez Gernara Hieros, Berac. {. (2) Voyez sod quatrième Fragment ,
5, 4, dans Ligbtfoot, ji. /i23, et R. Ma- dans : Lessing's 4'er Beitrseg , S. i34 ff. nasse Ben Isr, , dans ScLœttgen, 1, p. 180.
mettant à leur niveau qu'extérieurement et par accommodement, ils ont vécu intérieurement et par le fait de leur nature même parmi les rangs les plus avancés de l'époque moderne et de ses connaissances ? Certes , ces hommes ont un rôle plus digne, et même ils ne peuvent inspirer la sympathie et le respect, que si, luttant d'une manière véritablement humaine avec les bornes et les préjugés de leur temps, ils y ont succombé sur cent objets accessoires , excepté le seul point où chacun d'eux était destiné à faire faire un pas à l'histoire de l'humanité.
Une question de controverse sur le Messie est proposée par Jésus aux pharisiens : il s'agit de savoir jusqu'à quel Itoiiit le Messie peut être à la fois le maître de David et son (ils (v, /il — /i6\ Paulus soutient que c'est là un modèle d'explication de l'Écriture conforme au texte (1). Une pareille assertion n'excite pas un préjugé favorable pour la conformité que ses propres explications ont avec le texte. Suivant lui , Jésus en demandant comment David , dans le 110" psaume, peul appeler son maître le Messie, qui, d'après l'opinion générale, était plutôt son hls, a voulu faire remarquer aux pharisiens que, justement dans ce psaume, ce n'est pas David qui parle , ce n'est pas du Messie qu'il est question, mais qu'un autre poêle parle de David comme de son maître, de sorte que ce psaume, dont l'allure est toute guerrière, n'est point messianique. Pourquoi, demande Paulus, Jésus n'aurait-il pas trouvé cette signification du psaume, puisque en soi elle est la véritable? Mais c'est d'abord la première erreur de tout ce genre d'exégèse, de penser que ce qui est vrai en soi, ou, à mieux dire, pour nous, a dû être vrai aussi jusque dans les plus petits détails pour Jésus lui-même et pour les apôtres. Comment peuton, puisque les anciens interprètes juifs ont, pour la plupart entendu du Messie ce psaume (2), puisque les apôtres s'en
(1) L. J., 1, b, S. 115 i. (2) Voyez VVetslciu sur ce passage ;
66/i DEUXIÈME SECTION.
sont servis comme prédiction du Christ (Art. Ap. 2,r)iseq.; 1 Cor. ^5, 25), puisque Jésus lui-même, ajoutant, d'après Matthieu et Marc, en esprit, sv Trvs'jy.aTi, aux mots David rappelle maître ^ Aaêl^ xalsr aÙTov Kupiov, donne évidemment son approbation à l'opinion qui suppose que David porte ici la parole et p;irle du Messie; comment, disonsnous, peut-on trouver croyable que Jésus ait été d'une opinion opposée? Ainsi, d'une part, il est certain, ce que Olsliuusen développe fort bien, que Jésus a attaché un sens messianique au psaume; d'autre part, il est également certain, en quoi Paulus a raison, que le psaume se rapporte originairement, non au Messie, mais à un souverain juif, David ou tout autre ; en conséquence, nous voyons ici, mis dans la bouche de Jésus , un modèle d'une explication de l'Ecriture qui est conforme, non pas au texte, mais au temps, ce qui , d'après ce que nous avons remarqué plus haut, ne peut pas nous surprendre. J^a clef de l'énigme que Jésus propose ici aux pharisiens était pour lui, sans aucun doute, dans la do(;trine de la nature supérieure du Messie, soit qu'il conçut que celui qui devait se nommer à cause de cela le maître de David, pouvait en même temps s'appeler son lils à cause de sa nature humaine, soit qu'il voulût mettre de côté comme erronée l'opinion qui Hiisait le ÎNIessie fils de David, et par conséquent l'idée politique qui s'attachait à cette opinion du Messie (1). Mais à l'égard des pharisiens, le résultat, et peut-être aussi le dessein de Jésus, ne fut (juc de leur montrer qu'il était en état de retourner contre eux les diflicultés qu'ils lui avaient proposées, et de les embarrasser par des questions captieuses, et avec plus de succès qu'ils ne l'avaient fait contre lui : aussi les évangélistes placent-ils ce morceau à la fin des discussions rapportées
Henpslrnberi», C/iristol., i,a, S. liOf.; (1) Comparez De Wette, sur ce pas-
Panliis lui-niétne , Excg. Ilandb,, 3, a, ^^ge, S. 283 f.
SIXIÈME CHAPITRE. % LXXVIIl. 665
par eux ; et Matthieu ajoute la formule : J dater de ce jour, personne n'osa plus l'interroger, oO^è irôlirr^né tiç à-' iy.i'.rr,ç tt,? rt[J.é^aç £7:£GWT-?;Gai aÙTOv où/.STt , formule qui convient mieux ici qu'après la réponse aux saducéens , où Luc la met (20, ÛO) , ou après la discussion sur le plus grand commandement, où Marc l'intercale (12, 3/i).
Immédiatement avant ce problème proposé par Jésus aux pharisiens, les deux premiers évangélistes racontent une discussion de Jésus avec un Jiomme de loi, voaixo;, ou un scribe, y^y.^.u.y-zb;, sur le commandement principal (Matth., "22, ?)li seq. ; Marc, 12, 28 seq.). Matthieu rattache cette discussion à relie avec les saducéens, comme si les pharisiens avaient voulu, par leur question sur le commandement suprême, venger la défaite des saducéens. Or, on sait que ces deux sectes étaient loin d'être amies; et, d'après les Actes des Apôtres (23, 7), l'une était disposée à se mettre du côté de tout ennemi qui savait se présenter comme adversaire de l'autre. Il faudra donc admettre ici la remarque de Schneckenburger (1), qui dit qu'il n'est pas rare de voir Matthieu (3,7; 16, 1) mettre les pharisiens et les saducéens à côté les uns des autres, non pas tels qu'ils furent réellement, c'est-à-dire séparés par leur hostilité, mais tels qu'ils se présentaient dans le souvenir de la tradition, où les choses opposées s'appellent l'une l'autre. Matthieu sait rattacher, d'une manière plus supportable, cette conversation à la précédente, bien que ce paraisse être l'erreur des synoptiques de croire que ces discussions, groupées ensemble dans la tradition à cause de leur analogie, se soient suivies réellement, et qu'un discours ait été l'occasion d'un autre discours. D.ins la teneur de ces discussions polémi- (jucs, Luc n'a pas la question sur le commandement suprême, mais il a rapporté, antérieurement dans le récit des voyages (10, 25 seq.), une narration analogue. L'opinion ordinaire
(1) Uehcr dm Ursprung u, s. /. , S, i5, !\1 .
est que les deux premiers évaiigélistes relatent une seule et même aventure, et que le troisième en relate une différente (1). Il est vrai que le récit de Luc se distingue de celui des deux autres en plusieurs points, qui ne sont pas sans importance. La première différence est relative au temps, comme nous venons de le dire, et sans doute elle est aussi celle qui ti le plus décidé les interprètes à séparer le récit de Luc de celui des deux autres. La seconde différence est dans la demande, qui porte, d'après Luc, sur une règle de conduite propre à faire gagner la vie étemelle, 'Coso aùovio;, d'après les autres sur le commandement suprême. La troisième différence concerne le sujet qui prononce les commandements les plus importants : dans les deux premiers synoptiques, c'est Jésus; dans le troisième, c'est le docteur de la loi. Enlin la dernière difTérence est relative à la terminaison de l'aventure : V homme de loi,^w:/M, voulant étaler sa justice, fait, dans Luc, une seconde question à la(juelle est rattachée la |)arabole du Samaritain miséricordieux, tandis que, dans les deux autres, il se dit satisfait et ne demande rien de plus. Cependant, d'un autre côté, des différences considérables se montrent, même entre le récit de Matthieu et celui de Marc. La plus importante est dans le caractère de celui qui pose la question : chez Matthieu, il la pose pour tenter, ttsioxCcov; chez IMarc, avec de bonnes intentions, et parce qu'il savait que Jésus avait bien répondu, y.y.loj: (y-i-/.z'M, aux saducéens. Paulus, il est vrai, bien qu'ailleurs (Luc, 10, 25) il prenne celui qui tente, iy.-iizyXio^f , pour un faiseur d'épreuves mal intentionné, déclare qu'ici, dans Matthieu, le tentateur, TTî-.cà'Ccov, ne peut être pris que dans un bon sens. Mais ce sens n'a aucun appui dans Matthieu, et n'en a que dans Marc et dans la supposition non justifiée que les deux rédacteurs n'ont pas pu être d'avis différent sur le caractère et l'intention du doc-
(1) C'est ce quç disent Paalus et Olsliguseu sur ce passage.
SIXIÈME CIIAI'ITRE. § LXXVlll. 667
leur qui interroge. Fritzsche a lait remarquer avec raison comment, ici, une conciliation de Matthieu avec Marc est impossible, soit à cause de la signification du mot tenlant, TC£tpaC(ov, soit à cause du contexte, qui ne permet pas qu'une série de questions malveillantes faites par les adversaires de Jésus soit interrompue par une question bienveillante sans que l'écrivain en donne avis. A cette dilférencc capitale s'en joint une autre : tandis que, dans Matthieu, le docteur de l'Écriture se tait, probablement par confusion, après que Jésus lui a nommé les deux commandements, silence qui n'est pas un signe d'une position amicale vis-à-vis Jésus j dans Marc, au contraire, non seulement il approuve Jésus par ces mots : Maître^ tu as dit lavérité^ y.yXbK, ^i^ac/.aT^s, è-' «XviOs'^aç siTvaç, mais encore il développe le dire de Jésus; sur quoi, Jésus, remarquant qiiil a répondu avec jugement, o-i vo'jvs/ôi; aTTExpiO-/;, le désigne comme un homme qui n'est pas loin du royaume de Dieu. II faut encore ajouter que, tandis que, dans Matthieu, Jésus ne parle que du commandement de l'amour, il remonte, dans Marc, jusqu'à la phrase : Ecoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est un seul Seigneur, a/.oue , iTpa-ziX, Ivjpio; 6 0coç v^p.ûv Kupioç eiç ècjTi. Si doncj à cause des différences entre le récit de Luc et celui des deux autres, on croit devoir les distinguer, il faut aussi, en raison de différences qui ne sont pas moindres, séparer Marc de Matthieu, et admettre que trois événements différents forment le fond des trois récits. Mais supposer trois événements aussi semblables dans leur essence est tellement difficile, que l'on se trouve ramené de nouveau à des essais de réduction; et ce qui paraît se présenter d'abord, c'est ridentificalion des deux récits de Matthieu et de Marc. Cependant les points de contact ne manquent pas ofltre IMatlhieu et Luc, puisque, dans les deux, VUmimedc loi, vop.i/.oç, joue le rôle de tentateur, rsipa'C^jv, et qu'il se retire mal disposé par les réponses de Jésus; ils ne raan-
quoiit pas, non plus, entre Luc et Marc, puisque, chez tous deux, l'indication des commandements les plus importants est suivie d'une discussion explicative, et que, dans le dialogue de Jésus avec le docteur de l'Écriture, sont intercalées des formules d'approbation telles que : Tu as bien répondu, o-M); aTTc/.ptOr,:; tu as dit la vérité, y.y.'jM: £-' ylrr hticc; v-oLç. Il est donc évident que réunir deux seulement de ces récits est une demi-mesure, et qu'il faut ou les séparer tous trois, ou, si cela n'est pas possible, les réunir tous trois. Nous voyons de nouveau avec quelle liberté la légende chrétienne primitive avait coutume de modifier un thème unique; ce thème était ici, que Jésus avait signalé, comme les deux plus imj)ortants commandements de la loi mosaïque, l'amour de Dieu et celui du prochain (i).
iSous venons maintenant au grand discours contre les pharisiens, que Matthieu Tch. 23) place comme l'engage mont principal après le prélude des discussions. Dans cet endroit aussi, Marc (12, 38 seq.) et Luc (20, /t5 seq.) ont un discours de Jésus contre les scribes, :'oy.u.ii.y-zXç, mais de quelques versets seulement. Il se peut bien, comme la critique la plus moderne en convient (2), que Jésus ait trouvé dans les circonstances d'alors un motif de se prononcer avec plus de développement contre ces hommes; et, sans doute, de telles explications incisives ont précédé la catastrophe. Ainsi, on ne doit pas du moins mesurer le récit de Matthieu d'après ce que les deux autres synoptiques rapportent (3), d'autant plus que le discours que reproduit le premier évangélisle est en soi très bien lié. A la vérité, on trouve de nouveau dans Luc, dispersés en différents lieux et en diiïérentes circonstances, plusieurs morceaux de ce qui est réuni dans Matthieu ; et il s'ensuivrait que cette fois
(1) Corii|). De VV'etlc , Exeg. Handb., (2) Sieffert , Ueber den Ursprung des
1, 1, S. 186. ersten Ev., S. 117 f.
(3) Comp. De Wette , 1 , 1 , S. 189.
aussi Matthieu a confondu le fond primitif de doctrine avec des éléments analogues pris à d'autres temps (1). Mais celle conclusion ne serait autorisée qu'autant (jue la j)Iace qu'occupent ces fragments de discours dans Luc serait la véritable ; c'est ce qu'il faut examiner immédiatement. Outre les deux versets que Luc rapporte au même endroit que Matthieu, et qui appartiennent au discours contre les pharisiens, il a placé ce qu'il a de commun avec ce discours dans deux repas donnés par les pharisiens à Jésus, politesse dont il est le seul qui fasse mention (11, 37 seq.; 1/t, 1 seq.). Parmi les commentateurs actuels, il n'y a presque qu'une voix pour admirer avec combien de naturel et de fidélité Luc nous a conservé les occasions où ces discours furent primitivement prononcés (2). Le fait est que, dans le second des repas, il est assez naturel que Jésus, témoin des efforts que faisaient les invités pour avoir les premières places, en prenne occasion pour avertir de ne pas siéger au haut bout , quand ce ne serait que par des motifs de prudence ; ce qui se trouve chez Matthieu et chez Marc dans le discours contre les pharisiens, et même cela est répété chez Luc lui-même sans occasion particulière et plus brièvement dans le même discours. 11 en est autrement des discours que Luc rapporte au premier repas des pharisiens. Ici, non seulement Jésus parle de prime abord de la rapacité, aGrayr,, de la malice, -Trov/ipia, avec lesquelles les pharisiens remplissent leurs assiettes, et il leur inflige le titre iV insensés, a'^pove;; mais encore il éclate, sur eux et sur les docteurs de la loi, en malédictions, oùal, qui se succèdent, et il les menace d'un châtiment pour tout le sang qu'eux et leurs semblables ont jamais versé. Quoiqu'on ne doive pas attendre une urbanité attique d'un docteur juif, cependant de tels discours prononcés à table
(1) C'est ce que dit Scliulz . Ueber S. 182, 196 f.; ()l.sliaii?.cii , sur ce pasdas Abentlmahl , S. 313 f.; Scliucrkeu- saf^e, et les antciiri lilcs ihiri-. la rciiiarbiirger, LJeberdeii irsprung^ S. 35. que jjréi'éileiile.
(2) Seiileierniaclicr, l eber deit l,iiUa<;,
et contre des convives, durent, jugés même à la mesure orientale, paraître la plus grossière violation du droit de l'hospitalité. Schleiermaclier a eu assez de finesse pour le sentir : aussi suppose-t-il que le repas se passa paisiblement; et, d'après lui, te ne fut que quand, le repas étant fini, Jésus fut de nouveau dehors, que l'hôte exprima son étonnement de voir Jésus et ses disciples omettre l'ablution, et que Jésus répondit avec tant de vivacité (1). Mais supposer que l'écrivain n'a pas eu l'intention de décrire le repas et ce qui s'y est passé, et qu'il n'en a fait mention qu'à cause de l'enchaînement, c'est une hypothèse violente ; et quand on lit; il (Jésus), alla et se mit à table ; le pharisien^ voyant quil ne s'était pas lavé d'abord^ s'en étonna.... et le Seigneur lui dit, sig£}>0(ov âà àvérreTev' ôSï <I>apt(7aîo; i^wv £Oaui;,aGsv, o-i où —côtov èêaTrricÔr, . . . . sitcs Sï 6 Ruptoç 7:pô; ajTov, il est absolument impossible d'intercaler entre ces propositions le temps du repas. Dans l'intention du narrateur, il s'étonna, i^oLÛ^.mm^i , se rattache aussi immédiatement à il se mit à table, àvé-s^sv, que il dit, el-Trev, à il s'étonna. Or, cela ne peut pas avoir été, si l'on ne veut pas que Jésus ait blessé de la manière la plus grossière toutes les convenances; il faut donc cesser de vanter la place qu'occupe ce discours chez Luc, et il nous reste à chercher comment il a pu venir a lui donner une position aussi peu convenable. Nous nous en rendrons compte en examinant par comparaison comment les deux autres synoptiques, rapportent le scandale que causa aux pharisiens l'omission de l'ablution de la part de Jésus et de son école ; à quoi ils rattachent d'autres discours que Luc, lesquels ont été examinés plus haut. Dans Matthieu (15, 1 seq.), les scribes, y^v.yjj.cczzï(;, et les pharisiens, a^aoïGaîoi, viennent de Jérusalem demander à Jésus pourquoi ses disciples n'observent pas la coutume de se laver avant de se mettre à table ; ce qu'ils ont
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appris, on peut le supposer, par ouï-dire. Dans Marc (7, 1 seq.), ils voient eux-mêmes (i^ovtsç) quelques uns des disciples de Jésus manger sans se laver les mains, et ils leur en font l'observation. Enfin, dans Luc, Jésus luimême dîne, comme il a été dit, chez un pharisien, et cette occasion montre qu'il omet l'ablution. C'est évidemment une échelle : ouï-dire, voir, partager le repas. Piesle seulement à demander dans quels sens la gradation s'est formée. Est-ce en descendant de Luc à Matthieu, ou en montant de Matthieu à Luc? Au point de vue de la plus récente critique touchant le premier évangile, on ne manquera pas de soutenir la première hypothèse, à savoir, que le renseignement sur la scène primitive qui était le repas, s'est perdu dans la tradition, et par conséquent ne se trouve pas dans Mattliieu. Mais, outre qu'il n'est pas croyable que les discours en question aient été tenus à table, ce n'est nullement la façon de la légende de laisser perdre une particularité aussi dramatique qu'un repas, quand une fois elle en a la possession; loin de là, elle inventera un trait pareil s'il lui fait défaut. De même que la tendance générale de la légende est de transformer les abstractions en réalités, de même elle transforme le médiat en immédiat, les ouï-dire en vues, le spectateur en acteur; et, comme le scandale que les pharisiens prenaient de Jésus se rapportait , entre autres, à des usages de table, rien n'était plus naturel à la légende que de représenter le lieu et l'occasion où ce scandale s'était manifesté, et, à cet effet, de supposer des invitations adressées par les pharisiens à Jésus, invitations dont il est singulier que Luc parle seul, et que les deux autres synoptiques ne disent absolument rien. Cela rend suspect aussi l'autre repas pharisien ; et nous trouvons ici de nouveau Luc se complaisant à créer où à recueillir des cadres qui lui paraissent convenir aux discours de Jésus venus par la lraditi.on ; procédé bien plus éloigné de la vérité historique
que celui de Matthieu, (jui , sans rien ajouter de son cru, tend à rapprocher des discours prononcés en diiïérents temps. L'échelle dont il s'agit ici doit, en raison du rapport que les synoptiques ont ordinairement entre eux, être conçue de la manière suivante : Marc, qui , évidemment, a eu, dans ce récit, Matthieu sous les yeux , y a introduit l'expressiofi dramatique ayant vu, i^ovteç; tandis que Luc, indépendant de l'un et de l'autre, a ajouté un repas, ^sîttvov, soit qu'il l'ait reçu d'une tradition plus développée, soit que son imagination plus activerait inventé. Outie cctle |)!ace non historique , les propositions mêmes paraissent être défigurées en partie dans Luc (11, 39 — /il, /t9); et la phrase intercurrente de Vhomme de loi, voy-ix/j; : Maître, en disant cela tu nous offenses aussi, (^iSy.ny.yj.e , TaÙTa Asycov y.ctl r.u.i; 'jèoCC,ziç (11, 45), ressemble trop à une transition faite exprès pour passer des discours contre les pharisiens aux discours contre les docteurs de l'Ecriture (1).
Le verset 35 de ce discours a été en particulier l'objet de longues discussions. Jésus y adresse à ses contemporains la menace que tout le sang innocent versé depuis Abel jusqu'à Zacharie, fils de Barachia, tué dans le sanctuaire, retombera sur leurs tètes. Le Zacharie duquel une fin piireiiie est racontée (2 Paralip., 2/i, 20 seq.) était fils, non de Barachia, mais de Joaïadaj le Zacharie qui eut une mort semblable dans la guerre des Juifs contre les Romains était lils de Baruch (2) ; on a trouvé singulier que, si ce verset se rapportait au Zacharie, fils de Joaïada, Jésus eût signalé comme le dernier un meurtre commis 850 ans av. J.-C. En raison de ces trois circonstances, on a cru voir, dans le verset 35, d'abord une prophétie, puis une confusion du meurtre de l'ancien Zacharie avec le Zacharie plus récent, et l'on s'est servi de ce dernier argument poLjr démontrer,
l'l^ Comparez Tic Wette . Exeget. (2) Joseiili., fl. y'., i, 5, 4.
Hundh., 1, 1, S. 489, 1, 2, S. 07, 76.
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concurremment avec d'autres raisonnements, la rédaction postérieure du premier évangile (1). Cependant il se peut aussi bien que le Zacharie, fils de Joaiada, égorgé d'après les Paralipomènes, ait été confondu avec le prophète de même nom, qui était un fils de Barachia (2) (Zach., 1, 1. LXX ; Baruch, dans Josèphe, n'est jtas même le même nom que Barachia) j méprise d'autant plus admissible, qu'un exemple s'en trouve dans un Targum, qui dit que le Zacharie égorgé était fils d'Addo, par une confusion évidente avec le Zacharie, prophète, qui était un petit-fils d'iVddo (3). Le meurtre d'un prophète, rapporté par Jérémie (26, 23), est sans doute postérieur au meurtre de Zacharie; mais, dans l'ordre des livres canoniques, Jérémie vient bien avant les Paralipomènes. Or opposer au premier meurtre raconté dans le premier livre canonique un meurtre raconté dans le dernier livre du canon était tout à fait une manière de parler juive (/t).
Parmi les discours de Jésus que rapporte Matthieu, nous avons examiné et comparé avec les passages parallèles tous ceux qui, ou bien ne s'étaient pas présentés à nous précédemment, ou ne se présenteront pas plus loin, soit quand nous considérerons les événements particuliers du rôle public de Jésus, soit quand nous traiterons de la passion. Il semble donc que, pour être complets, nous devrions considérer aussi en elles-mêmes les compositions où les deux autres synoptiques donnent les discours de Jésus, et partir de ce poitit pour les comparer avec les passages parallèles de Matthieu. Mais nous avons déjà jeté un regard de comparaison sur les discours les plus remarquables dans Luc et
(1) Liihoin, Linleitung in <lasN. T., hardi's neiics kiil. Journal, 2,5. iOl
1, s. 510 lï.; Hut; , Einl in das X. T., fi'.; De Wette, sur ce passage.
2, s. lOff.; CrcciiUT, /^//i/., 1, S.207. (3) Targum Tlircn.. 2 , 20 , dans
(2) Voyez Tlieile , sur Zacharie , fils Wctstciii , p. iOl.
de Baracbia , àam H'iner's iinil Engel- (4) Comparez De Welle sur ce pas-
sage.
67/l DEUXIÈME SECTION.
(Jaiis Marc; nous avons passé en revue les paraboles qui sont particulières à ces deux évangélistes. Quant aux autres discours qu'ils ont de plus, ou nous les trouverons plus tard, ou les discussions dans lesquelles nous sommes entrés jusqu'à présent suffisent pour les faire apprécier j en conséquence, nous nous en tenons là.