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Les discours de Jésus dans l'évangile de Jean, 5 — 13.
Dans le cinquième chapitre de l'évangile de Jean, un discours assez long (v. 19 — kl) se rattache à une guérison opérée par Jésus un jour de sabbat. Tout d'abord, la manière dont Jésus (v. 17) se défend d'avoir fait quelque ciiosc un jour de sabbat est digne de remarque, parce qu'elle diffère de la manière de se défendre qui lui est attribuée dans les trois premiers évangiles. Ces derniers rapportent trois arguments : celui de David , qui mangea les pains de proposition, à quoi se rattache ce qui est dit aussi dans Jean (7, 2o) du travail des prêtres dans le Temple les jours de sabbat (Matth., 12, o et parallèles); puis vient l'argumer^t de l'animal domestique qui tombe dans le puits (Matth. , 12, 11 et parallèles) , ou qui est mené à Tubreuvoir (Luc, 13, 15); ce sont tous arguments de pratique populaire. Au contraire, suivant le quatrième évangile, Jésus tire des argu-
(1) De Welte, 1. c, S. 8 f.
SEPTIÈME CnAPlTRE. § LXXX. 087
menls de l'activité de Dieu jamais interrompue; et l'évangéliste, en lui faisant dire : le Père agit continueUement , (j TraTr.p â'w; apT'. icyaCcTai, rappelle ee principe métaphysique des Alexandrins : Dieu ne cesse jamais cVagir, ttoiôv d Osô; oùrhVjTs TTa'JsTa-, (1). Cependant on ne pourrait pas soutenir que de pareilles pensées n'eussent pas été aussi voisines du sentiment religieux de Jésus que de celui de i'évangéliste. Tandis que, dans les synoptiques, les guérisons opérées le jour du sabbat servent ordinairement, pour l'instruction du peuple, d'occasion à des explications plus étendues sur la nature et la destination de ce jour, le discours, chez Jean, se tourne, dans ces cas, vers ce qui constitue le thème essentiel de son évangile, c'est-à-dire la personne du Christ et son rapport avec le père; tournure dont la répétition fréquente a fait (jue les adversaires du quatrième évangile l'ont accusé, non sans apparence , d'une tendance uniquement théorique et toute dirigée vers la glorification de Jésus ; mais cette tendance peut aussi bien être le produit de l'omission de la plupart des discours pratiques que de l'amplification et de l'invention de discours théoriques. Il ne se trouve, dans la teneur du reste du discours, rien qui fasse difficulté, rien que Jésus n'eut pu dire lui-même, puisque l'évangéliste raj)porle, dans le meilleur enchaînement, des choses, telles que la résurrection des morts et le jugement, que, d'une part, les Juifs attendaient du Messie, etque, d'autre part, d'après Icssynoptiquesaussi, Jésus s'est attribuées. Mais la difficulté n'en est que plus grande au sujet de la forme et de l'expression que Jésus est supposé avoir données à tout cela; en effet, ce discours, surtout dans sa seconde moitié (à partir du verset 31), est tout rempli des analogies les plus exactes, soit avec la première Lettre de Jean, soit avec les passages de l'évangile dans lesquels
(1) l'iiilon, Oj'p. c<l. IVIaDf;., 1, hk, dans CVfrneier, 1 , S. 122.
688 DEUXIÈME SECTlOPf.
l'auteur ou Jean-Baptiste porte la parole (l;. Pour expliquer la première analogie, il faudrait admettre que l'évangéliste a complètement modelé sa manière de s'exprimer sur celle de Jésus j sans doute, cela est possible, et l'on ne peut le nier; mais une pareille imitation ne s'observe d'ordinaire que chez les esprits qui n'ont rien en propre, et certainement le quatrième évangélistc n'est pas un esprit de cette espèce. De plus, comme, chez les autres évangélistes, Jésus
(d) Joli. 5 , 20 : Car le père aime le fils et lui inoutre tout ce qu'il fait. O yào TZ'x-zrip ifùt~Toy vlov , xaî Ttavraocixvv- (jiv a'jT'î) x Oi'JTa- TtotEÎ.
2i : Qniconqiie écoute ma parole...
est déjà passé de la mort à la vie. (J tov /.o/sv fjov àxouuv... a£TaOior,)c£y tx Tov ôaya'rcv cl- Tr,v Çm-/Îï.
32 : Je sais que le témoignage qu'il me rend est véritable. Kat oTfîa ôrt à).yj- 6i^; laTiV Y) 'j.apTvp[3t, ■^y ftaoTuptr Ttipc
3i : Ce n'est pas que pour moi j'aie Lesoin du témoignage des hommes. 36:
J'ai un témoignage plus grand que celui de Jean. 37 : Et le père qui m'a envoyé a lui-même rendu témoignage de moi.
3i : E/ù Sï OJ Ttaoà àvGoûjTTOv» TY,y yotp- Tvoiav /atxÇayeo. 36 : E)(u oc zyb) .^3tp- TUpc'ay atî^(i> Tov luayvou. 37 : Kat o Trë'avlia; piE iTaTyip ajzc- ■j.cu.y.pZMryriY.t
TTtpi EUOV.
37 : Yous n'avez jamais entendu sa voix ni vu sa face. Ovt£ zr,v ^uv/iv av- Tov àxr;xôaT£ Tru-rroTt , cvte to {:qo; avToij tcopxxxTE.
38: Et même vous n'avez fait aucune attention à sa parole. Kai -ov /cvoy ai- Tov ovx e'xE'E uLEvoyTa iv vy.Tv.
ZiO : Cependant vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie. Kai ov 6t').£T£ s/OsTy irpo; p.:, c'ya Çcjr.y É';^;r,r£.
i2 : Il n'y a en vous aucun amour pour Dieu. 0~: ^V^ à-/XT:r,y tov 0eov o-jx Ij^îTS £y t:fJTo~;.
i4 : Comment poi;rriez-vous croire , vous qui n'aimez qu'a recevoir de la gloire les uns des autres, et qui ne faites nul cas de celle qui vient de Dieu seul? nôî; (îxîvasG: iij.t'z-ni'j-i-jc.v, Si^a.v -napx à"',À/)'/,(DV /ap.SavovTs; , xaî t/)v ié^av TYiv Trapà T5V fJtovov 0eov ev ÇnîTerre.
Joli. 3 , 3.5 (Jean-Baptiste) : Le jière aime le fils et lui a rais toutes choses entre les mains. O yàp Traryjp à/aTrS Toy vtVii /.où ■noiv'rix ottJuxEv £y Ty| ;<£ipî
«■JTOÎ.
1. Joh. .3, 14 î Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie.
Jij.t'ï;ciioy.j.£v^ oT! p£Ta'5£^7;xxu.£y £z TaZ OavaTov tî; Tr.y Ç<dv/.
Joli. 19, 35 : Son témoignage est véritable, et il sait qu'il dit la vérité. KoJ à.'/.ffiivn £<7Tiy a>TOj v) uapruoc'a, xàxfrvoç ciify, ô-c à/r,Gy; /.£/''• Comparez 21, 2i; 1. Joh. 3, 12.
1. Joli. 5, 9 : Si nous prenons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand , car c'est le témoignage de Dieu qui a parlé pour son fils. Et Tï-.y uapTvpeay ràiv àyôpuireiiy yauiÇâyo'Jfy, r, u.apTupîa toj ©tcv uEiÇoiv £3Tiy ■ oTi avrr, ciTiv -^ fxapr-jpta Toû 0£5Û , Y)/ ptfiap-ypyjxê tieoI tov vcîv
Joli. 1, 18 : Personne n'a jamais vu Dieu. Qioy ojoei; e<âpy.y.t ttcuttote. Comparez 1. Joli. Zi, 12.
1. Joh. 1, 10 : Et vous n'avez pas fait attention à sa parole. Xa! é /oyo; a'jrov ovx £ JTiy cy uuiêy.
1. Joh. 5 , 12 : Celui qui n'a pas le fils de Dieu n'a pas la vie. O p.-}; IVuy tÔv vi'oy Toî 0£;j Çojr.y ovx EyEi.
1. Joh. 2, 15 : L'amour du père n'est pas en lui. Ovx fjriy vi ày-xTir, ~oZ na- Tco; £y a-JTÔJ.
Joh. 11, i3 : Ils aimèrent mieux la gloire des hommes que la gloire de Dieu. HyaTt'/iTay yap Tr,v oo^ay rùy àyôoûjTreny pàÀÀoy , r,7r£p Tv)y oo^ay -oZQi'iv.
Sr.I'TIÈMF. CIIAIMTRE. § LXXX, G89
pnrlo d'im înu ot tl'iin style tout dillL-îcnls, il faiulriiil admellrc, s'il avait parlé comme Jean le rapporte, que la manière que les synoptiques lui a'irihnert est de letir création. Or, ce (ji:i prouve que celte sniuiière li'cst pas du moins i'œuvre des é\angélistes, c'est qu'ils sont très peu maîtres de leur matière. Quant à la légende, elle ne peut, non plus, avoir composé la plus grande partie de ces discours, non seulement h cause de leur caractère tout à fait original, mais encore à cause de l'empreinte du temps et des lieux dont ils sont marqués. Au contraire, le quatrième évangéliste , en raison de la facilité avec laquelle il domine celte matière, excite le soupçon d'être pour beaucoup dans la composition des discours ; et, outre ce qui a été cité précédemment, certaines idées et locutions favorites, telles que celle-ci : le père montre au fils tout ce qu'il fait, 7i:av-a (ieiMuai TÛ uïô), à aÙToç roisifl), indiquent des sources plutôt hellénistiques que palestines. Mais la raison ca-iitale, c'est que Jean-Baptiste, comme nous l'avons vu |)lus haut, s'exprime, dans cet évangéliste, de la même façon que l'auteur lui-même et que Jésus. Or on ne peut croire que Jean- Baptiste, qui commença son rôle dès avant Jésus, et <lont le caractère est fortement dessiné, ail, outre l'évangéliste, modelé textuellement ses expressions sur celle de Jésus. Il ne reste donc que deux alternatives : ou Jean-Baptiste a imposé sa manière de parler aussi bien à Jésus (|u'à l'évangéliste, qu'on suppose avoir été aussi son disciple ; ou l'évangéliste a modelé sur sa propre manière le langage aussi bien de Jean-Baptiste que de Jésus. La première a!ternali\e sera refusée par les orthodoxes à cause de la nature supérieure qui est en (Christ; et nous la refuserons aussi, par cette raison du moins que Jésus paraît avoir, à côté de Jean- Baptiste, une position tout à fait originale. Ajoutons que le
(1) Vovcz le passade de l'iiilon , />,■ Un^unitiDi confusions , cuniiaré pur Gfrœrer, 1,S. 194.