‹ Vie de l'abbé Martin (d'Agde) curé de Saint-Denis, à Montpellier, précédée d'une introdChapitre 116 sur 135 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm

mes propres jeux sa noble et sainte figure, personne ne m'avait inspiré plus d'amour pour le Pontife auguste, à jamais béni, qui occupe le trône de saint Pierre.

9> Le savant Théatin niait avec force toute complicité dans les événements qui venaient d'éprouver si cruellement TEglise romaine; et son indignation était celle de Finnocence outragée, quand on lui imputait, sur le dire des journaux, certaines paroles ou certains entraînements. Si Ton allait jusqu'à lui demander le motif de sa présence à Rome, alors que sa place était à Gaëte auprès du Saint-Père, il répondait — et nous n'avions aucune raison pour suspecter sa bonne foi — qu'il s'était» condamné à ce périlleux séjour dans le cratère bouillonnant de la Révolution, pour que tout lien ne fût pas rompu entre Rome et la Papauté, et pour défendre contre ce déchsdnement de mensonges et de fureurs l'autorité du Pontife-Roi, aux pieds duquel il espérait bien que cette douloureuse expérience ramènerait tout le monde : « Je me trompais sur mon devoir ^ s'ècriait-il j Je n^ ai pas voulu le trahir! Je déplore mon erreur, je l'expie, m^is f affirma qu'elle n'a entaché ni mon cœur ni m^ foi. » Et il aimait à dire qu'au fond de son cœur magnanime Pie IX le plaignait et lui pardonnait. Parfois il accusait des ennemis de s'interposer entre l'indulgence du père et le repentir du fils, et des larmes se montraient dans ses yeux. Du reste, ces ennemis qu'il accu-

sait, à tort ou à raison, de lui fermer les portes de la patrie, il n'en parla jamais avec amertume.

9 Une fois cependant sa résignation fut mise à une rude épreuve. Au moment où il y songeait le moins, on lui annonça que son discours célèbre sur les Morts de Vienne venait de subir une censure. Cette nouvelle le frappa comme un coup de foudre. Impossible d'exprimer la violence de sa douleur. Tout ce qu'il y avait d'énergique fierté dans cette âme sicilienne se révolta contre une flétrissure qu'il prétendait ne pas mériter. Mais bientôt la grâce subjugua la nature, et il écrivit, sous mes yeux, une lettre de soumission filiale et absolue, qui consola ses amis et fut en vérité plus glorieuse pour lui que ses plus éloquents discours.

» Cependant la ville de Montpellier était une enceinte trop étroite pour la renommée du Père Ventura : partout on voulait l'entendre. Il parcourut le diocèse, prêcha dans les principales églises et donna même une retraite ecclésiastique dans l'un des Séminaires diocésains. Il acquittait ainsi , par les travaux et les pieux succès de l'apostolat, la dette que lui avait imposée une noble et généreuse hospitalité. Du reste, ce n'était pas seulement le peuple fidèle qui avait à se féliciter de la présence de l'illustre Italien au milieu de nous, l'Évêque lui-même regarda souvent comme une grâce du Ciel d'avoir près de lui un conseiller si habile.

» M*' Sibour, qui occupait alors le siège de Paris,

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voulut faire jouir son diocèse de la parole èvangélique du grand prédicateur. Le Père Ventura se rendit à cette invitation honorable, et quitta beaucoup trop tôt, pour sa santé, le ciel du Midi et le calme de la Province. Ce qu'il fit dans la brillante capitale de la France, ses travaux, ses succès, son zèle, sa gloire, tout le monde le sait.

» Nous ne vîmes plus le savant et aimable Religieux qu'à de longs intervalles et dans de courtes visites.

» C'est un des grands bonheurs de ma vie que cet homme éminent et, malgré sa funeste erreur d'un jour, si digne de la vénération qu'il inspirait, ait voulu m'élever jusqu'à son amitié. »

On nous pardonnera la longueur de cette digression, qu'a fait naître le souvenir des visites de l'abbé Martin à Saint-André délia Valle.

Pendant les cinq années qui suivirent son retour de Rome, il se livra avec une nouvelle énergie à son ministère pastoral. On eût dit qu'il avait retrouvé sur le tombeau du Pêcheur de Galilée toutes les ardeurs de sa jeunesse; comme nous l'avons déjà rapporté, il n'interrompit pas une seule fois ses prédications.

Cependant la maladie qui devait l'enlever trop tôt à l'aflfection de ses paroissiens lui faisait sentir de

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temps en temps ses étreintes. 11 se résignait sans doute à la souffrance; mais son cœur se déchirait toutes les fois qu'elle le privait de la consolation de remplir tous ses devoirs de Pasteur.

Quoique ses forces n'eussent pas encore été altérées, il avait le pressentiment que sa vie ne serait pas longue. La mort précoce de quelques-uns de ses amis — les abbés Raynaud, Roussac et Argelliès — les épreuves de TEglise, la préoccupations du temps présent, les incertitudes de l'avenir, aggravaient sa tristesse. Rien ne faisait présager pourtant une crise prochaine, quand une forte émotion le força de s'aliter dans la journée du 29 avril 1868. Après quelques jours d'alternatives douloureuses, le mal fit des progrès si rapides, que les médecins désespérèrent d'en triompher. Les amis qui entouraient l'abbé Martin, connaissant son impressionnabilité, hésitaient à lui annoncer que l'heure était venue de se préparer au généreux sacrifice. Ils ne comptaient pas assez sur l'énergie héroïque que la foi devait donner au chrétien et au prêtre.

Dans la soirée du 6 mai, ils lui annoncèrent timidement qu'on avait demandé des prières au sanctuaire de Notre-Dame de la Salette, et qu'une neuvïdne était commencée à son intention : « Je vous comprends, répondit le malade, et toutes ces précautions sont inutiles ; puisque tout est fini, je me sounon Dieu, à votre volonté!!! « *ocba ensuite doucement qu'on ne l'eût pas

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