CHAPITRE Vin
Bossuet, s'était assimilé leur substance et leurs morceaux les plus saillants. Il s'en servait avec une exactitude et un à-propos étonnants. Saint Thomas était son docteur de prédilection. Il en savait par cœur toutes les œuvres, et il n'en citait jamais le témoignage sans indiquer avec une précision infaillible le chapitre, le paragraphe auquel il empruntait sa citation.
» Nous parlions souvent politique. L'atmosphère de cette époque en était brûlante. Le Père Ventura n'était ni républicain, ni démocrate ; il ne pouvait pas l'être. Ses idées sur la liberté n'avaient aucun rapport avec le libéralisme moderne. Il ne comprenait que la monarchie chrétienne, qui a pour fondement et pour loi l'Évangile, et dont le moyen âge offrit quelquefois la touchante et sublime réalisation. Jamais le cœur, jamais l'esprit de cet homme ne pactisèrent avec la Révolution. Il la détestait partout comme une production empoisonnée du paganisme, et il la détestait dans son Italie bien-aimée plus encore qu'ailleurs. A ses yeux, l'unité de ce grand pays était une chimère effrayante, qui ne devait avoir de réel qu'une affreuse servitude. La fédération, au contraire, lui apparaissait comme la forme nécessaire et la vraie garantie des peuples de la Péninsule. La brochure célèbre qui précéda la guerre d'Italie, en 1859, n'était que la traduction éloquente de l'idée profonde du Père Ventura. Aussi catholique que patriote, il ne concevait l'indépen-
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dance de son pays qu'appuyée sur l'indépendance de la Papauté, et les aspirations ambitieuses que le Piémont laissait voir, dès longtemps, le faisaient entrer dans des transports de généreuse colère; il y voyait le présage des plus grands malheurs.
» U est vrai que, lui aussi, avait parlé quelquefois de réforme dans les États du Saint-Père. Mais ce mot n'avait pas sous sa plume la signification funeste que d'autres lui ont donnée. Il eût voulu un sage retour aux anciennes franchises municipales, et il lui semblait que cet exercice inoffensif du selfyovernment, loin d'affaiblir la puissance du Pontife- Roi, l'arracherait à des sollicitudes qui n'étaient propres, selon lui, qu'à la compromettre dans de minimes intérêts et à lui ôter de sa grandeur et de sa liberté d'action pour le bonheur de ses peuples et du monde.
» Mais, quelque importance que le Père Ventura attachât à cette théorie politique, plus ou moins vraie, plus ou moins réalisable dans la pratique, il n'en professait pas moins, en toute occasion, avec l'accent le plus convaincu, un filial et complet abandon au SaintrSiège et la plus tendre vénération pour Pie IX. Sur ce sujet, il était intarissable et toujours éloquent. Personne, avant lui, ne m'avait fait lin portrait plus vrai, plus saisissant, de la bonté jélique, des vertus ravissantes, de l'esprit supéiir du Saint-Père; et, avant qn'il me fût donné de iber moi-même à ses pieds et de contempler de