‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 106 sur 135 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

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l'application en était devenue douteuse, difficile, souvent impossible. On demandait généralement de nouveaux Statuts. Vous avez comblé cette lacune regrettable des Institutions diocésaines; vous avez donné satisfaction à nos vœux.

» Mais, au lieu d'exercer votre droit d'i^vêque dans la plénitude de son indépendance, vous avez voulu que la loi, qui tire de vous seul toute sa force, fût soumise à l'examen de chacun de nous, et qu'en exprimant votre volonté elle n'exprimât que nos désirs. Vous avez écouté toutes les observations, vous les avez accueillies presque toutes. Cette condescendance. Monseigneur, et la grâce que vous y avez mise, nous touchent profondément; soyez-en remercié.

» J'aime à le dire. Monseigneur, quand l'autorité est paternelle, l'obéissance est filiale : l'une gagne en puissance ce que l'autre gagne en perfection. Et c'est là ce qui distingue le gouvernement de l'Eglise de tous les autres. Nulle part le pouvoir n'est plus fort, ni la soumission plus noble. Ailleurs, nous voyons tour à tour la notion de l'autorité , ce pivot social, complètement méconnue, ou le sentiment de la dignité humaine, cette inspiration du Christianisme, complètement affaissée. Ici, dans le Sacerdoce chrétien, l'obéissance qui s'incline du fond de l'àme, devant le supérieur, honore et ennoblit l'inférieur; sa consécration, qui donne un pouvoir immense au supérieur, le dévoue et l'immole à son inférieur.

» Votre condescendance vous a bien inspiré. Mon-

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seigneur. Nous partons d'ici, pleins d'une ardeur nouvelle pour Taccomplissement de nos devoirs . Nous partons avec cette conviction que, si les Statuts donnés par Votre Grandeur sont susceptibles de recevoir du temps et de Texpérience d'utiles amendements, ils portent du moins le cachet d'une haute sagesse , ils respirent cette antique piété du Sacerdoce, notre dignité, notre force, notre bonheur. En nous protégeant par des règles précises contre nospropresdéfaiUances, en nous rappelant sans cesse à la sainteté de notre mission, ils nous- tracent la voie la plus sûre d'atteindre, par la doctrine et l'édification, les âmes confiées à nos soins, de faire le bien avec plus d'étendue et de certitude.

» La Loi ecclésiastique n'est pas seulement une loi: c'est une direction, un encouragement, un appui; c'est la pensée et le cœur de l'Evêque, toujours présents aux travaux du Prêtre pour l'éclairer, le diriger, le consoler. Nous sommes heureux de trouver ce caractère dans les nouveaux Statuts diocésains.

» Monseigneur, de graves difficultés entourent le ministère pastoral : il a de nobles consolations, mais il a aussi souvent des amertumes et des tristesses inénarrables. L'injustice et l'ingratitude sont la récompense la plus'ordinaire du Prêtre ici-bas. Combien il a besoin de trouver dans son Évêque un appui fort, une protection indéfectible, une direction bienveillante, aflFectueuse, dont la bonté égale la sollicitude! Monseigneur, nous trouvons tout cela en vous, notre

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pasteur, notre guide et notre père ; nous comptons sur vous*... »

Une circonstance non moins solennelle offrit au Clergé de Montpellier l'occasion de faire un nouvel appel au zèle de Tabbé Martin. L'Église traversait alors une crise des plus terribles : les droits temporels du Saint-Siège n'étaient pas seulement discutés; le patrimoine de saint Pierre, envahi de toutes parts, était morcelé, grâce aux manœuvres les plus coupables. Mais on vit aussitôt s'élever, de tous les coins du monde catholique, des protestations généreuses contre cette injuste spoliation.

Le diocèse de Montpellier, où l'amour de la Papauté fut dans tous les temps si vivace, s'empressa de faire entendre sa voix. Le Clergé de la ville épiscopale chargea l'abbé Martin de rédiger une Adresse au Saint-Père j et rien ne] put empêcher cette démarche, inspirée, sans aucune arrière-pensée politique, par un sentiment de foi et d'aflfection filiales.

n nous a été impossible de retrouver le texte de cette Adresse, dans laquelle l'amour de l'abbé Martin pour le Siège Apostolique se dévoilait tout entier; mais la réponse de Pie IX suffira pour faire comprendre à nos lecteurs combien le langage du Curé de Saint^Denis avait remué profondément l'âme du

* Instructions et Ordonnances synodales portant Statuts pour le diocèse de Montpellier. 1853, page 286.

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Pontife. Cette réponse fut envoyée par Son Em. le Nonce, M«' Chigi, à M. le Curé Martin et à tous les autres Prêtres de la ville de Montpellier :

PmlX,

A nos Fils bien-aimés, Salut et Bénédiction Apostolique.

C'est avec un grand bonheur que, par Votre lettre du 30 janvier dernier, Nous avons pu apprécier toute l'étendue de rattachement, du dévouement et de la vénération que Vous avez pour la Chaire de saint Pierre et pour Nous.

Par Elle aussi. Nous avons su combien était amère Votre douleur à la vue des tribulations suscitées contre Nous par les conseils et les manœuvres perfides de ces hommes qui, ennemis acharnés de l'Église Catholique et du Siège Apostolique, osent envahir, usurper et détruire le pouvoir civil de ce Siège, ainsi que le Patrimoine de saint Pierre, foulant aux pieds tous les droits de la justice divine et humaine. Nous avons accepté avec gratitude l'expression de Vos sentiments, qui, louables et dignes d'un cœur de prêtre, excitent et enflamment grandement Notre amour paternel pour Vous. Sans cesse. Fils bienaimés, priez, suppliez avec une ardeur toujours croissante le Dieu Puissant et Bon, a fin qu'il daigne délivrer sa sainte Eglise de ces calamités si grandes et si nombreuses , l'embellir et l'étendre de l'Orient à l'Occident par de nouveaux et éclatants triomphes,

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comme aussi Nous aider et Nous consoler au milieu de Nos tribulations.

Vous savez quelle guerre acharnée est faite à Notre très-sainte Religion dans ces jours si mauvais; c'est pourquoi, chers Fils, ayant toujours présentes et Votre dignité et Votre vocation, employez tous Vos efforts et tout Votre zèle, sous la conduite de Votre Evêque, à défendre énergiquement la cause de rÉglise ainsi qu'à prendre un soin tout particulier du salut des âmes, réfuter les erreurs, démasquer les embûches et émousser les traits des hommes ennemis.

Enfin, comme gage de toutes les faveurs célestes et en témoignage de Notre affection pour Vous, Nous Vous accordons, chers Fils, très-affectueusement et avec la plus grande tendresse, la Bénédiction Apostolique.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 1" mars 1860^ et la quatorzième année de notre Pontificat*.

Pie IX.

* DiLEGTIS FiLIIS,

Martin, Parocho, aliisque ecclesiasticis Vins civitatis Montispessulani, Mon tempes sulanum in Galliâ ,

Plus P. P. IX.

Dilecti Filii, Salutem et Apostolicam Benedictionem. Quae sit eximia Vestra erga Nos et hanc Pétri Gathedram fides, pietas ac veneratio libentissime Agnovimus ex Litteris, quas die 30 proximi mensis Januarii ad Nos Dedistis. Atque ex eisdem Litteris Intelleximus quàm acerbus sit Yestrum omnium dolor ac luctus propter notissimaS; in quibus Versamur, tribulationes nequissimis

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Le choix de Tabbé Martin, pour rédiger l'Adresse qui valut au Clergé de Montpellier une si précieuse récompense, fut surtout un témoignage rendu à son attachement pour le Saint-Siège. Le culte de l'Eglise romaine était le culte de sa vie. De benne heure, il en avait embrassé avec amour les doctrines, et il ne

illorum hominum consiliis et molitîonibus, qui CatholicseEcclesiœ et huic Apostolicffi Sedi omninô infensi et adversi civilem ejusdem Sedis principatum, beatique Pétri Patrimonium invadere, usurpare et evertere, ac jura omuia cùm divina tiim humana conculcare non verentur. Grati Nobis admodùm fuerunt hujus modi egregii Vestri sensus, qui ecclesiasticisViris plané digni amplissimas merentur laudes et paternam Nostram erga Vos caritatem sumxnoperè excitant et augent. Ne^Desinatis, dilecti Filii, ardentiore usque studio Deum Optimum Maximum orare et obsecrare, ut Ecole siam suam sanctam a tôt tantisque calamitatibus eripiat, eamque à solis ortu usque ad occasum novis ac splendidioribus triumphis exornet et augeat, ac Nos adjuvet et consoletur in omni tribulatione Nostrâ.

Gum autem haud ignoretis quo teterrimo bello, hisce luctuosis temporibus, sanctissima Nostra venatur Religio, idcircô, dilecti Filii, Vestrœ dignitatis et vocationis semper memores, ne omittatis omni cura et studio sub Yestri Antistitis ductu ejusdem Religionis causam strenuè animarum defendere, salutem dDigenter curare, et inimicorum hominum errores refellere, fraudes detegere et tela retundere. Denique cœlestium omnium munerum auspicem, ac patem» Nostrae in Vos benevolentiœ testem Apostolicam Benedictionem, totp cordis affectu, Vobis ipsis, dilecti Filii, peramanter Impertimur.

Datum Romœ, apud Sanctum-Petrum, die 1 martii 1860, Pontificatûs Nostri anno decimo-quarlo.

PlUB P. P. IX.

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