LIVRE IV
Depuis l'arrivée de M. Lefebvre à Baint-Aubin-Jouacte-Boullenf , en 180» , jusqu'à m nomination à la onre de Oarvttle , en,ltl4.
M. Lefebvre arriva à Saint-Aubin le mardi de la t Quinquagésime. Il relevait de la maladie dont nous venons déparier; si elle avait abattu ses forces, elle n'avait rien diminué de son zèle. Il ne voyait dans le sacerdoce, dont il avait l'honneur d'être revêtu, que l'obligation de travailler efficacement à la gloire de Dieu. Cette pensée dominait toutes les autres , et la faiblesse du corps elle-même semblait disparaître devant l'énergie de sa volonté. Reconquérir à Jésus-Christ des âmes qu'il avait rachetées
;>1) VIE DE 1É. LF^EhVftË.
au prix de son sang, était Tunique mobile de toutes ses actions ; en dehors de cela , rien ne l'inquiétait. Aussi ne chercha-t-il plus que les moyens de remplir, selon les vues de Dieu , la charge pastorale qui venait de lui être imposée.
Dès qu'il se vit nommé curé de Saint-Aubin , il Ht à Dieu , du fond de son cœur, cette simple et fervent^ prière , qui indiquait bien le but qu'il se proposait : « Seigneur, accordez-moi la grâce de t vous gagner dans cette paroisse une douzaine « d'âmes. » Plus tard, ses désirs augmentèrent avec ses succès ; mais il trouvait déjà beau de pouvoir offrir à Notre-Seigneur douze cœurs qui lui fussent dévoués , et sur lesquels il pût régner sans partagé. Dès les premiers pas qu'il fit sur le territoire de Saint-Aubin , il rencontra des enfants qui gardaient un troupeau; il voulut de suite entrer en conversation avec eux. Une petite fille de dix ans , qui était privée d'un bras , attira surtout son attention. Il fit à cette enfant plusieurs questions, auxquelles elle répondit avec une aisance peu ordinaire aux villageois , et qui semblait annoncer un caractère résolu et une trempe d'esprit qui promettait pour l'avenir. 11 lui demanda si elle assistait régulièrement à la messe, « Parfois , répondit l'entant. —Et aux vêpres? r— Jamais , il faut garder ces vaches-là qui sont à nous, » Elle prononça ces derniers mots avec tin petit ton de suffisance , popr
VIE DE M. UTBfiVRK. Si
Cure voir qu'elle n'était pas la fille d'un pauvre homme. « Vous allez au moins au catéchisme? — Pas davantage. — Et pourquoi donc , mon enflant? -~ Parce qu'on n'y va que pour la première communion , et je ne la ferai que dans un an. — Mais, ma petite fille, si je vous disais d'y aller, le feriez* vous? — Ça dépend, si ma mère le voulait, je ne dis pas non... Mais vous, Monsieur, qui me de-* mandez tant de choses , seriez-vous notre curé ? — Oui , mon enfant , je suis votre curé , écoutez-moi donc maintenant comme votre père, et me promet* tez de venir dimanche prochain à la messe et au catéchisme. » La petite fille promit, et tint parole.
Quelque simple qu'ail été ce petit dialogue, pourquoi le tairai- je? Tout n'est-il pas digne de remarque dans la vie d'un bon prêtre ? Est-ce qu'il n'est pas aussi grand en bégayant avec l'enfance , qu'en traitant avec les hommes faits ? N'est-il pas nécessaire qu'il descende jusqu'à elle , afin de l'éle*ver jusqu'à Dieu? Cette conversation devait porter son fruit. Le Seigneur avait eu pour agréable ce premier épaqchement du zèle sacerdotal et l'avait béni, en répandant dans le cœur de cette enfant une impression de grâce qui ne s'effaça jamais. Nous ne tarderons pas à la voir foire , sous la conduite du nouveau pasteur, de rapides progrès dans la vertu , et montrer tout ce dont une heureuse nature est capable , sous une sage direction.
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Le nouveau curé trouva le presbytère bien froid et bien dégarni : pas de meubles pour en masquer la nudité ; un bois de lit couvert d'une paillasse , une table et quatre chaises composaient tout son ameublement ; aucunes provisions , en ce jour où tant d'autres ont tout en abondance; il n'eut, comme il le disait en riant , qu'une pomme cuite pour tout festin. Un voisin , témoin de son dénûment , lui apporta un petit fagot , pour que la maison ne restât pas sans feu. Le lendemain , une laitière déposa chez lui une partie du lait qu'elle portait à la ville , et dans la suite elle continua ainsi chaque matin sa pieuse aumône.
La divine providence , par ce léger secours , affermissait de plus en plus la confiance du serviteur de Dieu, qui avait pris pour règle de sa conduite ces paroles de Notre-Seigneur adressées à tous les chrétiens, et plus particulièrement aux prêtres : « Ne vous embarrassez ni de la nourriture , ni du vêtement ; votre père qui est au ciel , connaît vos besoins, il y pourvoira avec cette sollicitude qui embrasse tout être auquel il a donné la vie. Comment vous oublierait-il , quand il s'occupe de la parure du lis des champs et de la nourriture des oiseaux de la forêt ? Ne craignez rien sous sa garde ; tous les cheveux de votre tête sont comptés , pas un seul ne tombera sans sa permission. Cherchez tout d'abord à établir son royaume, à faire régner sa
justice ; le reste vous sera donné comme par surcroît (1). » Si, d'un côté, cette doctrine a été le point de départ de tous les saints dans la voie du renoncement , et le mobile des hommes apostoliques, qui n'hésitaient pas à mettre de côté le moi, pour courir après des intérêts supérieurs (2) ; de l'autre , ces divines promesses ne se trouvent-elles pas constamment réalisées , par les soins que Dieu prend de ceux qui le cherchent avant toutes choses, et qui se dévouent à son service. 11 ferait plutôt des miracles que de les laisser manquer; sa parole y est engagée. Heureux donc le prêtre qui , se confiant en cette infaillible parole du divin maître , ne se laisse point préoccuper par la pensée des choses extérieures; qui s'oublie pour mettre tous ses soins à procurer à Dieu le plus de gloire qu'il lui est
(1) Ne solliciti sitis animée vestro qukl manducetis, neque corpori vestro quid induamini.... Scit enim pater vester, quia his omnibus indigetis.... Respicite volatilia cceli...,
et pater tester pascit illa Considerate lilia agri.... Dico
enim vobis, quoniam nec Salomon in omni glorià suà coopertus est sicut unum ex istis. S. Mat th., vi , 25 , 26, 38, 29, 32. — Omnes capilli capitis vestri numerati sunt, et capillus de capile vestro non peribit. S. Luc, xn , 7 ; xxi, 18. — Quœrite ergô primùm regnum Dei , et hœc omnia adjicientur vobis. S. Matth. , vi , 33.
(3) Non quaerit quœ sua sunt, sed qu» Jesu Christi. I. Cor., xm, 5.
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possible ; le Seigneur bénit son ministère , autour de lui tout prend vie , une consolante moisson devient le fruit dé ses peines , et le fondement assuré de ses récompenses
Dès le lendemain, mercredi des Gendres, M. Lefebvre profita de cette circonstance pour monter en chaire, et rompre à son peuple le pain de la sainte parole dont il devait, dans la suite, le nourrir si abondamment. Paraphrasant les paroles que l'Église met dans la bouche de ses ministres au moment de l'imposition des cendres , il parla sur le néant des choses humaines : il fit contraster le relâchement des mœurs avec les graves enseignements de la foi , le désir de s'élever avec la bassesse de notre origine, les vanités mondaines avec la nudité du tombeau. Il rappela à ses auditeurs qtte la vie la .mieux organisée, portant avec elle un principe de mort , ce serait en même temps crime et folie de se faire une idole , et peut-être un instrument de péché , de ce corps qui sera bientôt réduit en poussière (1).
Des semences de cet esprit de pénitence , qu'il savait d'autant mieux, inspirer, qu'il était le premier à réduire sa doctrine en pratique , furent dès lors jetées sur cette terre depuis si longtemps inculte ,
(1) Mémento, homo, quia pulvis 6$ et in pulvèrera reverteris.
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mais qui, sous la main de cet habile ouvrier, ne devait pas tarder à devenir féconde. Cette instruction fit une impression salutaire, et laissa entrevoir ce qu'on devait attendre d'un homme qui , . tout en conservant les précautions que suggère la prudence évangélique, ne se faisait pas l'esclave de ces ménagements purement humains qui annoncent une âme timide ou un esprit peu éclairé sur les maux auxquels il doit apporter un remède; mais qui abordait résolument, et dès le premier jour, les questions les plus graves et les présentait sous le point de vue le plus propre à impressionner. Il n'en fallait pas moins pour réufcsir parmi ses nouveaux enfants , dont le caractère et les mœurs ont besoin d'être connus pour mieux faire comprendre la position de M. Lefebvre au milieu d'eux.
Admirablement située dans une presqu'île de la Seine, la paroisse de Saint- Aubin voit se déployer, de l'autre côté du fleuve, en face et beaucoup audessous d'elle, le beau panorama de la ville d'Elbeuf , si justement renommée par l'étendue de son commerce et la perfection de ses draperies. A gauche , la vaste plaine de Gaudebec , bornée à l'horizon par la forêt de Louviers ; à droite , les roches d'Orival , qui s'élèvent à pic sous la forme de cônes régulièrement taillés : leur base est baignée par les eaux de la Seine , leurs flancs dénudés présentent un calcaire blanc sillonné verticalement
d'espace en espace par des gorges de verdure qui préparent une transition moins brusque entre l'aridité de ces masses et la riche végétation des bois de Lalonde , qui en couronnent les sommets.
11 est difficile de rencontrer un pays qui présente à la fois un aspect plus riant et plus varié : un bois taillis , percé de nombreuses allées , placé à Tune des extrémités de la paroisse, offre à tout venant une agréable promenade, au milieu d'une solitude embaumée. On n'y arrive qu'à travers une plaine de sable que le soleil brûle en s'y réfléchissant, et qui contribue à faire mieux goûter la fraîcheur des ombrages de ce délicieux bosquet. Le caractère des habitants se ressentait de toutes ces influences réunies ; gai et léger, il était singulièrement porté au plaisir; chaque dimanche, le bois servait de point de réunion à toute la jeunesse qui s'y livrait , sans contrainte, à l'exercice passionné de la danse, si funeste à la vertu.
Le voisinage de la ville manufacturière devenait un autre genre de danger. Ouvriers pour la plupart, une partie des habitants de Saint-Aubin passait la journée dans les ateliers d'Elbeuf, où la réunion des deux sexes était loin d'être favorable à la pureté des mœurs ; d'autres faisaient chez eux le tissage des draps. Si ceux-ci évitaient le danger des fabriques, les marchandises qu'on leur confiait pouvaient entraîner un nouveau genre de tentation. Cependant
tout le mal n'était pas là. M. Lefebvre avait eu depuis longtemps déjà l'occasion de remarquer que l'ignorance en fait de religion est la source de bien des maux, et une des plaies les plus profondes de notre société religieuse. Cette remarque , qui s'était fortifiée chaque jour , depuis son entrée dans le saint ministère, acquérait pour lui une confirmation désolante dans sa nouvelle paroisse. Depuis quarante ans la chaire de vérité y était muette ; une ignorance profonde, suite nécessaire de ce long silence, entraînait après elle une foule de désordres qui réclamaient des remèdes d'autant plus efficaces que le mal était plus grand et plus général. Indifférence complète pour la religion , abandon des sacrements, violation ouverte des saintes lois de l'Église, devoirs méconnus, passions surexcitées : tel était le terrain qu'il avait à défricher, telles étaient les difficultés qu'il avait à vaincre.
Intimement convaincu, par ses propres réflexions et surtout par son expérience , qu'un pasteur ne peut rien faire de solide dans une paroisse à inoins de poser l'instruction pour base de ses travaux, M. Lefebvre prit la résolution d'instruire à fond ses nouveaux enfants, des vérités de la religion et des principes de morale qui en découlent. Comment, en effet , aimer ce que l'on ne connaît pas? Comment pratiquer ce que l'on ignore? Aussi Notre-Seigneur, en envoyant ses apôtres à la conquête du monde,
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met-il l'instruction en première ligne des grands devoirs qu'ils auront à remplir, « Allez, leur dit-il , enseignez les nations. (1) » Il veut qu'ils commencent par instruire, pour se livrer ensuite avec plus de fruit à l'exercice du saint ministère.
Saint Paul répète le même enseignement à son disciple Tîmothée; et, pour le rendre plus religieux observateur de la rigoureuse obligation d'instruire, c'est devant Dieu, c'est devant Jésus-Christ, le juge des vivants et des morts, qu'il le conjure de prêcher à temps et à contre-temps, de reprendre , de prier, de menacer, sans jamais se fatiguer. (2)
Ces pressantes recommandations, ou plutôt cette injonction si solennelle faite à un évéque de la primitive Église, s'adresse à tous les pasteurs; ils sont les médecins des âmes; et comme les médecins se servent de toutes sortes de remèdes t doux, amers, bénins et violents , pour la guérison des corps ; ainsi les médecins spirituels doivent-ils proportionner leurs instructions à Fétat et à la nécessité des âmes pour les guérir : tantôt enseignant, tantôt réfutant, tantôt suppliant , tantôt menaçant. Ces'
(t) Euntes docete omnes gentes.... servare omnia qu»cumque manda vi vohis. S. Matth , xtvin, 19 , 90.
(S) Prœdica verbum; insta opportune, importuné; argue , obsecra, increpa in omui pa tien lia et doctrine. II. Tim. t IV, 2.
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une obligation incessante (1), c'est un devoir souvent pénible , mais un devoir à l'accomplissement duquel est attaché aussi étroitement le salut du pasteur que le salut du troupeau. (2)
Pénétré de ces grandes vérités, M. Lefebvre s'étudia à profiter de toutes les occasions pour annoncer la sainte parole : chaque dimanche, il prêchait à la messe, quelquefois aux vêpres, mais toujours, après les vêpres , il faisait une conférence familière, soit pour entrer dans des détails de pratique, soh pour expliquer plus simplement certains points de doctrine ou de morale qui n'auraient pu être développés aussi facilement en chaire. Des catéchismes fréquents avaient lieu pendant la semaine, même pour les adultes. Tout fut mis en usage pour tirer les âmes de leur engourdissement, et les amener à l'unique nécessaire. Non content d'instruire à l'église, il se rendait aussi dans diverses maisons pour y expliquer la doctrine chrétienne au milieu de quelques paroissiens qui s'y trouvaient rassemblés. Ces réunions avaient quelquefois lieu exclusivement pour des vieillards de l'un et de l'autre sexe qui n'auraient pas osé venir au catéchisme, et qu'il interrogeait plus facilement en particulier. Parfois aussi un seul ménage, ou même un seul homme
(1) Nttfcrôtàs ffiihi htàumbit. I. Cor., txj 16. (9) V» enrm mihi, si non evangelizatert). tbid.
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suffisait à son zèle, eût-il fallu l'accompagner à son travail pour lui parler de Dieu. On Ta vu suivre aux champs les ouvriers de la campagne pour les instruire pendant leur repas.
L'administration des sacrements lui fournissait une abondante matière d'instruction. Il n'y admettait jamais sans s'être rendu compte de la science religieuse de ceux qui devaient s'en approcher. H tenait à former en eux une religion éclairée; il voulait que chacun eût, des principaux mystères de la foi et de Jésus-Christ , auteur et consommateur de notre salut, une connaissance expHcite. 8e contenter d'une instruction superficielle , c'était, disaitil, se condamner à devenir plus tard le triste témoin de fâcheuses défections et de nombreuses ruines ; c'était bâtir sur le sable un édifice qui , avec si peu de fondement, ne pourrait tenir contre les vents et les tempêtes. Il voulait, au contraire, que l'instruction poussât, dans l'esprit et dans le cœur, d'assez profondes racines, pour que les écarts d'une jeunesse orageuse, l'attrait momentané du plaisir ou quelqu'une de ces circonstances entraînantes pour la nature, ne fussent pas capables de l'étouffer entièrement ; mais que toujours vivace au fond du cœur, elle pût y faire naître, quand l'orage aurait cessé, ces remords salutaires avant-coureurs d'un solide retour à la vertu. Ce fut à cette heureuse et constante pratique, aussi fondée en raison qu'elle
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est en harmonie avec la saine théologie , qu'il dut cette solidité de foi qui fit des habitants de Saint- Aubin un peuple vraiment à part et éminemment chrétien.
Malgré ces sages précautions , qui posaient l'instruction comme prémices nécessaires de la participation aux choses saintes, il se faisait un devoir d'expliquer encore , au moment d'administrer chaque sacrement, ou ce qu'il était important de savoir, ou ce qui pouvait en rendre la réception plus utile. Si le baptême ne requiert aucune disposition préalable dans l'enfant, il lui fournissait au moins l'occasion de s'assurer de l'instruction des parrains et marraines, qui, sachant qu'ils allaient être interrogés sur leur croyance, comme l'indique la sainte Église, se préparaient à répondre d'une manière satisfaisante. Il désirait que leurs réponses aux questions du rituel fussent le fruit de la réflexion et d'une conviction raisonnée. S'il s'apercevait qu'une vérité fût restée incomprise, il l'expliquait en peu de mots, de manière à la mettre à la portée des plus humbles intelligences, jusqu'à ce qu'il pût en fairçe le sujet d'une instruction plus étendue. C'était un travail sans doute; mais, en habile médecin, il se réjouissait de connaître le siège du mal, afin d'y apporter plus facilement le remède.
S'il faisait un mariage, il instruisait les époux des
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obligations que ce sacrement impose ainsi que des devoirs qui en découlent. 11 inculquait fortement cette vérité : que si l'homme a reçu l'autorité en partage, l'exercice doit en être tempéré par les égards dus à celle qui consent à s'unir à son sort ; que le Seigneur lui a donné une compagne pour embellir sa vie, et non pour en faire une esclave ; que, d'un côté, les prévenances doivent être telles que , de l'autre , la soumission ne soit ni onéreuse , ni humiliante. Il les avertissait encore que si Dieu bénissait leur union en leur donnant des enfants, une grande responsabilité pèserait alors sur eux ; qu'ils devraient soigner ces jeunes plantes, surtout au point de vue de la foi ; qu'à leurs enseignements 41 faudrait joindre le bon exemple, si puissant sur l'esprit et sur le cœur des enfants , sons peine de ne trouver en eu* qu'indifférence pour leur vieillesse, négligence pour leurs besoins, insensibilité pour leurs souffrances, et souvent même , ingratitude, en échange de leurs soins et de leur amour.
Si ce bon pasteur était appelé auprès d'un malade pour lui administrer i'extréme-onction, il ne se contentait pas d'étendre l'huile sainte sur son corps, il prenait soin de l'instruire des fruits et des effets du sacrement ; 11 relevait son courage et ranimait sa foi. Il lui représentait qu'au sortir du saint baptême, nous étions devenus les membres vivants de Jésus-
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Christ et les temples du Saint-Esprit (1), mais que , nous étant souillés en mille manières, nous devions, pour avoir part à la résurrection glorieuse, être rétablis par la pénitence dans notre sainteté première; que les onctions salées avaient pour but de purifier les souillures spirituelles contractées par chacun de nos sens. Jl suggérait alors au malade les sentiments qu'il devait produire, chaque fois que l'huile sainte serait appliquée sur son corps. « Mon Cher « enfant, lui disait-il, pendant que je ferai les onc- « tions sur vos yeux, demandez à Dieu pardon des
• fautes que vous avez pu commettre par la vue : « curiosités, regards coupables, vanités; — pendant
• Fonction des oreilles, pardon d'avoir écouté avec
• plaisir la médisance, la calomnie, les convert sations déplacées ; — pendant l'onction des na- « rines, pardon des sensualités compromettantes « pour l'âme ; — pendant l'onction de la bouche, « pardon de tant de paroles vaines, injustes, menti songères et quelquefois impies; pardon de ces « discours et de ces chants où la chasteté et la foi « ont tant à souffrir ; — pendant Fonction de la « poitrine, pardon des affections déréglées, des « désirs illicites; — pendant l'onction des mains,
(1) Ne8citis quoniam corpora vestra raembra sunt Chris-
ti? membra vestra sunt* templum Spiritûs Sancti.