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Maximes isolées de Jésus qui sont communes au quatrième évangile et aux autres.
Les longs discours ici examinés étaient particuliers au quatrième évangile; il n'y a que quelques maximes brèves pour lesquelles les sjnojiliques fournissent des parallèles. Parmi ces dernières, nous n'avons pas à consacrer un exament spécial à celles qui, chez Jean, ne sont pas moins convenablement placées que chez les autres évarigélistes (par exemple, 12, 25, couiparez avec ^latihieu, 10, 39; 16, 25, et 13, 16, comparez avec Matthieu, 10, 24); et, comme le passage du chaiiitre 2, v. 19, qui a son parallèle dans
(1) De Wclte , Exeg. Handb., 1, 3, coutinue comme siens les discours com-
S. 1/18 : « On devra reconnaître ici, menées j>ar d'autres, ici le souvenir des
comme dans le ciiapitre 3, v. 16 seq., discours de Jésus destines à confondre
et V, 31 seq. , la liberté que prend l'c- les incrédules se transforme en un vé-
vangéliste; elle est seulement dans im ritable discours qui n'a jamais été pro-
•ens inverse. En effet, tandis que la il nonce de la sorte. •■
SEPTIÈME CHAPliKIi:. § LXXXI. G99
Matthieu (26, 61), ne peut être considéré que lors de l'iiistoire de la passion, il ne nous reste ici ({ue trois j)assayes, dont le premier est h, hk.
L'évan'^éliste, après avoir rapporté comment Jésus était retourné deSamarie en Galilée, ajoute : car Jésus lui-même tém,oigna quun prophète nest pas honoré dans sa patrie^ aÙTo; yot-o 6 Iricoî; £v.aûT'Jpr,(7£v , oti Trpoi'priTV]; èv tt; Ihicç rarpu^i xip.v ojx, âysi. La même sentence se trouve dans Matthieu, 13, 57 (Marc, 6, h ; Luc, h, 2/i), en ces termes : il n'y a point de prophète qui ne soit honoré si ce n'est dans sa patrie et dans sa maison, où/, zan 77po(pr;--/iç âViao; , ti p.'/i £v Tr, -aTpif^i y.'jxou, /.al £v Tïi oi/>ia aûxou. Mais, tandis qu'ici celte sentence est dans un lieu tout à fait convenable, puisqu'elle est provoquée par le mauvais accueil que Jésus avait trouvé à Nazareth sa ville natale, et qui le détermina à la quitter de nouveau, cette sentence paraît au contraire, chez Jean, être pour Jésus un motif de retourner dans sa patrie, la Galilée, oui, du reste, il fut aussitôt bien reçu. L'expérience consignée dans cette sentence devait plutôt le détourner d'entreprendre un voyage en Galilée que l'y exciter j en conséquence, le premier besoin des interprètes a été de traduire le mot yàp par quoique; cette explication a été admise par Kuinôl, mais c'est la violence la plus grande que l'on puisse faire à la langue. Cependant, comme il reste positif que Jésus, s'il connaissait cette position du j)rophète vi-à-vis sa patrie, ne devait pas y aller, on a cherché à entendre le mot Tvaxplç, patrie, non dans le sens de province, mais dans le sens plus étroit de ville natale, et, en reconnaissant qu'il s'était rendu en Galilée, on a dit qu'il n'était pas allé à Nazareth, dans sa ville natale, à cause de celte raison (]). Mais une omission, telle qu'on l'admet dans
(l)C'0!>tce que disent Cyrille, F.rasmc. rommc explicatif. Cet expi'tliont, auquel
Tholuck a iinagiué d'entendre le vcrhc Olsliaiisen donne son assentiment , ne
EaaûTvp/ijfv dans la signification du me parait remédier à rien; car par le
pliis-quc-p:irfait et de considérer y%ù moyen de yàp et de ovv (v. Zi5) reste uu
cette explication, n'appartient pas moins aux impossibilités que la transformation de yy.p en quoique. Vm définitive, il a été impossible d'introduire dans notre passage une indication (jui montrât, comme on en avait besoin, que Jésus n'était pas allé dans sa patrie, r:y.-y.ç; mais on a voulu du moins y trouver qu'il n'y était pas retourné peu après; j»rolongation d'absence qui paraissait former un motif au mot sur le prophète (1). Pour que cette explication fût admissible, il faudrait que ce qui précède immédiatement eût exprimé le long temps que Jésus avait passé en terre étrangère; au lieu de cela, il n'est mention, dans le verset /i5, que du court séjour qu'il avait fait en Samarie; de sorte que, par une risible méprise sur tout enchaînement d'idées, l'évangéliste dirait que la crainte d'ôtre méprisé par ses compatriotes décida Jésus, non à ne revenir en Galilée qu'après un séjour de plusieurs mois dans la Judée, mais à n'y pas revenir avant d'avoir passé deux jours en Samarie. Aussi longtemps qu'on regarde la Galilée et la ville de Nazareth comme la patrie, ~y-zlç, de Jésus, on ne peut écarter du passage en question cette absurdité, que Jésus, déterminé par le mépris qui l'attendait dans cette ville, s'y rendit. En conséquence, les commentateurs furent tentés de recourir à Matthieu et à Luc, et de dire, ap|)uyés sur ces deux évangélistes, que Jésus était né dans la ville davidique de Bethléem, qu'ainsi la Judée était sa véritable patrie, et qu'il lavait quittée à cause du mépris qu'il y avait essu\é (2). Mais, loin d'y essuyer du mépris, il s'y était acquis de nombreux partisans, d'après II, 1 (comparez 2, 23; 3, 26 seq.); il ne pouvait donc se plaindre du manque d'Iionneur, Tip/;' ; car les embûches des pharisiens auxquelles il est fait allusion
rapport tic concordauce entre deux pro- (2) Cette idée était si complètement
positions entre lesquelles on devrait at- dans 1 esprit de l'ancienne harmonisti-
tendrcnne opposition marquée peut-être que, que je suis étonné que Liukc ait
pir ;j.tv ou àe. été le premier à l'imaginer [Comm., 1 .
(Ij Paulus, Corn//!., 4, S, 251, 56. S. 545 f.).
SEPTIKME CHAPITRE. § LXXXJ. 701
dans le chapitre quatrième, verset 1, avaient justement été causées par l'iniluence croissante de Jésus en Judée, cl ce n'est pas en pensant à eux que Jésus a pu dire que le prophète n'est pas honoré dans sa patrie. Eu outre, dans notre passage, ce n'est pas en quittant la Judée, c'est en quittant la Samarie que Jésus se rend en Galilée. Comme il est dit dans ce passage qu'il quitta la Samarie et qu'il alla en Galilée parce qu'il avait éprouvé qu'un prophète n'a pas d'autorité dans sa patrie, il en résulterait, ce semble, que Samarie Y est désignée comme sa patrie, de la même façon qu'il est appelé (8, /|.8) Samaritain, :^«[j.y.ozi~n;, par forme d'injure; mais en Samarie aussi il avait trouvé un bon accueil [h-, 39). Enfin nous avons vu plus haut que le quatrième évangile est complètement étranger à l'idée que Jésus soit né à Bethléem,, et que partout il le sujipose Galiléen et Nazaréen. La seule issue qui reste, c'est de regarder ce passage con>me expliquant pourquoi Jésus, renonçant à commencer d'abord eu Galilée une prédication suivie, exerça |)réliminairement sa mission en Judée et en Samarie, et ne revint qu'ensuite eu Galilée; voulant d'abord se procurer de l'influence au dehors, puis gagner à sa cause les Galiléons par l'autorité que cette influence lui donnerait; en effet, cela lui réussit, d'après ce qui suit immédiatement (1).
On lit, 13, 20 : Qui recevra celui que j'aurai envoyé^ me reçoit; et qui me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé, ù 'Xaaêavoiv èâv riva 77EaJ;co, iu.ï J.y.^j.^jc/.^m' o oï sy.è XaaSavwv ■Xajy.Savsi tov 7:ea'|avTa [j.z. Ce passage a , dans Matthieu (10, Û-O), un parallèle presque textuellement identique. Chez Jean, il est précédé de la prédiction de la traliison, et de la déclaration que Jésus fait au\ disciples, qu'il a voulu leur dire cela d'avance, afin qu'ils crussent on lui comme
(1) ^caiiJer, L. J. Clir. , S. 386, Aniii.; lompaicz De Vveitc, sur te pas.
Messie, quand la propliétie se serait accomplie. Or, comment cela s'enchaîne-t-il avec le passage cité plus haut? Comment cela s'enchaîne-t-il a\ec ce qui suit, où il est de nou\eau question du traître? On dit que Jésus veut aj)peler l'attention sur la haute dignité d'un missionnaire messianique, dignité que le traître se faisait un jeu de perdre (1). Mais justement celte perte , pensée négative sur laquelle tout roule dans une telle explication , n'est indiquée par rien dans le texte. D'autres admettent qu'en leur représentant leur haute valeur, Jésus voulut inspirer un nouveau courage à ses disciples abattus par la mention du traître (2) ; mais alors il n'est guère probable qu'il eut recommencé immédiatement après à parler du traître. D'autres soupçonnent l'omission de membres de phrase (3)j ce qui ne vaut guère mieux que de supposer avec Kuinœl que c'est une glose qui a été prise à Matthieu, 10, hO, et qui, destinée primitivement au verset 16 du chan. lo de Jean, a été transportée ici, à la lin du paragraphe. Néanmoins l'indication du verset 16 n'est pas sans utilité. Ce verset, en effet, ainsi que le verset 20, a son parallèle dans le discours d'instruction chez Matthieu, 10, 2/|.. L'auteur du quatrième évangile avant dans son souvenir quelques passages de ce discours, ces passages purent s'appeler facilement l'un l'autre dans sa mémoire. Dans le verset 16 il était question de Vapôtre, à-TTocToloç, et de celui qui l'a envoyé, 7T£u.'}a; aùrov ; de même dans le verset 20 il est question de ceux que Jésus enverra, et de celui qui l'a en\ojé; à la vérité, dans le verset 16 c'est pour recommander l'humilité , et dans le verset 20 c'est pour donner du courage j par conséquent ils tiennent l'un à l'autre, non par le sens, mais par les mots seulement, de sorte que nous voyons l'auteur du quatrième évangile obéir, en reproduisant les sentences de Jésus, à la
(1) Pauhis , L. J. 1, b . S. 158. ,3) Tlioliick, sur ce passage.
(2) Lutke, 2, S. /i78.
SEPTIÈMK CHAPITRE. § LXXXI. 703
loi (le l'association des i(lc(;s , loul (.otnine les svriopliqiies. Le plus riature! aurait élé de placer le \erset 20 immédialeuient après le verset 16; mais la tensée du traître se pressait dans son esprit, et le verset 20, qui n'avait été réveillé dans la mémoire de l'évangélisle que d'une manière qu'on peut appeler lexicograpliique, pouv;iit aussi bien être placé un peu plus bas.
Le troisième passage à considérer ici (l/i, 31) appartient encore plus que le dermer au domaine de l'histoire de la passion ; mais, comme on peut l'examiner tout à fait indépendamment, il n'y a pas d'inconvénient à s'en occuper dès à présent. Dans ce passage, on est d'abord frappé des mots : Levez-vous et partons d'ici, sye-'pscOe , aycou.ôv sv- T£O0£v , car l'exhortation à s'en aller, qu'il renferme, n'est sui\ie d'aucun effet; Jésus, comme s'il n'avait rien dit, continue immédiatement (L5, 1) : Je suis la vigne véritable, etc., £y(6 el[jA -ri a^j.-KzX^ -h akrfiivh y-, t. 1. , et ce n'est qu'après avoir parlé encore longuement qu'il s'en va avec ses disciples (18, 1). Cependant les interprèles apj.'artenant aux bannières les plus différentes ont, avec une singulière concordance, expliqué ces paroles en disant que Jésus avait eu, à la vérité, l'intention de s'en aller et de se rendre à Gethsémane, mais que l'amour qu'il portait à ses disciples et le besoin de leur communiquer encore d'autres instructions le retinrent ; que le mot levez-vous, àys-'^scOs , fut mis à exécution, mais que debout, dans la salle à manger, il continua encore à parler jusqu'à ce que plus lard (18, 1) il donnât également suite aux mots partons d'ici , aywjAsv svTe'jOev (1). 11 est possible que la chose se soit passée ainsi, nous devons l'accorder, de môme qu'il est possible encore que l'image de cette dernière soirée se soit gravée dans le souvenir d'un disciple avec des traits si vifs
(1) l'aulus , Lùcke, 'riiohick , Oisliaiisen , sur ce passage; Hiig, Einl, in das N. T. , 2, S. 209.
70/l DEUXIÈME SECTION.
qu*i! ait pu raconter, en incitant ciiaquc circonstance h sn place, comment Jésus se leva , et comment, d'une manière touchante, il s'arrêta encore une fois au moment de sortir. IMais celui qui racontait sous les impressions d'un souvenir aussi présent devait, ce semble, mettre en relief le dramatique de la scène, le mouvement de Jésus pour s'éloigner, et, sur le, seuil de la porte, la suspension du départ; il ne devait pas employer trois simples mots qui sont absolument inintelligibles sans l'addition de ces circonstances, llemarquons encore que, dans la môme dernière soirée, les syno[)tiques font aussi prononcer à Jésus les mots : Levez-vous ^ partons, sycipîcOc, ayc-jasv, et ils les placent dans un enchaînement qui est tout à fait convenable (]\Iallh. , 26, liG ; Marc, l/l, li2). On peut donc conjecturer ici aussi que le quatrième évangéliste a intercalé un fragment de harangue là où ce fragment lui est revenu à l'esprit, mais non dans la meilleure connexion possible. Le fait est que l'on découvre (|uelques traces de ce qui a pu amener l'évangéliste à rapporter les mots dont il s'agit ici. Dans les passages j)arallèlcs des synoptiques , l'exhortation. Levez-vous, partons, est réum'e à l'annonce suivcuile : L'heure s'est approchée, et le Fils de l'homme est livré aux mains des pécheurs ;... voilà que s'approche celui qui me livre, <Jvj ■r.yyiy.i^ -h ôjfa /.y.1 (j uîôc TO'j àvOocoTTO'j TTy-caôu^OTai sic yzîzv.c âaacToj^-ûv. .. [^rj-j Y^yyiy.vj 0 -y.zy.^iS'j'jç [j.t. Ainsi Jésus annonce l'approche de la force ennemie, et, sans la redouter, il va audevant du danger en prononranl ces paroles, qui expriment une ferme résolution. Dans l'évangile de Jean, Jésus parle aussi , en ce passage , de l'approche d'une force ennemie , puisqu'il dit : Le prince de ce monde vient; il est vrai qu'il n'a aucun pouvoir sur moi, ïy/iry.'. o tou vAcysyj ip/wv, /-al £v iu.d o'jy. iyH où^sv. Si ce qui s'approche est dit être, chez Jean , la puissance agissante dans le traître et dans ceux qu'il conduit, chez les synoptiques le traître lui-même
SEPTIÈME CHAPITUE. § LXX.Vil. 705
poussé par cette puissance, cela fait peu de différence. Mais l'auleur du quatrième évangile, ne sachant que vaguement que Jésus avait prononcé ces paroles résolues : Levez-vous^ part07is! par allusion au danger qui s'approchait, put en avoir l'idée quand il fit mention de l'approche hostile du prince de ce monde. Jésus et ses disciples étant encore dans la ville et dans la maison, un déplacement considérable était nécessaire pour aller à la rencontre de la puissance ennemie, et l'évangéliste, au mot partons, ayw[;.£v, ajouta d'ici, èvTsOOsv. Mais, attendu que cette parole traditionnelle lui avait échappé involontairement dans le cours des pensées qu'il songeait à mettre dans la bouche de Jésus comme discours d'adieu, il la perdit bientôt de vue une seconde fois , et il laissa , après comme avant , un libre cours aux discours d'adieu qui n'étaient pas encore épuisés. S'il était vrai que le mot dont il s'agit ici fut arrivé de cette façon à occuper la place qu'il tient dans le quatrième évangile, le narrateur ne pourrait pas avoir été témoin de cette dernière soirée; par conséquent il ne serait pas l'apôtre Jean. Mais, quand même on admettrait que Jésus a réellement prononcé ces paroles dans la salle à manger, le contact immédiat où elles sont avec le discours figuré sur la vigne y porte une obscurité qui nous force à avouer qu'ici comme dans maint autre cas l'évangéliste n'a pas tenu d'une main sûre le fil des faits de l'histoire (1).