CHAPITRE VU
et que Tunique reproche qu'on pourrait adresser à sa manière littéraire, c'est d'avoir cédé quelquefois à ces élans d'enthousiasme que l'habitude de l'improvisation lui rendait si familiers.
L'apparition de V Histoire de saint Jean Ghry^ sostome produisit une sensation profonde. Les principaux journaux de Paris et de la province, de savantes Revues françaises et étrangères, rendirent un éclatant hommage au talent historique de l'abbé Martin.
Le R. P. Lacordaire, accablé par la maladie qui devait l'enlever trop tôt à l'Eglise, trouva des forces pour exprimer la joie que la publication de ce livre lui causait : « Votre beau travail a répondu à mes espérances, écrivait-il à son auteur, et je ne doute pas, vu le sujet et l'écrivain, que je n'y trouve une source abondante d'instruction, de consolation et de jouissance *. »
Mais l'abbé Martin reçut sa plus douce récompense dans les félicitations et les remerciements des membres les plus éminents de l'Episcopat.
Son Em. le cardinal de Bonald le loua « d'avoir travaillé à faire revivre chez les ecclésiastiques le goût des études historiques et sérieuses, qui conviennent si bien à leur état et à leurs fonctions*. y>
* Lettre datée de Sorèze, 24 juin 186i .
* Lyon , le 3 janvier 1861.
M»' Plantier voyait dans le livre de l'abbé Martin un très^rand service rendu à la cause religieuse : « En montrant aux peuples les orages qui tourmentèrent l'Eglise au quatrième siècle, qui fut l'âge d'or de son histoire, vous leur apprendrez à n'être ni surpris ni découragés des tempêtes qui l'agitent ou la menacent à notre époque. Les Evêques, à leur tour, vous sauront gré d'avoir reproduit sous leurs yeux la noble physionomie et le caractère magnanime de saint Jean Chrysostome. Il est bon qu'ils en étudient l'héroïsme, parce qu'il n'est pas impossible qu'ils en partagent les épreuves*. »
M«' Ginoulhiac, l'illustre compatriote de l'abbé Martin, développait la pensée de M«' l'Évêque de Nîmes dans la lettre suivante, qui nous semble renfermer une appréciation complète de l'œuvre de son ami :
«Grenoble, le 3 juillet 1861.
» Monsieur le Curé et cher ami, 55 Personne, vous le savez, ne désirait depuis plus
*Nîmes, le 8 décembre 1860.
Quelques jours après , Me** Plantier rencontrait au Vigan un vicaire de Saint-Denis, et, lui montrant un volume de la Vie de saint Chrysostome : « Vous direz à votre Curé, ajouta-t-il avec une aimable délicatesse, qu'il est, sans s'en douter, mon compagnon de voyage, et que son livre plein d'attrait me fait oublier les longues heures du chemin, en visite pastorale ». — Et, dans une rapide apparition que Sa Grandeur fit plus tard à Montpellier, Elle daigna honorer do sa visite le Curé de Saint-Denispour lui exprimer, en personne, toute son admiration»
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longtemps la publication de votre bel ouvrage, personne ne Ta vue avec plus de plaisir. Tout ce qui fait revivre les grands hommes des beaux siècles de rÉglise, et popularise des œuvres d'où sort avec plus d'abondance la sève du Christianisme primitif, doit bien aller à un Evêque et solliciter puissamment son suffrage.
» Or tel est le caractère propre de votre livre et à mon sens, son plus grand mérite. Vous avez trouvé le secret de faire parler saint Chrysostome dans notre langue. C'est lui qui, sous votre plume, raconte son histoire et celle de son siècle. On le sent vivre , parler, écrire, et comme respirer à chaque
page.
» Puis vous avez mis en saillie ce qui, dans ce grand caractère et dans cette belle vie, va le mieux aux besoins de notre temps : la sainte fierté de la foi, un héroïque et saint détachement de toutes les choses terrestres, une fermeté toujours épiscopale, et une confiance pieuse et entière en l'autorité suprême du successeur de saint Pierre ; de sorte que tous, fidèles, prêtres, évêques, nous y trouvons, avec les leçons générales de la vie chrétienne, celles qui nous sont aujourd'hui le plus nécessaires.
» C'est là. Monsieur le Curé, un vrai service rendu à l'Église. Je vous en félicite, et je vous en remercie. Je ne parlerai pas du style de votre ouvrage : je serais tenté de lui faire un reproche que d'autres prendraient pour un éloge, celui d'être trop abondant
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et trop riche. Mais, quant à la substance du livre, si mes appréciations peuvent paraître en général suspectes à cause de nos vieilles et si bonnes relations, je ne serai certainement désavoué par aucun de ceux qui auront lu votre livre et qui sont capables de TOUS goûter.
» Recevez, Monsieur le Curé, l'assurance de mœ
sentiments respectueux et dévoués.
» -j- M. A., év. de Grenoble. »
Ce haut témoignage du plus savant théologien de l'épiscopat français fut suivi de celui de son plus éloquent polémiste. M*' Dupanloup écrivait à l'abbé Martin, le 26 février 1862 :
» Monsieur le Curé, » C'est le cœur profondément èinu et les larmes aux yeux, que je viens d'achever le beau chapitre dans lequel vous racontez le retour triomphant de saint Jean Chrysostome à Constantinople, après sa mort.
» Laissez-moi vous dire combien j'ai goûté votre savant et éloquent ouvrage, et quelles lumières vous m'y avez données sur l'Empire, sur l'Église, sur toutes les plus grandes choses qui puissent intéresser mon âme.
is vous traversiez Orléans, je serais heas y recevoir sous mon toit, et de causer