CHAPITRE Vin
averti plus tôt de la gravité de son état; il ne songea plos dès ce moment qu'à se préparer à la dernière lutte.
Vers sept heures du soir, il reçut la Sainte Eucharistie et PExtrême-Onction avec une foi vraiment sacerdotale, récitant les prières liturgiques d'une voix qui ne trahissait en rien Tépuisement de ses forces. La souflFrance n'altérait ni la lucidité de son esprit ni la vigueur de son âme. Il appela auprès de lui son frère et ses neveux, les bénit l'un après l'autre, adressant à chacun une parole d'adieu : « A toi , mon cher Henri, dit-il au plus jeune, je ne puis parler bien longtemps... Demeure fidèle au culte de la religion, de la patrie, de la famille ; souviens-toi de ton oncle qui t'aimait tant, et que son souvenir te fasse marcher avec loyauté et courage dans la voie qu'il t'a montrée ! »
Vers deux heures du matin, le premier râle se fit entendre : « Remarquez-vous ce bruit, dit-il, c'est la mort; non, je me trompe, c'est la vie, c'est l'espérance ! Jésus, bientôt à vous ! ! ! »
Une nouvelle inattendue pour lui vint tout à coup adoucir l'excès de ses souflFrances et ranimer les battements de son cœur. Une dépêche arrivait de Rome, par laquelle Sa Sainteté Pie IX daignait accorder au cher agonisant sa bénédiction, qu'on avait demandée sans le prévenir, par l'intermédiaire de S. Ém. le cardinal Antonelli : « Oh ! merci, dit-il d'une voix émue et inclinant trois fois la tête, je reçois cette bénédic-
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tion avec bonheur ! 9» Et soudain ses traits parurent s'illuminer, comme si un rayon du ciel avait passé sur son visage.
Fortifié par cette attention délicate du Pontife qu'il avait tant aimé, il eut le courage de se lever sur son lit, et, s'adressant à tous ceux qui n'avaient cessé de lui prodiguer les soins les plus affectueux : tf J'ai reçu la bénédiction du Saint-Père, dit-il, laissez-moi à mon tour vous donner la mienne ; je vous bénis tous, soyez heureux! Mes amis, adieu! Adieu, chère paroisse de Saint-Denis ! ! ! ?>
Et, baisant avec amour le crucifix que lui présentait une main amie, il y colla ses lèvres mourantes jusqu'au dernier soupir. Ainsi fut accompli le vœu qu'il exprimait, peu de jours auparavant, comme pressentant sa fin prochaine, dans un discours sur la Croix : « Qu'elle soit toujours avec moi, cette Croix bien-aimée ! qu'elle m'accompagne dans le chemin de la vie !.. . Qu'une main amie me la présente à ma dernière heure ! qu'elle soit placée sur ma poitrine après ma mort ! qu'elle s'élève au-dessus de ma tombe, comme un signe de résurrection ! ! ! »
A la nouvelle de sa mort, une immense douleur éclata dans toute la cité de Montpellier. Son corps fut exposé dans une chapelle ardente, et la foule recueillie et profondément émue ne cessa de se presser autour de cette sainte dépouille, avide de contempler une fois de plus les traits vénérés de son Pasteur.