LIVRE III
Députe le retour 4e M. LeMnrre en Prenoe jusqu'à m nomination
Le jour de Pâques qui avait suivi son ordination, M. Lefebvre se trouvait à Amiens; il eut le bonheur d'y célébrer la sainte messe en secret ; six prêtres et quelques pieux fidèles y assistaient. On rengagea à prêcher, il s'en défendit autant sur son inexpérience dans la prédication que sur le temps qui lui manquait pour se préparer; mais, vaincu par les
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prières de ses confrères , il prononça au milieu de cette pieuse assistance quelques paroles d'édification. Ce ne fut pas sans qu'il lui en coûtât beaucoup. 11 a avoué depuis qu'il éprouvait une émotion si grande, qu'une transpiration abondante inondait son corps et se faisait sentir jusqu'au bout de ses doigts. Dieu bénit visiblement ce petit sacrifice , en lui accordant dans la suite , à un haut degré de facilité et d'à-propos , le don de la parole. Il put ce jour-là , avec le pouvoir inhérent au sacré caractère dont il était revêtu, exposer le très-saiut sacrement; sa piété en fut singulièrement consolée.
Les fêtes passées, il prit le chemin de la Normandie. Son père n'existait plus, Dieu l'avait appelé à lui pendant l'année de son absence. En arrivant chez sa respectable mère , la famille, qui avait été prévenue de son retour, s'y trouvait réunie. On se presse autour de lui, on le questionne avec anxiété; chacun savait quel avait été le but de son voyage, mais on ignorait encore quel en avait été le succès. Quand il déclara qu'il était prêtre, des larmes de joie coulèrent de tous les yeux. La pieuse mère ne fut pas la moins sensible à jette consolante nouvelle , elle étreignit avec bonheur entre ses bras ce fils si tendrement aimé. Toute l'assistance se mit à genoux pour remercier le Seigneur et le bénir de ses miséricordes.
Le nouveau prêtre s'occupa aussitôt de préparer
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m peik oratoire (I); dès le teftdfemain , iRt tes jo*« suivante, il «iffrit letJivto sacrifice «n présence (Ton petit «ombre de personnes s*r la discrétion dèsquelles on pouvait compter. Rarement il célébrait sans foire <pielq«es réflexions plieftses (propres à nourrir la piété des assistants et à les confirmer dans la foi &»or**i étrangement persécutée
Après quelque tempe de s^ouràBo&c-ftoger (£), M*. LefefeVre prit la résolution de revefihr à Rouen ; il s^enbarqoa sur te bateau d'Klbeuf. Fendant le trajeMes conversations se croisaient *totrè les voyageurs, chacun parlait de ce qui t intéressait. Une femme de la campagne racontait à ses Voistaes FédifiCiftiott qaVtteprenait autrefois mixcérémbntes religieuses, la jofe çu VI le éprouvait à y &SÊ&stetf tet le regret quelle atarit m&intfettaftt d'en «irè prtvéè; les Voisines d ? ttj^a*dir , torsqtf* *ft homme déjà avancé en *ge, se notant à la conversation , attaqtià la bonne itiHagëôftè sur sa croyance «et se Moqtia en termes amers dtos cérémonies qtf Pavaient édifiée; il le fit avec ee mauvais goût qui acôonfpàgne ordinairement lïmpiété tarante **t qui révèle M froWnie
(1) On conserve avec respect , dans la famille de M. Le febvre, la commode sur laquelle il célébrait les saints
(S) Bosc-Roger n'est distant d'Elbeuf que de six kiïomèttfes.
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sans principes, sottement ennemi de ce qull ignore ou ée ce qull n'a pas la vertu de pratiquer. La pauvre femme n'avait rien à répondre à ce dévergondage de paroles. L'incontfu triomphait, lorsque M. Lefebvre , indigné de «on procédé , prit à son tour la parole, et, s'adressant directement à lui avec toutes les formes <de la politesse : « Monsieur, lui « dit-il, vous me paraissez propre à me rendre un « éminent service. • Celui-ci, trompé par cette phrase, dont il ne ^comprenait pas encore la portée, et persuadé qu'il s'était acquis un admirateur de plus, répondit avec la même politesse : « Parlez, « Monsieur, je suis il votre disposition. — J'ai , • reprît alors M. Ijefebwe , quelque peine à vous « faire un aveu; vous mêle pardonnerez, je l'es- « père , en faveur de ma sincérité , et surtout de « mon âge. Je vous avouer» donc , Monsieur , que « jusqu'à présent f ai cru ce que croit cette bonne « femme ; vous le (firai-je? j'ai cru en Dieu et à la « nécessité de l'honorer par un ciflte extérieur qui « fût l'expression d'un culte intérieur plus pur et « plus partait; j'ai cru qne 9 lui étant redevable de « la vie, nous étions obligés à la reconnaissance ; « f ai cru enfin qu'étant le souverain dispensateur « *le toutes les grâces, îl était raisonnable de les a lui demander par la prière. Ma mère , qui habite « la campagne, m'a inspiré ces sentiments dès mon « jeune âge ; j'ai grandi avec ces convictions , et je
• les ai partagées jusqu'au moment où je vous ai « entendu les blâmer. Vous avez sans doute , « Monsieur, avec des lumières el une instruction qui « paraissent si supérieures , de graves rusons de « penser tout différemment ; veuillez, de grâce , les « mettre à notre portée, je ne me pardonnerais pas « d'avoir laissé échapper une si bonne occasion dé « m'instruire. »
Pendant ce discours, les assistants, qui avaient fait silence, attendaient avec une curiosité maligne la suite de ce préambule. L'inconnu , qui n'avait pas tardé à sentir la supériorité de son adversaire , et qui s'apercevait trop tard de la mauvaise voie dans laquelle il était entré, ainsi que du piège qui lui avait élé tendu, éprouvait un malaise difficile à décrire ; il murmura enfin- quelques paroles incohérentes qui, tout en trahissant son embarras , donnaient gain de cause à son antagoniste. Les témoins riaient de sa défaite. M. Lefebvre, qui ne pensait pas que cette improbation fut une punitiqn suffisante des impiétés de cet homme, changea alors de ton : « 11 « vous sied bien mal, Monsieur, lui dit-il, de vou- « loir faire de l'esprit aux dépens d'une pauvre « femme qui, faute d'éducation, ne peut pas venger « sa foi outragée. C'est déshonorer vos cheveux. « blancs que de chercher de pareils adversaires et « de les accabler de vos sarcasmes , quand vous « savez , surtout , qu'ils sont dans l'impossibilité de
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« vous répondre. » Tout le monde applaudit au jeune défenseur, et l'inconnu , obligé de se retirer pour cacher sa honte , murmura en s'éloignant : « Cet homme est bien à craindre. »
La scène qui venait de se passer était de nature ' à attirer l'attention sur M. Lefebvre et à faire soupçonner qu'il était tout autre que ce qu'il paraissait. 11 pria un ami de se charger de son bréviaire pour n'avoir sur lui aucune pièce de conviction, s'il était arrêté, en sortant du bateau.
En arrivant à Rouen, M. Lefebvre fit la connaissance d'un vertueux prêtre du diocèse de Chartres, M. l'abbé Simon , auquel il s'attacha comme à un père et qu'il suivit comme un guide sur et fidèle. M. Simon, pour éviter la persécution et rendre néanmoins tous les services que réclamaient les circonstances , se faisait passer pour instituteur. Il avait eu soin de réunir autour de lui quelques jeunes gens dont il soignait l'éducation ; sous ce voile, il pouvait se livrer secrètement à l'exercice du saint ministère. M. Lefebvre, en se mettant sous sa conduite, vint partager ses travaux. Pour ne point donner l'éveil dans le voisinage , les enfants avaient reçu la consigue d'appeler M. Simon ma lante ; de sorte que ceux qui les entendaient parler ne pouvaient supposer qu'ils vécussent sous la conduite d'un supérieur ecclésiastique.
Ce vertueux prêtre ne négligeait rien pour for-
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mertfon collaborateur à une vertu solide. La pauvreté , le renoncement et l'obéissance étaient les fondements de l'édifice spirituel qu'il voulait élever. Ce fut à son école que M. Lefebvre s'exerça tout d'abord à ces hautes vertus qu'il pratiqua toute sa vie avec tant de fidélité. Le supérieur pourvoyait à tous les besoins de la petite communauté , faisant auprès des siens l'office de l'aimable providence à taquelle il vowterit qu'on s'en rapportât entièrement. Un jour, M. Lefebvre trouva un parapluie fteuf auprès de son Ht : « Est-ce powr moi , mon pêne , d demanda4-H au supérieur ? — SetWfc-vous-en , « tnenumi , reprit H. Simon; n'en demandez point « davantage. d Pendant les récréations, il racontait des histoires propres à édifier et à délasser tout à la fois. Sa conversation éCah: aimable et gaie; mats, tout «en parlant, il se créait des ofccupatkms qui n'étaient nullement applicantes. Souvent il utilisait son temps à faire des allumettes, de sorte qu'en fuyant jusqu'à l'apparence de l'oisiveté , fl trouvait le moyen de donner à son esprit le 'repos ïiécessaire.
dette vie si pieuse et si occupée nf^étah pas sans avantages pour te prochain. H. Simon allait dans la ville porter tes seconrs religieux à cîeux qui en avaient besoin. Quelquefois il cétébràit te -sainte messe dans des maisons particulières ; on avertis* saît4é voisinage , et la chapelle improvisée se trou-
VIE DE ». LKFfcBVRfc. M
vait retoiplte. Pour ne pas éveiller les soupçons , il fie sortait jamais , -dans^ees sortes A' occasions , sans être déguisé. Ordtoaftremenr M s'habillait en traineur : une veste et un pantalon gris powr vêtement, èwr la «été an bonnet de lame dans le rebord du» cjttel il roulait «es cheveux , on panier an bras , un bâton à là main , tel «était M. Simon. A peine arrivé daws la mais** où M devait célébrer le saint sacrifice , il se débarrassait de se» déguisement , retêtak une soutane, passait un peigne dans ses die» veùfc , et eta peu de temps le pauvre trameur qu'on avait rencontré tout voûté dans la rue , était un ange à l'autel.
La persécution allait en diminuant. Les prêtres cependant n'Osaient pas encore se produire en public , ils y eussent couru des dangers. Ce I nt à cette époque que la réputation de sainteté de M* Simon hu fournit l'occasion d*exercer au grand jour sa charité et son aéle. Un criminel condamné à mort était renfermé dans les prisons de Rouen. Cet homme , touché de la grâce à ce moment suprême, témoigna 4e désir de recourir an mfaistdne d'un prêtre catholique pour préparer son âme au terrible passage du temps à l'éternité ; mais où trouver un prêtre? tJn juge qui connaissait la retraite de M. Simon pensa à lui proposer cette bonne œuvre ; il -envoya donc <leax militaire pour le chercher et tai servir d'escorte. Arrivés h la maison
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désignée , les soldats frappent à la porte et demandent M. Simon. Tout le quartier est en émoi , et la domestique, en voyant ces hommes armés, crut que c'en était fait de la vie de son maître ; elle court aussitôt l'avertir. « Monsieur, lui dit-elle , on vient « vous chercher pour vous conduire à la mort. « — Eh bien ! ma fille , répondit le saint homme « avec autant de calme que de résignation , il faut « être prêt à accomplir la volonté de Dieu ; faites « entrer ces messieurs , offrez-leur quelque chose « et assurez-les que dans un instant je serai à eux. » Il était alors occupé à entendre la confession de quelques pieux fidèles. A peine eut-il terminé, qu'il vint se présenter aux gardes. « Monsieur, lui dirent- « ils, on réclame votre ministère pour un condamné « à mort , nous sommes envoyés pour vous escor- « ter jusqu'à la prison. » M. Simon n'hésita pas à les suivre. Arrivé à la maison d'arrêt , on l'introduisit dans le cachot du criminel. Après avoir reçu ses aveux dictés par le repentir, il fut assez heureux pour faire rentrer la grâce dans ce cœur coupable qui n'attendait plus que la miséricorde.
M. Simon désirait vivement offrir le saint sacrifice dans ce lieu de douleur ; il sentait que ce serait une grande consolation pour le pauvre patient. Le juge dont nous avons déjà parlé avait tant d'estime pour le vertueux prêtre , qu'il souscrivit à son désir. On ne tarda pas à apprendre dans la ville qu'un
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prêtre était dans la prison occupé à exercer le ministère de la réconciliation auprès d'un condamné , qu'il allait y célébrer la messe Un sentiment de joie circula dans bien des cœurs ; bientôt on assiégea la porte de la prison pour le voir sortir. La foule était si grande , qu'il fallut doubler les gardes pour le reconduire à son domicile. Le peuple l'y suivit comme en triomphe. Ceux qui marchaient en tète lui ouvraient le passage en exprimant , dans leur langage énergique , leur joie de revoir un de ces hommes qui sont toujours les plus surs amis du pauvre , et dont la mission divine est de répandre des bienfaits sur toutes les infortunes.
M. Lefebvre vit revenir son guide avec la joie d'un fils qui avait pu craindre un instant de perdre celui qu'il aimait et qu'il vénérait à l'égal d'un père. Le bien que faisaient ces deux prêtres allait croissant , en proportion que leur ministère devenait un peu plus libre.
Le vénérable oncle dont nous avons déjà parlé, M. Martin, curé de Saint-Aubin-Celloville, auprès duquel M. Lefebvre avait fait ses premières études et qu'il avait si heureusement éclairé, était toujours resté dans sa paroisse, quoique sa rétractation eût été solennelle. Voici le stratagème qu'on employa pour le conserver au milieu de son troupeau : on le fit passer aux yeux des autorités révolutionnaires pour un fou et un idiot. Tous les habitants signèrent
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à cet égard on acte qui fut envoyé au district. M. Martin put ainsi échapper à la persécution et à l'exil. Malgré sa prétendue folie, il célébrait chaque jour la sainte messe et remplissait auprès de son peuple toutes les fonctions du saint ministère. La cure de Saint- Aubin, qui offrait quelques avantages temporels, devint l'objet des convoitises des schismatiques. Ils représentèrent habilement aux autorités départementales qu'vft prêtre atteint de folie et d'Idiotisme ne pouvait remplir ce poste. Leur plainte ayant été écoutée, on obligea M. Martin à sortir d* presbytère pour faire place à l'un de ses dénonciateurs. Le vrai curé se retira chez un de ses neveu* , frère aîné de M. Lefebvre , qui habitait la commune de Saint-Aubin et qui en toit maire; il emporta avec lui les ornements de l'église, pour les sauver du naufrage et les réserver peur un temps meilleur. A peine installé dans son nouveau domicile , il y disposa un oratoire où 41 célébrait la messe, entouré de ceux qui ne vouiaientpas prendre part au schisme.
Cet état de choses dura dix-huit mois. Quand le calme commença à reparaître, les habitants dé Satmt- Àttbin, tous d'une voix, unanime, vinrent prier f intrus de se retirer, l'assurant qu'ils n'avaient plus besoin de ses services, puisque leur ancien curé, M. Martin, n'ayant plus d'accès de folie et jouissant de toutes «es facultés, pouvait reprendre ses fonc-
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tim. Le faux pasteur sentit tout ce que cette re- «outrance avait d'impérieux ; 11 comprit qu'il ne pouvait tatter davantage contre te bon vouloir de ces bravefe gens, tet contre là persévérance du curé lé* gitime ; forcé de se retirer, il laissa le champ libre à M Martin, qui recommença à gouverner ostensiblement ta paroisse quli n^vftit jamais cessé de diriger en secret, pendait tes dix-huit mois Ratait duré l'intrusion.
Sur ces entrefaites , M. Lefebvte apprit que son respectable oncle était dangereusement malade ; il partit aussitôt peur lut porter tes secours que réclamait sou état, et asSteier à ses dertâètt moments. La mort l'avait prévenu» à son arrivée, M. Martin avait cessé de vivre. Quand le pieux neveu eut payé à ta nature un légitime tribut de douleur, il s'ocdupa de «but disposer pour l'inhumation. On ignorait encore dans la paroisse qu'H Bat prêtre, il te fit wmnaivre m habitant» efc teur annonçant que te lendemain, jour de la Pentecôte, H célébrerait la (été avec eux, et que te lundi suivant M confierait à la terf e la dépouille mortelle de oetaâ auquel H devait une grande partie de son éducation. Dès le soir, il envoya à Rouen ^chercher une soutane pour célébrer, te lendemain, les divins mystères. Quant à hn\ il s'empressa de disposer l'autel et de l'orner de son mieux. L'église ne présentait que des raines; pendant 1 Intrusion, tout
avait disparu ; M. Martin , préveau par une longue maladie, n'avait pu réparer les ravages de la révolution. La pauvreté était si complète , qu'on ne trouva que de misérables linges à peine suffisants pour couvrir l'autel.
La fête de la Pentecôte ne se passa pas sans que M. Lefebvre montât en chaire pour instruire les habitants de Saint-Aubin et les porter, dès ce jourlà même, à réparer les dommages qu'avait causés la révolution ; engageant les uns à donner en nature, conseillant aux autres de vendre de leur superflu pour procurer le nécessaire aux autels dépouillés.
• Comment, disait-il aux femmes, auriez- vous le « courage de vous parer de beaux vêtements et de « mouchoirs brodés , tandis que le corps de Jésus- « Christ reposerait sur des linges si communs, « qu'aucune de vous n'en voudrait porter de sem-
• blables? Faites voir que vous avez quelque souci « du dénùment où sont les saints autels ; et celui « qui a dit qu'un verre d'eau froide . donné en son « nom ne resterait pas sans récompense , recon- « naîtra un jour ce que vous aurez fait pour sa « personne sacrée. • Ces paroles si simples auraient été probablement désavouées par une rhétorique sévère, elle les eût voulu plus châtiées ; mais la bouche de ce prêtre animé par un vif sentiment de foi et d'amour, avait le talent , en les prononçant , de les faire accepter avec bienveillance , et de les
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rendre fécondes. Aussi, le fruit ne se fit pa& attendre, quelques femmes se dépouillèrent de leurs parures pour tirer le lieu saint de sa désolante pauvreté.
Le lendemain de la Pentecôte, les obsèques de M. Martin furent célébrées sinon avec pompe, au moins avec piété. La plus grande partie des paroissiens formait le cortège. Après avoir rendu les derniers devoirs à leur vénérable pasteur, charmés qu'ils étaient de la ferveur et du zèle de son neveu, ils le supplièrent de rester au milieu d'eux pour remplacer celui qu'ils venaient de perdre. M. Lefebvre, après avoir pris l'avkde son guide, M. Simon, se mit à leur disposition. 11 n'avait rien de plus à cœur que de leur rendre les services spirituels qui seraient en son pouvoir jusqu'à ce qu'il reçut à leur égard une mission canonique.
Enfin l'orage avait cessé, les temps devenus plus calmes laissaient entrevoir des jours de paix pour l'Église de France si durement éprouvée; le Seigneur avait purifié son aire, et l'aurore d'un jour nouveau se levait sur la patrie en deuil. Depuis plusieurs mois déjà un concordat avait été signé entre le souverain pontife Pie Vil et Bonaparte, premier consul de la république. Les premiers pasteurs allaient reparaître , ramenant à leur suite les prêtres éprouvés par la persécution, mais demeurés fidèles ; les églises fermées ouvraient de nouveau leurs portes ; les autels renversés se relevaient, et le culte
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public ramegail sous les voûtes sacrées «me foule déshéritée depuis longtemps de la prière oommuae. Le jeudi qui précède le dimanche de» Rameaux, 31 mars 18Û2, le cardinal Caprara était reçu officiellement à Paris commQ légat à latore. Deux jours après oh procédait çu sacre de quatre évêques, parmi les* quels était M. Cambacérès, sommé archevêque de Rouen. Le jour de Pâques, 10 avril, le concordat était publié en grande pompe dans les différent* quartiers de la capitale; le ooitége cousu^ire, suivi de tous le» eerps constitués et d'un nombre»* étatmqjor, seregdatt à Notro-Daqfie; le canfînal €aprara célébrait les sakrtft mystères ; un T* Deum était chanté par des milliers de voix ; ft le bruit des cloches sonpaujt à toute volée, mêlé au brpit des salves d'aniiisrie, annonçait au monde que la Fcavoe et rÉgiifô s'étaient réconciliera.
A peine en possession de sud siège, le cardinal Cambacérès s'occupa, avec toute l'activité que rédamaient les heseins urgents de son diocèse , de faite cesser ie veuvage des paroisses, en rendant aux peuples placés sens sa juridiction les pasteuns qui devaient leur rompre le pain de la divine parole, et leur administrer les sacrements. Le 20 aote 1302, il donna les pouvoirs de vicaire à M. Lefebvre, qui put ainsi continuer sas soins aux bons habitante d$ Saiftt-Aubm^CellovilLe et les faire participer désor» mais à toutes les grâces attachées à sou Ministère,
vie m H. LBFËBVRE. n
Tous le* jours à l'œuvre , sa voix était écoutée et ses avis fidèlement suivis. Pour être plus utile à ce peuple et employer avec fruit tous ses moments , il allait visiter chaque famille, parler de Dieu, instruire-, quelquefois il rassemblât, dans la même maison , plusieurs personnes du voisinage pour réciter avec elles le chapelet en commun. Le soir, ■ réunissait les jeunes gens et leur faisait l'école. C'était le moyen de triompher d'une double ignorance , car en leur donnant ces leçons élémentaires, il leur développait tout à la fois la science sacrée de la religion. Après avoir gagné leur amitié par ses soins , il s'insinuait plus facilement dans leurs cœurs pour les porter ensuite à la pratique de la vertu. Deux mois d'instructions religieuses persévérantes ne s'étaient pas écoulés, qu'il y avait déjà quelques conversions. Dans toute la paroisse , on ne parlait que de M. l'abbé Guillaume, de son zèle, de son dévouement pour tous , de ses manières affables et prévenantes; il avait conquis en même temps l'affection , le respect et la confiance ; le bien se faisait , et la paroisse allait se renouvelant sous la main charitable de son nouveau guide. Une maladie grave vint interrompre le cours de ses pieux travaux Quand il eut recouvré la santé , le cardinal Cambacérès , qui avait appris tout le parti qu'on pouvait tirer de ce fervent ecclésiastique , jugea à propos de lui donner un plus vaste champ à défri-
cher, elle 18 février 1803, il le nomma desservant de la paroisse de Saint-Aubin- Jouxte-Boulleng t près d'Elbeuf. C'est là qu'on put voir l'homme apostolique dans toute l'ardeur de son zèle , dans toute • la puissance de sa parole, et en même temps dans toute la simplicité de sa vie.