CHAPITRE Vn
avec vous de votre livre et du grand sujet que vous avez si consciencieusement traité.
» Veuillez agréer, Monsieur le Curé, rhommage de mon profond et pieux dévouement.
» f FÉLIX, évêque d'Orléans. »
Nos lecteurs nous sauront sans doute gré de mettre sous leurs yeux le récit du retour de saint Jean Chrysostome à Constantinople, qui faisait couler les larmes du grand Evêque d'Orléans :
«Le 27 janvier 438, un grand événement mettait en émoi la ville de Constantinople. La foule, en habits de fête, courait au Bosphore, couvert, du côté de la Propontide, d'une innombrable quantité de bateaux parés et illuminés. La ville attendait son pasteur, revenu pour la seconde fois de l'exil. Proclus était là. Le fils d'Arcadius et sa sœur Pulchérie y étaient aussi. Ils avaient été au-devant du cercueil de Jean jusqu'à Chalcédoine, et ils le ramenaient sur les flots en triomphe. A Taspect de la trirème impériale qui portait le pieux trésor, une immense acclamation monta jusqu'au ciel, suivie d'un moment de silence et de saisissement solennel. Cent mille hommes, à genoux sur le rivage, semblèrent courber la tête, tous à la fois, sous la bénédiction du mort. Les restes sacrés étant mis à terre, l'Empereur s'approcha du cercueil, le baisa respectueusement; puis, élevant la voix, il pria pour son père et pour sa mère, demandant à celui qu'ils avaient persécuté par
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ignorance de leur obtenir grâce et pardon devant le Seigneur. Une nouvelle acclamation de la foule répondit à cette prière. Le peuple triomphait : la mémoire de Jean était veùgée. Alors cette grande masse s^ébranla. Hommes, femmes, enfants, diacres et prêtres, tous ayant à la main des flambeaux allumés et chantant des cantiques, défilèrent devant le cercueil, porté sur le plus beau char de la Cour et tout couvert de riches étoffes comme un autel. L'Evêque, le Prince, sa sœur, tous les officiers du Palais, tous les magistrats de la ville, suivaient à pied dans un recueillement mêlé de joie. On conduisit les saintes reliques dans cette même église des Apôtres où, trentecinq ans auparavant, le Pontife rentrant de l'exil s'arrêtait pour remercier et bénir son peuple. Arrivées là, Proclus les fit placer à son côté sur la chaire épiscopale, aux cris répétés du peuple : Reprends ton trône, ô Père! Dans cette foule émue, plusieurs avaient connu et entendu Jean ; ils Pavaient applaudi, ils l'escortaient au moment de son départ. On les avait emprisonnés, flagellés, torturés à cause de lui, pour leur arracher un anathème contre son nom. Ils n'avaient pas mis les pieds dans l'église occupée par les intrus ; et maintenant ils y rentraient en triomphe avec lui, et les honneurs rendus à l'immortel proscrit étaient un hommage à leur propre fidélité. On les reconnaissait, entre tous, aux larmes qui coulaient de leurs yeux, à la pieuse ivresse de leur joie. Ils baisèrent à plusieurs reprises, sous la riche enveloppe