‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 113 sur 135 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

visite. La conversation ne dura qu'un instant ; quelques mots suffirent pour faire comprendre à ces visiteurs inopportuns -qu'ils avaient devant eux un incorruptible défenseur, non un lâche déserteur de la Papauté , et qu'un abîme séparait à jamais le panégyriste d'O'Connell des amis de Mazzini. La situation du Père était désormais nettement et noblement dessinée.

» Un ministre protestant, qui croyait trouver la pensée du Père Ventura à ce qui en était l'antipode, s'avisa de lui adresser un ouvrage de sa composition, avec ce titre : Saint Pierre a-t-il jamais été à Rome ? Il demandait au grand apologiste de la foi catholique de se faire le propagateur de ce pitoyable écrit. Ce fut là, pour le pauvre proscrit, la plus grande amertume de son exil. Qu'il dut pleurer alors les malheureuses imprudences qui pesaient si fatalement sur son nom ! Il comprit qu'il fallait jeter dans le monde une parole solennelle, qui ne permît plus aucun dout^ sur sa fidélité inébranlable au Saint- Siège. Il écrivit donc sous ce titre : Lettres du R. P.

Ventura à M. L, T ^ ministre protestant y \m

opuscule de cent vingt pages, qui unit la verve d'une improvisation éloquente à la science du théologien consommé, et qui mérite, malgré sa brièveté, de prendre place à côté des plus beaux ouvrages du puissant contre versiste. Ony trouve condensées, dans une démonstration lumineuse, les preuves irréfragables de la primauté de saint Pierre et de son voyage

à Rome, où il fut le premier apôtre de TÉvangile et le : rai fondatem* de PÉglise romaine, où il mourut, où, par la double consécration de Tapostolat et du martyre, il fit de sa chaire le centre immortel de renseignement catholique, la mère et la maîtresse de toutes les Églises* Le Père Ventura ne laissa pas échapper cette occasion de célébrer avec éloquence ce que l'Italie doit à la Papauté de lumières, de libertés, de grandeur morale, de gloires pures : « En perdant le catholicisme, disait-il, l'Italie perdrait tout » ; et ce livre, d'un bout à l'autre, n'est qu'un cri d'amour envers le Saint-Siège.

y* Les défiances qui avaient accueilli à Montpellier le Père Ventura ne tardèrent pas à faire place à un autre sentiment. Sa tenue, son langage, convainquirent tout le monde que cet homme éminent, qui alliait à une grande portée d'esprit une simplicité de cœur étonnante, avait été dupe d'une révolution dont il ne partageait pas les erreurs ; que la générosité de ses propres sentiments lui allait fait illusion sur ceux des autres, et qu'un instant d'éblouissement et de trouble, amèrement regretté et expié, n'avait rien ôté à cette belle âme des ardeurs de sa foi. Il parut tour à tour sur les chaires de Sainte- Eulalie et de Saint-Denis, prêchant la station de PAvent dans l'une, celle du Carême dans l'autre*.

* La première station fut prêchée en 1849, et la seconde en 1850. — Voir le compte rendu de ces deux stations dans le Messager du Midi, 11 décembre 1849 et 27 février 1850.

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