Uh
COO DEUXIÈME SKCiin?i.
Style (le Jean Tévangéliste est beaucoup trop tendre et trop mystique pour Jean-Bapliste, tel que nous le connaissons d'ailleurs. Il ne reste donc plus que la seconde alternative, à savoir, que l'évangéliste ait prêté son langage aussi bien à Jésus qu'à Jean-Baptiste; explication qui, en soi, bien plus naturelle que la précédente, s'appuie sur une foule d'exemples pris à tous les historiens possibles. Si donc la forme de ce discours doit être attribuée à l'évangéliste, il se pourrait que le fond appartînt à Jésus; mais dans quelles limites lui appartiendrait-il , c'est ce que nous ne sommes pas en état d'apprécier, attendu que, par des exemples, nous savons que le quatrième évangéliste , dans des occasions commodes, exprime avec une assez grande liberté ses propres impressions sous forme de discours de Jésus,
Dans le discours du chapitre 6, Jésus se représente ou plutôt représente son père comme celui qui donne la manne spirituelle (v. ''11 et suiv.); cela a de l'analogie avec l'attente juive, citée plus haut, d'après laquelle le second Goel donnerait la manne comme le premier (1), et avec l'invitation de la Sagesse dans les Proverbes : Venez, mangez de mes pains, tjJhTz, o^Y""£ ""^ ^[-'■wv açTwy (9, 5); ce qu'il ajoute immédiatement, à savoir, qu'il est \e pain vivant descendu du ciel, âiTo; ô ^wv o è/, toj oOpavoj y.y-oioy.ç (v. 35, seq.) , est extrêmement voisin de cette expression tirée des Proverbes; cela montre qu ici nous n'avons pas seulement sous les yeux des paroles de l'évangéliste; et dès lors la ressemblance avec la phrase de Phiion sur le verbe divin^ Aoyo; Oeîoc, qui, d'après le philosui.he juif, est ce qui nourrit l'âme, -ro TpÉ^ov t/;v (];uy/;v(2), ne suffit pas pour autoriser le soupçon. La difficulté est plus grande dans le verset 51 : Jésus y représente sa chair
(1) Voyez plus haut , § xtv. et toute sagesse , âip' cv Tràaat -n-ccosTat
(2) Ve prof agis , Opp. Mang. , 1 , xat tjotfi-M oÎo-j-j.v à-'yv7.oi. Cela peut p 566, dans Gfroercr, î, S. 202. Il est être comparé avec Jean, 4, 14 ; 6, 35 ; dit plus loin du terbe , /o/oj : De lui 7, 38,
coulent étcraellemeut toute iojtruction
SEPTIÈME CHAPITRE. § LXÏX. 691
comme le pnin céleste qu'il donnera pour le salut du monde; manger la chair du fils de Vliomme^ (paysiv r/;v G«px,a toO uîo'j TO'j àv6pw-o'j, et boire son sang, ttie'.v to al|;,a aÙTO'j, y est représenté comme l'unique moyen d'arriver à la vie éternelle,'Cm aùovioc, La ressemblance deces expressionsavecles paroles que Jésus, d'après les synoptiques et Paul, prononça en établissant la cène, a décidé les anciens interprètes h considérer ce passage comme une allusion à la cène qui devait être fondée (1). L'objection principale contre celte explication est que, alors, avant la fondation de la cène, une pareille allusion aurait été complètement inintelligible (2). Le fait est que ce discours, quelque sens qu'il ait eu , demeura inintelligible aux auditeurs, d'après le récit même du quatrième évangile. Jésus, dans cet évangile, ne s'occupe pas beaucoup de l'impossibilité d'être compris ; en conséquence, il n'y a pas, en cette impossibilité, de raison pour trouver invraisemblable une explication qui possède un point d'appui dans l'analogie avec les paroles de l'établissement de la cène; analogie qui a arraché à l'un des critiques les plus modernes l'aveu que, si Jésus, en parlant ainsi, n'a pas songé à la cène, Jean, en choisissant et en reproduisant ces discours de Jésus , y a songé et y a trouvé une allusion anticipée (3). Cependant il est difQcile de croire qu'il ait rapporté les discours de Jésus sans y rien changer ; le choix des expressions manger la chair, etc., ne peut s'expliquer d'une manière satisfaisante que par une allusion à la cène, et, sans aucun doute, nous les devons 5 l'évangéiiste seul. Une fois qu'il avait dit que Jésus s'était désigné comme le pain de la vie, ô aproç t?;ç (^w?,ç, comment n'aurait-il pas songé au pain qui , dans la communauté chrétienne, avait coutume d'être mangé comme le corps du Christ, en même
(1) Voyex Lùcke, Histoire de l'expli- (2) Sclniir. , Die Lehre -vont Abenii-
calion de ce passage , dans : Comm., 2, ma/il, S. 161 ; I.iicke , 1. c , S. 115. Anhang B. S. 727 ff. (3) Hase , L. J., § 9».
692 DEUXIÈME EKCTION.
temjjS qu'un brouvage était bu comme son sang (1) ? Le discours ici considéré a la forme du dialogue, et il porte complètement le type particulier que le dialogue a chez Jean, à savoir, que des discours que l'orateur entend spirituellement sont entendus charnellement par les interlocuteurs. D'abord, les Juifs j)ensent (v. 3/|), tout comme plus haut la Samaritaine au sujet de l'eau [II, 15), que Jésus entend par \e pain du ciel ^ ap-o; ix, to-j o'jpavoO, un aliment matériel, et ils le prient en tous cas de les en pourvoir. Quoiqu'une pareille méprise soit possible , cependant il semble que les Juifs, avant de s'y laisser aller, auraient éclaté avec colère contre l'assertion de Jésus, qui dit (v. 32) que Moise ne donna pas de pain céleste. Jésus se nommant le pain du ciel immédiatement après, les Juifs, dans lasynagogue de Capliarnaiim, murmurent de ce que lui, le fils de Joseph, dont ils connaissent le père et la mère, s'attribue une origine céleste (v. /il, seq.), réflexion qu'avec plus de vraisemblance les synoptiques placent à JNazareth, ville natale de Jésus, et qu'ils rattachent à une circonstance plus naturelle. Que les Juifs ne comprennent pas (v. 53) comment Jésus peut leur donner sa chair à manger, c'est ce qui se conçoit sans peine, mais on en conçoit d'autant moins comment Jésus prononça ces paroles inintelligibles pour eux. On s'explique également la retraite de plusieurs disciples sur un discours aussi dur, Gyj:r,^oç VJyo; (v. 60, 66). Mais on s'explique d'autant moins comment, d'une part, Jésus put lui-même amener cette scission, et, d'autre part, être, au moment où elle se manifesta, aussi désappointé que l'indiquent les questions des versets 61 et 67. On dit, à la vérité : Jésus voulut trier ses disciples et éloigner de sa compagnie ceux qui n'avaient qu'une foi superficielle, qui étaient mus par des sentiments terrestres et auxquels il ne pouvait pas se fier. Mais ici sa manière de procéder était
(i) Compare» EreUclineider, ProhahiUa, p. 56, 88 seq.
6EITIÈMB CHAl'llHÎÎ. § !.X\X. 693
une ('^preuve capable de détourner de lui les meilleurs et les plus inlelligenls; car, certainement, les douze qui, dans une autre occasion, i;e savaient pas ce qu'il voulait dire par le levain des pharisiens (Mallli. , 16, 7) et par l'opiiosilion de ce qui entre dans la bouche et de ce qui qu sort (Matth., 15, 15), n'auraient pas compris le discours actuel; et les paroles de vie éternelle, bt.usj.-y. '(oif^ç aùoviou, pour l'amour desquelles ils restaient auprès de lui (v. 68), n'étaient pas les paroles de ce sixième chapitre (1).
Plus, par la lecture, on se pénètre des discours du quatrième évangile, plus on est frappé de la répétition des mêmes pensées et des mêmes expressions. Ainsi les discours de Jésus lors de la fête des tabernacles (chap. 7 et 8) ne sont, comme Liicke l'a remarqué aussi, qu'une réj)étilion et une amplification des oppositions déjà présentées (particulièrement chap. 5) sur la venue, le langage et l'action de Jésus et de Dieu(7, 17.28 seq.; 8, 28seq.38. 40, 42; comparez avec 5, 30. 43; 6, 38); de être d'en haut, slvai ix. Twv avw, et être d'en bas, v.w.i i-/, tGv x'/tw (8, 23; comparez, 3, 31) ; du témoignage qu'il se rend à lui-même et du témoignage qu'il prend en Dieu (8, 13-19; comparez 5, 31-37); du faux et du vrai jugement (8, 15 seq. ; comparez 5, 30); de la lumière et des ténèbres (8, 12-, comparez 3, 19 seq. ; et aussi 12, 35 seq.). Ce qui, en fait de nouvelles pensées, se trouve dans ces chapitres, ne tarde pas à être répété : par exemple, la menîioii du départ de Jésus pour une région où les Juifs ne peuvent le suivre (7, 33 seq. ; 8, 21; et encore davantage plus loin 13, 33; 1!\, 2 seq.; 16, 16 seq.), expression dont les Juifs méconnaissent ou forcent le sens, les deux premières fois,
^1) Je dois donner mon asseutimnut egit . uco a!;eie potiiit, necjiie si ila il.i-
à la remarque que l'auteur des Pioha- enishet , taut.i cffcrisset , (luanta illnm
ZrjVi'a f'aitau sujet de ee eliapitre (p. 56): efl'eeisse iiistoria tcstatiir. Compaicz
"ViùerrHir... JesiJs ipse stiiduissc , ut aussi De XVctlc , iT-ccg. //a/ir/<!',, 1,5.
vcrbis illiideret JmLris, ucc ab iis intel- S. (j. ligeretiir, sed reprobarctur. Ita Tero nec
694 DEUXIÈME bECTION.
d'une manière assez peu vraisemblable; car, la première fois, quoiîjiie Jésus eût dit : Je vais auprès de celui qui m'a envoyé, -j-ayco cpo; tov TTc'y.'W.vTx ly.e, ils entendent qu'il s'agit d'un voyage à la dispersion des Grecs, ^',ac77-op7. twv ^'>Xr,^)(.'i^ ; la seconde fois, ils songent même à un suicide. En outre, combien de fois ne trouve-t-on pas dans ce chapitre la répétition des assurances de Jésus, qu'il cherche, non son propre honneur, mais celui du père (7, 47 seq. ; 8, 50. 5Zi}; que les Juifs ne connrussent pas son origine, qui est son père (7, 28; 8, 1/t; 19, 5/l); que celui qui croit en lui vivra éternellement, ne verra pas la mort, mais que celui qui no croit pas mourra dans ses péchés, sans participer à la vie, 'O.-rr, (8, 21. 2/i. 51; comparez 3, 36; 6, hO)l Le neuvième chapitre est, pour la plus grande partie, consacré à une délibération du sanhédrin a\ec l'aveugle de naissance guéri par Jésus, et par conséquent il est sous forme de dialogue. Mais, comme Jésus lui-même reste davantage sur Tarrière-plan, le contraste que l'évangéliste recherche entre la signification matérielle et le sens spirituel n'y ressort pas autant, et le dialogue prend une forme plus naturelle.
Le dixième chapitre commence par le célèbre discours sur le bon pasteur, discours qu'à tort on a coutume dénommer une parabole (1). IMème les miOindres paraboles proposées ordinairement par Jésus, telles (jue celles du levain, du grain de moutarde, contiennent les traits principaux d'une histoire qui se développe, qui a un commencement, un progrès et une conclusion. Ici, au contraire, il n'y a aucun développement historique; les traits d'apparence his-
(1) Par exemple Tlioluck et Liicke ; parabole, et I*»ean(ler se montre disposé
mais ce dernier accorde que c'est plntôt à laisser séparer du genre des similitudes,
une parabole commencée qu'aches'ée auquel appartiennent les comparaisons
(2, S. 345, Anm. 2). Olsiiansen aussi de Jean , tz^ooiuÎm, l'espèce de la pa-
remarqiie que ce qui est dit ici du boa rabolc telle qu'elle existe chez les synop-
berger, et ce qui est dit 15, 1 seq. de la tique» [S. 21 1, Anm.). vi-jue , est plut('.t une simililude qu'une
SEPTIÈME CHAI'liRR. § LXXX. 695
torique sont tenus dans l'ordro des généralités, c'est-i^-dire qu'ils expriment des choses qui ont coutume d'arriver, mais non qui sont arrivées une fois, ce qui y porte l'immobilité; et même l'image principale du berger, TToip,v, est interrompue par l'autre image, celle de la porle^ Ojpa. Ainsi nous avons là, non une parabole, mais une allégorie (1). Il n'y a donc pas de parabole dans le quatrième évangile (car il en est de la comparaison de la vigne, chap. 15, comme de celle du berger, ainsi que Lûcke le voit lui-même), et ce passage ne forme pas un argument contre les critiques récents qui ont essayé d'autoriser leurs doutes sur l'authenticité du quatrième évangile, par ce motif, entre autres, que l'auteur paraît être sans données sur l'enseignement en paraboles, pour lequel Jésus, d'après les autres évangélistes, avait tant de préférence. Du reste, l'auteur ne semble pas avoir ignoré que Jésus aimait à enseigner en paraboles, car il s'efforce d'en donner des échantillons ici et chap. 15, et il nomme même le premier échantillon une comparaison, 'ûapoi[Aia (v. 6); mais on voit comment cette forme résistait à son goût, qui avait reçu une autre culture, et comment il avait trop peu le sentiment de la peinture des choses extérieures pour s'abstenir d'introduire ses propres réflexions; de la sorte, sous sa main la parabole se transformait en allégorie.
Jusqu'à 10, 18, les discours de Jésus occupent la fête des tabernacles. A partir du verset 25, l'évangélisle rapporte des déclarations que Jésus est supposé avoir faites trois mois plus tard, lors de la fête de la dédicace. Ici les Juifs lui demandent de déclarer précisément s'il est le Messie; il répond d'abord qu'il le leur a déjà dit suffisamment, et il invoque de nouveau les œuvres, spya, qu'il fait au nom du Père, et qui rendent témoignage pour lui (comme dans 5, 36). Sur quoi, revenant (à partir du v. 26) à dire que les
(1) Coini). Dl- Welte, Exeg. naudl>.,i, 3, S. 5, 127.
Cy6 DlIlXiÈME SECTION.
iriterrogatcuis incrédules n'appartiennent pas à ses brebis, il retombe dans l'allégorie (Ui berger qu'il avait abandonnée, et avec des expressions qui sont en partie identiques (1). Mais Jcsr.s ne \enait pas de quitter cette allégorie; car, depuis qu'il l'avait proposée, trois mois s'étaient écoulés, et sans doute il avait dit, il avait fait bien des choses, traversé bien des événcm(>nls qui avaient dû obscurcir dans sa mémoire le souvenir de celte allégorie. En conséquence, il est difficile de croiie qu'il y soit revenu, et, dans aucun cas, il n'aurait été en état de la reproduire de la sorte mot pour mot. (^eiui (jui venait de quitter immédiatement celte allégorie, c'était l'évangélistc, p.our qui des mois ne s'étaient pas écoulés entre la rédaction de la première moilic de ce chapitre et la rédaction de la seconde; il écri\ild'un seul trait ce qui, d'après sa propre indication, était assez éloigné chronologiquement, et facilement l'allégorie du bon pasteur conserva dnns sa mémoire un écho qui avait dû s'évanouir de la mémoire de Jésus. A celui qui croit résoudre la difficulté, en n'attribuant à l'évangéliste que l'analogie textuelle du discours postérieur avec le discours antérieur, il faudra bien laisser cette idée; m.ais pour (J'aulres, ce point, réuni au reste, décidera péremptoirement que les discours de Jésus, <îans le quatrième évangile, sont en partie des compositions où l'auteur a mis du sien a\ec une assez grande liberté ('2).
Le même résultat est donné j^ar le discours qui, dans le
(1) 10, 27 : Mes brebis entendent ma 10. 3: Et les brebis cntoDclcnt sa
voix, et je les connais, 'rà TrocÇaTO Ta voix, xy.l xh. Trp&Çara 17,^ <pa)V~; alzoxi tu.(x Ty!; ycdVvîç uov axoj£!, xayo) yivmay.ù} ày.o-uii.
a-JTX. Ji : Et je reconnais les iriienucs , xa«
ycvuCTZu Tct £:;.a.
28 : El ils me suivront, xai à«oÀîw- A ; Et les ]trcl)is le suivent, xat Ta
SovCTt pci, Trpo'ôa-a a-Jvw à>:oÀcv8£~
Ce qui suit ; Et je U'iir dnine la l'ie éternelle , xàyw Çmyîv ae'ojviov ùicùjai aij-c.r,, répond r.nssi a ce f|i;i jin'cède : //.- suis menu priur qu'ils aient la nie, îyà -^'(iov, ux ta>r/V É^ojT! , vers, 10. De inênic rex]>ression : Et persi-nne ne les ealèiera de ma main , x'jn oj/^ ky-n -iz i: -<.-, airà £x tT); x'-r^^? f"" • ^*'- '^ contre-partie de ce qui est dit du mcrceuaire ((iii l.iisse enlever, âiTràÇeiv, les brebis, vers, 12.
[1) Comparez De Wette, sur ce i)as5jj^e.
SEPTIÈME CIIAl'URE. § LXXX. 697
quatrième évangéliste, ciôt la vio publique de Jésus (12, Û/t—SOy. Ce discours est tellement com|josé de réminiscences des discours précéd nls de Jésusd , il esttellenicrit, comme Paulus s'exprime, un écho de plusieurs maximes capitales prononcées ailleurs par Jésus, que Ton se décide difticilcment à admettre que sa vi;^ publique se soit terminée par un discours aussi peu oripiiial: en conséquence les interprètes récents pensent jiour la plupart que c'est l'évangéliste qui a voulu résumer encoïc une fois les points principaux de la doctrine de Jésus (2). Pour notre part aussi, nous croyons que c'est de nou\eau l'évangéliste qui parle ici; mais son intention n'en est pas moins de reproduire un discours de Jésus, puisqu'il annonce ce discours par : Jésus s'écria et dit, ivicroû; «^è âV.caçe x.al ct-£v. A la vérité, les interprètes ne veulent pas accorder ce point, et ce n'est pas sans quelque apparence qu'ils arguent de ce que l'évangéliste, ayant déjà dit, V. oG, que Jésus s'était retiré, i-/.z6^jri, et ayant ajouté subséqucmmcnt la remarque sur l'incrédulité des Juifs que n'avaient pas vaincue tant de signes, G-r,[xziy., aNait déclaré de la sorte, sans aucune obscurité, que le rôle public de Jésus était terminé. Par conséquent, disent-ils, il irait contre sa proj)re intention s'il mettait encore ici dans la bouche de Jésus une harangue publique. Sans doute, à ces raisonnements je ne jiuis pas répondre, avec d'anciens commentateurs, que Jésus, qui s'était déjà retiré, revint sur ses pas et adressa aux Juifs les jiarolcs dont il s'agit; mais je maintiens fermement que l'évangéliste, par la formule d'introduction (v. lik) que je viens de rappeler, n'a pu que vouloir annoncer un discours qui allait suivre. On dit, il est vrai, que l'aoriste, dans éV.pa^e et ?I-s, a la signification du ph)S-(|ue-parfa!t , et qu'il y a ici une récap.itulation des dis-
(1) Comparez v. iio.vcc 7, 17; v. ^6 v. 50 avec G, iO ; 7. 17 ; 8, 28. avec 8, 12; v. 47 avec 3, 17; v, iS (2) Lucke, Tliyluck, l'aulus, sur ce
avec 3, 18; 5, à5; v. i9 avec 8, 28; passage.
698 DEUXIÈME SECTI07(.
cours antérieurs de Jésus, malgré lesquels les Juifs tie lui avaient accordé aucune créance; mais celte signification rétrospective de l'aoriste de\rait au moins être indiquée par quelque chose, soit dans les mots eux-mêmes, soit dans le contexte; or, le fait est qu'elle est bien moins marquée que dans d'autres passages de Jean, par exemple, 18, 24. Il faut donc se représenter la chose de la manière suivante : Jean, il est vrai, avait voulu clore au verset 36 le récit de la vie publique de Jésus; mais les considérations finales qui sont rapportées avec développement dans le verset 37 et suivants, et les catégories de la foi, tti^tti;, et de V incrédulité, à-icTia, qui y figurent, lui remirent en mémoire des discours de Jésus rapportés antérieurement par lui, où il était question de cette opposition et d'oppositions semblables, et il ne put s'empêcher de les faire répéter ici à Jésus a\ec une force nouvelle (1).