CHAPITRE Vm
leurs droits, « dont l'injuste privation, disait-il, serait une grande calamité pour TÉglise. "
L'amour filial que le curé de Saint-Denis ne cessait de témoigner avec tant d'ardeur à l'Église nous explique son désir de voir Rome.
Aller prier sur le tombeau de saint Pierre, retremper sa foi sous les bénédictions de son auguste Successeur, tel avait été le rêve de sa vie sacerdotale; mais ce rêve ne s'était pas encore réalisé, quand l'appel fait à l'Épiscopat catholique pour la canonisation des Martyrs japonais réveilla , au fond de son cœur, toutes ses saintes aspirations vers la Ville étemelle.
Une pieuse caravane, composée de prêtres et de laïques, partit de Montpellier le 2 juin 1862, sous la direction de l'abbé Martin, et alla s'embarquer à Marseille sur le paquebot FAunis, où trois cardinaux, dix évêques et deux cents prêtres, avaient déjà pris passage. Une scène émouvante, dont le curé de Saint-Denis aimait plus tard à rappeler le souvenir, signala l'heure du départ.
C'était le soir, le ciel était sombre ; tous les passagers étaient réunis sur le pont, quand la double jetée s'illumina de feux de Bengale; et, à cette clarté joyeuse, on put découvrir les catholiques marseillais qui venaient saluer les pèlerins. Un cri formidable de Vive Pie IX ! fut envoyé des deux rives ; les
feux devinrent plus brillants, des étoiles d'un genre nouveau sillonnèrent la nue; la mer phosphorescente les refléta dans ses flots. Tout à coup VAve maris Stella retentit, chanté alternativement par les passagers du navire et les catholiques du rivage, qui l'avaient entonné. Cette douce harmonie, mêlée au clapotement de la vague, cette invocation à Marie, étoile de la mer : « Montrez que vous êtes notre mère! » attendrit pieusement Tabbé Martin; et, s'adressant à ceux qui l'entouraient, il rappela cette strophe de l'hymne sacrée : Préparez-nous une voie sûre, afin que, voyant le Vicaire de Jésus-Christ, nous nous réjouissions avec lui^ ! Au même instant, les nuages qui couvraient le ciel se déchirèrent, et la lune fit briller sa clarté silencieuse. Il se demanda alors, avec espérance, si ce n'était pas la blanche figure de Celle que nos saints Livres appellent « Belle comme la lune '» , qui venait sourire aux pèlerins, et si les nuages plus épais qui obscurcissaient le ciel de l'Eglise ne se dissiperaient pas, eux aussi, à ses rayons.
Une nouvelle émotion était réservée à l'abbé Martin en face de Civita-Vecchia. Les trois Cardinaux venaient de faire descendre sur le front des passa-
^ Iterpara tuium, Ul^ videntes Jesum, Semper collœlemur.
(Hymne de l'Église. )
• Pulchra ui luna (CanL, c. vi, v. 9).