‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 112 sur 135 · CHAPITRE VUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VUI

dant plus de six mois, le presbytère de Saint-Denis fut la maison de Tillustre réfugié. L'éminent Curé de cette paroisse devint le confident de ses pensées les plus intimes et son directeur spirituel; et, dès ce moment, se formèrent entre ces deux hommes des liens que la mort elle-même ne put briser.

L'abbé Martin allait donc prier sur la tombe de son ami. Les religieux Théatins n'étaient pas indifférents au bien qu'il avait fait au Père Ventura, et le Père Cirino, qui ne laissait passer aucune occasion d'en exprimer sa reconnaissance ^ , lui demanda une Notice sur le séjour de son prédécesseur à Montpellier.

Nous reproduisons ici cette Notice, parce que, avec la relation exacte des rapports du Curé de Saint- Denis et de l'illustre Théatin, elle nous semble mettre dans leur véritable lumière les doctrines politiques du Père Ventura et son dévouement inaltérable à Pie IX :

* Un jeune prêtre de Montpellier, visitant un jour, à Rome, le Père Cirino, remarqua dans sa cellule le portrait du Père Ventura, placé entre ceux de deux Évoques français : « Reconnaissez-vous ces prélats, lui demanda le général des Théatins? Ce sont les Évoques de Montpellier et de Versailles, dont l'un accueillit le Père à son arrivée en France, et l'autre l'assista au moment de sa mort. Mais il y a une place vide : envoyez-moi, dès votre retour à Montpellier, le portrait du curé de Saint-Denis; je la lui donnerai avec reconnaissance, car je connais sa noble conduite* »

tf Le Père Ventura arriva à Montpellier le 1*' août 1849. ... Je n'oublierai jamais ma première entrevue avec cet homme si supérieur et alors si à plaindre ; il était couché et en proie à de vives souffrances. La visite d'un prêtre français, le premier qu'il voyait dans son exil, le fit tressaillir ; il se leva sur son séant et me tendit la main, que je serrai silencieusement et respectueusement dans la mienne. Sous le voile de tristesse qui l'enveloppait, son front conservait sa noble fierté , et son regard, ce feu incomparable, reflet éblouissant de son àme. La conversation s'engagea peu à peu; je risquai quelques mots de consolation et d'espoir. Il y avait des larmes dans ma voix et dans mes yeux. Ventura comprit qu'il se trouvait en face d'un ami, et laissa voir tout ce qu'il y avait de mécomptes, de regrets et de découragement au fond de son cœur. Je me chargeai de porter ses hommages à l'Evêque diocésain* et de lui obtenir les pouvoirs spirituels.

5» La conduite du Père Ventura fut toujours celle du Religieux le plus exemplaire. Tous ceux qui avaient l'avantage de le connaître étaient profondément édifiés de sa résignation pieuse, et surtout de son dé* vouement mille fois exprimé, de la manière la moins équivoque, à Pie IX.

» Il était au milieu de nous depuis quelques jours, quand trois ennemis du Saint-Siège vinrent lui faire

* Mr Thibault.

Page 1